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Un roman psychologique et philosophique. Un récit poignant à travers une chronique familiale
Où vont les âmes des sirènes ?
La légende raconte que seules les âmes des sirènes déchues forment l’écume de la mer et qu’elles roulent, ainsi, éternelles...
Une famille en mal de communication : une mère, trois filles. Un matin apparemment comme les autres, des battements de cœurs, un réveil. Peut-être plus brutal : les portes claquent, les voix s’élèvent, un corps ayant entamé une lente et rythmique danse dans cette cage d’escalier.
Subtil et oppressant. Drôle, parfois. Angoissant, souvent.
Mémoires d’écume, est un roman qui donne le vertige, mais surtout vous guide vers l’espoir.
Le passage de l’ombre vers l’espoir, une note de clarté dans une situation particulièrement douloureuse
EXTRAIT
Curieux moment que le réveil du matin. Je n’aime pas ! Mais quand je dis que je n’aime pas, c’est faux. Ce n’est pas tout à fait vrai, c’est plus subtil que ça. Je n’aime pas quand il rime avec « Tout le monde debout ! » du style «
good morning Vietnaaaaaaaammmmmmm ! », ça je n’aime pas du tout.
Drapeau, clairon. Et tralali et tralala, un grand coup dans les côtes ou le seau d’eau glacée sur la tête et le gros réveil qui saute sur ses petits pieds d’hystérique en tempêtant.
A PROPOS DE L’AUTEUR
« Auteur depuis plus de 20 ans, j'écris les doutes, j'écris les joies, les dilemmes et les engagements des hommes et des femmes dans notre société contemporaine.
Du rire aux larmes, de la dérision à l'émotion en passant par le questionnement, le saisissement, l'effroi ou la tendre humanité, c'est vous-même que je vous ferai découvrir... » (Brigitte Guilbau)
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Seitenzahl: 101
Veröffentlichungsjahr: 2015
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À toi, Mon amour, Et au lien fragile, Ténu, Précaire Et puissant Qui nous unira.
« Et c’est ainsi que la petite sirène se transforma en écume… »
La fin de l’histoire est-elle triste ?
Oui, si l’on associe le dénouement à la fracture ou à la mort, la séparation à jamais. L’écume, lugubre, devient alors cris, plaintes, suppliques d’où tentent désespérément de s’échapper de fiévreux spectres.
Si l’écume reste frivole et roule loin des obsèques aux exhalaisons de soufre, elle n’est alors qu’un frou-frou, une allégresse, une métaphore où l’ensorceleuse sirène devient plaisante et rassurante, pétillante et libre.
Curieux sentiment, au souvenir de mon enfance, où je me revois, heureuse, sautant dans les vagues, fracassant avec bonheur l’écume mourant sur le rivage, sabrant le ressac en riant. Ai-je donc ainsi tué des esprits de sirènes ? Sans le savoir ? Avec l’étourderie de l’innocence, dans la joie de l’instant ? Aurions-nous si peu de clairvoyance au point de disloquer ainsi, en nos plongées impertinentes, leurs mémoires englouties ?
Les sirènes, les sorcières, les fées, les lutins, les farfadets… Étonnants moments tendres de nos enfances chimériques et dociles où cet univers tangent servait à nous endormir et faire de beaux rêves…
Je ne sais plus si j’aimais ces histoires, je ne crois pas. Et de toute façon, je pense que personne ne me les a racontées. Alors, quand ce fut mon tour de border mes petits au murmure d’une fable ardemment doucereuse, comme font la plupart des mères conteuses, je préférais leur suggérer des rêves de toutes les couleurs que leur susurrer les espoirs de dame Farfadette au cœur se languissant d’un trouvère trucmuche…
La couleur des rêves, c’était encore mieux que le rêve à lui tout seul.
Parce que c’était se focaliser sur la beauté du songe, sur l’harmonie de sa forme et non sur son contenu.
- En quelle couleur vas-tu rêver cette nuit, mon ange ?
- En bleu !
- Bonne nuit tout en bleu alors ma chérie.
Je faisais mine de sortir de la chambre, mais je savais qu’elle se raviserait. Je souriais déjà. Et elle se ravisait, me voulait encore.
- Non ! Maman !
Elle désirait que je reste encore un peu, que l’instant de la séparation soit retardé alors elle changeait d’avis pour me faire participer à cette adorable comédie. Je me retournais vers le petit lit, tout amour et tout sourire. Pour les enfants, tout est tellement important, tout a tant de valeur !
Ils connaissent intuitivement la différence entre l’essentiel et l’accessoire, le primordial et le minime, ils regardent ce que nous ne faisons que voir. Ils ont compris l’oiseau qui décrit des cercles devant les nuages et qui semble chercher sa route. Ils rient de la mousse dans l’évier, de faire pipi dans l’eau du bain, de jouer avec leurs orteils, de mettre leurs doigts tout gras sur nos lunettes en faisant « Bouh ! » quand nous sommes concentrés par notre lecture d’adulte. Et elle nous semble tellement importante cette lecture que nous n’avons pas vu l’oiseau décrire ses cercles dans le ciel qui n’a pas de panneau de signalisation et ne nous sommes pas inquiétés de savoir s’il retrouverait ses petits.
La mousse dans l’évier et le pipi tout chaud qui coule sur nos cuisses dans le bain ne nous amusent plus et il y a longtemps que nos orteils ne servent plus à porter un chips à notre bouche et que nos lunettes ne lisent plus que des factures.
- Oui, mon ange ?
- En rose !
Je prenais ce rose dans le cœur en son plein centre où les mots résonnent. Et c’était sur un dernier sourire, les lèvres tendres et pleines d’amour pour mon enfant, mais le regard un peu las à cause du reste de ma vie que je refermais la porte sur les fabuleuses images habillées de rose de ma petite fille. Je l’entendais rire pendant que le nombre de mes pas décroissait dans l’escalier.
Les pas se sont arrêtés. Le temps aussi. La vie, comme une marée, est redescendue. La sirène a terminé sa course dans la vague, parcelle d’écume qui roule, roule et roule encore.
Et s’il était là, l’endroit où tout commence, où tout finit ? Dans un ressac, un roulement de la mer, une écume blanche et mousseuse, un instant, instable, qui s’échappe, fou et folâtre, fabuleux, facétieux, fort et fantasque, farouche, fatal et fœtal.
Pas de mort, pas de plainte, juste du rose pour mon enfant et un rire qui décroît dans l’escalier, juste une onde dans le temps.
Pour faire « comme si » il n’y avait que ça.
Pour voir l’écume au lieu de l’oubli.
Pour oublier l’écume où roulent à tout jamais les âmes absolues, absoutes, accablées, acquittées, tranquilles ou déchues…
Une vague.
Curieux moment que le réveil du matin. Je n’aime pas !
Mais quand je dis que je n’aime pas, c’est faux. Ce n’est pas tout à fait vrai,
c’est plus subtil que ça.
Je n’aime pas quand il rime avec « Tout le monde debout ! » du style « good morning Vietnaaaaaaaammmmmmm ! », ça je n’aime pas du tout.
Drapeau, clairon. Et tralali et tralala, un grand coup dans les côtes ou le seau d’eau glacée sur la tête et le gros réveil qui saute sur ses petits pieds d’hystérique en tempêtant.
Parce que ça veut dire qu’il faut se lever vite fait, bon pied bon œil et avoir l’air souriant en prime, heureux d’être debout, pas décoiffé du tout et certainement pas avec le regard de la limace qui se demande où est le virage.
Pas bien. Pas bien pour moi. Donc pas pour moi. Logique : c’est fatigant, un réveil comme celui-là.
Je n’aime pas non plus quand il se pointe au coup de la « chevillette cherra » du facteur qui vous tend, avec le sourire condescendant (vous l’écrivez en deux mots, normal vous devez descendre pour aller lui ouvrir et c’est débile de le faire), un pli bien plié dans ses pliures, que vous déplierez et qui vous annoncera la dernière catastrophe.
Vous voyez que c’était stupide. Je vous l’avais dit. Pas pour moi non plus.
C’est à avoir envie de se recoucher, un réveil comme celui-là.
À la limite, le réveil orchestré par mon chat noir qui vient se frotter et s’allonge sur mon ventre, ça peut me plaire. Parce que ça me donne le sentiment d’être aimée. Sentiment illusoire me direz-vous, et vous aurez raison. Mais c’est déjà bien.
Par contre, le bonheur, le vrai réveil, c’est celui qui est partagé.
Je ne veux pas dire, « partagé » parce que le moment est partagé sur la ligne du temps avec un voisin de matelas, un locataire courtisan, imposé ou indifférent, installé, ancré, établi, pratiquant de la neutralité conjugale. Non. Je veux dire « partagé » dans le sens de mélangé, fusionné, réuni, dans le sens du partage de l’instant, comme un bon gâteau, comme un regard complice, le partage de moi et de lui dans le moment où je prends conscience qu’il est là.
Il est merveilleux ce moment, je l’adore : je reviens du néant où je n’étais qu’un rêve, même pas auteur, même pas réalisateur, juste acteur qui n’a pas lu le scénario et le subit. Dans ce ciel sans panneau de signalisation, comme l’oiseau, j’étais emportée, funambule sur son fil de chimère et d’illusion et tout à coup j’émerge, sans victoire, simplement revenue, sans rien à revendiquer que le fait d’ouvrir les yeux et de voir qu’il est là et qu’il m’attend. Alors je fais le chat qui vient se frotter et s’allonge sur son ventre à lui.
Ça, c’est un bon réveil, classé cinq étoiles au guide ad hoc.
C’est un bon réveil parce que je n’ai pas envie de me rendormir, juste de rester à cette limite entre l’inconscience et la perception de sa présence, juste me placer mieux, bouger les fesses pour accorder mes hanches à son inspiration mâle du matin qui ouvre un œil.
Juste s’étirer un peu en attendant sa grande main qui viendra se plaquer sur mes reins.
Soupirer un soupir de bien-être.
Encore engourdie de la chaleur de la nuit, c’est le remontoir de son cœur qui rythme mon réveil.
Un coup de cœur… le battement d’un cil freiné par son sein.
Un coup de cœur… un sourire étiré sur votre bouche.
Un coup de cœur… la main qui s’éveille.
Un coup de cœur… le corps qui s’étire encore.
Un coup de cœur… il est là.
Je suis bien et j’ai le sentiment d’être à ma place, ce qui, vous en conviendrez, est le summum en matière d’équilibre.
Je soupire encore, légèrement et ça ressemble à un miaulement étouffé par la brume.
Le bonheur est dans les draps.
Sa célébration dans ses bras.
Le plaisir du réveil aussi.
Arrêt sur image.
Fin de célébration.
On éteint les projecteurs, on rallume dans la salle.
On ne rêve plus.
Non seulement il n’est pas là, mais il se passe quelque chose.
Serait-ce un jour de réveil version « pas marrant » ? Que se passe-t-il ?
On n’est pas dans le romantisme, les regards langoureux et les corps qui se cherchent… Il devait être écrit quelque part que ce réveil-là n’était pas pour moi aujourd’hui. Quelle cacophonie dans la maisonnée ! Et puis d’abord, c’est la nuit, quelle idée de réveiller tout le monde et moi en l’occurrence !
Qu’est-ce qu’elles font mes filles ? Ce n’est pas vrai ! Les enfants, je vous jure !
Il paraît que c’est normal, que ce n’est pas de l’irrespect, mais seulement une énergie débordante, constructive et nécessaire à leur développement (tous les spécialistes de la science éducative vous le diront, surtout ceux qui n’ont pas d’enfant), mais il y a des jours…
Restons calmes. Un parent efficace ça doit tout autant réfléchir à ce qu’il faut dire à ses rejetons qu’à ce qu’il ne faut surtout pas leur dire. Ça s’appelle la pédagogie et il ne faut pas être un spécialiste pour le savoir, il faut juste avoir des enfants.
Je me retourne dans mes draps froissés, sommeil cassé, comme disait le chanteur qui cassait un verre sur le lino et je ne sais plus quoi.
Je regarde l’heure. Six heures… Mouais. Bon, d’accord, ce n’est plus tout à fait la nuit. Ma colère fond mais ne me quitte quand même pas, elles exagèrent tout de même. Il faudra que je me fâche, que je leur explique, que j’exprime mon courroux. Ils n’ont pas toujours raison ces spécialistes sans enfant !
Je me fâcherai tout rouge cette fois, enfin si je suis toujours irritée au moment du petit-déjeuner. Ce sera difficile vu qu’on ne déjeune jamais…
Bon, je vais essayer de rester fâchée, quand même, pour la forme et parce que je veux tenir tête aux spécialistes qui n’auront jamais d’enfants. Je me retourne dans mes draps froissés, sommeil cassé comme disait toujours l’autre. Je n’ai plus sommeil, j’ai froid. Je suis contrariée parce que je me sens brutalisée dans mon réveil que je voulais câlin.
Une porte claque.
Je suis tout à fait éveillée maintenant et j’ouvre complètement les yeux.
Une impression, une sensation, une intuition aux relents de menaces, de périls et d’inquiétudes monte en moi. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne peux rester au lit.
Il y a trop de va-et-vient, trop de bruits… Il y a vraiment trop de bruits.
Je ne suis plus fâchée tout à coup, je ne suis pas contrariée non plus par ce réveil impitoyable parce que je suis inquiète.
En une seconde, je suis debout, tremblante, anxieuse, effrayée, alarmée. Qu’arrive-t-il ? Comment ne l’ai-je pas compris plus tôt ? Il se passe quelque chose et ce n’est pas du style « taïaut taïaut, maman à la rescousse, les fifilles se disputent » parce que quelque chose a changé. Il y a du danger, du vrai, celui qui fait mal vraiment ou qui laisse des marques ou rend fou ou assassine.
Je dois intervenir.
J’attrape au vol mon peignoir sur son perchoir pour l’enfiler, il y a des bruits de voix au rez-de-chaussée.
