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Une analyse critique fouillée des dessous des monnaies cryptées et de la blockchain.
Le Bitcoin, monnaie célèbre par ses frasques, ses dealers, et ses cours qui s’envolent et s’effondrent n’aura-t-il été que le cheval de Troie de la Blockchain ? Celle-ci, à l’inverse, n’est-elle pas un déni de démocratie, pour être tombée entre les mains des puissants de l’argent, de la technologie et des réseaux. Ce n’est pas seulement un débat pour Geeks. Derrière les lignes de code qui s’échangent et se vendent ce sont les Smart contracts qui avancent et avec eux l’internet des objets connectés. Les monnaies cryptées continueront-elles à se multiplier, mettant à mal l’argument de la monnaie unique ? Ou bien se cantonneront-elles dans un statut de monnaie spécialisées entre connaisseurs et aficionados ? Seront-elles les monnaies complémentaires futures ou bien la monnaie que vous fabriquerez comme vous produirez l’électricité.
La blockchain sera-t-elle l’ossature de la société de demain ? Les promesses sont considérables mais la route est semée d’embûches. Les heurs et malheurs des monnaies cryptées sont là pour montrer que le désir de liberté trouve sa limite chez les truqueurs et les voleurs. Est-il raisonnable de s’en remettre à un tiers de confiance sous forme d’équations mathématiques ?
Un ouvrage qui pose les questions qui dérangent et qui tente d'y répondre. Par un ancien PDG de banques françaises, expert en économie et monnaies cryptées.
EXTRAIT
On ne reviendra pas trop loin en arrière sur les modes technologiques de fonctionnement des systèmes bancaires. Gardons en tête que ceux-ci sont animés par l’obsession de la qualité et efficacité du service à la clientèle.
Quelles sont les exigences des clients des banques ? Dans le domaine de la monnaie, c’est-à-dire de l’apurement des créances et des dettes, les agents économiques, qu’ils soient particuliers ou professionnels, des individus ou des institutions, attendent des banques qu’elles leur garantissent sécurité, rapidité, simplicité. Les banques ont su capter les mouvements monétaires en proposant des services véritablement innovants. Le billet de banque a fait partie de ces innovations décisives. Par la suite, la monnaie de banque a apporté des moyens reposant sur la rapidité et la sécurité : transférer de l’argent depuis un compte bancaire vers un autre compte bancaire est moins risqué et plus rapide que de transporter des pièces d’or ou des billets de banque, spécialement si des centaines de kilomètres séparent débiteurs et créanciers. Progressivement, les banques ont introduit des méthodes quasi-industrielles pour assurer la fourniture de services de plus en plus complexes dans un univers de plus en plus globalisé.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Voilà le livre à mettre entre toutes les mains pour comprendre les monnaies cryptées, leurs histoire, leurs failles. Un essai complet sur cette "révolution" des monnaies cryptées... -
rebelle.blogspirit
À PROPOS DE L'AUTEUR
Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).
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Seitenzahl: 404
Veröffentlichungsjahr: 2018
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« J’ai pris connaissance des conditions mentionnées ci-dessus et m’engage à les respecter. »
À Athénaïs et Marguerite
Il est plus enrichissant de décrire le présent que d’imaginer l’avenir.
Émile Zola et Albert Robida l’ont démontré au siècle dernier. À la fin du XIXe siècle, ces deux auteurs ont proposé des visions de la société transformée par la révolution industrielle qui ont eu toutes les deux beaucoup de succès commercial. Le premier s’est attaché à investiguer ce qui deviendrait la finance moderne dans L’Argent, le marketing et les marchés de masse dans Au Bonheur des Dames. Le second a fait rêver ses contemporains en extrapolant les progrès techniques dans Le Vingtième Siècle. Il vantait les futurs ballons dirigeables personnels, qui devaient permettre à chacun de se déplacer dans l’air et transformer les tours de Notre-Dame en parking vertical. Il anticipait la distribution de potages à domicile par simple ouverture d’un robinet.
L’histoire n’a retenu que le nom d’Émile Zola, car son œuvre s’est avérée infiniment plus utile que la seconde. Elle a permis de comprendre en profondeur les forces à l’œuvre, de les relier à leurs antécédents historiques pour en mesurer la portée, de proposer des mots, des concepts et des scénarios aux décideurs pour outiller leur vision du monde.
C’est la méthode qu’emploie ici Pascal Ordonneau. Il retrace rapidement l’histoire de la monnaie bancaire, depuis le premier billet de banque jusqu’à la création monétaire issue des comptes de particuliers. Il rappelle que les banques se sont récemment accaparé les moyens de paiement, que la création de monnaie est devenue leur cœur de métier mais que la crise de 2008 a révélé la fragilité de leur système. Il observe que cette épée de Damoclès d’un blocage des liquidités et de l’économie justifie à lui seul la concurrence d’un système alternatif.
Or, il s’avère qu’à la suite du bitcoin, 500 monnaies cryptées se développent hors des circuits bancaires et de toute autorité de régulation. Il s’avère de plus que ces monnaies trouvent un terreau favorable à leur émergence grâce à de nouveaux services de paiement qui foisonnent pour partager l’addition au restaurant ou le coût d’un transport, pour payer par smartphone, demander de l’argent, laisser un pourboire ou créer une cagnotte. Après avoir pris soin de distinguer les monnaies scripturale, divisionnaire, électronique, cryptée, virtuelle, minée, ce livre détaille les avantages des nouvelles solutions de paiement : adaptées aux petits et aux gros montants, à l’immédiateté, aux longues distances, à l’anonymat, à la sécurité et à la mémoire de toutes les transactions dont elles ont fait l’objet. Plus étonnant, le bitcoin s’est vu consacré en tant que monnaie refuge lors des crises grecque et chypriote !
Sans parti pris, Pascal Ordonneau ne cache pas pour autant les risques tels la volatilité, le vol, la perte, la révélation de l’identité des utilisateurs, les arnaques, l’appropriation de la chaîne de production ou l’utilisation pour le trafic de drogue et des armes. Il explicite aussi avec patience les mécanismes sous-jacents sans tomber dans le technicisme. Les blockchains, techniques nécessaires aux crypto-monnaies, sont en particulier également utilisées pour mettre en œuvre des contrats auto-exécutables. Il s’agit de logiciels autonomes, déterminables et infalsifiables qui sollicitent les co-contractants pour les amener à remplir leurs obligations.
La rigueur de ce travail ramène à leur juste niveau les optimismes débridés qui voient déjà toutes ces techniques supplanter les banques en les vidant de leur substance. Elle tempère aussi les pessimismes excessifs, qui veulent interdire le bitcoin au prétexte des risques présentés. Rappelons que l’histoire est pleine de réglementations trop strictes qui ont empêché les avancées techniques. Pour éviter les accidents de la route, le Red Flag Act a par exemple contraint les premiers automobilistes anglais à être précédés d’un piéton agitant un drapeau rouge. Cette loi a pénalisé lourdement et durablement l’industrie automobile anglaise.
L’austérité ne l’emportant cependant pas sur la rigueur, quelques anecdotes croustillantes émaillent le propos. Où l’on apprend que la police a pincé un acheteur de faux billets réels avec de la vraie monnaie virtuelle, qu’un distrait a jeté par mégarde quelques millions de dollars avec son disque dur et que 50 millions de dollars ont été détournés lors d’une levée de fonds au profit d’un inconnu…
Sans optimisme ni pessimisme, les véritables problématiques sont abordées posément : les crypto-monnaies sont-elles des monnaies, des instruments de paiement, des devises ? Sont-elles des remises en cause de l’idée de monnaie ? Sont-elles l’instrument libertaire qui pourra détruire le pouvoir illégitime issu de la création de monnaie ? Les blockchains sont-elles le support d’un nouveau pouvoir centralisé dans les mains de quelques-uns ? Ces contrats sont-ils immuables au point de pouvoir se soustraire à l’intention commune de ses parties ? Est-il judicieux pour la Défense américaine d’utiliser la duplication massive des blockchains pour assurer l’inviolabilité de ses secrets ? Quand accorder sa confiance à un algorithme plutôt qu’à une institution ?
Pascal Ordonneau explore ces questions en profondeur, jusqu’à toucher les limites de l’état actuel de la réflexion, des écoles de pensée, des hésitations et des progrès réalisés.
Par souci pédagogique, il multiplie les retours historiques pour illustrer son propos. Au fil des chapitres sa comparaison permanente entre l’or et la monnaie cryptée devient ainsi le pur symbole de la métamorphose de l’économie. Historiquement, la richesse venait de la terre. Razzias, conquêtes, territoires, fiefs, unifications par mariages et colonisations en étaient les effets. L’or, rare, chimiquement stable et physiquement calibrable en était la monnaie. Le XXe siècle a été une phase transitoire où la richesse venait des échanges marchands. Parts de marché, taux de rotation, dépôts bancaires, crédit, financiarisation et titrisation en ont été les effets et la monnaie bancaire le support. Aujourd’hui la richesse de l’« iconomie » devient immatérielle : big data, clics, cocréation, coopération, contribution, propriété intellectuelle. Malgré les incertitudes sur les nouveaux équilibres des pouvoirs, malgré la multitude des chemins techniques et sociaux possibles, les descriptions minutieuses de ce livre font émerger progressivement une nouvelle évidence : la monnaie provenant des algorithmes prépare une révolution d’une ampleur comparable à ce que fut celle de l’imprimerie.
Vincent LorphelinPrésident de l’Institut d’Iconomie Fondateur de « Venture Patents »
Le bitcoin, monnaie cryptée idéale, la blockchain, système social rêvé. Vous en avez entendu parler un peu partout. Pour les décrier, rarement ; pour s’en enchanter, souvent. Ils sont de toutes les discussions sur la modernité. Ils sont l’objet de centaines d’articles et de livres de plus en plus nombreux. Ils sont scrutés comme on scrute l’avenir. Ils font l’objet de discours enflammés. De sermons même. C’est si tonitruant et tellement plein de convictions qu’on ne peut pas ne pas venir à cette question basique : « comment peut-on commenter des évènements en les disant « majeurs » alors qu’ils n’ont pas 10 ans d’existence ? »
Écrire sur les monnaies cryptées et la blockchain, n’est-ce pas écrire sur du sable ou essayer de mettre le vent en bouteille ?
On citera nécessairement l’invention de l’imprimerie pour dire que les monnaies cryptées et la blockchain contiennent autant de puissance révolutionnaire pour la pensée et la société.
C’était il y a un demi-millénaire. A-t-on lu, à l’orée de cette révolution, 10 ans après 1454, tout ce qu’il fallait en attendre durant les 500 années suivantes ? Mais l’époque a bien changé et le temps s’accélérerait. Ce qui n’était pas concevable, ni convenable de deviner en ce milieu du XVe siècle, pourrait, de nos jours, faire l’objet de spéculations plus raisonnables et plus maîtrisées. N’avons-nous pas conquis le monde des algorithmes ? Ne les avons-nous pas asservis grâce à des puissances de calcul colossales ? Avons-nous encore vraiment peur du battement d’aile d’un papillon au-dessus de la campagne anglaise ? Nous avons les moyens d’investiguer le monde pour trouver le Bang initial. Nous pouvons donc légitimement discourir sur cet avenir incroyable qui repose sur des briques nouvelles, parmi lesquelles les monnaies cryptées et la blockchain.
On ne prendra pas parti sur l’avenir et les richesses que pareil avenir nous promet, les libertés à venir et les révolutions sociales qui s’annoncent grâce aux monnaies cryptées et aux blockchains. On se contentera dans cet ouvrage, plus modestement, de proposer :
– un travail d’information à l’égard de ceux qui ne savent pas encore mais qui ont conscience que quelque chose se passe dont il faut comprendre les configurations ;
– un travail de mise en perspective, pour ceux qui ont une bonne idée de ce qui se passe, mais qui se sentent un peu perdus dans la forêt. Les chemins n’ont pas été balisés ;
– un travail de challenge vis-à-vis de tous ceux qui savent et qui participent aux calculs, aux problèmes, aux réseaux, pour leur suggérer de prendre un peu de recul.
Les monnaies cryptées, apparues il y a moins de 10 ans, entendent libérer la monnaie et la rendre aux peuples. La blockchain (on verra qu’il serait plus judicieux de dire « les » blockchains) est sur le devant de la scène depuis moins de cinq ans et réinventerait la démocratie. N’allez cependant pas croire qu’ils ont surgi d’un coup sous le regard émerveillé de quelques geeks enthousiastes.
Ils viennent de mouvements profonds, sociétaux et technologiques. On les abordera, ils sont le terreau.
L’histoire ne fait que commencer. On entend dire que l’arbre a commencé à pousser et qu’il lance ses branches à l’assaut du ciel. Il est vraiment trop tôt pour parler de l’arbre et de ses fruits. Il vaut mieux aujourd’hui penser à une image que j’affectionne : le buisson. Il part de tous les côtés et on ne saurait pas dire quel surgeon l’emportera.
La puissance et la richesse des banques font fantasmer depuis des lustres. On passera sur les références les plus anciennes, quand le mot banque n’existait pas encore : l’activité bancaire ne fait pas partie des « plus vieux métiers du monde » contrairement à ce que certains caricaturistes veulent laisser croire. L’activité bancaire telle que nous la connaissons n’a rien à voir avec les pratiques des Jacques Cœur, des Fugger et des Médicis. La banque moderne est née du jour où un entrepreneur en banque du nom de Palmstruch lança une innovation révolutionnaire : le billet de banque.
Note 1 – Palmstruch
Johan Palmstruch, né à Riga en 1611. Mort à Stockholm, en 1668.
Marchand hollandais d’origine lettone. Il a créé la Banque de Stockholm devenue la Banque de Suède.
La trouvaille de Palmstruch réside dans la déconnexion qu’il parvint à faire accepter entre l’or qui lui était confié par les clients de sa banque et les billets que sa banque émettait en représentation de ces dépôts et, par conséquent, convertibles en or. Cette déconnexion avait permis à Palmstruch le tour de force d’émettre davantage de billets de banque en valeur que la valeur de l’or qu’il détenait.
Le mécanisme qu’il avait mis en œuvre reposait sur une innovation juridique partant sur un fond ancien : le billet à ordre et la lettre de change. Ces derniers correspondent à des opérations de crédit entre professionnels. Ils ont pour particularité de se transmettre par endos. Une lettre de change était (et est toujours) une reconnaissance de dette née à l’occasion d’une opération commerciale. Le porteur, créancier à la suite d’une transaction quelconque, une vente de blé par exemple, payable dans un délai donné, peut transférer son titre de créance à la personne de son choix par un simple endos à l’ordre de cette dernière. Cette personne, à son tour, peut endosser la lettre de change à l’ordre d’un de ses créanciers. Et ainsi de suite, jusqu’au terme de la dette, c’est-à-dire jusqu’au moment où le délai de paiement stipulé sur la lettre de change est révolu. Les personnes au profit de qui a été endossée la lettre de change sont réputées solidaires du paiement final de cette dernière. C’est la force de cet instrument de paiement.
On relève ici deux aspects dont le billet de banque va être débarrassé : la personnalisation tout d’abord, car le porteur initial de la lettre de change et les endossataires successifs sont tous dénommés : ils sont connus. La personnalisation donne toute sa force à la solidarité qui lie les endossataires. Le deuxième aspect tient au sous-jacent de l’émission de la lettre de change : elle est créée par suite d’une transaction commerciale. L’expression : « valeur en marchandise » constituera une mention obligatoire de la lettre de change et un moyen de contrôle de la réalité de son sous-jacent, la transaction. La lettre de change reflète par nature une transaction commerciale et elle porte crédit dans ce cadre précis. Elle ne peut donc être émise dans le cadre d’une transaction financière. Rappelons en effet que, pendant plusieurs centaines d’années, le prêt à intérêt fut interdit.
Le billet tel qu’il est mis en œuvre par Palmstruch, bien qu’empruntant leur forme au billet à ordre et à la lettre de change, est « anonyme », « abstrait » et convertible en or. Anonyme, car s’il constitue bien une reconnaissance de dette de l’émetteur qui signe le billet, il est stipulé au porteur, c’est dire qu’il est valable à l’égard de toute personne détentrice dudit billet. Il est abstrait, en ce sens qu’il ne se réfère à aucun sous-jacent. Il n’est pas causé « valeur en marchandise ». Il est détaché de toute transaction. Cela ne signifie pas qu’il n’est pas utilisé dans des transactions mais simplement qu’il peut avoir circulé en dehors de transactions strictement commerciales. Le billet de Palmstruch est créé « valeur en or » : son sous-jacent est un dépôt en or auprès de l’émetteur du billet.
Ces caractéristiques du billet de banque n’auraient pas été suffisantes pour révolutionner la vie économique et financière. La convertibilité en or est l’élément nodal de l’innovation. Si le billet est une reconnaissance de dette de l’émetteur, la banque, il tire sa force de sa convertibilité : « il vaut de l’or ». L’acceptabilité du billet repose sur la réputation de l’émetteur en tant que dépositaire. Celui-ci devient ainsi « tiers de confiance » (un terme qu’on retrouvera plus loin) en ce sens que les porteurs de billets sont convaincus que la dette dont il est redevable est, exactement et sans conteste, « couverte » par l’or qu’il détient en dépôt quelle que soit la raison qui l’en a fait détenteur.
Palmstruch fit le pari que tous les billets émis ne seraient pas portés à la conversion en or en même temps et qu’une part importante demeureraient dans les mains des porteurs parce que plus faciles à utiliser et à stocker que l’or. En conséquence, une part relativement stable de billets « flottait » sans être convertie : il devenait possible d’émettre plus de billets qu’il n’y avait d’or dans les coffres de la banque. Ces billets-là étaient émis à l’occasion d’opérations d’escompte de lettres de change. Les commerçants titulaires des titres de créance décrits plus haut obtenaient un crédit bancaire (crédit d’escompte) sous forme de billets convertibles en or, contre remise des lettres de change qu’ils détenaient en portefeuille. Ils retrouvaient des liquidités pour mener de nouvelles opérations beaucoup plus commodément qu’avec de l’or. Ils transmettraient les billets de banque dans des conditions de formalisme beaucoup moins lourds que l’endos des lettres de change puisque les billets étaient « anonymes » et « abstraits ».
Innovation très forte et promise à un bel avenir – il faut cependant relever que le billet de banque n’a vraiment pris son essor que dans le courant du XIXe siècle. Plus important, la puissance de l’innovation ne s’est révélée qu’avec la naissance de la banque moderne dont le modèle culminera au début du XXIe siècle.
Quels sont les points communs entre l’invention de la monnaie métallique signée : les pièces d’or ou d’argent frappées par une autorité politique, et celle du billet de banque, monnaie papier signée par le détenteur du dépôt en or ? Un point est très fort : la liquidité. En vertu de celle-ci, les porteurs des monnaies signées, qu’elles soient ou non métalliques, peuvent se libérer instantanément de leurs dettes par simple remise de ces monnaies.
C’est ainsi que l’or, le billet puis, plus tard, la monnaie de compte, font passer les modes de paiement dans un univers radicalement nouveau et « supérieur » : leur détenteur n’a de compte à rendre à personne. Il peut solder ses dettes sans discussion. Il a, au surplus, entre les mains les moyens d’attendre et de se déterminer quand il le veut.
La révolution de Palmstruch est longtemps demeurée entre les mains d’un petit nombre. Il faudra attendre le courant du XIXe siècle pour qu’une autre révolution survienne : la mainmise des banques sur l’émission de la monnaie.
Elle se résume dans une formule célèbre : « les crédits font les dépôts ». Les dépôts sont un des constituants (le plus important) de la masse monétaire. La formule en question est la pierre angulaire de la théorie de la monnaie élaborée par J. M. Keynes pendant les années 1930.
Note 2 – John Maynard Keynes
Né le 5 juin 1883 à Cambridge et mort le 21 avril 1946 à Firle, John Maynard Keynes fut un des plus grands économistes du XXe siècle. Son livre « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » est à l’origine d’une révolution dans la façon de penser l’économie : il est à l’origine du keynésianisme, reflétant une vision radicalement nouvelle de la macro-économie et des rapports entre l’État et l’économie. Il fut un acteur influent de la scène politico-économique en tant que conseiller d’hommes politiques et diplomates et l’un des acteurs principaux des accords de Bretton Woods, après la Seconde Guerre mondiale.
Cette formule est exactement à l’opposé de la théorie monétaire classique pour qui « il n’y a pas de crédit sans dépôt », comme on pouvait dire à l’époque de Palmstruch (et plus tard) qu’il n’y a pas de billets sans or déposé ne serait-ce que partiellement. La thèse keynésienne reposait sur un constat informulé : les banques forment un réseau, les crédits des unes se concrétisent sous la forme de crédits en compte dans les livres des autres (et tout aussi bien dans les livres de la banque qui a ouvert le crédit). Il en résulte que sur un plan comptable, les crédits en compte se traduisant par des dépôts en compte, les crédits ont bien créé des dépôts. Inversement, le remboursement des crédits se traduit par une diminution des dépôts…
À l’époque de Keynes, cette proposition était audacieuse. Les banques n’avaient pas « conquis » totalement leurs marchés. Les crédits pouvaient se traduire par une demande d’or ou de monnaie banque centrale. Ils ne « fabriquaient » pas immédiatement de la monnaie. La proposition de Keynes était très contestée : théorie que cette idée que les crédits font les dépôts, entendait-on proclamer ! Qui ne voit que les banques ont besoin des dépôts pour faire des crédits ? Qui ne comprend que la mainmise des banques sur les moyens de paiements tient justement à leur souci de maintenir au plus haut leurs dépôts en contrôlant l’usage que font les détenteurs des comptes bancaires de leurs ressources en monnaie scripturale.
Dans les faits, il faut admettre que la formule « des crédits font les dépôts » n’est devenue une réalité que lorsque les banques réussirent à convaincre le public de détenir un compte en banque où créditer les revenus et par lequel effectuer des dépenses,
Revenons un instant sur ce « miracle économique ». Un réseau de banques interconnectées de façon pure et parfaite ne se comporte pas sur le plan comptable différemment d’une seule et même banque. Les crédits d’une banque vont faire les dépôts de l’autre, et inversement. La monnaie créée, qu’on qualifie de monnaie de banque ou de monnaie scripturale, s’accroît sans autre limite que les remboursements effectués par les bénéficiaires des crédits. Mais, si dans le temps, les crédits consentis ne cessent de croître, la création monétaire ne cesse aussi de croître.
Note 3 – La monnaie scripturale et les états de la monnaie
La théorie traditionnelle de la monnaie divise la « monnaie » en trois « espèces » : la monnaie métallique, c’est-à-dire les monnaies d’or, d’argent principalement. Ces monnaies sont en général émises par une institution. En France, le Trésor. Il faut y ajouter une sous-catégorie, « les monnaies divisionnaires » qui correspondent aux « petites monnaies métalliques », celles qui sont faites en aluminium, en cuivre ou en toute autre matière et portent des valeurs faciales très faibles (les centimes).
La monnaie fiduciaire qui correspond aux billets de banque, c’est-à-dire émis par les banques. Dans la réalité économique des pays modernes, ces billets sont ceux émis par la banque centrale, ou ses délégués.
La monnaie scripturale, ou monnaie de banque ou monnaie de crédit : c’est la masse des dépôts sur les comptes ouverts dans les livres des banques.
Extrait de La désillusion, P. Ordonneau
Quelles seraient les limites à pareille explosion dans la création monétaire ? En revenant en arrière dans le temps, les limites au dynamisme des émules de Palmstruch apparaissaient vite : devant une production trop importante de monnaie, les porteurs de billets ou les titulaires de comptes en banque, s’inquiétaient et étaient tentés de demander la conversion en or. On nomme ceci « une fuite ». C’est d’ailleurs dans ce contexte que la carrière de Palmstruch prit fin : il n’eut pas assez d’or pour faire face à une panique des détenteurs de billets. Ceux-ci réduisirent à néant le pari fait sur la non-conversion en or d’une grande proportion de billets. Dans les temps modernes pareilles fuites ne se manifestent pas par une conversion de billets en or, mais par la conversion en billets de banque émis par la Banque Centrale ou dans une autre monnaie, des avoirs détenus sur les comptes bancaires en monnaie scripturale. Une autre limite ne repose pas sur la peur ou la perte de confiance mais sur les règles de distribution de crédits et/ou de couverture des dépôts imposées par les pouvoirs publics.
Ces règles existent depuis que les banques ont pris une de capacité de contrôle sur la monnaie. Elles sont importantes en elles-mêmes mais pour notre sujet trahissent surtout une réalité qui est progressivement devenue explosive : les banques se sont appropriées la création monétaire.
Dans l’esprit de nombreux consommateurs de services bancaires et financiers, la monnaie est toujours le privilège du souverain. S’il faut en avoir une preuve, on peut penser la trouver dans les mentions reportées sur un billet de banque qui rappellent les articles du Code pénal sanctionnant la fabrication « privée » de la monnaie banque centrale, la « contrefaçon » ou le « faux-monnayage ». Et c’est vrai : les billets de banque, c’est-à-dire de nos jours les billets émis par la banque centrale, sont protégés. Mais ils représentent une très faible part de la masse monétaire. Cette dernière est essentiellement composée de dépôts bancaires. Or, comme on l’a montré, pourvu que le système bancaire ne « souffre » pas de fuites, c’est bien lui qui, faisant les crédits, fait les dépôts et, par là même, la monnaie.
Sous différentes formes, par différents moyens, les banques se sont donc progressivement accaparé l’ensemble des moyens de paiement. La crainte que la monnaie de banque, la monnaie scripturale, ne soit convertie en d’autres supports monétaires est devenue l’obsession des systèmes bancaires. Les banques, pour protéger leur « privilège » ont même accepté l’innovation et promu de nouveaux services !
Ainsi la boucle des systèmes bancaires a été bouclée : les banques, sous des formes diverses mais avec des objectifs très homogènes ont, dans tous les pays occidentaux, développé les moyens d’une maîtrise de la production monétaire. En France, ce mouvement a conduit à l’essor du paiement par chèque, stimulé par les lois qui imposèrent le paiement en monnaie de banque pour les salaires au-dessus d’un certain montant. Fondement juridique mal connu mais tout aussi important : la mensualisation des salaires se traduisit finalement par l’obligation de les payer en monnaie de banque.
Puis des techniques de virement, prélèvements automatiques ou non, la mise en place des techniques électroniques, cartes bancaires, cartes de paiement, paiement électronique, banque en ligne, ont vu le jour pour maintenir la capacité des banques à produire de la monnaie sans limites autres que leurs politiques de crédit et, accessoirement, les régulations imposées par les pouvoirs publics au niveau national ou au niveau international.
Pour aboutir à leur mainmise sur la production de monnaie, les banques devaient faire disparaître par moyen de concurrence, de réglementation ou de ringardisation tous les moyens de paiements concurrents, ceux qu’on pourrait nommer les monnaies non-bancaires. Dans ce mouvement général, certains moyens de paiement, attachés aux banques, ont été aussi touchés.
Commençons par les plus anciens et vénérables de ces moyens de paiement : le billet de banque et les monnaies divisionnaires.
On a indiqué, pour ce qui concerne la France, par quelles dispositions législatives et réglementaires, sur le paiement des salaires en particulier (mensualisation en 1970 en France), le sort du billet de banque avait été scellé.
La lutte pourtant a été longue. En commun avec l’or, le billet de banque avait pour lui les vertus de l’abstraction et de l’anonymat. En payant par ce moyen, on se libérait de sa dette quelle qu’en soit l’origine et sans se faire remarquer. On en a dit l’inconvénient pour les systèmes bancaires modernes : les fuites de monnaie. Le fisc, de son côté, voyait beaucoup d’inconvénients dans l’anonymat et l’abstraction, les « qualités » des billets de banque.
Le premier inconvénient tient à la surveillance des transactions et à la traque contre les délinquants sous toutes leurs formes, le deuxième, au risque de dissimulation fiscale portant sur les impôts et taxes directs ou indirects. Une sorte de communauté d’intérêts a conduit les États et les systèmes bancaires à se liguer contre l’usage de l’ancienne icône de la modernité financière : le billet de banque. Combat de longue haleine et qui a pris récemment une dimension quasiment mondiale. La France, où les coups de boutoirs de l’État et des banques ont contribué depuis longtemps à réduire l’usage du billet de banque, est entrée dans une sorte de phase finale en s’accordant avec ses partenaires de la zone euro sur la suppression des billets de 500 euros. Ce n’est que le début de la fin de la monnaie papier ! Dans certains pays de l’Euro, le remplacement de cette dernière par des monnaies cryptées ou selon quelques observateurs, des e-monnaies, est en cours d’études. Elle est bien avancée dans quelques pays du Nord.
Note 4 – E-monnaies
La terminologie en matière de monnaies qui s’échangent sur Internet n’est pas totalement fixée. Toutefois, le terme e-monnaie qui a pu être un moment usité, ne l’est plus beaucoup. Il vaut mieux se référer aux monnaies cryptées, minées ou non.
Un combat mondial ? S’il faut en croire les mesures autoritaires qui ont été prises en Inde ou au Venezuela, le mouvement devient général quand bien même les motivations seraient ici franchement répressives ! Peut-on en conclure que le billet de banque aura disparu à la fin de la décennie ? Sûrement pas ! Mais il est fort probable que billets et pièces subiront une forte contraction de leurs parts dans le marché des moyens de paiements.
On n’a pas encore évoqué le cas des monnaies dites divisionnaires. Les fameuses pièces de monnaie qui, depuis la démonétisation de l’or, ne portent plus que des valeurs de petits, voire d’infimes montants. De tout temps la vie économique n’a pu se passer de moyens destinés à régler les petits montants. L’invention de la monnaie « signée et certifiée » par les rois lydiens (le fameux Crésus fait partie de cette lignée) n’a pas provoqué la fin des moyens « infimes » de paiement. Ils usaient de tous les supports possibles, métaux vils, plomb, étain, cuivre, végétaux, carottes de tabac, grains de blé et autres.
Ces piécettes ont longtemps été émises sous la responsabilité d’entreprises ou de collectivités décentralisées. En France, les chambres de commerce eurent la mission de fournir leurs adhérents en monnaies divisionnaires jusqu’à ce que le Trésor n’en récupère la frappe peu avant la seconde guerre mondiale. Ce n’était pas l’appât du gain de seigneuriage qui le guidait mais un souci d’homogénéisation de la production de pièces et la nécessité de fournir régulièrement les acteurs économiques en monnaies de petits montants. Le coût de fabrication des pièces souvent supérieur à leur valeur faciale était dissuasif et aggravé par une attrition très élevée des piécettes : de petite taille, légères et sans beaucoup de valeur, elles étaient, et sont toujours, facilement perdues, oubliées, détruites, abîmées contraignant les émetteurs à de multiples frappes sans profit !
On comprendra que dans la zone euro, une « grave » question se pose : faut-il continuer à émettre des pièces de 1 centime d’euro ? Leur coût combiné avec la hausse moyenne des prix et une taille minuscule a conduit à de nombreuses reprises à s’interroger sur l’opportunité de leur frappe ! Le remplacement de ces pièces par des moyens de paiement électroniques ou informatiques est régulièrement versé au débat. Il ne faut pas se tromper sur ce qu’on qualifie ici de « monnaie électronique », quel que soit le mode d’échange et de paiements, cartes prépayées, échanges électroniques via des équipements spéciaux, des téléphones ou des smartphones, il s’agit de monnaie de banque.
Le mouvement d’élimination des moyens de paiement traditionnels, entamé avec le cantonnement puis l’élimination des paiements en billets, serait complété par celui des monnaies dites « divisionnaires », pièces de monnaie en tous genres, toujours au profit de la monnaie de banque, complétant la généralisation de son usage et la capacité des banques à en produire indépendamment de toutes autorités monétaires.
L’évolution des technologies, la combinaison de l’informatique et d’Internet, la mise en œuvre de la cryptographie, en d’autres termes l’émergence des monnaies cryptées et le fait qu’elles semblent être infiniment moins coûteuses à produire et à manipuler, pourrait bien marquer un tournant définitif. Nouvelle conquête bancaire ? Pas si sûr, car ce changement ne se ferait pas nécessairement au profit du monde bancaire et de sa capacité à produire la monnaie. S’il ne s’agissait que de monnaies divisionnaires et d’une concurrence d’un autre type portée à l’universalisation de la monnaie de banque, la menace ne serait pas trop grave. S’il s’agit de l’arrivée de nouveaux modes de paiement, concurrents de la monnaie de banque, c’est une toute autre affaire.
Note 5 – La diversité des moyens de paiement a un coût
Dans l’Union européenne, le morcellement du marché des paiements coûte chaque année 130 milliards d’euros, soit plus de 1 % du PIB de l’UE.
On ne reviendra pas trop loin en arrière sur les modes technologiques de fonctionnement des systèmes bancaires. Gardons en tête que ceux-ci sont animés par l’obsession de la qualité et efficacité du service à la clientèle.
Quelles sont les exigences des clients des banques ? Dans le domaine de la monnaie, c’est-à-dire de l’apurement des créances et des dettes, les agents économiques, qu’ils soient particuliers ou professionnels, des individus ou des institutions, attendent des banques qu’elles leur garantissent sécurité, rapidité, simplicité. Les banques ont su capter les mouvements monétaires en proposant des services véritablement innovants. Le billet de banque a fait partie de ces innovations décisives. Par la suite, la monnaie de banque a apporté des moyens reposant sur la rapidité et la sécurité : transférer de l’argent depuis un compte bancaire vers un autre compte bancaire est moins risqué et plus rapide que de transporter des pièces d’or ou des billets de banque, spécialement si des centaines de kilomètres séparent débiteurs et créanciers. Progressivement, les banques ont introduit des méthodes quasi-industrielles pour assurer la fourniture de services de plus en plus complexes dans un univers de plus en plus globalisé.
Transmettre des fonds depuis la France en direction d’une banque « perdue » dans les Montagnes Rocheuses aux États-Unis, protéger les comptes de leurs clients contre les intrusions de malfaiteurs et contrefacteurs, mais aussi et surtout faire en sorte que les transferts de fonds soient aussi rapides lorsqu’il s’agit de petites sommes que de très gros montants, voilà les contraintes que les banques et les systèmes bancaires ont à affronter. Il s’agit pour elles de « rester dans la course » et d’investir dans les technologies les plus performantes pour assurer clients, partenaires et pouvoirs publics que leur rôle de tiers de confiance se déroule dans les meilleures conditions possibles.
Cet aspect de l’activité bancaire est le plus mal connu. Il est aussi le plus rébarbatif. Il est en effet flatteur vis-à-vis du public de se poser en défenseur des malheureux et des pauvres devant les molochs de la finance. C’est moins passionnant de débattre des avantages et des inconvénients du système SEPA.
Afin que des systèmes bancaires soient efficients dans les termes ci-dessus, leur interopérabilité implique la mise au point de normes d’échanges entre banques. Ces normes supposent que, préalablement, soient harmonisés les principaux instruments de paiement (virement, prélèvement et carte bancaire). Mais aussi que les modes d’identification des donneurs d’ordre, de leurs mandataires et de leurs correspondants soient combinables et interprétables sans aucune perte de temps.
Un récent exemple donnera une indication des enjeux techniques, juridiques et technologiques. Le RIB (Relevé d’Identité Bancaire), cher aux utilisateurs français de services bancaires durant plusieurs décennies, a disparu depuis 3 ans sans que cela ait fait grand bruit… si ce n’est dans un cénacle d’entreprises ou de responsables monétaires… directement confrontés aux bugs du nouveau système.
Ce mode d’identification a été remplacé par « l’espace unique de paiement européen (Single Euro Payments Area ou SEPA) » et une codification internationale normalisée qui repose sur deux identifiants : IBAN (International Bank Account Number) pour identifier un compte bancaire de manière unique dans le monde et BIC (Business Identifier Code) pour identifier un établissement financier (notamment une banque/agence) de manière unique également. (On verra que dans le cadre des monnaies cryptées, la sécurité des intervenants repose aussi sur deux éléments : les clefs privées et les clefs publiques).
La portée du changement n’est pas mince : 28 pays de l’Union européenne (y compris les 11 pays n’ayant pas adopté l’euro) l’ont mis en place, de même que les 4 pays de l’Association Européenne de Libre Échange : la Suisse, Le Liechtenstein, L’Islande et la Norvège, sans compter Monaco. Ce mouvement avait été initié dès janvier 2008 pour les opérations internationales de la « Zone Sepa », puis en 2010 pour les prélèvements.
Autre exemple de cette volonté d’adaptation des banques : la Banque centrale européenne (BCE) a présenté en 2014 un document destiné à préparer de nouvelles mesures en matière de « paiement instantané ». Les banques européennes ont voulu répondre à ce défi et faire des paiements instantanés une réalité en 2017.
Or, les paiements instantanés sont « le » sujet des monnaies cryptées. Qui parle du bitcoin et des autres monnaies de ce type ne manque pas de raconter l’histoire du copain américain à qui on verse les 10 dollars (sous forme de bitcoin bien entendu) qu’il vous avait prêtés il y a un an lors de votre visite à New York… Il est réglé en 5 minutes et non pas en 5 semaines !
Les banques agissent-elles ici sous pression ? Leurs stratégies nouvelles en matière de compensation et d’opérations ont-elles pour objectif de maintenir des positions durement acquises et de protéger leurs investissements et coûts de fonctionnement considérables en équipements informatiques ? Cherchent-elles à maintenir des solutions informatiques qui datent et à s’opposer à l’émergence de nouvelles technologies : les monnaies cryptées, la blockchain ? Leur présence dans des cercles de recherche sur les monnaies « internet » ou via des participations dans quelques Fintech, sont-elles un moyen de retarder l’inévitable ou de détourner à leur profit une révolution en marche ?
Les banques sont lancées dans un mouvement extrêmement fort qui va de la mise en place de solutions pour les petits paiements, pour les paiements instantanés, pour les solutions de paiements de très gros montants, à la création de nouveaux supports et à la collaboration avec de nouveaux acteurs de paiements. Le monde qu’elles avaient révolutionné change à grande vitesse. Les banques parviendront-elles à se changer ou bien seront-elles détrônées par les nouvelles monnaies et les nouveaux modes de transmission et de compensation de dettes et des créances ?
Un « tsunami », c’est le mot qui colle vraiment avec les évènements de 2008 ! On pourrait dire qu’au moment où les systèmes bancaires paraissaient avoir définitivement emporté le combat pour la maîtrise de la monnaie, une vague immense a déferlé, ruinant 50 années d’efforts théoriques, pratiques, réglementaires et législatifs.
Les « évènements » de 2008 donneront lieu à des milliers de pages d’analyse dans les années à venir et on en parlera dans 100 ans comme, près de 90 ans après, on parle encore de la crise de 1929. On sait que la crise de 2008 a trouvé ses racines dans une double série de phénomènes : en premier lieu, l’ultra-libéralisation des activités bancaires aux États-Unis et dans les pays qui suivent leur voie en matière de théorie et de pratique économiques et parmi eux quelques pays appartenant à l’Union Européenne ainsi le Royaume-Uni et l’Irlande. En deuxième lieu, l’utilisation débridée de techniques financières sous le nom de produits dérivés, de titrisation et de subprimes fondées sur le fonctionnement du marché de l’immobilier américain : elles provoquèrent des chocs en retour incontrôlables.
La crise des subprimes est globalement une crise de la fonction « banque d’investissement » (ou investment bank). Aux États-Unis, les défenseurs du libéralisme financier et monétaire avaient remporté une victoire décisive en obtenant la suppression des barrières entre les deux grands pans de l’activité bancaire : les activités de banques de dépôts et les activités de banque d’investissement. La séparation des deux activités avait été « théorisée » au début du XXe siècle par le fondateur de la banque moderne, un Français, Henri Germain, patron du Crédit Lyonnais. La crise de 1929 avait convaincu le législateur américain de mettre cette séparation en place sous la forme du « Glass-Steagall Act » du nom de ses promoteurs.
Note 6 – Subprime
Terme financier américain : les subprimes sont des prêts consentis à des emprunteurs dont la capacité de remboursement est jugée plus faible que celle d’un benchmark : le prime lending. Les emprunteurs « subprime » sont moins fiables et se voient appliquer des taux plus élevés.
En fait, les banques américaines considéraient que l’augmentation des prix de l’immobilier, réguliers depuis des années, permettraient de rembourser les prêts consentis. Or, les prix de l’immobilier stagnèrent puis s’effondrèrent. En 2007, au début de la crise, trois millions de foyers américains étaient en situation de défaut de paiement en raison de crédits distribués sans tenir compte de leurs capacités de remboursement.
L’impact financier des subprimes a surgi lorsqu’il fut mis au jour que les portefeuilles de crédits subprimes avaient été « titrisés », dotés de notation tout à fait flatteuses de la part des agences de notation les plus célèbres. Cette titrisation transformant les prêts en placements sécurisés, de nombreux investisseurs furent pris au piège de l’effondrement du marché immobilier américain créant une spirale de faillites bancaires sans précédent.
Extrait de La désillusion, P. Ordonneau
Les mouvements de libéralisation accélérée de la place de Londres à l’époque thatchérienne avaient dérivé une part importante des activités financières et bancaires mondiales vers la Grande-Bretagne. En réaction, les banquiers américains obtinrent que la séparation fût supprimée. Les banques commerciales et les banques d’affaires purent s’allier ou fusionner. Les banques d’affaires, traditionnellement limitées dans leurs activités par la faiblesse de leurs ressources, purent s’appuyer sur l’énorme garantie que représentaient les dépôts des entreprises et des particuliers. L’élargissement des marchés financiers sous les deux angles de la mondialisation et de la globalisation (inclusion des assureurs dans ce nouvel univers de la finance mondiale) provoqua une explosion de l’activité « investissement ». Les réglementations contraignantes ayant disparu, ne demeuraient plus que les « notes » plus ou moins bonnes données sur les établissements et leurs opérations par les Agences de Notation.
Mais ces dernières étaient trop proches des nouveaux acteurs financiers dont elles étaient les partenaires et dont elles dépendaient bien souvent en termes de chiffre d’affaires pour que leur classification des risques soit vraiment pertinente. Seules, les exigences de la réglementation internationale en matière de ratios d’activité et de structure de bilan, les fameux ratios Cooke, étaient supposées instaurer des garde-fous… à condition que les fous se préoccupassent d’être gardés.
Note 7 – Agences de Notation
Il faut revenir un peu en arrière dans le temps, à l’aube des agences de notation. L’Agence Poor qui précéda Standard and Poor était un éditeur de données chiffrées. De même pour Moody’s et Fitch. Au début du siècle dernier et même à la fin du siècle précédent, il existait des journaux d’information destinés à des décideurs dans les entreprises. Leurs lecteurs payaient au numéro ou sur abonnement pour avoir à leur disposition les données, les chiffres, les prix, rassemblés sur une parution.
Beaucoup plus tard, les agences se sont lancées dans la vente d’information qualifiée via les exercices de notation. Il s’agissait d’ajouter de la valeur à l’information primaire et brute. En plus de montrer les bilans des entreprises pétrolières, les agences d’information économique proposèrent de vendre des jugements… Donc les clients des agences payaient pour des informations sur d’autres entreprises.
Les Agences de notation « notent » donc les entreprises et toutes les institutions. Elles ont par la suite ajouté à ces notations des notes sur les actifs en tous genres, actions, obligations, prêts etc. et subprimes.
On a attribué une part de la crise de 2008 à leurs opinions trop souvent positives sur les titrisations de subprimes.
Extrait de La désillusion, P. Ordonneau
Note 8 – Ratios Cooke
Durant les années 1980, l’idée d’encadrer l’activité des banques a donné lieu entre les pays développés aux accords de Bâle et à la définition des ratios dits « Cooke », du nom d’un directeur de la Banque d’Angleterre. Le Ratio Cooke (en fait, on devrait dire « les » ratios Cooke) a été défini dans le cadre des accords dits « Bâle I » qui, en 1988, se donnent pour objectif de renforcer la stabilité et la solidité du système bancaire. Pour atteindre cet objectif, les pierres angulaires du système que sont les banques se sont vues recommander de gérer et d’organiser leurs bilans en suivant des règles précises.
Le fil conducteur des ratios Cooke est le niveau des fonds propres des établissements financiers rapportés aux engagements pondérés : un bilan de banque est sain et équilibré si les engagements donnés, c’est-à-dire les postes de l’actif, s’appuient sur des fonds propres correctement proportionnés pour que la banque soit en mesure de faire face aux risques exposés à l’occasion de son activité, par exemple, l’octroi de prêts et de crédits. Plus les risques sont élevés, plus les fonds propres doivent l’être. Extrait de La désillusion, P. Ordonneau
L’effondrement de ce système se déroula en trois temps. Le premier résulta de la baisse puis de l’effondrement du marché immobilier américain qui avait donné lieu à des distributions de crédit complètement déconnectées de la capacité des emprunteurs à rembourser. Le second vint de l’effondrement des produits financiers structurés dits « subprime » liés à cette première activité. Le troisième à la crise de liquidité générale qui en résulta sous la forme d’un effondrement général des prix et cotations de ces produits. Des placements dits « liquides » c’est-à-dire vendables sur les marchés financiers contre de la monnaie de banque, se retrouvèrent sans acheteurs, avec pour effet que les banques d’investissement étaient incapables de rembourser les prêts qui leur avaient été consentis par les banques « liquides ».
Le système bancaire étant interconnecté au niveau mondial et globalisé par l’introduction des activités des assureurs et des entreprises financières de placements et d’investissement, la secousse américaine toucha vite l’ensemble des banques occidentales puis mondiales. S’ajoutant à des causes propres à leurs économies, ce tsunami ravagea les paysages bancaires de l’Allemagne, la GrandeBretagne, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande etc.
Très vite la question se posa dans des termes très crus : les banques qui ne pouvaient plus respecter leurs engagements devaient-elles être laissées à elles-mêmes et mises en faillite, entraînant par là même des pertes considérables pour leurs déposants et risquant de provoquer un enchaînement de catastrophes financières et économiques identiques à la crise de 1929 ? Ou, bien fallait-il sauver ces banques, quitte à rechercher par la suite les responsables et les sanctionner ?
C’est cette dernière solution qui fut choisie par les gouvernements des pays touchés par une crise que personne n’avait anticipée ni même imaginée. On passera sur les débats passionnés qui ont entouré la mise en place de solutions de secours. Pour montrer à quel point les autorités publiques furent contraintes d’improviser ou d’aller exactement à l’encontre des principes de libéralisme et de non-intervention qu’elles prônaient depuis des années, il suffit de rappeler que la Grande-Bretagne nationalisa totalement ou partiellement huit de ses plus grandes institutions bancaires dont la célèbre Royal Bank of Scotland. En Islande, toutes les banques furent nationalisées. En Espagne, un mouvement de nationalisation et de concentration, le plus important de son histoire, fut imposé par les pouvoirs publics.
