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« Où courez-vous ? Arrêtez. Soyez des hommes ! »
Bataille de Durazzo, Albanie, 1081
Par ces mots, repris par les commentateurs de son temps, Gaita de Salerne renverse le cours d'une bataille. N'était-elle qu'une Princesse guerrière ? Non. Elle soutient son mari Robert Guiscard, un Normand parti à la conquête du Sud de l'Italie, mais rêve de paix. Était-elle un trophée apportant titres et richesse à son ambitieux époux qui rêve d'aventures orientales ? Non plus. Elle défend d'abord son héritage princier. Était-elle féministe avant l'heure ? Pas au sens où nous l'entendrions. Elle est médecin, lit le latin, le grec et l'arabe, les textes savants de son temps alors que son mari est quasiment illettré. Mais elle ne remet pas en cause sa direction des affaires et reconnaît son habileté de conquérant. Entre un Occident qui prépare les Croisades et un Orient riche de cultures, elle joue un rôle de premier plan. Sa singulière aventure fait d'elle une des grandes figures annonciatrices de la Renaissance.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Après des études de Philo et Sciences Po, Michel Dessaigne travaille dans les systèmes d'information et de gestion. Puis, il s'oriente vers la protection sociale comme consultant, responsable associatif et enseignant à l'Université de Strasbourg. La dernière Princesse lombarde est son sixième roman.
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Seitenzahl: 288
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Michel Dessaigne
La dernière
Princesse lombarde
Roman
ISBN : 979-10-388-0317-6
Collection : Hors Temps
ISSN :2111-6512
Dépôt légal : mars 2022
© couverture Ex Æquo
© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays Toute modification interdite
Nous limitons volontairement le nombre de pages blanches dans un souci d’économie des matières premières, des ressources naturelles et des énergies.
Michel Dessaigne n’est pas un inconnu dans la maison, il a déjà publié trois romans en Collection Blanche, Pèlerinages en eaux troubles, Les Pleurs du corbeau et Elephant Murder.
Il rejoint maintenant ma Collection Hors-Temps avec le premier volet d’une série sur les femmes d’influence dans l’histoire. Des femmes remarquables qui par leur puissance et leur esprit ont eu un destin étonnant, mais souvent méconnu.
L’auteur les remet donc à la place qu’elles devraient occuper et nous permet de connaître ces héroïnes du passé.
La première d’entre elles, Sichelgaita de Salerne revit sous la plume de Michel et nous entraîne dans les complots et les intrigues de son époque où il était encore plus difficile pour les femmes de se faire une place. Elle fut une Princesse guerrière. Elle étudia la médecine dans une des écoles les plus réputées de l’époque. Érudite, elle lisait le latin, le grec et l’arabe et tint un rôle primordial auprès de son époux.
Partez à la découverte d’une femme d’influence et remontez le temps ! Direction le XI° siècle.
Catherine Moisand
Ce livre fait partie d’une série sur des femmes remarquables qui, épouses, mères ou filles d’hommes célèbres, ont marqué l’histoire de l’Europe au Moyen-âge. Elles ne furent pas que pourvoyeuses d’argent, de troupes et de titres pour la plus grande gloire de leurs illustres époux, mais des conseillères, des guerrières parfois, des régentes capables de prendre en main les destinées de leur peuple. Gaita de Salerne, la femme de Robert Guiscard fut sans doute l’une des plus remarquables.
Elle est née à Salerne qui, au onzième siècle, était la ville la plus opulente de la côte sud de l’Italie, surpassant Naples et peut-être Rome. Approfondissant la vie de Gaita de Salerne, j’ai été fasciné par la richesse du personnage et trouvé injuste qu’elle ne soit pas aussi connue que d’autres femmes illustres auxquelles nos livres d’histoire nous ont habitués. Sa notoriété a pu être éclipsée par des événements quasi contemporains comme les réformes fondamentales du pape Grégoire VII, la conquête de l’Angleterre par les Normands ou les prémices des premières croisades qui ne sont pas sans liens avec l’histoire de cette femme. Les sources primaires (Aimé de Mont-Cassin, Guillaume de Pouille, Geoffroy Malaterra, Orderic Vital, Anne Comnène) sont certes d’une qualité exceptionnelle quoique parfois contradictoires. Mais lorsque les sources venaient à manquer — un lieu que je venais de visiter et où Gaita avait dû passer, un interlocuteur avec qui elle avait forcément échangé, une période de sa vie non mentionnée chez les chroniqueurs ou de manière peu claire — j’avais besoin de m’imaginer présent à ses côtés. Je me devais de restituer au personnage cette chaleur de vie que le temps avait enfouie.
Gaita était l’épouse de Robert de Hauteville dit Robert Guiscard. Ce Normand-là est moins célèbre que son exact contemporain, Guillaume, duc de Normandie, qui conquit l’Angleterre. Et pourtant, comment ne pas oser la comparaison ? Robert Guiscard, rejeton de Tancrède de Hauteville, petit nobliau de la région de Coutances qui a du mal à nourrir ses treize enfants, part pour la lointaine Italie avec quatre ou cinq écuyers vendre ses services comme mercenaire. Il va devenir maître des Pouilles, de la Calabre, de la Sicile, d’une partie de l’Albanie, jusqu’à menacer l’Empire byzantin qu’il aurait pu conquérir s’il n’avait dû voler au secours du Pape menacé par l’Empereur allemand. Ses fils deviendront les plus puissants monarques d’Europe et du Proche Orient. Au même moment, Guillaume le Conquérant, lui, va gagner la gloire et l’Angleterre à la bataille d’Hastings, mais... à la tête d’une armée de sept mille hommes débarqués depuis des centaines de bateaux !
Gaita a donc soutenu ce Robert Guiscard, pas en tant que potiche ou simple trophée, mais comme personnage de premier plan. Princesse lombarde de Salerne, elle fréquenta l’école de médecine la plus réputée du Moyen-Âge où elle rencontra Constantin l’Africain et l’illustre Trotula, la référence médicale de son siècle. Les femmes étaient non seulement admises dans cette Université, mais elles y exerçaient et enseignaient... en plein Moyen-âge ! Gaita fera partie de ces femmes médecins de Salerne. Très cultivée, elle connaîtra quelques-uns des meilleurs esprits de son époque. En ces temps où l’Histoire religieuse se mêle à celle des Empires, elle sera l’interlocutrice privilégiée de quatre Papes, dont Grégoire VII qui réforma l’Église et Urbain II qui prêchera la première croisade. Elle fut l’amie fidèle de l’un d’eux, Victor III. Elle fut cheffe de guerre, capable de soutenir des sièges et de ramener au combat une armée en déroute. Elle fut la précieuse conseillère de son mari qui l’associa à ses conquêtes et elle sut faire preuve d’un sens politique hors du commun. Elle fut généreuse, mais sans faiblesse dans un siècle dur. Elle n’hésita pas à oublier sa fratrie lombarde pour assurer l’avenir d’une lignée qui allait entrer dans la grande histoire des Normands. Dans une vie d’une cinquantaine d’années, déjà bien remplie, elle eut huit enfants dont elle défendra la carrière avec acharnement.
Ajoutons que le siècle de Gaita est celui où débute la Reconquista, tant en Espagne qu’en Italie, cette Italie qui s’affiche déjà, à la fin du onzième siècle, comme le passage presque obligé des futures Croisades, cette Italie qui, par le brassage des cultures normandes, byzantines, musulmanes, favorisera la circulation des idées et des modes, débouchant bientôt sur la Renaissance. Gaita participa clairement à cette émergence dans l’Histoire. Gabriele d’Annunzio, écrivain nationaliste italien du XX ième siècle, verra en Gaita l’une des grandes figures de l’histoire italienne (bien qu’il l’ait qualifiée de princesse au menton carré, ce qui était peut-être flatteur au temps de Mussolini, mais désobligeant à l’égard d’une femme réputée pour sa beauté).
Voir en fin d’ouvrage :
Un index des noms et de leurs différentes orthographes.
Octobre 1066 — Bataille d’Hastings, Angleterre
Yasemina, la jeune esclave arabe allait éteindre les dernières lampes de la pièce après avoir remis quelques bûches dans l’austère et impressionnante cheminée. Sa maîtresse commençait à s’assoupir après le départ des trois musiciens qui venaient de jouer les dernières compositions de son ami, l’archevêque Alfano, et attendait qu’on la prépare pour le coucher.
— Maîtresse. Un messager pour vous. Il a chevauché depuis Rome et vient d’arriver au château.
— À cette heure ! Par ce temps ! Il fait déjà presque nuit et la neige est tombée toute la journée. Des nouvelles du Pape, sans doute. Fais-le entrer.
Gaita s’est levée lentement en tenant son ventre gros et se dirige vers une petite fenêtre d’où on aperçoit d’ordinaire un pan du paysage. En face, les monts du Vulture sont recouverts de neige. En contrebas, les terrasses de vignes se distinguent à peine. Le château de Melfi, au milieu des vallées des Pouilles, au sud de l’Italie, est une forteresse sans charme, bâtie là par le Duc Robert, son mari, Duc d’Apulie, de Calabre et de Sicile. L’édifice se devait d’être impressionnant pour marquer, au milieu d’un territoire morcelé et toujours en proie aux révoltes, qu’il n’y avait plus qu’un seul chef et que c’était lui. Melfi était déjà depuis quelques décennies la capitale des Normands en Italie. Désormais, c’était la capitale de Robert depuis que le Pape l’avait proclamé Duc. Gaita avait donc suivi son mari et quitté Salerne. C’était la ville chérie de son enfance où venait s’étaler la mer descendue de Naples et d’Amalfi, où se mélangeaient les couleurs venues de Sicile et du lointain Orient. Maintenant, elle vit derrière ces murs épais, où le Duc Robert, entre deux expéditions contre les musulmans et l’Empire byzantin ou contre les comtes d’Apulie constamment en embuscade, ne passe plus que pour affirmer son pouvoir et engrosser sa femme. Non, Gaita n’aime pas Melfi, mais elle aime encore le Duc qu’elle respecte et qu’elle admire, lui qui, parti de rien, est devenu l’équivalent d’un roi.
— C’est un pli pour le Duc Robert, annonce le coursier qui, trempé dans ses habits boueux, conserve encore un regard hébété de sa course effrénée.
— Vous venez de Rome.
— J’en suis parti il y a cinq jours, avec cette missive qu’on m’a confiée et qui venait de plus loin, je crois. C’était arrivé par bateau depuis la France. À cette saison, les Alpes sont peu praticables.
— Alors, vous savez de quoi il s’agit. Ça ne concerne pas le Saint-Père ?
— Je ne pense pas. Mais si Votre Altesse veut bien en prendre connaissance.
Gaita, maintenant âgée de vingt-six ans, a déjà appris à garder la tête froide devant les événements, devant la politique et son cynisme, la cupidité et la lâcheté des hommes, les victoires et les défaites. Elle n’en est plus aux réactions trop émotives. Mais ce qu’elle vient d’apprendre par cette missive arrivée jusqu’à elle au prix d’un long voyage semble la remplir d’une brusque excitation. Après avoir tourné en rond au milieu de la pièce, elle se laisse choir sur sa couche avec un sourire énigmatique aux lèvres.
— Fais servir un repas à cet homme, trouve-lui un couchage et demande à ce qu’on prenne soin de son cheval. Appelle-moi Imelda.
— Oui, Maîtresse. Mais elle m’a dit qu’elle partait tôt demain pour l’abbaye de Venosa.
— Fais-là venir. Et après, tu avertiras également Godefroi Ridel. Il a été envoyé par le Duc qui veut me voir auprès de lui en Sicile. Il attend que j’en aie fini avec l’accouchement.
Gaita ajoute d’un air ironique.
— Après tout, il a aussi besoin de connaître la nouvelle. Savoir si c’est un garçon qui sort de mon ventre... et savoir surtout ce que le messager m’a apporté.
Imelda est entrée dans la chambre avec un air un peu absent. Peut-être était-elle déjà endormie. À moins qu’elle n’ait été en prière. Depuis son veuvage, elle avait adopté une allure austère et, bien qu’elle ne soit pas encore moniale, elle consacrait beaucoup de son temps à ses retraites. Elle avait très tôt perdu un mari, un jeune comte toscan, qu’on lui avait imposé, mais qu’elle aimait sincèrement. Malgré de nombreuses sollicitations, elle avait décidé de ne jamais se remarier. Imelda sourit peu et garde constamment un petit air triste et réservé, sauf en présence de Gaita, sa Princesse, mais son amie d’enfance également.
Gaita n’est ni triste ni réservée. Sa beauté et le soin qu’elle met à se vêtir avec goût, à la dernière mode venue de Sicile ou de Constantinople, peuvent séduire sans qu’elle le cherche. Elle sait sourire quand il le faut et même s’y astreindre lorsque c’est nécessaire. Elle sait aussi manifester de la joie, notamment lorsqu’elle reçoit à sa cour poètes et musiciens. Mais tout cela ne l’empêche pas d’être ferme et cassante quand on ne lui plaît pas.
Les deux femmes, depuis leur petite enfance à Salerne, ne s’étaient pratiquement jamais quittées, sauf pendant la trop courte période où Imelda avait été mariée. Elle était née quelques semaines avant Gaita et avait fréquenté le même couvent où elles recevaient une éducation très soignée due à leur rang. Elles avaient ensuite suivi des cours à la célèbre École de Salerne où on formait les meilleurs médecins du temps, hommes ou femmes, et où on accourrait depuis l’Europe entière pour se faire soigner. Lors d’événements tragiques au sein de la Principauté, Imelda avait subi les mêmes terribles épreuves que Gaita et l’avait suivie à Melfi lorsque celle-ci avait été mariée au Duc Robert. Elle y résidait entre ses nombreuses retraites à l’abbaye de Venosa. Elle était sa confidente, sa conseillère et aurait sans doute été prête à donner sa vie pour elle.
— Assieds-toi, Imelda chérie, car la nouvelle va être renversante. Notre cousin, le Duc Guillaume de Normandie a défait l’armée d’Harold, l’imposteur, à Hastings. Il entreprend la conquête de l’Angleterre.
— Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous en réjouir, l’Angleterre, ce n’est pas l’Apulie. Qu’avons-nous à faire de conquêtes si lointaines ? Ton mari est bien en train de conquérir la Sicile et de l’arracher aux musulmans. Décidément, ces Normands sont vraiment bons pour faire la guerre !
— Ils seront bientôt les maîtres du monde.
Non, cette admiration portée aux conquérants ne remplit pas Ismelda de joie. Elle a bien envie de rabrouer son amie et Princesse.
— Pourtant, il n’y a pas si longtemps, les Normands que nous avons vus débarquer chez nous n’étaient que des mercenaires venus du Cotentin parce que, là-bas, ils étaient trop pauvres.
— Arrête avec ça. Mon mari était d’une famille pauvre, mais noble. Son père avait sauvé la vie du Duc de Normandie lors d’une partie de chasse. Il est encore plus méritoire d’être parti, comme Robert, avec trois écuyers et deux serviteurs et d’avoir été couronné Duc par notre Pape, que de débarquer en Angleterre avec des milliers d’hommes et des centaines de bateaux, comme notre cousin Guillaume.
— Ton mari a commencé par piller ceux qui faisaient appel à ses services en Italie.
— Veux-tu arrêter. Plein de traîtres autour de nous continuent de dire du mal de lui. Ils n’attendent qu’une chose, qu’il soit absent quelques semaines pour conspirer et se soulever.
— Les Normands ont profité de nos faiblesses. Et nous, les Lombards, avons laissé s’installer ces étrangers qui édifient partout leurs forteresses, régnant sur nos terres. Ces Franci se prennent pour des gens supérieurs et le pire est que des naïfs de notre race, d’authentiques Lombards, veulent faire de l’effet en les imitant. Pourtant, quand ils parlent on les comprend à peine, ils ne savent ni le grec ni le vrai latin. Ils sentent comme leurs chevaux et ne se parfument jamais. J’affirme haut et fort que Robert s’est servi de ton nom, de ta fortune pour gagner ses guerres et pour mériter son titre. Sans toi, il ne serait rien qu’un aventurier parvenu.
— C’est bien à cela que servent les épouses. Mettre leur fortune et leur naissance au service de leur grand homme. Et faire des enfants, bien sûr.
— Je te connais trop pour ne pas savoir ce que tu en penses. Tu es une princesse lombarde et tu as ouvert ta couche à un étranger.
— Sinon quoi ? Ma famille, ma lignée, mon peuple, tout allait disparaître. Nous aurions été submergés par l’Empereur d’Allemagne ou par les musulmans venus de Sicile. J’ai pris la bonne décision. De toute façon, on ne m’a pas laissé le choix. Et puis, le Duc Robert n’est-il pas bel homme ? Une grande barbe rousse, des yeux bleus. Intelligent, plus que certains de ma propre famille.
— Un bel homme qui passe son temps à enfourcher son cheval et, quand celui-ci se repose, te chevaucher pour faire encore un marmot.
— Une naissance qui assurera l’avenir de sa lignée, mais aussi de la mienne. Allons, calme-toi, maintenant que tu as déversé ton venin contre le Duc. Serais-tu jalouse ?
— Excuse-moi, cet enthousiasme pour la victoire d’un Normand, là-bas en Angleterre, alors qu’ici nous leur sommes soumis, cela me choque.
— Occupons-nous plutôt du présent. Oh, je sens que ça va être pour bientôt. L’enfant va arriver.
Gaita vient d’entrouvrir son manteau aux couleurs chatoyantes, bordé d’une fine fourrure, et relève sa luxueuse robe de soie, achetée chez les fripiers venus d’Orient, de Constantinople. Imelda l’examine, passe la main sur son ventre plein et fait un signe de tête à l’esclave qui part chercher de l’eau et des linges. Elle revient une minute après, en annonçant que Godefroi Ridel, l’envoyé du Duc, est arrivé.
— Fais-le attendre quelques instants. Il pourra ainsi témoigner devant le Duc que nous avons un nouveau descendant. Nous n’allons pas lui demander d’assister, puisque l’accouchement n’est qu’une affaire de bonnes femmes. Ce sera sans doute rapide. Nous en sommes à la sixième naissance. Les voies sont ouvertes. Pourquoi ris-tu, demande-t-elle à Imelda ?
— Je me rappelle nos séances d’accouchement à l’École de Salerne.
— Oui, on nous a appris cela aussi, presque autant que les secrets des poisons. Ce qui m’étonnait le plus à l’époque c’était les jambes poilues de nos braves femmes.
— On nous croyait dévergondées parce que nous nous épilions à la mode orientale.
Yasemina, la jeune esclave, pouffe de rire en entendant leurs propos. Gaita a commencé à s’accroupir en attendant que le bébé sorte sous elle, comme il est d’usage en Orient. Mais elle ne manifeste aucune inquiétude et ne ressent quasiment aucune douleur. Cet accouchement, presque banal par rapport aux efforts qu’il sollicite de son corps, est pour elle une fierté supplémentaire, car l’enfant à naître connaîtrait certainement un noble destin. Sa famille lombarde s’était peut-être donnée aux Normands, mais quelles perspectives glorieuses ceux-ci n’apportaient-ils pas ? Au nord, Guillaume, duc de Normandie, soumettait l’Angleterre. Son propre mari, le Duc Robert de Hauteville l’attend en Sicile où il vient de soumettre Val Demone. Un jour, bientôt probablement, toute l’Italie, dont il aura chassé les Byzantins et les musulmans, lui appartiendra de la Toscane jusqu’à Syracuse. Avec son mari, elle sera alors plus puissante que sa lointaine cousine, Mathilde de Flandres, la femme de Guillaume de Normandie ou que Mathilde de Toscane, tellement influente auprès du Pape.
À cet instant où elle va une nouvelle fois donner la vie, elle repense aussi à l’École de médecine de Salerne où elle et Imelda avaient été instruites très jeunes. Elles avaient beaucoup appris du corps humain et de ses souffrances, accouché des dizaines de femmes, alors qu’elles n’étaient elles-mêmes qu’adolescentes, vu des conspirateurs les yeux crevés, certains énucléés auxquels elles appliquaient des baumes d’herbes et de boue pour soulager leurs souffrances avant de les rendre à leurs geôliers ou à leurs familles lorsqu’il s’agissait de nobles. Cette enfance, à la fois douce et cruelle, avait laissé chez ces deux jeunes femmes, pourtant devenues assez différentes, la trace indélébile de ce qui forge un caractère fort et entier. Salerne, des souvenirs si doux et si cruels... Salerne, c’était la ville de la joie et des épreuves d’une enfance tourmentée. Depuis les murs sinistres de la forteresse de Melfi, Gaita y repense avec émotion.
(quatorze ans plus tôt)
Juin 1052 — Assassinat de Guaimar IV
Gaita vient d’avoir treize ans. On ne fête pas les anniversaires, bien sûr (il faudrait pour cela noter les dates de naissance, une précaution sans grand intérêt), mais il y a réception au château d’Arechi en l’honneur de Saint-Matthieu, avec la présence de Didier et d’Alfano, moines du Mont-Cassin. Ce dernier a chanté des ballades de sa composition, accompagné d’un psaltérion, d’une lyre, d’une flûte et d’un orgue. Sa musique ne ressemble pas à celle des troubadours. Il avait entendu, durant ses voyages, des chants composés par de grands seigneurs, ces pastourelles et ces aubes qui célébraient l’amour. Mais son inspiration vient plutôt de Constantinople. Il chante la gloire de Dieu au travers des oiseaux, des fleurs, des saisons, des beautés de la nature. Quelques cantora qui officiaient dans l’abbaye voisine se sont déplacées pour lui. À Salerne, on ne suit pas les interdits de Saint-Paul qui voulait que dans l’église les femmes se taisent. Tous chantent à une seule voix. Après le chant, Alfano, qui enseigne également à l’École de médecine, a commenté quelques extraits du Passionarium de Gariopontus, traduction d’anciens textes médicaux grecs et du Practica de Petrocello. Dans l’assistance, chacun trouve dans ses propos matière à s’émerveiller ou à s’inquiéter, selon ses propres bobos. Pourtant, tous se montrent rassurés de savoir que tant de science pourrait leur venir en aide. Gaita admire beaucoup Alfano dont elle commence à suivre l’enseignement. Elle le trouve beau, avec ses boucles brunes, pas comme ces moines et évêques venus du nord, tondus comme des sauvages, qui baragouinent un bas latin, une langue d’oil qu’on a du mal à comprendre. Cela ne les empêche pas d’envahir évêchés et monastères, de chasser partout le clergé lombard ou grec. Surtout, ces moines-là, venus du nord, sentent très mauvais. Alfano, lorsqu’il s’approche d’elle pendant ses cours – d’un peu trop près peut-être — exhale de subtils parfums d’Orient.
Cette réception au château d’Arechi était agréable, mais, hélas, les aimables accents de l’art et de la médecine avaient fini par laisser la place aux sombres discussions politiques. Quelques femmes présentes s’étaient retirées. Gaita était restée, car, Princesse de sang, on trouvait normal qu’elle entende parler des affaires de la Principauté, ainsi que sa mère, Gemma, son frère aîné, Gisolfo et Gaitelgrimma, sa sœur.
Guaimar, le père de Gaita, vient de prendre la parole. Elle l’admire beaucoup, bien qu’elle ne le voie qu’en de très rares occasions. C’est un homme sage, généreux, reconnu de tous comme un prince magnanime. Régnant sur Salerne, il a dû constamment batailler contre Capoue, contre Amalfi surtout dont les navires bloquent souvent l’accès au commerce avec l’Orient. Il a annexé Sorrente. À l’intérieur des terres, vers l’est, rien n’a été calme non plus. Il ne s’est pas passé d’années sans batailles, avec, chaque fois, des alliances plus ou moins sûres, notamment avec les Normands qui agrandissent toujours leur influence dans le centre et le sud de l’Italie. Il doit lutter contre l’Empire de Constantinople, bien implanté dans les ports de la côte Adriatique et même à l’intérieur des terres. Contre les musulmans aussi qui remontent la côte en venant de Sicile. Pour la jeune Gaita, ces constants bruits d’armure, ces traités, ces allégeances des uns et des autres semblent bien compliqués. On négocie, on redistribue le pouvoir comme l’ont toujours fait les Lombards. Lorsque les Normands imposeront l’organisation féodale où le pouvoir vient d’En-Haut, redistribué par le seigneur à ses vassaux, elle saura comprendre la différence.
Pour l’heure, l’ambiance est plutôt morose. Au nord, le Saint-Empire Romain Germanique pousse ses pions. Depuis Rome, le Pape se fait menaçant pour garder la mainmise sur ses États. À l’est, les Byzantins complotent. Les bateaux amalfitains bloquent une nouvelle fois le port de Salerne. Les comtes écoutent Guaimar les appeler à plus de solidarité, de confiance, mais on sent bien que tous ces obligés, d’habitude parés d’un sourire servile pour obtenir plus de terres, de villages, d’abbayes, de protections et de faveurs, sont devenus critiques pour certains et, dans l’ensemble, dangereusement sceptiques. Ce père tant admiré doit donc se battre aussi pour tenir ses troupes qui pourtant lui doivent tant. C’est un homme doux, trop doux et contre lui, la lâcheté sait se montrer redoutable.
La réception au château se terminera par un banquet auquel Gaita n’est pas conviée, bien sûr. Il est temps de retourner au monastère de San Giorgio, heureusement situé à proximité de l’École de médecine. Didier et Alfano n’assisteront pas non plus à la suite de la réception. Un petit cortège s’ébranle depuis les murs de l’impressionnant château d’Arechi avec, en tête, les deux moines sur leurs mules, Gaita, sa sœur Gaitelgrima et sa demi-sœur Sicarda sur des mules également. Deux gardes à cheval précèdent et ferment le cortège que suivent deux esclaves chargées de veiller sur les jeunes princesses.
Le château d’Arechi est perché sur le mont Bonadies d’où il domine Salerne. Il étend sa masse imposante vers la ville comme un monstre prêt à fondre sur elle. Le chemin qui descend longe d’abord les remparts puis donne sur la baie. Salerne, la terre qui produit du lait et du miel, Salerne avec son riche port d’où embarquent le vin, les olives, la laine, les peaux, le lin, les céréales et d’où débarqueront les céramiques de Sicile, les tissus à la mode de Constantinople, les parfums d’Orient. De ce port viennent les nouvelles du monde, les modes, les pèlerins et les esclaves. C’est le poumon et la liberté de la principauté tant, au travers de l’Apulie et de la Lucanie, les déplacements sont longs et difficiles, parfois dangereux avec les brigands et les guerres qui n’en finissent pas. Le long du parcours, on s’est précipité pour voir passer les belles princesses. Gaita porte un manteau léger, comme il convient au printemps, vert et or, resserré à la taille, avec de longues manches. Par-dessus, elle tient à la main un voile presque transparent. Son front, légèrement rasé vers le haut pour lui donner plus de noblesse, est ceint d’un bandeau de résilles d’or.
Les braves gens baissent humblement les yeux en la voyant passer, mais ne perdent pas une miette du spectacle tant ils la trouvent belle. On murmure partout que Gaita sera la plus magnifique des princesses. Elle est déjà consciente de la fascination exercée sur ces gens, qu’elle aime, comme elle aime cette ville à ses pieds, avec ses vingt églises et ses neuf monastères. Elle aime cette grande plage qui s’étend vers le nord, vers Amalfi et où, de temps en temps, les moniales qui s’occupent d’elles les emmènent promener.
Après avoir salué les deux abbés, les jeunes filles sont arrivées au monastère de San Giorgio. Là, il va falloir quitter leurs beaux et nobles habits pour enfiler une chemise et, par-dessus, une robe de lin blanche, parce qu’on est au mois de mai. En hiver, ce serait une robe de laine. Sur la tête, un voile recouvre les cheveux qui ne doivent pas apparaître. Elles resteront ainsi, sous la responsabilité de l’Abbesse une ou deux semaines, en attendant de retrouver leur famille à l’occasion de fêtes qui, heureusement, sont très nombreuses.
Dans le dortoir, Gaita va retrouver son amie Imelda. Celle-ci est issue d’une noble famille de Toscane. Avec elle on partage les fous rires, quelques grossièretés et indécences lorsqu’il faut se défouler et que les religieuses n’entendent pas. Dans ce couvent, il n’y a pas grande intimité ni pour le temps personnel ni pour les études. On ne dispose que de quelques livres bien sûr, car ils coûtent cher et ceux qui sont prêtés se trouvent rangés dans de petites cases le long d’un mur, avec une tablette sur laquelle on prend les notes des cours que, de toute façon, il va falloir retenir par cœur. Là on apprend à lire en chantant le psautier et on entame les sept arts libéraux — le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) — le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie musique). Les cours sont enseignés dans une chapelle attenante au cloître.
N’étant pas moniales, les jeunes filles ne sont astreintes qu’à deux offices par jour. Le seul luxe qu’on accorde à ces aristocrates est de pouvoir prendre un bain chaque semaine, préparé dans un grand bac par deux ancilla, des esclaves affranchies par les sœurs.
Une fois par semaine, les jeunes filles peuvent aller à l’École médicale. On y apprend le regimen sanitatis*, un poème en latin qui sert de base à tous les médecins. Parfois, on peut voir des malades aussi. Ce sont les travaux pratiques préférés de Gaita et d’Imelda. Elles n’ont ni l’une ni l’autre de réserves quant à la crudité du corps, mais elles ont toutes deux compris le pouvoir de la connaissance sur la peur et la faiblesse. Elles voient comment hommes et femmes se montrent dociles lorsqu’ils se savent dépendants. Il appartient aux forts de les rassurer, de leur imposer la voie la plus favorable pour eux.
Elles ont plus généralement compris l’avantage que leur donne le savoir sur les autres humains. Plus tard, Gaita au travers de la politique et de l’art, Imelda au travers de la science et de la religion, ne l’oublieront pas.
Pour Gaita, la vie s’écoulait à Salerne, sereine comme une belle fin de journée, mais fragile quand tonnaient des orages de la politique. Elle grandissait en savoir et en beauté. D’après la tradition lombarde, elle ne dirigerait jamais cette Principauté, étant une femme. Pourtant, chacun la savait noble, belle et sage. Peut-être pressentait-on aussi que, dans un pays où le pouvoir tenait à des équilibres fragiles menacés par les musulmans, les Byzantins, l’Empereur allemand et même le Pape, la prestigieuse dynastie lombarde vivait ses dernières années.
Un brouhaha, des cris sont parvenus jusque dans le réfectoire où les jeunes filles du couvent San Giorgio viennent de terminer leur repas du soir. La mère Abbesse tente d’empêcher trois hommes d’entrer et se retrouve violemment projetée à terre. Il ne s’agit pas de soldats, mais d’hommes de main, très sûrs d’eux apparemment puisqu’ils se dirigent sans hésiter vers Gaita et ses deux sœurs. Celles-ci crient, se débattent, tombent, agitent les jambes et se retrouvent cul par-dessus tête dans des positions d’une grande indécence. Gaita s’est levée prestement et se tient droite devant un agresseur qu’elle fixe après avoir saisi une carafe et un couteau. Leur face à face dure une ou deux secondes puis, ayant compris qu’elle n’a aucune chance ni d’échapper ni de résister longtemps, elle se livre à l’homme qui l’empoigne durement. À cet instant revient la mère Abbesse qui a rameuté jardiniers et tâcherons, plus menaçants avec leurs pelles et leurs marteaux que les intrus armés de dagues et peu confiants dans leur chance de survie. Ils finissent par déguerpir, laissant derrière eux une grande confusion. La mère Abbesse donne des ordres dont le premier est d’envoyer les jeunes filles dans leur dortoir sauf Gaita et ses deux sœurs qu’elle emmène dans la chapelle. Elle en ferme la porte derrière elle avant de revenir quelques minutes plus tard.
— Vite, il faut retourner au château.
— Mais que se passe-t-il ?
— Un grand malheur. Pour l’instant, il faut vous dépêcher. J’ai demandé des chevaux.
Seuls deux chevaux sont disponibles. L’un est déjà monté par un homme armé. Gaita est sortie seule.
— Où sont mes sœurs ?
— Elles ne veulent pas venir apparemment.
— Attendons-les.
— Pas longtemps. Ils vont revenir.
— Qui ça, ils ?
— Ceux qui veulent s’emparer de la ville. On les voit s’affairer partout. Vous devez me suivre, maintenant, ordonne l’homme armé. Il faut cavaler vite jusqu’au château.
Gaita et son garde du corps sont arrivés à la Rocca sur les hauteurs de la ville. C’est l’endroit où on peut le mieux se protéger. Là, après avoir longé des murs épais et franchi des portes lourdes et étroites, elle s’est retrouvée dans une salle de garde avec deux petites lucarnes pour apercevoir un bout de ciel, mais rien de ce qui se passe dehors. Elle a juste eu le temps de voir une grande agitation le long des murailles du château. Des gardes fidèles et qu’elle connaît bien sont venus se joindre à la demi-douzaine de personnes enfermées dans cette pièce qui devient presque trop étroite. On ne sait pas grand-chose, sauf que le beau-frère du Prince Guaimar, Pandolfo, aidé selon toute vraisemblance d’Amalfitains, les rivaux de toujours, est en train d’usurper son pouvoir. Ses hommes se répandent en ville et s’en prennent aux serviteurs au sein même du palais de Guaimar. Il faut attendre presque une heure sans autre nouvelle pour voir arriver Gemma, la mère de Gaita et son frère Gisolfo, dans un grand état de détresse.
— Ils ont tué votre père, laisse tomber Gemma. Ce sont mes propres frères qui ont fait le coup.
— Mais quand ? Où ?
— Sur la plage où le Prince se promenait, avec quelques comtes qui lui étaient restés fidèles. D’après un témoin qui a pu s’enfuir, il aurait été tué de trente-six coups de lance. Ils s’acharnaient contre lui en comptant les blessures qu’ils lui infligeaient. Un vrai massacre. Presque tous ceux qui étaient avec lui auraient péri également. Peu ont réussi à s’échapper.
Gemma, qui respire de manière saccadée, submergée par l’émotion, ne pleure pourtant pas et demande où sont la sœur et la demi-sœur de Gaita.
— Elles n’ont pas voulu nous rejoindre, malheureusement. D’après un homme qui les avait vues au couvent, elles pensaient pouvoir s’échapper.
— Quelle erreur. Les hommes de Pandolfo sont partout. Ils vont les prendre comme otages.
— Oui, leur peur risque de leur coûter cher, déplore Gaita qui regarde son frère en proie à une agitation fébrile.
— Les bâtards, les bâtards, crie-t-il. Ils vont le payer. Au décuple, au centuple.
— Au lieu de te lamenter, reprend leur mère, préoccupe-toi de voir combien d’hommes fidèles pourront nous protéger ici et tâche de les rassembler.
— Je vais y aller, dit Gaita.
— C’est trop dangereux.
— Rester ici sans rien tenter le serait plus encore.
Dehors, quelques fidèles de son père continuent de se battre, mais il est évident qu’ils seront bientôt submergés. Car, hélas, les partisans du Prince assassiné sont peu nombreux, moins que ce qu’ils auraient dû être pour un souverain dont tout le monde célébrait la générosité. Pendant quelques instants encore, la confusion va régner aux abords de la Rocca. Gaita croise une vieille esclave qui servait généralement aux cuisines, encombrée d’un panier de provisions, puis elle a l’agréable surprise de voir son amie Imelda.
— Pourquoi venir avec nous ? Tu risquais moins à t’enfuir. Ce n’est pas après toi qu’ils en ont.
— Rentrons dans la tour. Nous y serons protégées pour quelque temps.
— Pour quelque temps, crois-tu ?
— On vient de me dire que ton oncle Guidone avait réussi à s’échapper et était parti chercher de l’aide. Il va revenir pour nous sauver.
Imelda a posé la main sur l’épaule de Gaita, un geste qu’elle ne se serait jamais permis en dehors de l’école où, au contraire, les deux jeunes filles s’accordaient un peu de familiarité.
— Comment vont ta mère, ton frère, tes sœurs ?
— À l’heure qu’il est, mes sœurs doivent être prisonnières. Quant à mon frère, il s’agite. Ce pauvre Gisolfo n’est pas taillé pour les épreuves. Alors que toi, tu me soutiens. Es-tu sûre de vouloir partager notre triste sort ? Pourquoi fais-tu cela, Imelda chérie ?
Les heures ont passé, puis la nuit. Les conspirateurs sont au pied de la Rocca, tambourinant et invectivant. Pour l’instant, ils semblent trop mal organisés pour tenter de prendre d’assaut la solide tour. Gaita tente de rassurer sa mère.
— Ce sont de vulgaires conspirateurs, pas des soldats, ils sont incapables d’une action militaire, seulement bons pour des coups de couteaux dans le dos.
— Oui, mais, soupire Gemma, combien de temps pourrons-nous tenir ainsi ?
— Celui qui a la volonté finit par gagner répond Gaita.
— Où as-tu appris cela demande Gemma, surprise que sa fille montre autant de détermination ?
