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La monnaie est un fait de société compliqué. Vous savez intuitivement beaucoup de choses sur la monnaie. On s’attachera ici à les rendre encore plus percutantes, à les relier aux grandes théories et à montrer que bon nombre de dictons ou formules lapidaires véhiculent des vérités économiques profondes. Il y aura parfois des moments amusants, des commentaires cocasses ou des étonnements : on s’efforcera de les rendre aussi vivants et curieux qu’il est possible.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pascal Ordonneau ancien banquier, PDG et DG de banques et institutions financières françaises et étrangères, économiste, essayiste et chroniqueur pour plusieurs revues : les Échos, Atlantico, Blog du patrimoine. Auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages sur l’économie financière et monétaire et les crypto-monnaies.
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Seitenzahl: 119
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Pour illustrer un propos qui semblera « hérétique » à tous les gens qui se piquent de monnaies et d’innovations monétaires, il faut avoir conscience que sur le plan des idées et des techniques, la monnaie n’a pratiquement pas changé depuis l’antiquité. Aujourd’hui, quand se succèdent les monnaies cryptées, les monnaies digitales, les monnaies souveraines numériques, il faut savoir se souvenir que la monnaie, sous ses formes les plus anciennes, a traversé les siècles et les millénaires. Dans le vocabulaire monétaire, les mots les plus anciens n’ont pas perdu leurs lustres et les formules évoquant la monnaie, sa nature, sa détention et la souffrance qu’on éprouve quand on n’en a pas, sont toujours aussi signifiantes. Quand on est désargenté on n’a « pas un sou en poche ».
Le « Sou » ! Voilà un bel exemple de ce que, de nos jours, on nommerait résilience : le sou est une création romaine. En 312, l’Empereur Constantin, victorieux de son rival Maxence, décide d’une réforme monétaire radicale et remplace le vieil Aureus par le Solidus. Solidus, en latin, veut dire, stable, solide. Au fur et à mesure des décennies puis des siècles, la prononciation puis la graphie de Solidus ont évolué en sol et en sou.
Le solidus devient alors l’unité de compte dans l’ensemble de l’Empire. D’un poids de 4,55 g d’or (par comparaison, le Louis d’or pèse 5,8 g) son titrage, c’est-à-dire la teneur en or de chaque pièce, resta inchangé durant plus de sept siècles. En occident, il restera la monnaie de référence bien après la chute de l’empire Romain. Il faudra attendre Charlemagne pour que son poids en or soit modifié.
Et il faudra attendre 1 000 ans, en 1795, pour que le sou carolingien disparaisse… le « sou » aura vécu, 2 000 ans, officiellement. Officieusement, il continuera à mener une existence populaire. Les Français nommeront « sou » le vingtième du franc. La pièce en bronze de 5 centimes était qualifiée de « sou » et la « pièce de cent sous » voulait dire cinq francs.
Aujourd’hui, on serait étonné d’entendre une grand-mère, tendant un billet de 5 euros et disant à son petit-fils, « tiens ! voilà 100 sous » pour ton anniversaire. Ce seraient des « sous d’Euro »… mais des sous quand même !
Sous de Constantin, sous de Charlemagne, sous d’autrefois ? Résumons : vous le savez depuis longtemps : « un sou est un sou » car vous savez intuitivement beaucoup de choses sur la monnaie. On s’attachera ici à rendre ces choses encore plus percutantes, à les relier aux grandes théories et à montrer que bon nombre de dictons ou formules lapidaires que vous maniez sans hésitations, véhiculent des vérités économiques profondes.
Il y aura parfois, des moments amusants, des commentaires cocasses ou des étonnements : on s’efforcera de rendre ces vérités aussi vivantes et curieuses qu’il est possible.
Dans cet esprit, on distinguera trois façons d’appréhender la question « un sou est un sou » : on explicitera des idées dont l’évocation est permanente et prend les allures de formules définitives, on commentera des dictons familiaux. Et aussi, on présentera quelques-uns des « héros » de la monnaie. Il n’y a de richesse que d’hommes n’est-ce pas ?
J’ai souvent raconté cette petite histoire sur un voyageur mystérieux qui débarque dans une petite ville et qui y fait un miracle.
Je vous propose de la reprendre pour en tirer des leçons sur la monnaie et son rôle, son origine et sa destruction.
L’histoire
Un voyageur (on le nommera dorénavant : le visiteur) débarque dans une petite ville. Il se rend dans l’unique hôtel, s’accoude au comptoir et indique au propriétaire qu’il voudrait retenir une chambre pour la nuit. Il ajoute qu’il ne sait pas s’il l’utilisera. Tout dépendra de ses affaires. En cas de besoin, il pourrait repartir le soir même. L’hôtelier lui répond qu’il lui réserve immédiatement une chambre, sous réserve d’un dépôt de garantie de 200 euros, restituable si le visiteur ne donne pas suite à la réservation.
L’inconnu sort un billet de 200 euros, demande un reçu en bonne et due forme, le met dans sa poche et quitte l’hôtelier en lui souhaitant une bonne journée.
A peine, est-il parti que l’hôtelier, muni des 200 euros, fonce chez le charpentier qui avait réparé une partie de la poutraison de l’hôtel. Il entre dans son atelier l’air triomphant. Le charpentier, amusé, lui demande d’où vient cette belle humeur. L’hôtelier sort ses 200 euros et les mets sur l’établi. « Et voilà » chantonne l’hôtelier
« Je ne te dois plus rien ».
Le charpentier, stupéfait, oublie de demander au charpentier d’où il tire tant d’argent. Il lui donne une grande tape dans le dos et le remercie pour sa célérité à régler ses dettes. L’hôtelier, enchanté du compliment, s’en retourne à son hôtel. Au même moment, le charpentier court chez le marchand de couteau, ciseaux, tenailles, clous etc en tous genres. Et…
Vous avez deviné.
Lequel marchand fonce chez le propriétaire des locaux où il exerce sa profession. Il lui devait 6 mois de loyers depuis 6 mois.
Lequel propriétaire, débarque chez le marchand de vins chez qui il se fournit pour son ordinaire. Mais dont il était l’obligé depuis trois mois.
Etc. etc…
Jusqu’au moment où la fleuriste monte les marches de l’hôtel, se plante devant l’hôtelier et annonce : « Tu ne vas pas le croire. Tu te souviens que l’année dernière tu avais logé toute ma famille venue pour fêter l’anniversaire des 50 ans de mon mariage avec Jo. J’avais dit que je te paierai un peu plus tard. Tu n’y avais pas vraiment cru. Eh bien ! Voilà tes 200 euros. Ils sont là, devant toi, sur ton comptoir avec au surplus un grand merci de ma part et elle pose un billet de 200 euros, un peu froissé, qui a, semble-t-il, beaucoup servi et beaucoup voyagé.
L’hôtelier prend le billet, l’observe sous toutes les coutures, le reconnait finalement et l’air un peu moqueur, remercie la fleuriste : « Voilà un billet qui a beaucoup circulé… ».
La fleuriste prend congé. Peu de temps après, l’inconnu revient à l’hôtel.
« Désolé, mon bon ami, dit-il à l’hôtelier, je n’userai pas de vos aménités. Je repars dans la nuit. Je viens vous en avertir et, par la même occasion, récupérer mon dépôt de garantie.
« Que voilà », lui répond aussitôt, l’hôtelier, en lui tendant le billet, un peu froissé, plus très frais que l’inconnu lui avait remis le matin même.
Et d’ajouter avec un air important : « Vous avez de la chance, cher Monsieur, vous voilà avec un bel et bon billet, de bon aloi et de bonne facture. Dans d’autres lieux, quelques hôteliers moins scrupuleux que moi se seraient peut-être servi… »
L’inconnu acquiesce et, louant la rigueur et l’honnêteté de l’hôtelier, range le billet dans son portefeuille, le salue et s’apprête à partir… mais il se ravise et s’en retourne vers le comptoir. Il se plante devant l’hôtelier surpris et, comme sur le ton de la confidence, lâche en souriant :
« Ce billet est un faux. »
Cette dernière phrase devrait tuer !!!
L’hôtelier ne devrait-il pas se sentir floué. On lui a donné un billet faux, donc on a surpris sa confiance dans l’argent ; au surplus, on lui a fait prendre un risque considérable : il a payé quelqu’un avec de la fausse monnaie et il l’a tellement trompé qu’à son tour le charpentier est allé régler sa dette avec un billet faux et ainsi de suite.
Mais, d’un autre côté, en quoi le billet est-il faux ? L’inconnu ne le dit pas. Il dit simplement qu’il est faux, mais il est faux en quoi ? Parce qu’il n’y a rien derrière le billet ? Parce que la signature sur le billet est fausse ? Mais qui va vérifier les signatures sur les billets de banque ? Parce que le numéro du billet est faux, mais qui va vérifier le numéro ?
Que doit faire l’hôtelier ? Aller voir chacun et expliquer qu’ils n’ont jamais été payés puisqu’ils ont reçu un faux billet et que les uns et les autres doivent comprendre que rien n’a changé.
Est-ce vraiment praticable ? Il est certain qu’il sera mal accueilli !!! Qui vraiment se soucie de cette histoire ? Puisque personne n’a conservé le billet et qu’il est reparti comme il était venu avec l’inconnu ?
Cette petite histoire suffit par elle-même à montrer à quel point la monnaie est un fait de société compliqué. Chaque lecteur ne pourra pas ne pas être choqué par cette faute contre l’État : utiliser un billet qui est faux. Mais, quels sont les lecteurs qui n’auront pas envie de dire « peu importe personne n’a été lésé, bien au contraire, les uns et les autres ont été libérés de leurs dettes ». La preuve ? Si les agents économiques de ce petit univers économique avaient été au nombre de 10, on aurait décompté 2000 euros de dettes avant l’arrivée du voyageur. Quand il est reparti, le total des dettes était revenu à zéro.
D’autres lecteurs, portés sur les tours de prestidigitation, penseront qu’un illusionniste caché opère et que son intervention montre bien que la monnaie est une sorte d’illusion, un mirage, qui s’éloigne quand on veut l’attraper. D’autres enfin, se diront qu’après tout qu’importe la coupe pourvu qu’on ait l’ivresse : la monnaie peut être n’importe quoi, même fausse elle reste de la monnaie, même sous forme de cigarettes comme en Allemagne en 1945, même sous forme de poudre d’or comme dans le Klondike et même sous la forme de 0 et de 1 comme dans les crypto-monnaies qui s’efforcent d’envahir la planète.
Reconnaissons que tout ce qui vient d’être énoncé n’est pas faux et que peu ou prou, vous lecteur, avez votre idée sur ce que monnaie veut dire et ce qu’argent peut faire. Vous savez que le veau d’or est toujours debout et que tout l’or du monde ne peut rien aux famines si plus rien ne pousse. Vous savez que le rentier, un individu soi-disant prudent peut être néfaste à l’économie. Vous connaissez bien cette devise américaine apposée sur tous les billets des États-Unis « in god we trust »…
1325-1382 Économiste et intellectuel aux multiples centres d’intérêt, passionné de musique, de mathématiques, il écrit un Traité dénonçant les manipulations monétaires et préfigure ce que l’on nommera plus tard la loi de Gresham : la mauvaise monnaie chasse la bonne (Sur ce point voir le chapitre qui lui est consacré).
La blague est incontournable, vous n’y couperez pas : si vous vous mettez dans la situation d’inspecter attentivement les mentions d’un billet américain, quel qu’il soit, quelle que soit sa valeur faciale, vos copains ne vous épargneront pas la fameuse blague et chercheront à vous induire en erreur. Au lieu du fameux « In God We Trust » (en français : notre confiance est en Dieu), ils affirmeront : « In gold we trust » (en français : notre confiance est dans l’or).
Évidemment, c’est une blague… quoique… en y réfléchissant… l’une et l’autre formules veulent dire quelque chose d’important. Elles ne sont pas antagonistes au sens de la blague que voudraient lancer vos copains.
On se doute que « In God we trust” ait une dimension nettement plus profonde que « in gold we trust” !
D’où vient que cette profession de foi se soit retrouvée sur de vulgaires morceaux de papier… monnaie. Les billets de banque présenteraient si peu de sécurité qu’il faudrait en appeler à Dieu et à ses saints.
Rappelons l’histoire de cette fameuse devise qu’on trouve sur tous les billets et toutes les pièces de monnaie des États-Unis : elle apparait dans le cours de la Guerre de Sécession, en 1863. Sur la demande de nombreux citoyens, protestants convaincus pour la plupart, le directeur de la monnaie, se voit enjoindre par le Trésor américain d’apposer cette devise sur les billets et les pièces de monnaies. Il faudra pourtant attendre 1938 pour qu’elle soit généralisée à l’ensemble des monnaies papiers et métalliques des États-Unis. En 1956, « In god we trust » prend une dimension particulière : cette devise apposée sur les pièces et les billets devient la devise des États-Unis. (1)
Ceci rappelé, il vient beaucoup de choses de cette devise sur le plan de l’économie monétaire.
Pourquoi avoir porté le billet de banque sous l’invocation divine, indirectement, puisque la formule est celle que des croyants adresseraient volontiers au Dieu qu’ils vénèrent ? Pourquoi en 1863 et non pas auparavant.
À ce moment de l’histoire des États-Unis, la guerre de Sécession secoue furieusement l’économie et la société. Le dollar… (on devrait dire les dollars), n’y échappe pas !
Les Américains qui ont tenu à ce que cette devise soit apposée sur les monnaies métalliques et les billets de banque voulaient dépasser les particularismes de leurs émissions et les appuyer sur quelque chose de sérieux. Dans l’esprit d’un américain, quoi de plus sérieux que « God ». Les Présidents des États-Unis, jurent sur la bible. Cette dernière est sortie à chaque acte important de la vie sociale.
Mais au fait pourquoi tant de sorte de dollars ?
La réponse est simple : aux États-Unis, au moment où la devise « in god we trust » est introduite, il n’y avait pas de banque centrale déléguée pour émettre des billets qui vaudraient sur tout le territoire américain comme c’était le cas en France, en Angleterre ou en Allemagne et ailleurs.
Il y avait pourtant eu des tentatives d’installation d’une banque centrale. En 1791, « La First bank of the United States » fut mise en place pour gérer la nouvelle monnaie : le dollar. En 1816, elle fait faillite. Elle est remplacée par (ça ne s’invente pas) la « Second bank of the United States ». Il n’y aura pas de « Third bank of the United States » !!! En 1830, le président Andrew Jackson, hostile aux banquiers, s’oppose à l’idée d’une banque centrale et dissout la « Second bank of the United States ».
