Née à 32 ans - Brigitte Guilbau - E-Book

Née à 32 ans E-Book

Brigitte Guilbau

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Beschreibung

C'est l'histoire de Gaëlle, une petite fille que tout le monde considère comme un garçon jusqu'au jour où elle dit non !

Gaëlle est une fille.
Une fille comme les autres, une amie. Pourtant, personne ne la croit lorsqu’elle dit qu’elle est une fille.
Pour se plier aux conventions de genre, elle a d’abord essayé d’être ce que tout le monde voulait qu’elle soit : un garçon.
Et puis, à trente-deux ans, elle dit non et décide de pratiquer un test génétique qui l’autorisera à subir l’opération qui lui donnera l’apparence de ce qu’elle est vraiment.
Née à trente-deux ans, c’est son histoire. Une histoire, pas comme les autres, peu courante et encore marginalisée à l’époque. Un grain de sable dans la machine bien huilée de la “normalité” parce que la différence fait peur. Mais qu’est-ce que la normalité ? Née à trente-deux ans, c’est l’histoire vraie de Gaëlle, avec sa tendresse, sa violence, son humour et ses larmes, le tout planté entre réalité sociale et réalité humaine. 

Découvrez ce témoignage saisissant ponctué d'humour, de larmes, de violences et de tendresse...

À PROPOS DE L'AUTEURE

Brigitte Guilbau est ce que l’on peut appeler une “Agitatrice de neurones”, une tornade de la pensée. Par son enthousiamse, elle communique la plus belle façon de désobéir: Réfléchir.
Conférencière passionée, cette ancienne professeur de philosophie, adepte du “sans langue de bois” joue avec l’humour pour réveiller les consciences.

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Seitenzahl: 127

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Couverture

Page de titre

Note de l’auteur.

Cette histoire est vraie, mais elle ne correspond pas à la définition de la biographique.

Tous les éléments qui la constituent, je les ai trouvés dans le journal intime que Gaëlle m’a confié en 1997, comme on confierait un testament. Parce que si Gaëlle est mon amie, je suis également la sienne. Rien n’est inventé.

J’ai cependant, intentionnellement, changé toutes les références et les noms que je cite.

Je passe sous silence, volontairement, et pour les mêmes raisons, certaines anecdotes parce que je les juge inutilement compromettantes et parce que la raison de ce livre est de vous faire découvrir un personnage surprenant au parcours étrange et peu commun et pas de présenter un violent, diffamatoire, vulgaire et vengeur ramassis de faits.

Je laisse ça aux spécialistes du genre.

Je préfère que vous imaginiez les non-dits. Je préfère vous le livrer en « pastels », comme un tableau à découvrir, touche par touche…

Les raisons de ces choix sont simples. Gaëlle est issue d’une famille connue, Gaëlle a rencontré des personnalités et Gaëlle a fréquenté un monde dangereux. J’ai fait le choix de les passer sous silence absolu pour sa sécurité et celle de ceux qu’elle aime, mais aussi parce que, la délation, ce n’est pas ma façon d’être, qu’elle m’a donné carte blanche pour raconter son histoire et que ça ne fait pas partie non plus de ses valeurs. Si certaines révélations ont été couchées sur le papier de son journal, elles se sont envolées avec lui, parce que le livre terminé, Gaëlle a tout brûlé. C’est le livre qu’elle attendait.

Le plus important, dans ma démarche, est de vous faire découvrir la personne au moyen de cette biographie de morceaux choisis. J’ai braqué la caméra sur elle et uniquement sur elle.

Pourquoi m’a-t-il fallu tant d’années pour la rédiger, me demanderez-vous ? Peut-être parce que je devais trouver la force de vous la raconter, parce que je devais « entrer » dans son désespoir et le sentir mien et que la vie ne m’a pas apporté à moi non plus que des cadeaux…

Bienvenue de l’autre côté du miroir… le temps d’une lecture.

Prologue.

Ding, dong !

— C’est pas possible, on peut pas être tranquille !

— C’est qui ?

— J’en sais rien…

Pfft, voulais être tranquille, moi

Voilà une journée qui commençait bien.

Vous savez, le style « je-fais-ce-que-je-veux-pendant-quelques-heures-vu-que-les-enfants-sont-a-l’école-et-que-je-suis-pour-une-fois-en-congé ». Qui ça pourrait être ? Pas mon ex quand même ! Pas le facteur non plus, il est déjà passé ! Le contrôleur ? Un Prince charmant avec la panoplie qui va avec et tout ? Et je ne suis pas ma-quillée… j’aurais dû lire mon horoscope.

Ding, dong !

Bon, ça va, je me lève. Pas moyen d’avoir la paix. C’est toujours comme ça, la vie est contrariante.

Voilà qu’on mange, moi, à l’aise, et on pense, moi, pouvoir profiter d’un après-midi tranquille et il faut qu’on (l’autre, le facteur, le contrôleur ou le prince) vous emmerde.

Je suis de mauvaise humeur, il aurait dû lire son horoscope.

Je soulève le rideau de la cuisine, celui qui donne sur l’avant de la maison, un chouette rideau blanc, pas ringard du tout, avec des canards pas ringards non plus. Logique, la façade donne sur une chaussée et je n’aime pas cette chaussée qui est inaccueillante et froide, inhospitalière. Le ringard, c’est un bouclier face à la morosité. Une dentelle, une couleur entre le monde et nous. Quand il est trop lourd. Alors, les canards sont là pour donner une impression champêtre et agréable, qui sent bon la campagne pleine de canards même si, dans la réalité, ça pue les canards et que c’est totalement con, en rang par deux et que je te dandine et que je vais becqueter et que je ne sais rien du monde, un peu comme les humains.

Je passe la tête et fais un sourire de circonstance vu que je dois écarter le rideau à « canards joyeux pas ringards » et regarder vers « la chaussée inhospitalière que j’aime pas » à cause de cette sonnerie stupide qui amène rarement quelqu’un de sympa puisque dans la plupart des cas elle ne retentit que pour des : « Bonjour Madame, un recommandé pour vous, je crois bien que c’est le téléphone » « Hein ? Ah ! Oui, merci Monsieur le facteur – tu parles – au revoir Monsieur le facteur »… et gni et gna… Et d’autres : « Bonjour Madame, c’est pour le Noël des policiers. Ah ! Oui – grr, j’m’en fous… – voilààààà. Bonne année Madame. » ou encore : « Nous venons pour la bonne parole…  » Oui, tu la veux, ma bonne parole, grrr… Bref, vous avez compris, cette porte-là, c’est l’entrée officielle, celle d’où ne viennent pas les amis parce que les copains, eux, ils empruntent celle du jardin.

Je me penche avec le sourire de la boîte de cola mal ouverte et je croise celui, trempé, de mon voisin. J’ai oublié de dire qu’il pleut comme il ne peut « dracher » qu’en Belgique.

J’avais oublié de dire aussi que ça se passe au sud de la Belgique et que la pluie – ça ne s’invente pas – y est du style averse forêt tropicale avec la forêt et les tropiques en moins.

J’avais oublié également de dire que j’avais un voisin.

Échange de sourires, mouillé chez lui et assez sec chez moi.

— Bonjour, voisin, quel bon vent ?

— Bonjour, Madame, je viens vous prévenir que votre saule pleureur vient de s’écraser sur ma maison.

Tu parles, emmerdé le voisin. Y’a quand même des mecs difficiles dans la vie. Il faut que tout leur arrive… Je n’ai pas vraiment envie de sortir, moi, il pleut des cordes. De celles qui vous mouillent vraiment, pas pour faire joli, style tee-shirt mouillé sur seins siliconés, non de la vraie pluie, celle qui fait les moches tronches sur la photo, style « t’as vu la gueule, rimmel qui coule et tout le tintouin »… mais je ne peux quand même pas lui rétorquer que je ne connais pas ce saule pleureur, que je ne l’ai jamais vu et que c’est certainement quelqu’un qui est venu le placer là cette nuit pour s’en débarrasser, faut compatir. Mon sourire sec devient donc un sourire compatissant juste encore un peu sec… parfaitement hypocrite.

Revenons à nos canards, ils sont de circonstance vu qu’il pleut. Ne dit-on pas « temps de canards ». Arrêt sur image : je tiens toujours le rideau dans la main et je fixe bêtement mon voisin et son regard « faire-part-de-mauvaises-nouvelles » qui attend que je bouge.

Le temps s’appesantit, la minute s’allonge…

Mon sourire sec compatissant se crispe.

Qu’est-ce que je peux faire, moi, contre un arbre qui est tombé ? Avec mes cinquante-six… heu… cinquante-deux… heu… cinquante kilos, je ne fais pas le poids !

Heureusement pour moi, pour le voisin, sa maison et sa progéniture, ce jour-là, je partageais mes quelques heures de farniente, un saucisson et une bouteille de rosé avec une copine, une copine qui était venue pour toute autre chose, un service comme on ne vous demande pas tous les ans, dans une vie.

Gaëlle venait me demander de l’aider à raconter l’histoire de sa vie, pas courante d’ailleurs.

Pas n’importe quelle vie, la sienne.

Pas n’importe quoi, la vérité.

Pas n’importe comment, comme elle le ferait.

Et elle me faisait confiance.

Et je n’avais jamais fait ça.

Et j’avais dit oui.

Tu parles d’une angoisse. Taper à la machine des lettres pour faire des mots qui devaient dire des sentiments, des espoirs, des désespoirs, du chagrin, pour faire comprendre.

J’avais tellement envie de dire oui que je l’avais dit, mais je ne savais pas très bien comment j’allais m’en tirer.

D’autant plus que je l’aime bien, moi, Gaëlle.

C’est facile de dire du mal de ceux qu’on méprise, la littérature, pour ce faire, regorge de termes qui coulent tout seuls et même si on se plante et blesse notre sémantique victime, qu’importe le flacon tant qu’on a l’ivresse de la vengeance et du bon mot bien placé. Mais pour ceux qu’on aime, c’est toute autre chose. Vous avez déjà remarqué comme c’est difficile d’écrire une lettre d’amour. Tout de suite, ça fait « cucul » parce que si vous ne savez pas comment commencer, vous savez encore moins comment finir… Les mots d’amour, et encore plus ceux de la tendresse, on les pense avec les yeux, on peut parfois les transmettre avec les mains ou la peau, mais on se fait rarement comprendre avec les mots.

Parce que, bien sûr, je voulais l’écrire, son histoire, mais je voulais aussi que vous l’aimiez. Une histoire bien contée ne rend pas forcément son héros sympathique et Gaëlle, elle n’est pas sympathique quand on ne la connaît pas. Gaëlle, elle donne envie aux gens de se croire suffisants, elle déclenche un sentiment de supériorité pour se défendre de donner de l’amitié ou elle fait rire pour se défendre d’écouter. Parce que quand on croise Gaëlle, on ne peut pas rester indifférent ou alors on a un problème aux yeux et quand on ne peut pas rester indifférent, pour la plupart des gens, on devient méchant et bête, on se drape à la « Jules César » dans une toge de préjugés qui n’est qu’un tissu tissé sans issue.

Alors, comment j’allais faire ?

Et voilà que mon intro s’écrivait toute seule par ce temps de canards à ne pas mettre un saule pleureur dehors.

Mon voisin venait appeler au secours et Gaëlle répondit :

— Je m’en occupe.

Parce qu’elle est comme ça la môme, t’appelles pas deux fois au secours avec elle. Elle est du style « te bile pas mon pote, je vais t’aider ». Faut ramper cinq mille mètres sous terre, pas de problème, faut aller remplacer un fusible sur Mir, pas d’embrouilles, même que s’il fallait draguer le voisin pour faire mousser la voisine, elle le ferait… enfin, ça, peut être pas ou c’est une autre histoire.

Je lui ai filé une de mes vestes style « trappeur à la campagne » ou si vous préférez « citadin qui fait trappeur » comme ceux qui ont un 4 x 4 pour traverser le bois de la Cambre ou le bois de Boulogne.

En tout cas, sur elle, ça faisait un tout autre effet.

Je l’aime bien ma Gaëlle, tu la mets en robe du soir super lamé ou super taffetas à la droite du Roi, du Président ou du dernier dictateur à la mode et si le moindre problème se pointe, style syncope ou bagarre où le plus faible a le dessous, elle enjambe la table et décoche un uppercut ultracentrifugeux et digne du tripot le plus typique, Roi, Président, Chef d’État ou pas. Pas besoin de triplex devant les gencives, le mec il est foutu, la gueule en triptyque.

Et hop, on n’en parle plus !

Situation calmée, elle défroisserait sa jupe, réenjamberait la table sans penser à contourner et se réinstallerait doucement avec un petit sourire à côté du Roi, Président ou Chef médusé qui lorgnerait vers son décolleté, histoire de se rassurer parce que tout le monde sait que les seins d’une femme, c’est rassurant. N’importe quel psychiatre vous le dira.

Mais revenons à notre récit. Gaëlle avait enfilé la veste et s’apprêtait à sortir. Impossible de refuser, vous avez compris, Gaëlle, elle n’aime pas ça.

Je sors l’échelle et tout ce qui est nécessaire au sauvetage de la maison voisine mise en péril par la nature en furie.

La branche responsable de cette situation a plutôt l’air d’un arbre à elle toute seule. En effet, elle est arrachée du tronc maternel et pend lamentablement, dangereusement, sur la maison du voisin éploré.

Je compatis à nouveau et mon sourire sec a disparu, au propre et au figuré.

L’échelle est installée. Le voisin, c’est normal c’est l’homme, monte à l’assaut de la traîtresse qui menace ses Eternits. Trois secondes vingt-cinq après, il redescend et annonce l’impossibilité d’en venir à bout. Pas moyen de la scier, elle est trop grosse et elle est en porte-à-faux, elle va démolir sa maison et je sens toute la détresse du petit monde des hypothéqués dans son désespoir. Il faut appeler du secours, les pompiers, la Croix-Rouge ou je ne sais pas, moi. Enfin, ceux qui sont capables de grimper sur cette échelle, dans un arbre centenaire et de scier cette branche récalcitrante qui nous menace, lui sa maison et moi ma responsabilité même si ce n’est pas moi qui l’ai planté, cet imbécile d’arbre.

Mais, évidemment, le voisin, il ne sait pas qui est Gaëlle, il est excusable.

L’intéressée me fait un petit sourire, style « Ah les hommes, heureusement qu’on n’est plus au Crétacé Supérieur et qu’on les aime !  » et grimpe sur l’échelle… en mini-jupe et cuissardes.

Bin oui, Gaëlle, elle ne venait pas pour escalader !

Elle ne savait pas que j’allais la faire grimper dans un saule pleureur qui avait la bougeotte un jour de douche merdique.

Je ne la regardais pas, je la connaissais suffisamment. Je pouvais imaginer le balancement de ses hanches qui entraînait avec lui la petite étoffe brillante de soie d’acrylique et de pluie mouillée qui continuait son ruissellement sur les bottes brillantes de cuir vinylique et de pied cambré.

Non, je ne la regardais pas. C’était vachement plus intéressant de lorgner vers le voisin qui ne savait plus où poser ses yeux pour ne pas avoir l’air de regarder tout en se remplissant la vue de notre amazone qui grimpait allégrement les échelons en dodelinant doucement du démonstratif.

Eh oui, j’ai une copine qui monte à quatre ou cinq mètres avec une hache faire sa fête à une branche grosse comme un poteau, sous une pluie diluvienne, en mini-jupe et cuissardes. Et alors, pas vous ? Ah, bon, ça n’arrive pas tous les jours ?

Dommage pour les voisins, car, moi, je peux vous assurer que le mien, ça lui plaisait. Pour un peu, il en oubliait sa toiture prête à rendre l’âme.

Il a perdu son air béat pour un air encore plus stupide en la regardant à l’œuvre. Je ne savais pas où il avait pu aller le chercher.

La main droite en l’air et bang, un coup de hache bien placé et hop, un éclat de bois. Et bing, une écharde comme un pavé de 68.

Gaëlle pourfendait, débitait, fracturait avec violence et méthode l’arbre qui pensait pouvoir encore lui résister.

Une à une, les branches tombaient sur le sol, nous éclaboussant de pluie et de joie. C’était irréel, nous étions contents, on riait, pas d’elle, mais de l’arbre vaincu. Nous n’avions qu’à ramasser. Gaëlle était là.

Je voyais mon amie, je regardais mon voisin et les branches tombaient, tombaient, tombaient. L’arbre fut débité et son toit sauvé. Plus de danger, les enfants pouvaient se rendormir et sa femme, peut-être, nous faire un café bien chaud.

Je lui ai fait un joli sourire tout mouillé et plus sec du tout.

J’étais heureuse. Je pensais que c’était partagé. Nous pensons toujours que nos bonheurs sont partagés.

Il m’a serré la main et est retourné chez lui.

Il était toujours satisfait, mais il avait oublié d’être content. Il s’était drapé comme Jules. Il ne lui a rien dit. Rien. Même pas avec les yeux.

Il avait décidé qu’une femme ne pouvait avoir cette force, et certainement pas ce courage, donc comme deux et deux font ce que chacun sait, si cette femme n’était pas une femme, cette femme était un homme.

Alors, à cette femme qui n’en était pas une et cet homme qui n’en était pas un, comment dire merci.