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Le Morillon est la dernière campagne bernoise, c’est-à-dire une maison liée à un domaine agricole appartenant à une famille patricienne fortunée. L’éloignement de la ville, malodorante et bruyante en été, a toujours été un moteur pour construire une maison de campagne. Ces demeures permettaient de mener une vie agréable et offraient un espace représentatif pour des événements conviviaux. Mais en réalité, le Morillon est aussi une villa, car il est établi à proximité de la ville et s’est détourné des formes traditionnelles de la maison de campagne bernoise du 18e siècle. Son plan comme ses façades s’inspirent de modèles italiens du 16e siècle. Les villas d’Andrea Palladio ont joué un rôle essentiel pour le jeune architecte Ludwig Friedrich Osterrieth lorsqu’il a élaboré le projet en 1830. Le maître d’ouvrage Friedrich Ludwig von Wattenwyl, particulièrement exigeant, s’intéressait à l’architecture et à l’art ; il était lui-même peintre et dessinateur à ses heures. Des héritages et un mariage lui ont permis de construire et d’aménager un bâtiment extraordinaire qui, jusqu’en 2018, était un refuge presque secret de l’histoire et de l’art bernois. Depuis, le bâtiment a été restauré et il est devenu accessible au grand public à l’occasion d’événements culturels.
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Seitenzahl: 73
Veröffentlichungsjahr: 2025
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La Villa Morillon
Canton de Berne
Introduction
Histoire des bâtiments et de leurs propriétaires
La campagne du Morillon plutôt que le château de Rümligen
Le premier Morillon
Un château malgré l’opprobre et la Révolution ?
Transformer plutôt que construire à neuf
Pas un château, mais une villa
Le premier projet pleinement élaboré: une villa dans un jardin paysager
En route vers la réalisation
Le déroulement des travaux
Mariage de raison, mariage d’amour ou un peu des deux ?
Restauration et mise à niveau des équipements techniques
La permutation nord-sud par Hans Karl von Tscharner
L’ouverture du Morillon
Une vocation pour l’hospitalité – Le Morillon après sa restauration
Parcours de visite
Le parc et les dépendances
L’extérieur de la villa
L’intérieur: le rez-de-chaussée
Le hall
Les salons et la salle à manger
L’intérieur: l’étage
Appréciation générale
Annexes
FIG. 1 Le second Morillon. Aquarelle, vers 1835, peu après la construction. Vue du sud sur le portique d’entrée et l’accès pour les voitures. À l’arrière-plan à gauche, la ville de Berne.
En décembre 1830, un bouquet final marqua l’achèvement du gros œuvre de la nouvelle villa du Morillon à Köniz, près de la frontière avec la ville de Berne. Quelques semaines avant le retrait du gouvernement patricien, c’est l’achèvement de la dernière maison de campagne de l’aristocratie bernoise que l’on célébrait ainsi. Le nom couramment utilisé est celui de Villa Morillon, mais en fait, il s’agit d’une véritable campagne, dont le bâtiment précédent remonte à la première moitié du 18e siècle; elle n’était habitée que durant l’été et disposait des abondantes ressources de ses exploitations agricoles. Elle a donc sa place parmi les nombreuses résidences de campagne des environs de la ville de Berne, telles celles de Lohn à Kehrsatz, Mettlen à Muri, Elfenau et Melchenbühl à Berne, Oberried à Belp, Rothaus à Ostermundigen, Hofwil à Münchenbuchsee, pour ne citer que ces exemples. L’appellation de villa est néanmoins justifiée par l’autonomie de cette noble demeure dans l’espace qui l’environne (FIG. 1) et par tout ce qui en elle est étranger à l’activité agricole. La remise, bâtiment de prestige construit en 1850 pour abriter les voitures et les chevaux, avec le logement du cocher, est également un élément caractéristique. Le terme de villa se justifie enfin par la forme du bâtiment et les modèles auxquels son architecture se réfère (v. pp. 46-49).
En 1684, Samuel Frisching, ancien avoyer de Berthoud, acheta à Ferdinand de Watteville, bailli de Vevey, la seigneurie de Rümligen. L’année suivante déjà, Frisching fut admis au Petit Conseil. En 1707, il acheva la reconstruction et transformation de l’hôtel urbain des Frisching, l’actuelle maison Beatrice von Wattenwyl, au 59 de la Junkerngasse, utilisée pour les réceptions du Conseil fédéral. Ayant mené les Bernois à la victoire lors de la seconde guerre de Villmergen en 1712, il devint en 1715, à l’âge de 77 ans, avoyer de Berne, charge qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1721. En 1688-1689, il avait agrandi le château de Rümligen vers l’ouest et transformé le corps de bâtiment principal du bas Moyen Âge. En 1726, le château et la seigneurie passèrent à son petit-fils Rudolf Emanuel Frisching (1698-1780), époux d’Anna Margaretha von Wattenwyl. Rudolf Emanuel entra au Petit Conseil en 1754 et devint banneret en 1756.
En architecte amateur, Rudolf Emanuel Frisching réfléchit au moyen de transformer le château de Rümligen en prestigieuse résidence de campagne. Des plans de sa main, datés de 1746, représentent un château baroque entièrement neuf, à cinq ou à sept travées de fenêtres. Ces dessins sont conformes aux conventions de l’époque. Une façade montre un palais compact formant une variante simplifiée de la maison Tscharner (12, Münsterplatz à Berne), achevée en 1735. Frisching ajouta cependant une note disant que ce serait folie de bâtir à Rümligen à cause des coûts, du mauvais chemin, et pour de nombreuses autres raisons encore ! La remarque à propos du chemin visait l’ancien sentier escarpé pour les cavaliers, guère praticable en voiture (il existe toujours). De fait, Frisching se contenta de moderniser quelques pièces du château, d’agrandir le jardin et d’orner de stucs baroques extrêmement raffinés deux pavillons construits par son grand-père. Il fit plus tard aménager encore le majestueux chemin à l’ample tracé (aujourd’hui le deuxième accès pour les véhicules), qui constitue en réalité une mise en scène dans le terrain avec des arbres somptueux et un accueil théâtral grâce à une fontaine monumentale placée devant le château.
En 1736 déjà, Frisching avait acquis, à quelques kilomètres de la porte du Haut de la ville de Berne, au-dessus du Sandrain, un domaine rural pour y faire bâtir une maison de campagne au goût du jour, qui fut achevée en 1739. Il choisit de lui donner le nom de Morillon, peutêtre emprunté à une petite région au nord de Genève, parsemée de maisons de campagne. Des achats de terrains lui permirent ultérieurement d’arrondir son domaine.
FIG. 2 Eau-forte de Johann Ludwig Nöthiger, 1747. Le premier Morillon vu depuis l’est, avec un jardin à la française. La cour d’honneur donne sur l’actuelle Morillonstrasse.
La nouvelle campagne est représentée dans une eau-forte de Johann Ludwig Nöthiger, datée de 1747 (FIG. 2). Il est possible de s’en faire une image précise grâce à un plan établi après 1812 et aux dessins d’un projet de transformation de la même époque, effectivement realise (FIG. 3). Ces documents nous présentent le Morillon comme un bâtiment d’un seul niveau, comprenant principalement un grand salon d’une superficie d’environ 64 m2, relié par deux étroites ailes perpendiculaires à l’actuelle Morillonstrasse, les trois corps formant ainsi une cour d’honneur. D’après la vue de Nöthiger, deux rangées d’arbres bordaient la propriété avec son jardin à la française. L’axe de cette maison entre cour et jardin se poursuivait par une allée d’environ 140 m de longueur. Attenant au salon se trouvaient l’escalier menant aux chambres du comble, la cuisine et les chambres. À la disposition très simple des pièces, on reconnaît que cette résidence d’été proche de la ville était en fait une maison de réception où les espaces extérieurs n’étaient pas moins importants que le salon. Le caractère de prestige du premier Morillon tenait au lien entre la maison, la cour et le jardin, et à cette particularité de n’avoir qu’un niveau, signe d’une demeure privilégiée. La maison fut rénovée peu après 1812 (v. p. 8), puis démolie après la construction de la villa en 1838. La remise de 1850 a été construite à son emplacement.
FIG. 3 Projet de transformation du premier Morillon, par Ludwig Friedrich Schnyder, peu après 1812. Dessin de détail du péristyle néogothique bordant le côté nord.
FIG. 5 Projet de nouveau Morillon par Ludwig Friedrich Schnyder, 1812. Façade d’entrée, à l’ouest.
En 1778, Rümligen et Morillon passèrent au petit-fils de Rudolf Emanuel Frisching, Samuel Rudolf Frisching, qui avait épousé Rosina Margaretha Tscharner en 1773. Pour aller de Rümligen au Morillon ou en ville, il fallait obligatoirement passer devant le domaine d’Oberried à Belp, situé au bord de la grande route. Ce domaine appartenait à Gottlieb Fischer, de la famille du fondateur de la poste. Gottlieb avait pour épouse Susanna Katharina Mutach. Or une romance naquit entre Samuel Rudolf Frisching et Susanna Katharina Mutach, qui en 1780 les amena à prendre la clef des champs. Bannis de Berne, ils voyagèrent à travers l’Europe, lui se donnant le pseudonyme de baron de Krambourg. Du couple Frisching-Tscharner naquit une seule héritière, Elisabeth Margaretha Sophie (1773-1813). Celle-ci apporta en dot à son époux, Johann Rudolf Frisching von Wyl (1761-1838), homme politique influent après 1798, les domaines de Rümligen, Morillon et l’hôtel urbain au 59 de la Junkerngasse.
Dans les années 1800-1810, le nouveau propriétaire conçut le projet de bâtir à la place du Morillon une imposante résidence de campagne, dont un jeu de plans est conservé, malheureusement ni daté ni signé. L’élévation montre un corps de logis à sept travées et deux niveaux, inséré dans un bâtiment en rez-de-chaussée qui compte treize travées au total (FIG. 4). Un portique dorique s’étendant sur toute la largeur du corps de logis donne à l’édifice des airs de villa romaine antique. Côté jardin, le logis forme un avant-corps dont les trois travées centrales sont enchâssées dans une imposante ordonnance dorique. Le plan est classique. Qui est l’auteur de cet audacieux projet ? Un étranger visiblement, car avant 1812, soit environ cinq ou six ans plus tard, l’architecte Ludwig Friedrich Schnyder (1768-1823) fut chargé d’établir un autre projet pour le Morillon. Les plans sont datés de mars 1812 (FIG. 5). Cet édifice compact de deux niveaux, comptant neuf travées, accueille les visiteurs avec une monumentale façade de temple corinthien. Quant aux fenêtres, elles sont, les unes à simple encadrement, les autres surmontées d’une corniche ou d’un fronton. Le toit est à croupes, plus bas que celui du projet précédent et d’aspect un peu engoncé.
FIG. 4
