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Une jeune femme vient voir son grand-père dans sa résidence pour personnes âgées. Il lit de la philosophie ; elle est ingénieur. Elle teste une combinaison technologiquement avancée qui la recouvre intégralement et qui lui assure bien-être, sécurité et même l'éternité.
Mais notre peau est une frontière. Elle nous distingue du reste de l'univers et en même temps nous met en contact avec lui. Qu'advient-il si une peau, artificielle, une double peau, vient recouvrir notre peau originelle ? Que deviennent notre relation au monde et aux autres ? Que devenons-nous nous-mêmes ?
C'est cette situation qu'explore ce texte. Dans la lignée de Karel Čapek, il nous fait réfléchir sur les conséquences de la modernité sur la nature humaine. La perspective de la mort est-elle indispensable à la vie ? Qu'est-ce qu'un être humain ? Peut-on vivre sans être touché ?
À lire, dire, entendre avant de partager nos réponses.Deux personnages
Un lieu
5 actes
Durée : environ 80mn
À PROPOS DE L'AUTEURWillerval est auteur dramatique et romancier. Il a écrit aussi des pièces pour la jeunesse, tel Les mots-cailloux. Ici, il s'adresse aux lycéens et aux adultes. Il a été enseignant et responsable associatif. Il vit en Dordogne. Il est membre des Écrivaines et Écrivains Auteurs de Théâtre de Nouvelle-Aquitaine.
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Seitenzahl: 62
Veröffentlichungsjahr: 2023
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WILLERVAL
PEAU DOUBLE
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0673-3
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : mai 2023
©couverture Martine Macre
©2023 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
(Une chambre typique d'une résidence pour personnes âgées avec un lit, une table de chevet, un fauteuil, une table ronde et deux chaises, quelques étagères et deux ou trois plantes. Deux portes donnent sur cette chambre : une pour entrer, l'autre vers une salle de bains. Un vieil homme est assis dans un fauteuil, près de son lit, et lit « Les mouches » de Sartre. On frappe à la porte.)
LE GRAND-PÈRE
Tirez la chevillette et la bobinette cherra !
(Arrive une jeune femme dans une combinaison intégrale, joyeuse, en chantonnant et se dandinant.)
LA PETITE-FILLE
Houhou ! Bonjour, Grand-père.
LE GRAND-PÈRE
Mais qui êtes-vous ? Caly ? Ça alors ! (Ému, il se redresse de son fauteuil tandis qu'elle se jette dans ses bras.) Quelle surprise !
LA PETITE-FILLE
Qu’est-ce que je suis contente !
LE GRAND-PÈRE
Et moi donc ! Je ne pensais plus te voir de mon vivant…
LA PETITE-FILLE
Quand même, Grand-père ! Je sais que j’ai été absente longtemps mais de là à ne plus jamais nous voir…
LE GRAND-PÈRE
C’est que je ne savais pas combien de temps te retiendrait ton séjour aux États-Unis… Quand es-tu rentrée ?
LA PETITE-FILLE
En fait, cela fait plusieurs mois que je suis rentrée en France…
LE GRAND-PÈRE
Plusieurs mois ? (En s’écartant d’elle.) Et tu ne viens qu’aujourd’hui ?
LA PETITE-FILLE
C’est que j’étais, et j’y suis toujours d’ailleurs, dans un camp d’entraînement spécial dont je n’étais pas autorisée à sortir. C’est mon premier jour de liberté, et me voilà !
LE GRAND-PÈRE
C’est quoi cet accoutrement ? Je ne te reconnais même pas.
LA PETITE-FILLE
C'est en quelque sorte ma combinaison de travail. (Elle l'embrasse.)
LE GRAND-PÈRE
Même ta bouche est masquée ! Je préfère tes vrais bisous avec tes vraies lèvres.
LA PETITE-FILLE
Il faut s'habituer. C'est une affaire de quelques jours.
LE GRAND-PÈRE
Bon, j'ai vu ton uniforme, maintenant tu peux l'ôter, que je puisse vraiment te reconnaître !
LA PETITE-FILLE
Je ne peux pas : je n'ai rien d'autre dessous ! Ce ne serait pas convenable.ꠍ
LE GRAND-PÈRE
Ah ! Et c'est quoi, ce boulot ?
LA PETITE-FILLE
La société « NewSkin » recherchait les meilleurs ingénieurs chercheurs dans plusieurs domaines : biologie moléculaire, nanotechnologie, électronique, chimie, informatique, mathématiques... pour devenir des « agents de maintenance chercheurs cobayes ». Et j'ai été retenue.
LE GRAND-PÈRE
Pour quoi faire ?
LA PETITE-FILLE
Tester et améliorer cette fameuse combinaison.
LE GRAND-PÈRE
Qu'a-t-elle de particulier ?
LA PETITE-FILLE
Cette combinaison est une merveille de technologies, bourrée de capteurs qui analysent en permanence le fonctionnement de mon corps pour m'assurer un bien-être optimal à chaque instant.
LE GRAND-PÈRE
Combien de temps dure cette mission ?
LA PETITE-FILLE
A priori, toute ma vie.
LE GRAND-PÈRE
Tu vas porter ce truc toute ta vie ?
LA PETITE-FILLE
Eh oui, il va falloir t'habituer. Ça me va bien, non ? Ça m'excite ! nous ne sommes pas nombreux à avoir été retenus. C’est un peu comme être le premier cosmonaute à marcher sur la lune. Alors, tu n'es pas fière de ta petite-fille ?
LE GRAND-PÈRE
Si tu es contente, je suis content aussi, et fier sûrement, mais... le monde va trop vite : je suis complètement largué.
LA PETITE-FILLE
(Elle l'entoure affectueusement de ses bras.)
Je comprends Grand-père. C'est vrai que quand tu étais jeune, si je me souviens bien de ce que tu m'as raconté, il n'y avait pas d'internet, pas d'ordi, le téléphone était un gros truc à cadran et il n'y avait qu'une chaîne de télé, en noir et blanc.
LE GRAND-PÈRE
Et pourtant, on a quand même réussi à marcher sur la lune et à le voir à la télé en direct ! Même en noir et blanc, c'était génial... Enlève tes bras de mon cou, je ne supporte pas ce contact !
LA PETITE-FILLE
(Aussitôt triste.)
Tu n'aimes plus mes câlins, Grand-père ? Tu ne m'aimes plus ?
LE GRAND-PÈRE
Bien sûr que je t'aime ! C'est ce contact avec cette espèce de textile plastifié que je ne supporte pas. Ça me donne la chair de poule ! Beurk ! La prochaine fois, enlève ton uniforme avant de venir, qu'on puisse s'embrasser pour de vrai.
LA PETITE-FILLE
Mais Grand-père, je ne l'enlève jamais.
LE GRAND-PÈRE
Comment cela ? (Il se met à rire.)Excuse-moi de me montrer trivial, mais pour chier, il va bien falloir que tu poses culotte, ma chérie ! Et pour manger ou boire avec cette bouche close, ça va être difficile ! Ah, ah ! Tu me prends vraiment pour un vieux con !
LA PETITE-FILLE
Oh, non, Grand-père, jamais je ne te prendrais pour... ce que tu as dit... et jamais je ne te raconterais d'histoire, je t'aime trop pour cela... C'est la vérité, je me suis engagée à ne jamais retirer cette combinaison. C'est une clause impérative de mon contrat.
LE GRAND-PÈRE
(Visiblement alarmé, puis furieux.)
Et tu as signé ? Mais tu es complètement folle ! Tu vas mourir très vite sans pouvoir manger ou... déféquer ! On ne peut pas vous obliger à cela. C'est du suicide ! Mais on va se battre ! Ne t'inquiète pas ! Tu vas enlever ce machin tout de suite et je me charge de faire annuler ton contrat. Et ils vont casquer ! Cher ! Crois-moi ! Salauds ! Prendre au piège, ma petite-fille ! Ils vont voir ce qu'ils vont voir !
LA PETITE-FILLE
Calme-toi, Grand-père. Ce n'est pas ce que tu crois. Laisse-moi t'expliquer... Comme je viens de te le dire, cette combinaison a pour fonction d'assurer constamment mon bien-être. Ainsi, selon la température extérieure, il s'organise pour que mon corps soit toujours à 37,2°. C'est un tissu intelligent !
LE GRAND-PÈRE
C'est surtout un tissu de conneries ! Je peux comprendre cette histoire de régulation de la température, mais pour manger, comment tu fais ?
LA PETITE-FILLE
En fait, la combinaison analyse constamment le niveau d'énergie dont dispose mon corps pour effectuer ce que je suis en train de faire et veille à ce que je dispose exactement des réserves nécessaires. Elle commande même à mon cerveau pour programmer les gestes et les fonctions de telle sorte que je dépense le minimum d'énergie pour réaliser ma tâche. De cette façon, nous n'avons plus besoin que d'un apport très faible en calories chaque jour. Ces calories nous sont distribuées sous forme d'un liquide nutritif. Tu vois, il y a là, au pli du coude, comme une valve.
LE GRAND-PÈRE
(Stupéfait.)
Et tu fais le plein comme une voiture ?
LA PETITE-FILLE
C’est exactement cela. Cette forme d'alimentation a l'avantage de ne produire aucun déchet en passant directement dans le sang. (Avec un grand sourire.) Et donc, plus besoin de poser culotte, comme tu dis ! En plus, ce tissu a la capacité d'absorber l'humidité contenue dans l'air et d'en distiller d'infimes quantités directement dans les cellules au fur et à mesure de leurs besoins et après filtrage. À l'inverse, il absorbe notre éventuelle transpiration et l'évacue à l'extérieur.
LE GRAND-PÈRE
(Effondré.)
Tu ne vas donc plus jamais retirer cette combinaison ? Vraiment jamais ?
LA PETITE-FILLE
Vraiment jamais.
LE GRAND-PÈRE
Et tes yeux ? Tes jolis yeux... ils sont recouverts aussi de cette membrane derrière tes lunettes de soleil ?
LA PETITE-FILLE
