Le Mont Blandin - Nicole Verschoore - E-Book

Le Mont Blandin E-Book

Nicole Verschoore

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Beschreibung

Après Les Parchemins de la tour (Le Cri, 2004) et le XIXe siècle, Le Mont Blandin revoit, au début du XXe siècle, le caractère d’hommes et de femmes poussés par la passion politique, l’amour de la vie et du travail, le devoir social, l’éducation des jeunes et la préparation de l’avenir. Attributs d’une mentalité profondément ancrée dans la conscience qui marquait la première moitié du XXe siècle et qui, comme la naïveté perdue de l’enfance qui les observe, seront emportés, dès les années cinquante, par l’omniprésence des médias dans l’intimité.
Des retrouvailles avant l’intrusion des idées reçues incontrôlables.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Nicole Verschoore, née à Gand en Belgique, est docteur en philosophie et lettres, boursière du Fonds national belge de Recherche scientifique, assistante à l’université de Gand. Journaliste, elle publie régulièrement dans la Revue générale et la revue électronique www. bon-a-tirer. com. Parlant six langues et amoureuse des grandes capitales européennes, elle se veut citoyenne du monde et passe le meilleur de son temps à revoir et à sauvegarder la vérité du vécu.
Elle a publié aux éditions Le Cri les deux premiers volets d’une trilogie : Les Parchemins de la tour (2004) et Le Mont Blandin (2005).

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Seitenzahl: 139

Veröffentlichungsjahr: 2021

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LE MONT BLANDIN

DU MÊME AUTEUR

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR *

Les Parchemins de la tour, 2004

CHEZ UN AUTRE ÉDITEUR

Le Maître du bourg,Gallimard, 1994 (rééd. 2000)

* Note de l'éditeur :

Le mont Blandinest le second volet de la trilogie dontLes Parchemins de la touront paru en novembre 2004.La Charrette de Lapsceure, troisième et dernière partie, quitte les lieux connus pour s’aventurer vers de nouveaux horizons

Nicole Verschoore

Le Mont Blandin

Roman

Catalogue sur simple demande.

www.lecri.be [email protected]

ISBN 2-8710-6664-4

© Le Cri édition,

Av Léopold Wiener, 18

B-11170 Bruxelles

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de laFédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

    

En couverture : Théo Van Rysselberghe,La Famille dans le verger(détail), 1890.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

Notre Dame de Saint-Pierre

au sommet du Mont Blandin

Le lecteur qui connaît Edmond se rappellera la petite Augusta, montant en messager de la grande maison à la tour de son oncle. Elle avait cinq ans, l’oncle soixante-huit. Nous étions en 1875.

Au pied du mont Blandin, Augusta sera la femme d’Arthur et, trois quart de siècle plus tard, l’arrière-grand-mère de la narratrice.

Edmond est toujours là… Les personnages des générations qui vont suivre ont été choisis pour ce qui les attachent à leur époque, enfants avides de temps nouveaux, adultes qui subissent l’actualité, bon gré mal gré.

I.

Extrait du Carnet d’Edmond

Ce soir du premier août 1888, l’inquiétude me pousse à reprendre mes pages déchirées. J’y avais ébauché l’arrivée à Eename en 1747, de mon ancêtre Jacques, et comme je suis attaché à la terre, je me livre aux origines, attendant d’elles je ne sais quel apaisement. Que l’on ne m’accuse pas de remonter trop loin ! Tout ce que je note ici concerne l’avenir.

À mes neveux et nièces,

L’origine du Brabant, nommé Lothier.

Jacques à Eename ? Sans doute retournait-il au terroir, car un Joos Beaucarne, né en 1668 y eut neuf enfants, dont Jacques fut le dernier. Vous ne l’ignorez pas : j’entretiens avec le passé des relations de voyageur dans l’espace et dans le temps. Un très vieux voyageur, puisque les cartulaires que j’ai déchiffrés datent du VIIe siècle et que les plus anciens documents de notre commune témoignent d’unChâteau de Brabantoù résidaient les ancêtres de Godefroid de Bouillon. Celui-là, vous le connaissez, ou le connaîtrez dès que vous aurez l’âge scolaire : il fut roi de Jérusalem, du moins, c’est ce qu’on dit de lui. Il le fut si peu de temps que d’autres en ont perdu le souvenir. Tant pis, il y a pire.

La version romantique de l’Histoire n’est pas toujours celle qui s’écrirait sans majuscule. Inconsciemment tributaire de l’esprit du temps et des besoins politiques, elle ne reflète que son propre point de vue et oublie la vie quotidienne des gens qui ne s’occupent pas d’écrire. Nous ne connaissons qu’en les devinant ceux qui sont loin, et notre intuition est — elle aussi — conditionnée par notre environnement. Il ne faut pas s’y fier.

Qu’il me soit permis d’enfreindre la règle pour situer notre fief, Eename, anciennement Eiham. Ce sera la seule et unique fois qu’on entendra ici la voix de la science.

Aucun manuel ne relate ma version.

Que les plus jeunes parmi les lecteurs tournent la page, ils n’ont pas encore appris à lire pour leur plaisir. Nous nous reverrons dans trois minutes.

Disons tout d’abord qu’aux termes du traité de partage entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, tous deux petits-fils de Charlemagne, le Brabant, ditle Lothier, devint germanique et l’Escaut la frontière entre la France et la Germanie. La rive gauche — la Flandre — était française, la rive droite — le Brabant — germanique. Les textes parlent du « Pagus Eihamensis » ou le Brabant fluvial. Le château d’Eiham dominant l’Escaut était habité par les ducs du Lothier. Jusqu’à nos jours l’endroit est indiqué sur les cartes et désigné par la population sous le nom de « Lotheryck », c’est-à-dire « fief de Lothaire ». Que dire de la mémoire inconsciente du peuple ! Le nom a été conservé pendant mille ans par des générations qui n’en comprenaient plus la signification.

Les Godefroid d’Ardennes, ducs de la basse Lotharingie, y défendirent encore le port de la place commerçante, mais les Normands qui vinrent piller la région, saccagèrent l’agglomération, ses trois églises et son château, siège administratif et résidence principale du duché du Lothier : « Sedes principalis ducatus regni Lotharici ». Selon ce texte latin, Eiham était la capitale du Lothier, donc du Brabant, les trois autres parties étant situées à l’intérieur des terres, loin du fleuve et de l’activité commerçante. Godefroid III, descendant de Godefroid de Bouillon, généralement considéré comme le prince le plus accompli de son siècle, avait pris le surnom de Eihamensis.

À chaque gloire son apogée. Toutes deux sont relatives.

Le Brabant, rive droite de l’Escaut, ayant fait partie de l’héritage de Louis le Germanique, fut vite convoité par le comte de Flandre, maître de la rive gauche et vassal du roi de France. La Germanie défendait mal ses limites. En 1034, la forteresse d’Eiham fut livrée par trahison au comte de Flandre Baudouin le Barbu, qui la mit hors défense. Depuis, l’ancienne capitale du Brabant fait partie intégrante du comté de Flandre.

La France est fille aînée de l’Église. Eiham devint célèbre pour sa richesse. Baudouin de Lille fit construire un monastère sur les ruines du château et y appela les moines bénédictins de Saint Vaast. La charte de l’an 1063 est signée par Baudouin de Lille et celle de 1064, rédigée par Saint Liébert, évêque de Cambray.

L’Histoire avec majuscule ne connaît pas l’avenir. Il n’y a de stable que l’homme, qui par sa force recrée ce qui a été saccagé.

Sans doute Arthur Buysse, lorsqu’il se mit à lire les papiers d’Edmond, se sentit-il coupable. De cette culpabilité sans raison logique, profondément ancrée entre la conscience d’un vague devoir atavique et le sentiment d’impuissance confirmée par la réflexion.

Par leur mariage, Arthur avait déplacé Augusta d’Eename à Gand, l’avait coupée du sol qu’elle adorait, séparée de l’oncle qui prenait ses forces et sa joie de la voir quotidiennement. Tout appelait Arthur à Gand : la profession, la politique, la misère du peuple, l’avenir. Lorsqu’ils en avaient discuté ensemble, Edmond avait fort bien compris qu’il devait partir d’Eename. Mais en lisant l’écriture familière du vieil homme qui n’était plus, qui n’était plus là pour l’épauler, le convaincre de sa voix timbrée de sourire intérieur, Arthur cherchait vainement les arguments qui l’auraient acquitté envers son grand-oncle. Edmond avait écrit pour ses neveux et nièces. Qui avait pris connaissance de son message ? Personne.

Le texte qui n’avait jamais été lu l’emplissait d’un goût amer.

De l’inutilité des efforts.

Patience et endurance, avaient-elles été vaines ?

Il n’entrevoyait plus qu’un homme isolé dans sa tour, penché sur des travaux d’ermite. Un homme d’amour, d’amour sans réponses.

Arthur était mort trop tôt pour deviner combien le site qu’il s’était choisi au pied du mont Blandin aurait plu à Edmond. Car — si nous y avons cru et vécu pour le croire — peut-être existe-t-il de chacun de nous une conscience qui perdure après la vie physique, parcelle d’un Tout omniscient pressenti par les hommes et nommé Dieu faute de mieux. Alors Edmond-âme, Edmond-parcelle du Tout jetterait de là-haut un regard sur Arthur, regard vaste et intemporel qui — au-delà de notre temps qui passe — enregistre simultanément Arthur jeune, Arthur à Gand, Eename sans Augusta et Augusta vieille dame du mont Blandin, arrière grand-mère d’une nouvelle couvée de jeunes, nés après deux guerres meurtrières. Edmond découvrirait la tristesse d’Arthur et dissiperait son remord inutile, lui soufflant bien fort combien le bonheur d’Augusta avait sans fin ressuscité les heures du passé à tous les endroits du vécu. Et Arthur, penché sur les papiers d’Eename, subitement entendrait l’Oncle lui parler comme avant. L’Oncle serait présent dans le bureau à Gand, qui se confondrait avec la bibliothèque de la tour.

Sans doute y a-t-il moyen d’expliquer les revirements subits de nos états d’âme par l’éclairage d’un souvenir guidé par le pouvoir encore inconnu de ceux qu’on a aimés. Edmond avait vu ce qu’Arthur ne voyait pas encore, les années qui suivraient les siennes.

En 1893, Edmond, toujours bourgmestre, célébra le mariage d’Augusta et d’Arthur. Ce fut son anté-pénultième année de service. Il n’ôta pas l’écharpe, la mort la lui dénoua.

Il ne connut pas Arthur photographe. Son poulain, jeune avocat au barreau de Gand, s’était acheté unappareil photographique, et d’un oeil de peintre, contemplait sa femme… Il laphotographiad’abord s’occupant de besognes ménagères, écossant des monceaux de haricots au temps des conserves, nettoyant des tonneaux de prunes au temps des confitures. Comme elle était assise et vêtue de cotonnades froncées, on ne décèle pas si elle attendait déjà un heureux évènement. Des scènes domestiques émane dans les deux sens une tendresse infinie, de la femme qui levait les yeux vers l’homme à l’appareil, et de l’homme qui figeait son attitude. À partir d’un certain moment, Molo faisait partie de la scène. On la voyait grandir. Il n’y eut ni frères, ni soeurs, Augusta ayant été mal soignée après le premier accouchement, puis mal opérée. Elle ne put plus avoir d’enfants, n’en parla jamais et se rattrapa par une bonté offerte à tous.Car il fallait se soumettre à la volonté divine.

Dans mon dialogue imaginaire avec Edmond, nous nous rappelions tous deux qu’Augusta avait connu à Eename la grande maison pleine d’enfants. N’avait-elle pas eu trois frères et quatre soeurs ? Sur les photos que je montrais à l’oncle, compagnon de mes silences, une seule enfant, Molo petite fille, cueillait des fleurs avec maman Augusta, les couchait sur un plateau… Un peu plus loin dans le même sentier, mère et fille choisissaient des dahlias. L’aînée tenait les ciseaux. Du doigt et du regard, la fillette signalait la fleur. Sans doute les dahlias les fascinaient-ils par d’envoûtantes combinaisons de flammes et de couleurs, mais le noir-et-blanc des photos de l’époque ne trahissait pas leur mystérieuse personnalité. Elle se reflétait dans l’attitude des cueilleuses, hésitantes devant tant de beauté. À peu près au même endroit, plus âgée, Molo avait pris sa mère par le bras et toutes deux se tenaient entre deux rangées d’arbres fruitiers, munies de paniers à anses. Sur la couverture cartonnée de l’album qui contenait les photos, Augusta avait collé une étiquette pour y écrire à la plume trempée dans l’encre noire, de sa grande écriture penchée typique des pensionnats de filles vers 1885,L’Album du bonheur. Il était mince, mais parcourait vingt années. On photographiait peu à l’époque.

Le sentier sous la voûte des pommiers dut inspirer Arthur, il continua à les y éterniser : regard romantique, bouclettes au vent, mère et fille en longues jupes, sous des tabliers vaporeux, à volants sur les épaules, ou encore, le dimanche, si on attendait de la visite, en robe sans tablier, le corsage fleuri, parfois plissé, savamment repris en smocks ou garni de broderie. Assise à la table de la terrasse, mère et fille se blottissaient joue contre joue, en copines, le visage comme toujours plein de rêve. Parfois, le violoncelle du photographe s’accoudait contre un mur, tandis que les deux femmes se basculaient contre le même mur, l’une à côté de l’autre sur deux chaises identiques qui faisaient office de sièges de jardin. Lorsqu’il déposait son appareil, Arthur se mettait-il alors à jouer ?

Nous n’avons pas connu Arthur, dis-je à Edmond, il est décédé en 1929. Notre père n’avait à sa mort que seize ans. Il parlait de son grand-père, le maribien-aiméde Bonne-maman Augusta, avec une admiration sans borne et dans le visage quelque chose qui ressemblait à de la tendresse. Il l’avait donc aimé, lui aussi. Nous devions le deviner car notre père ne parlait pas de ce qui se passait en lui. Du grand-père Arthur il n’était question qu’à propos de Droit, de lois, de politique et d’enseignements morauxcontrastant avec le laisser-aller actuel. La situation ne se prêtait guère à l’exhibition de sentiments. Notre père, homme sévère et exigeant tout différent d’Arthur — on le verra plus tard — ayant traversé, enfant, la première guerre mondiale et jeune marié la seconde, dans sa conversation sérieuse se montrait peu enjoué. Il n’était joyeux que lorsqu’il en avait envie, il fallait une occasion spéciale, sa gaîté naturelle ne transparaissait pas dans le quotidien. Ce qui ne l’empêchait pas d’avoir du sentiment, nous en avions des preuves à de rares occasions qui n’en étaient que plus précieuses. Orphelin de père à seize ans, il avait vécu dans la maison des grands-parents, au pied du mont Blandin, avec sa jeune mère veuve — Molo — et un petit frère. Arthur avait été pour lui ce qu’Edmond fut pour Arthur, l’homme qui remplace le père, sur qui on projette l’idéalisme de l’adolescence parce que la tendresse et l’amitié se greffent sur les affinités intellectuelles.

Et comme notre grand-mère Augusta était une conteuse née, et que tout ce qu’elle disait aux adultes tombait dans les oreilles des enfants, Arthur nous était aussi familier que les vivants. Peut-être même plus, puisqu’il ne cachait plus de secrets.

Quand maman, ma soeur aînée et moi arrivions chez Bonne-maman Augusta, Molo passait dans ses appartements et nous laissait avec l’aïeule qui, immédiatement, s’adressait à maman pour parler de son mari. Nous appelions le mari de Bonne-mamanBon-papa Arthur. En réalité, il était celui de notre père, et pour nous, un ancêtre qui aurait dû se perdre dans la nuit des temps. Il nous était plus proche que nos propres parents. Il pendait au mur de toutes les pièces et à plusieurs reprises dans la cage d’escalier. Il nous regardait de face et de profil, le visage tourné à gauche et à droite, la barbe jeune et les cheveux bouclés, dressés en houppe à la Tintin, ou la barbe grisonnante, taillée court, le front légèrement dégarni et la toison plus disciplinée. Les yeux un peu vagues de jeune homme romantique avaient alors fait place à un regard décidé parfois gentiment vif, parfois sereinement ferme,sûr sans agressivité,solide et discret comme peut l’être la véritable autorité… Souvent, un adulte nous fournissait un vocabulaire dont nous soupçonnions la valeur sans savoir laquelle. Ainsi, à la longue, nous étions capables de voir dans les portraits d’Arthur des tas de choses qu’un passant non averti n’aurait certainement pas remarqué. Il fallait avoir bénéficié des commentaires de Bonne-maman.

Nous aimions l’atmosphère de ses paroles rien que parce qu’elles étaient prononcées avec bonheur, ce même bonheur un peu majestueux qui améliorait ceux qui le suggéraient. Il procurait à leur phrase une résonnance vibrante, révélatrice d’un inconnu qui nous intriguait. Lesqualités du caractèreétaient une de ces énigmes que personne n’expliquait mais que l’adulte semblait saisir sans explication.

Nous savions à peu près tout sur Bon-papa Arthur, Bonne-maman nous avait longuement décrit ses jours à Gand et à Bruxelles, à la campagne et au barreau, à Constantinople en 1909, à La Haye pendant la première guerre. Tout était dit et, pourtant, nous attendions qu’elle reprenne ses récits, car ils étaient pour elle les meilleurs moments de nos rencontres. Face aux murs abondamment garnis de témoignages, nous entrions avec elle dans les chambres du passé, comme Alice dans son pays étrange, le nôtre étant beaucoup plus merveilleux, noble et vrai, jamais ridicule. Les pièces y étaient tapissées de tissu lourd, les rues sans couleur dessinées à l’encre de chine, les campagnes brunâtres photographiées de très loin, de sorte que la terre était à nous, patiente et sans limites.

Comme le dimanche à l’église, dans la maison de Bonne-maman le temps coulait insensiblement, rien ne changeait, de répétition en répétition. Les arrêts dans l’escalier devant les portraits d’Arthur nous avaient appris ce qu’étaient la Chambre, le Parlement, le groupement des étudiants portant casquette, et nous devions avoir dépassé l’enfance lorsque nous commencions à comprendre ce qu’avaient étéLa Porteditela Sublime, et l’Œuvre de l’Orphelinaprès la première guerre. Les leçons de choses commençaient au début de la carrière du bien-aimé. Il fallait connaître les conditions épouvantables dans lesquelles à la fin duxixesiècle vivaient les ouvriers de l’industrie du coton. À la Chambre, Arthur avait plaidé pour l’abolition du travail des enfants et pour l’amélioration des conditions de celui des femmes. Les débats parlementaires qui suivirent ses interventions furent violents, ainsi que la haine que lui vouèrent les barons de l’industrie où travaillaient les déshérités de la terre.