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Julie Gouraud

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Beschreibung

Dans "Les Enfants de la ferme", Julie Gouraud dépeint avec une sensibilité poignante la vie rurale à travers les yeux d'enfants qui grandissent au sein d'une exploitation familiale. Le récit, riche en descriptions vivaces et en dialogues authentiques, plonge le lecteur dans un monde où la nature et le travail de la terre se conjuguent avec les rêves et les désirs des protagonistes. L'écriture de Gouraud, à la fois lyrique et accessible, évoque un sentiment de nostalgie et d'appartenance, tout en s'inscrivant dans une tradition littéraire qui valorise les récits de vie communautaire et les liens familiaux, souvent inspirée par des auteurs comme George Sand ou Jean Giono qui ont magnifié la ruralité. Julie Gouraud, de par ses origines rurales et son engagement pour la préservation des traditions agricoles, cherche à transformer ses propres expériences en récits fictifs. Son parcours d'écrivaine témoigne d'une volonté de mettre en avant les voix souvent ignorées des générations passées, tout en explorant les enjeux contemporains qui touchent le monde agricole. "Les Enfants de la ferme" s'inscrit ainsi dans un projet littéraire de connexion entre le passé et le présent, et de redécouverte des valeurs qui fondent les sociétés rurales. Je recommande chaleureusement "Les Enfants de la ferme" à quiconque s'intéresse à la littérature qui interroge notre rapport à la terre et aux racines familiales. Ce livre ne se contente pas de raconter une histoire; il invite le lecteur à réfléchir sur les enjeux écologiques et sociaux d'aujourd'hui. C'est un hymne à la simplicité et à la beauté des vies de campagne, porteur d'un message universel de partage et de solidarité.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Julie Gouraud

Les Enfants de la ferme

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066315054

Table des matières

CHAPITRE I.
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XIX.
CHAPITRE XX.
CHAPITRE XXI.
CHAPITRE XXII.
CHAPITRE XXIII.
CHAPITRE XXIV.
CHAPITRE XXV.

CHAPITRE I.

Table des matières

LA FOIRE DE LA SAINT-MARTIN.

C’est le onze novembre, jour de la Saint-Martin, qu’a lieu à Angers la plus grande foire de l’année. Seigneurs et paysans arrivent de toutes parts, les uns pour vendre, les autres pour acheter. Pendant huit jours que dure la foire, les rues sont encombrées par la foule. Lorsque le temps est beau, c’est une sorte de fête populaire, à laquelle prennent part les plus pauvres gens.

On voit des boutiques de toute espèce: épiceries, modes, jouets, porcelaines, nouveautés de Paris, etc., etc. Si les familles riches attendent cette époque de l’année pour faire des provisions, il n’est pas un petit ménage qui n’en fasse aussi: la foire de la Saint-Martin représente à elle seule la richesse de l’Anjou.

Quelle que soit l’importance des affaires, les plaisirs ne sont pas négligés: quinze jours à l’avance, des baraques ont été construites sur la place des Halles. La grosse caisse et la trompette résonnent du matin au soir. Polichinelle est infatigable, il a de l’esprit à toute heure; mais un rival invincible a campé près de lui: c’est l’homme au casque d’or, au manteau rouge parsemé d’étoiles, le charlatan: il ne cache pas son nom, il est monté sur un char attelé de beaux chevaux blancs. Cet homme est célèbre dans toute la contrée; à son apparition la foule accourt. Il distribue des crayons et des sucres d’orge à quiconque en demande; il vend des spécifiques merveilleux, arrache les dents sans douleur et les remplace à l’instant même.

Cette année-là, 1828, il y avait à la foire d’Angers bien d’autres merveilles encore. L’homme qui avale des épées, celui qui danse sur des œufs étaient totalement éclipsés par des personnages tels qu’on n’en avait jamais vu: un perroquet de New-York qui tirait le canon, un singe qui faisait la barbe à son maître, et une chatte blanche qui évidait un écheveau de fil. Ce serait une grande erreur de croire que les enfants étaient seuls à admirer le perroquet, le singe et la chatte. Les gens les plus graves allaient leur rendre visite et ne s’en cachaient pas.

Toutefois le marché n’était pas moins animé : les paysans ne sont pas aussi badauds que les messieurs, et pendant que les gens de la ville s’amusaient, eux faisaient leurs affaires.

Les charrettes arrivaient de toutes parts: c’était à qui passerait le premier; on disputait, on riait, on s’appelait: «Eh! Pierre! Eh! Gotte!» La fermière assise sur son cheval peste contre les piétons qui l’empêchent d’avancer. Un gros porc noir s’échappe et va se jeter dans les jambes d’une dame; elle se trouve mal; on la porte chez le pharmacien; la foule entoure la boutique. L’attention est aussitôt détournée par un événement plus grave: le porc, poursuivi par son maître, culbute une grande manne d’œufs. Ce sont alors des cris, des disputes, des rires à fendre la tête.

Le commissaire arrive; une heure se passe en explications, et l’on finit par régler le différend.

Il y a des amis qui ne se rencontrent que ce jour-là ; on donne beaucoup de temps à la conversation. Chacun raconte les nouvelles de son village avec des commentaires plus ou moins bienveillants.

Le fermier Mathurin n’avait pas paru à Angers l’année précédente; sa présence excita la curiosité générale. Mathurin s’était marié, il était allé à Paris. Aussitôt on l’entoure, et, après avoir pris le café avec lui, plusieurs de ses amis lui proposent de venir aux baraques voir les merveilles annoncées.

Mathurin refuse, il avait tout vu à Paris.

«Est-il fier! et qu’avez-vous donc vu à Paris? demanda une jeune paysanne.

MATHURIN.

Vous ne le croiriez pas, Jeannette.

JEANNETTE.

Essayez toujours.

MATHURIN.

J’ai vu un homme qui fait tout ce qu’il veut.

JEANNETTE.

Fait-il la pluie et le beau temps? Tout le reste m’est égal.

MATHURIN.

Eh bien! j’ai été dans une grande salle où nous étions peut-être trois cents. Ce monsieur, car c’est un monsieur, m’a dit de prendre quelque chose dans ma main, quand il aurait le dos tourné, et qu’un petit garçon me dirait ce que c’est.

Un singe qui faisait la barbe à son maître. (Page 3.)

Ah! bien, que je pense, nous verrons! j’avais justement un clou de charrue dans ma poche. Je le mets dans ma main bien fermée..... et l’enfant a deviné !

J’en étais saisi!

Il prend un chapeau. Moi, qui me méfiais, je le touche, je le retourne, je tape dessus. Bah! il en fait sortir des roses tant qu’on en veut. Et les dames acceptent ces bouquets. Je n’y aurais pas touché pour un quartaut de vin blanc!

JEANNETTE.

Est-ce tout?

MATHURIN.

J’ai gardé le plus fort pour la fin. Il me demande ma cravatte; justement j’en avais une blanche. Il la met dans l’encre, il en fait une boule, la passe dans l’autre main et me la rend blanche.

JEANNETTE.

J’aimerais bien que cet homme-là vienne faire la lessive chez nous.

MATHURIN.

Mais écoutez donc! On met devant lui une tige d’oranger dans un petit pot: les feuilles poussent, l’oranger grandit, et puis il vient des fleurs, puis dé petites oranges, et puis une grosse orange; il la cueille, l’ouvre, et en offre à plusieurs dames.

JEANNETTE.

En avez-vous mangé ?

MATHURIN.

Non, ça m’agace les dents. Mais, Jeannette, écoutez bien: ce monsieur avait à la main une grosse bouteille; il donnait un petit verre de la liqueur qu’on lui demandait. Bah! que je me dis, il n’aura pas du bon garus de notre pharmacien; je lui en demande, il m’en donne, et du bon. Cette bouteille a fourni trois cents petits verres de tout ce qu’on lui a demandé.

JEANNETTE.

On s’est moqué de vous à Paris, Mathurin; et vous voulez vous venger sur nous; mais nous ne sommes pas si faciles à attraper. Allons, venez voir la poule qui a des dents, et l’homme qui passe son épée au travers du corps d’un cheval, sans lui toucher la peau.

On disait des folies, on dépensait son argent.

Cependant une nouvelle importante circulait à la foire: la ferme de la Guiberdière, de la commune de Trelazé, à une lieue de la ville, était vacante par la mort de Jacquine Goujon qui l’avait gardée, quoique veuve, pendant quatre ans. Cette brave femme laissait trois enfants: François, l’aîné, avait quinze ans, Renotte en avait treize, et Martin huit.

La Guiberdière appartenait au baron de Saint-Cyr, propriétaire du beau château de la Volière, situé à deux lieues de là sur la rive droite de la Loire.

Plusieurs paysans s’étaient présentés chez maître Hébert, notaire à Angers, quoique la ferme ne fût point encore affichée, et ils n’avaient obtenu aucun renseignement. «Il y a du mystère là-dessous, disaient les plus fins; on sait bien que le froment ne pousse pas s’il n’est semé, et qu’on ne fait pas de beurre sans crème.»

CHAPITRE II.

Table des matières

LA GUIBERDIÈRE.

Mme de Saint-Cyr à qui appartenait cette jolie propriété y avait passé son enfance. Elle avait eu pour nourrice la mère Bolève qu’elle aimait tendrement; Jacquine était donc sa sœur de lait, et avait pris la direction de la ferme lorsqu’elle eut épousé Goujon, un brave travailleur, et qu’elle eut perdu son père.

Chaque année la baronne quittait son château et venait habiter la Guiberdière pendant quelques semaines.

Jacquine étant devenue veuve, ses maîtres lui laissèrent la ferme; c’était une femme active, d’un rare bon sens, pleine de respect pour sa vieille mère; elle avait élevé ses enfants dans la crainte et l’amour de Dieu.

La vigueur de François et l’activité de Renotte lui donnaient confiance dans l’avenir. Martin était bien un enfant terrible, mais il avait huit ans: que ne pardonnait-elle pas à ce Benjamin?

Jamais la fermière n’avait été en retard d’un jour avec ses maîtres.

La Toussaint étant venue, elle partait pour le château et Mme de Saint-Cyr, voyant sortir de sa poche un sac d’argent, lui disait en souriant: «Tu es trop exacte, ma pauvre Jacquine; tu fais honte à nos gros fermiers qui ont toujours des raisons pour nous faire attendre. Ne te gênes-tu pas pour m’apporter ces mille francs d’un coup?»

Pour toute réponse, Jacquine souriait, et, après avoir déjeuné avec M. et Mme de Saint-Cyr, elle s’en retournait fière et heureuse d’avoir réglé ses comptes avec sa sœur.

La mort de Jacquine fut un grand malheur pour ses enfants encore si jeunes. La grand’mère Bolève, âgée de soixante-six ans, restait l’unique soutien des orphelins; car, en pareille circonstance, il ne faut pas compter les parents éloignés et hors du pays.

La grand’mère espérait que les maîtres ne les abandonneraient pas; ils étaient parrain et marraine de Renotte, et même la petite avait reçu au baptême le nom de Renée que portait Mme de Saint-Cyr, et dont on avait fait Renotte; ils lui témoignaient un tendre intérêt. «Mais, la mort! pensait la pauvre femme, ça vous retourne tout!»

Les enfants aiment leur mère; ils pleurent, si elle vient à mourir; à chaque instant du jour, ils sentent combien cette mère leur manque. Ils comprennent tout seuls que personne ne peut égaler la patience et la bonté des mamans. C’est bien autre chose, mes enfants, lorsque la mère qui est morte assurait par son travail le pain quotidien!

«Hélas! disait la grand’mère, encore quelques années, et vous étiez d’âge à vous tirer d’affaire! Jacquine se serait reposée, et moi, j’aurais pris tranquillement ma place au cimetière! Quel embarras je vais être pour vous, mes pauvres petits!

RENOTTE.

Grand’mère, ne dites pas cela; sans vous nous serions mille fois plus à plaindre. Moi, d’abord, je suivrai tous vos conseils, et je deviendrai une bonne fermière. François nous protégera et il travaillera ferme.

FRANÇOIS.

Tu as raison, Renotte; Je ne serai pas embarrassé pour gagner votre vie et la mienne; mais, nous séparer! s’en aller l’un à droite, l’autre à gauche, ça crève le cœur! Nous étions si heureux! Espérons pourtant; notre mère nous le dit du haut du ciel. M’est avis que Mme de Saint-Cyr prendra grand’mère au château, que Martin sera placé dans une ferme, et que toi......

RENOTTE.

Moi!

FRANÇOIS.

Eh bien! Mlle Élisabeth t’aime, tu es adroite à tout; tu seras sa petite femme de chambre; elle qui ne peut passer huit jours sans te voir, quand elle est par ici.»

Renotte rougit jusqu’au front; ses yeux, si doux d’ordinaire, semblaient menacer François. Elle gardait le silence. François, ébahi d’avoir produit un pareil effet, en disant une chose toute simple, selon lui, ne savait plus quelle contenance tenir.

RENOTTE.

Y penses-tu, mon frère? moi, ne plus bêcher, ne plus sarcler le jardin, ne plus soigner nos vaches et nos couvées! Non, non; si je ne soigne plus nos bêtes, je soignerai celles des autres: ça me consolera. Il y a des filles de quinze ans qui ne sont pas plus habiles que moi, avec mes treize ans de l’autre jour.

«Enfants, dit la grand’mère qui écoutait Renotte avec admiration, abandonnons-nous à la Providence; toutes vos diries ne signifient rien. Faisons la prière comme de coutume, comme si elle était encore au milieu de nous.»

La grand’mère s’agenouilla, son maintien était ferme et sa voix aussi. Elle portait alternativement ses regards sur le crucifix et sur les orphelins,

CHAPITRE III.

Table des matières

CE QUE LE LECTEUR AURAIT CONSEILLÉ DE FAIRE.

On s’entrenait au château de la Volière de la mort de Jacquine. M. de Saint-Cyr se déclarait le protecteur de Renotte et de ses frères. Il voulait imposer au nouveau fermier de garder à son service les deux garçons; et. quant à la fille et à la grand’mère, Mlle Ysabeau saurait bien en tirer parti. Assurément ce projet était bon, et M. de Saint-Cyr ne pouvait pas douter que sa femme ne l’accueillît avec empressement: sa surprise fut donc très-grande en le voyant repousser.

MADAME DE SAINT-CYR.

Mon ami, j’ai un autre plan, et j’espère que tu l’approuveras. La ferme de la Guiberdière a peu d’importance en comparaison de nos autres biens. Je l’ai toujours vue aux mains de cette famille. C’est là que ma mère a trouvé ma nourrice; j’ai pour ce coin de terre un attachement que tu respectes. Eh bien! laisse-moi l’administration de la Guiberdière, je t’en rendrai bon compte.

M. DE SAINT-CYR.

Volontiers, ma chère; amuse-toi. Nous pouvons sacrifier quelques milliers de francs à tes plaisirs champêtres. Seulement, j’entends que tu sois aussi exacte que Jacquine l’était. Je ne te ferai pas grâce d’un canard.

Habiteras-tu la ferme?

MADAME DE SAINT-CYR.

Trêve de plaisanteries, cher Louis; mon projet est sérieux. Écoute-moi. Je veux laisser les Goujon et la mère Bolève à la ferme. François est fort et courageux; Renotte aura bien vite gagné ses quinze ans. Elle s’annonce aussi capable que sa mère; je me ferais un scrupule de prendre cette enfant chez nous. Il y a déjà trop de paysannes qui délaissent les travaux des champs pour aller à la ville. Ces braves gens se tireront d’affaire. Je te conjure d’approuver mes projets: ils plaisent à mon cœur.

M. DE SAINT-CYR.

L’entreprise me paraît périlleuse: n’importe, je t’en laisse la responsabilité. Seulement, ma chère Renée, si dans un an la ferme est en souffrance, nous n’attendrons pas davantage pour la remettre en d’autres mains.

MADAME DE SAINT-CYR.

C’est convenu.

Le jour même, Mme de Saint-Cyr se rendit seule à la Guiberdière, au grand regret de sa fille Élisabeth qui avait beaucoup d’amitié pour Renotte.

Vous connaissez déjà, mes chers enfants, le plaisir de faire des heureux. Je suis sûre que vous aimez les orphelins de la Guiberdière et que vous bénissez Mme de Saint-Cyr, qui n’aurait pas mieux agi si elle vous eût consultés. Cette excellente femme n’avait jamais trouvé la route si longue! Quelle joie allait éprouver la vieille mère et ses enfants! «Ils réussiront, se disait-elle, ce sera d’un bon exemple dans le pays.... Après tout, si je me trompe, nous serons toujours à temps de suivre le plan de mon mari.»

Mme de Saint-Cyr ne voyait rien; elle était absorbée dans ses pensées, faisant projets sur projets pour assurer le succès de son entreprise.

Le bruit de la voiture attira l’attention des paysans qui travaillaient dehors. Les femmes accoururent pour voir les beaux chevaux gris-pommelé de Mme la baronne.

«Triste journée pour les Goujon,» disaient les bonnes gens.

Mme de Saint-Cyr descendit à sa maisonnette et se rendit aussitôt à la ferme. Renotte, la tète couverte d’un fichu noir, était montée dans un noyer qu’elle gaulait tant bien que mal, et Martin ramassait les noix.

Le deux enfants jetèrent un cri de surprise en voyant la dame du château; quoiqu’ils s’attendissent à une nouvelle grave, ils éprouvèrent un mouvement de joie qui émut Mme de Saint-Cyr.

La grand’mère pâlit en les voyant entrer: la vieillesse n’a plus d’espérance.

Mme de Saint-Cyr parla avec attendrissement de la mort de sa bonne Jacquine; et, quand on eut dit tout ce qui se dit en semblable circonstance, il se fit un silence que personne n’osait rompre. La baronne regardait sa filleule de la tête aux pieds, puis sa vieille nourrice et Martin. Elle loua l’ordre et l’arrangement de la maison et dit enfin: «Où est François? J’ai à vous entretenir d’une affaire, et il est indispensable que l’aîné de la famille assiste à notre conversation.»

François travaillait dehors, Martin cour est le chercher.

MADAME DE SAINT-CYR.

Mes enfants, c’est aujourd’hui que vous allez comprendre tout ce que vous devez à vos parents; c’est aujourd’hui que vous allez recueillir leur héritage: vous êtes bien jeunes, et pourtant vous m’inspirez une grande confiance; le respect que vous avez toujours eu pour votre mère, l’ardeur que vous apportez au travail, nous déterminent, mon mari et moi, à vous laisser la ferme.

— Grand Dieu! s’écrièrent-ils tous ensemble, sans pouvoir ajouter un mot de plus.

MADAME DE SAINT-CYR.

Je vous crois capables de continuer les travaux que vous avez commencés sous la conduite de votre mère. François prendra des journaliers, Renotte s’occupera de l’intérieur et de l’étable; Martin sera soumis à son frère et à sa sœur, et, s’il le veut, il leur rendra beaucoup de services. A huit ans, un garçon peut déjà avoir sa tâche de chaque jour: garder les vaches et les dindons, cueillir de l’herbe pour les lapins, ramasser les fruits et ne pas les manger.

LA GRAND’MÈRE.

Ah! ma fille! je ne sais si je survivrai à un pareil coup de bonheur! La respiration me manque

Effectivement, la bonne vieille, affaissée sur son fauteuil, était défaillante. Mme de Saint-Cyr lui prit les mains; les enfants, agenouillés devant elle, l’appelaient des plus doux noms. Un torrent de larmes vint soulager son cœur oppressé et la rappela à elle-même.,

MADAME DE SAINT-CYR

Et toi, ma Renotte, tu seras une bonne et gentille fermière,

RENOTTE.

Ma marraine, je suis dans un rêve comme en pleine nuit noire. J’ai bien lu des histoires déjà, mais je n’en connais pas d’aussi jolies. Êtes-vous bonne! Seigneur! si c’est vrai que je suis éveillée! Je ne saurai ça au juste que demain.... ma petite taille n’y fera rien. J’en vaudrai bien une autre.... il me vient déjà des idées, ma marraine.

MADAME DE SAINT-CYR.

N’en aie qu’une à la fois, mon enfant; consulte ta grand’mère; grandis, et un jour tu seras digne de ma pauvre Jacquine.

RENOTTE.

Ma marraine, m’est avis qu’il n’est pas nécessaire d’être bien haute pour avoir des idées; vous ne l’êtes quasiment pas plus que moi, et....

MADAME DE SAINT-CYR.

C’est égal, crois-moi: grandis encore.

Après avoir dit des paroles d’encouragement à tous, après avoir embrassé la mine fraîche de Renotte, la bonne Mme de Saint-Cyr retourna radieuse chez elle.

Les nouveaux fermiers de la Guiberdière furent bientôt connus au château. Élisabeth pensait que son amitié pour Renotte y était pour quelque chose, et Mlle Ysabeau, qui avait été consultée, se félicitait d’avoir contribué à faire des heureux,

Faisons connaissance avec ce nouveau personnage:

Il y avait quarante-huit ans que Mlle Ysabeau était entrée dans la famille comme ouvrière. Les qualités de la jeune fille n’échappèrent pas à la mère de Mme de Saint-Cyr qui la prit à titre de femme de chambre quelques années plus tard. Cette nouvelle condition développa rapidement l’intelligence et les vertus d’Ysabeau. Son zèle et son dévouement dépassèrent tout ce que les maîtres peuvent attendre des meilleurs serviteurs: elle était à la fois femme de chambre, bonne d’enfant et garde-malade. De tous les présents que Mme de Saint-Cyr reçut de sa mère en se mariant, son Ysabeau était le plus précieux quoiqu’il tint fort peu de place. Quand elle entrait dans un intérieur de diligence, les voyageurs lui souriaient: c’était un petit paquet si facile à placer! le regard de la jeune fille était doux et ferme, on devinait aisément de quoi elle serait capable un jour.

A l’époque où nous trouvons Mlle Ysabeau à la Volière, elle est femme de charge. Elle a soixante-huit ans, veille à tout, transmet les ordres de sa maîtresse, et s’assure de la manière dont ils sont exécutés. La position est délicate: mais Ysabeau a de l’esprit et sait s’en servir. Les enfants aiment et respectent cette fidèle servante; son nom retentit sans cesse dans le château: on a besoin d’elle partout et à toute heure.

Par ses soins, le fruitier se remplit; des bataillons de pots de confitures témoignent de sa science; les noix, les châtaignes et jusqu’aux pièces de toile, font partie de son empire. Elle passe l’hiver au château, maintient le bon ordre et reçoit les comptes des fermiers. Lorsque les maraudeurs circulent dans le pays, Ysabeau laisse les volets entr’ouverts dans plusieurs pièces, des veilleuses y brûlent toute la nuit; car elle se rappelle qu’un misérable assassin avait dit lui-même en pleine cour d’assises: «Ce que nous redoutons le plus dans nos entreprises, ce sont les petits chiens et la lumière.»

L’excellente personne est tellement identifiée avec la famille qu’elle dit: «Notre château, nos enfants, nos fermiers.»