S'enfermer dans une cabane et écrire - Philippe Aubert de Molay - E-Book

S'enfermer dans une cabane et écrire E-Book

Philippe Aubert de Molay

0,0
4,49 €

-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Désormais mort et donc fantôme, l'écrivain américain Jack Kerouac (1922-1969), immortel (quoique...) auteur de Sur la route, décide de revoir un inoublié amour de jeunesse. Mêmes les revenants sont amoureux de nos jours. Scénariste de bande dessinée et de jeu vidéo (sous la griffe de Greg Newman et pour des univers comme Night Watch, Renaissance, Popeye, Zorro, Noeland, Blake & Mortimer, Pinocchio, Jenny Everywhere), l'auteur écrit également des nouvelles et a reçu le prix international Hemingway 2015. Il a publié chez Hispaniola Littératures les recueils Sapin président, Petit traité de sorcellerie et d'écologie radicale de combat. Ainsi que Douleur fantôme. Photographies de couverture par Olivier Richet. HISPANIOLA LITTERATURES collection 1 nouvelle

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
MOBI

Seitenzahl: 20

Veröffentlichungsjahr: 2021

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Pour Noël Vermot-Desroches.

Je n’avais rien à offrir à personne que ma propre confusion.

Jack Kerouac, Sur la route

Lorsque vous demandez à la jeune serveuse : Kerouac ? Elle pense d’abord qu’on lui commande une nouvelle bière québécoise puis elle se dit que ce Kerouac est peut-être un client attablé ici ou là, alors en regardant autour d’elle, elle dit : Qui ? Le vieux barman lève vaguement les yeux au ciel et on ne peut savoir s’il veut dire : l’ignorance des jeunes est consternante ou bien encore des touristes venu en pèlerinage sur les pas de ce vieux soiffard de Jack Kerouac, écrivain des années soixante. Le White Horse est un bar new-yorkais. Probablement le plus ancien de la ville. 1880. Grand miroir, reflet de cents bouteilles alignées. Plancher, comptoir et meubles en bois sombre, usé. Un saloon. Le barman : Ici c’est comme un fort au milieu du désert. Sauf que là ce sont les indiens qui sont dedans et la cavalerie dehors.

Devant un troisième café, une femme fait l’inventaire de son cabas : chocolat blanc en poudre, boite de maïs Heinz, cookies noix de coco de marque J’aime Bien, on s’attendrait à voir la boîte de soupe d’Andy Warhol mais non. Des jeunes téléphonent sous la pancarte interdit de fumer.

Observant un match de base-ball à la télé, un vieux cubain déclare : il y a les choses qu’on sait qu’on ne sait pas. Et les choses qu’on ne sait pas que l’on ne sait pas. Plus loin, un homme dit à une femme : je suis déçu que tu ais pris cette décision sans me consulter. Elle répond d’un ton neutre : j’ai bien peur que tes émotions n’obscurcissent ton jugement. Il grimace. On voit bien que la discussion ne fait que commencer.

Jack Kerouac est mort le 21 octobre 1969 à St. Petersburg (Floride) mais ce bar reste l’un de ses lieux favoris. On ne peut pas dire qu’il y vienne fréquemment, retenu par ses obligations de fantôme à San Francisco ou à Mexico. En regardant bien, on devine une sorte de film dans le grand miroir, comme une projection permanente. Le consommateur attentif peut remarquer le vieux Jack passant l’été en Californie en haut d’une tour d’alerte incendie en rondins odorants. De là-haut, il y a moyen d’apercevoir le bleu sombre du Pacifique dans des lointains raturés.