Sombres Blessures - Tome 2 - Anne Lejeune - E-Book

Sombres Blessures - Tome 2 E-Book

Anne Lejeune

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Beschreibung

Elle est prête à affronter l'homme qui a failli la détruire... mais saura-t-elle surmonter les ombres du passé ?

Le passé n’est pas toujours fait de bonheur ; il peut laisser des cicatrices indélébiles. Et cela, je le sais mieux que quiconque. Aujourd'hui, j'ai décidé de ne plus me laisser faire, de me défendre contre celui qui m’a tout volé. Mais je sais qu’il ne me laissera pas disparaître aussi facilement. C’est ainsi que je recroise la route de Mills, l’homme que j’ai un jour aimé, mais qui a totalement changé. Il n’est plus le doux et gentil garçon que j’ai humilié devant le gang. Désormais, il est une menace imprévisible, plus sombre que jamais.

Les fantômes du passé rôdent, prêts à ressurgir à tout moment, tandis qu’un prétendu sauveur se dresse devant moi. Mais puis-je vraiment lui faire confiance, ou n’est-il qu’une autre illusion dangereuse ?

Découvrez la conclusion captivante et intense de la sulfureuse Dark Romance Sombres Blessures !

À PROPOS DE L'AUTEURE : Anne Lejeune est née le 10 juin 1983. Passionnée de lecture depuis l'enfance, elle a grandi entourée de livres, une passion transmise par sa mère. Aujourd'hui, Anne jongle entre son amour de l'écriture et sa vie de maman de quatre enfants. Avec des récits intenses et émouvants, elle plonge ses lecteurs dans des univers sombres où la résilience et la force de ses héroïnes brillent toujours.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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Anne Lejeune

 

 

 

Sombres blessures

Tome 2

Dévoré par le passé

 

 

 

 

 

 

Art en Mots éditions

 

Dark romance

Illustration graphique : Graph’L

Art en Mots éditions

 

 

 

 

 

 

 

Il est possible d'aimer, de désirer, de détester et de repousser, tout à la fois lorsque la part lumineuse de notre être se mélange avec l’obscure…

Anne Lejeune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prologue.

 

Keith.

 

Voilà environ un an que Jaze est parti avec Noélie. Et si cette expérience fût un échec, du moins, pas complètement, je ne compte pas en rester là.

S’il m’a fallu des mois pour me remettre de ma mâchoire déboîtée, brisée, de la ferraille pour tenir ma bouche fermée. Devoir me nourrir avec une paille constamment ! Ma rage ne cessait d'augmenter.

Cependant, me revoilà aujourd’hui, après une rééducation forcée, prêt à reprendre où j’en étais. Dans la même ville. Dans la même maison, reconstruite à l’identique, après avoir presque entièrement brûlé à cause de mon putain de frangin.

Les secours présents sur place en avaient déduit à une agression dans laquelle j’ai perdu ma femme. Je ne les ai jamais détrompés. Il n’avait pas été difficile de leurrer les flics, jouer à l’homme veuf meurtri. Toutes ces années, à enregistrer et copier les différents faciès ou expressions de diverses émotions, s’étaient avérées très utiles.

Depuis le départ de Jaze, la colère me rongeait, me bouffait littéralement, jusqu’à presque me consumer. Je ne comprenais pas pourquoi il ne m’avait pas dénoncé. Ni pour quelle raison il ne m’avait pas achevé. Je ne pensais pas réellement que mon corps puisse se remettre un jour suffisamment pour reprendre ma vie où elle en était. Durant des semaines, j’étais hanté par un manque.

Puis, j’ai trouvé une nouvelle proie, un nouvel amusement. Enfin plutôt un ancien, sauf qu’il n’en a jamais eu aucune idée. Aucune conscience d’à quel point j’avais pu diriger son parcours pour parvenir à mes fins et l’amener là où il est aujourd’hui. Comme un marionnettiste, j’ai placé mes poupées de manière stratégique. Il ne me reste plus qu’à saisir les fils et débuter le spectacle.

Un rictus étire mes lèvres lorsque je soulève mon écran d’ordinateur et me repasse en boucle les images.

Les affaires reprennent…

Celui qui va, très bientôt remplacer mon frère, m’a fourni, sans en avoir conscience, de quoi tester de nouvelles limites…

 

1

 

Mills.

 

Avec difficulté, j’émerge au fond de draps de satin frais, recouvert jusqu’à la tête.

L’horreur…

Je me suis tellement bourré la gueule, hier soir, pour oublier qu’elle était présente au tournoi, que je ne sais plus où j’ai terminé la nuit…

Un coup d’œil du côté gauche m’indique que, pour commencer, j’étais en bonne compagnie. Blonde, pulpeuse à souhait et plutôt douée au pieu si j’en crois ma queue flasque ce matin. Elle a dû bien me les vider, et je ne m’en rappelle même pas…

Oh merde ! Finalement, elle n’était peut-être pas seule à m'assécher les burnes…

En me tournant sur la droite, afin de quitter le matelas, je tombe nez à nez avec un homme, plus grand, mais moins baraqué que moi. Dont je n’ai aucun souvenir non plus…

Ça devait vraiment être un plan foireux pour que je me retrouve au milieu. Une chance, je n’ai aucune sensation de brûlure ou douleur particulière. Mon cul me semble encore vierge de toute intrusion…

Avec mille et une précautions, afin de ne pas réveiller les endormis et éviter un moment embarrassant, je sors du lit en passant par le fond, glissant sur les draps, sans aucune difficulté, au vu de leur texture, puis me mets debout. Je trouve mon caleçon sur le sol, tout près de mon pantalon. Mes chaussettes, ne m’ayant pas quitté, me prouvent que ça devait être une nuit de folie.

Pendant que je m’habille avec ce dont j’ai déjà sous la main, j’essaie encore de me souvenir de comment j’ai pu atterrir entre un couple.

Mais rien… le trou noir total !

Faut vraiment que j’arrête de boire autant et surtout de mélanger les bouteilles…

Mon tee-shirt, ainsi que mon pull, traînant dans l’entrée, tout près des affaires de mes deux acolytes d’une nuit, témoignent de l’urgence d’une bonne baise.

Puis, je m’éclipse sans demander mon reste.

Une fois en bas de l’immeuble, je m’allume une cigarette et en savoure la première bouffée. Mon premier poison. Mon péché.

La nicotine tue, c’est clair, l’alcool également, néanmoins, ça ne me fait pas peur. Après tout, je combats bien sûr des rings où tous les coups sont permis, et la mort acclamée par les spectateurs affolés par l’hémoglobine.

Depuis toutes ces années, combien de nos adversaires sont repartis dans des sacs poubelles ? J’ai arrêté de compter il y a bien longtemps…

D’ailleurs, c’est à cause du tournoi d’hier que je me suis mis dans un état proche du coma éthylique.

Millie…

Qu’est-ce qu’elle foutait là-bas !?

Comme c’était le soir de Don, ce petit jeune de vingt ans, elle n’a pas pu m’apercevoir. Cependant, je suis certain qu’elle n’était pas ici sans raison.

Crazy, président du gang des serpents, était le second adversaire.

Elle était présente pour lui !

Si j’avais été à la place de Jaze, un an plus tôt, il n’y a pas que le bras que je lui aurais cassé !

Lui et moi, nous avons un lourd passif. Il est la cause pour laquelle elle ne fait plus partie de ma vie depuis de nombreuses années. Un peu plus de six ans pour être exact…

Je déteste la façon dont tout s’est terminé entre nous. C’est depuis ce jour-là que je bois plus que nécessaire.

Juste pour oublier à quel point elle me manque. À quel point sa trahison m’a rendu dingue et a fait de moi celui que je suis aujourd’hui…

Putain !

Ressortir d'anciens dossiers, bien gardés au fin fond du tiroir de mes souvenirs, n’est pas la meilleure manière dont j’imaginais commencer la journée !

J’écrase mon mégot sur le bitume, puis me rallume une clope aussi sec, sous les yeux d’une vieille me lorgnant avec aigreur.

— Quoi !? m'écrié-je déjà sur les nerfs, afin de la pousser à s’occuper de son cul. T’as jamais vu quelqu’un fumer malgré que tu sois bientôt sous terre !?

La vieille lâche un cri outré, avant de changer de trottoir et de repartir dans la direction opposée.

Un ricanement glauque s'échappe de mes lèvres.

Ça, ça me met de bonne humeur…

Enfin, presque. Il ne faudrait pas que la réapparition de Millie devienne un problème.

Elle m’a trahi. Elle a choisi son camp. Elle a choisi son mec. Elle n’a plus qu’à assumer. Pas la peine qu’elle vienne me les briser maintenant !

 

Six ans plus tôt.

 

À l’abri, dans un endroit tranquille et souvent désert de Marine Park, au sud-est de Brooklyn, j’attends l’arrivée de Millie. Ça fait plusieurs mois que nous nous voyons en douce. Son frère, Jorm, le vice-président depuis que son père a été abattu il y a un peu plus de deux mois, ne doit surtout pas avoir connaissance de notre relation. Je ne suis encore qu’un prospect et ce jusqu’à demain soir. Soit un boulet pour la sœur.

Une mission m’a été confiée et je compte bien faire mes preuves, afin de récupérer mon écusson, pour devenir un frère important du gang, au même titre que les autres. Passé ce jour-là, ce sera fini pour moi de me taper les basses besognes. Je serai bientôt un membre à part entière…

Millie me rejoint enfin et je me hâte de l’embrasser à pleine bouche, lui démontrant ainsi combien elle compte pour moi. Seulement, son corps tendu, tout autant que son manque d’entrain à notre baiser, me pousse à reculer.

— Que se passe-t-il ?

Je l’interroge avec une inquiétude croissante, quand je remarque ses sourcils froncés.

— N’y va pas… Demain soir, n’y va pas. Reste plutôt avec moi, fuyons tous les deux…

Encore cette foutue conversation ! Ça fait plus d’un mois que cette mission m’a été confiée. Un mois qu'à chacune de nos rencontres secrètes, elle me prend la tête avec, à cause d’une intuition bancale !

Elle pense que ça va mal se passer. Que je risque de me faire descendre…

Je ricane à cette idée. Trop sûr de mes futurs frères d’armes et de cœur, pour ne serait-ce que songer à un coup pareil. Aucun d’eux ne piégerait l’un de ses frères ou ne le mettrait en danger inutilement. Au contraire, ils veillent les uns sur les autres.

Mes paumes prennent possession de ses joues.

— Bébé. Rassure-toi, ça va bien se passer. Et après-demain soir, nous pourrons enfin nous montrer au grand jour.

Car seul un membre total des Snakes peut avoir le droit de sortir avec elle, et d’en faire sa régulière. Il faudra quand même que je demande l’approbation de Jorm, mais ce ne sera plus qu’une formalité. Après tout, si dans un peu plus de 24 h, je deviens un membre à part entière des Snakes, c’est grâce à lui. Tout comme la rencontre avec sa sœur.

Depuis le jour où mes yeux se sont posés sur Millie, je savais qu’elle serait la femme de ma vie. Peu importe les tourments que cela ne manquerait pas d'engranger. Elle est à moi…

 

Aujourd’hui.

 

Du moins, je le croyais. Jusqu’à ce qu’elle annonce le soir même, devant tout le gang, qu’elle était en couple avec notre chef !

Aucun regard dans ma direction ! Aucune gêne lorsqu’ils se sont embrassés en public ! Aucune compassion pour mon cœur en train de se briser et rouler à leurs pieds !

Lors de cette soirée, j’ai compris que tout ce qu’on vivait, tous les deux, n’était qu’un mensonge.

Cette salope s’était bien foutue de ma gueule, me privant de tout ce que j’avais à lui offrir. Me l’interdisant ! Je ne pouvais rester avec eux et les avoir constamment sous les yeux.

Le lendemain matin, je mettais les voiles, laissant un simple mot à Jorm, pour lui expliquer que ma place était ailleurs. Ils auraient pu me retrouver sans la moindre difficulté, n’ayant pas quitté Brooklyn, néanmoins, Jorm a respecté mon choix, sachant que dévoiler leurs secrets équivaudrait à ma mort.

Parfois, je me dis qu’une telle fin aurait été bien plus douce…

 

Continuant à avancer dans la fraîcheur humide de début-décembre, j’arrive enfin chez Keith. Celui-ci n’est plus vraiment le même, depuis le départ de son frère à cause d’une gonzesse et la mort de sa femme. Même un an plus tard, il a franchement du mal à se remettre. Je ne l’ai pas vu avec une seule nana depuis.

Le pire, c’est que j’ai aidé Jaze à disparaître, grâce à un de mes contacts, pour lui faire de nouvelles pièces d’identité. J’ai l’impression d’avoir trahi Keith, il est donc de mon devoir de veiller sur lui…

En utilisant mon trousseau, je pénètre dans la grande demeure refaite entièrement.

Keith m’a demandé d’emménager, il y a seulement quelques jours. Je pense qu’il a uniquement besoin de combler le vide de sa vie, laissé par les deux personnes auxquelles il tenait le plus.

Bien évidemment, j’ai accepté, c’est grâce à lui si j’ai pu garder la tête hors de l’eau.

Depuis quelque temps avant mon départ du gang, j’allais tous les jours dans une salle de boxe afin de prendre de la masse et me défouler. C’est là-bas que j’ai fait la connaissance des deux frères, plus Don et Cade. Ce dernier est vite devenu mon entraîneur.

Me trouvant particulièrement doué, et surtout hargneux, rempli de colère, il avait vu un combattant. Déjà à cette époque j’avais la rage. Mon adolescence n’avait pas été facile et seule Millie mettait un peu de baume dans mon cœur meurtri. Néanmoins, comme tout le reste de ma vie, ça n’a pas duré. J’étais ensuite consumé par la haine, le besoin d’une vengeance que je ne pourrais jamais avoir.

Après le coup de couteau que je m’étais pris dans le dos – au sens figuré – Cade m’avait invité à combattre Jaze sur le ring. Bien entendu, je m’étais ramassé, mais pas sans rien. J’avais alors appris à positionner ma défense, prendre le temps de réfléchir avant d’attaquer. Et surtout, je n’avais pas pensé à Millie pendant toute la durée du combat…

Un véritable exploit…

Je m'estimais guéri… Mais il lui a suffi d’une seule apparition pour m’embrouiller l’esprit et revenir me hanter comme un putain de spectre !

Secouant la tête pour m’éclaircir les idées, je reprends le trajet à la recherche du propriétaire.

Cette maison est immense et si je ne l’avais jamais visité auparavant, quand je l’ai découverte, je l’ai trouvé impressionnante, à couper le souffle. Tant par sa beauté que par le luxe qui y règne.

Personne dans la cuisine, le salon ou la salle à manger.

Un coup d’œil sur mon smartphone m’indique qu’au vu de l’heure, 11 h 13, il est très certainement dans son bureau, à gagner du fric. Ce mec n’arrête jamais ! Entre encaisser les paris, préparer les tournois et miser en bourse, son patrimoine est énorme. Il ne lui manque plus qu’une petite entreprise, afin de blanchir ce qu’il récolte illégalement lorsque nous nous battons.

C’est ce dont nous devons parler aujourd’hui.

Je pousse la porte de son antre, lieu où je n’ai posé les pieds qu’une unique fois, et le découvre derrière son écran, qu’il abaisse dès qu’il m'entend.

Je ne trouve rien d’étonnant dans son geste, Keith protège toujours ses intérêts.

— Désolé pour le retard, tu voulais qu’on discute ? lancé-je sans réels remords.

Il y a bien longtemps que je ne m’embarrasse plus de ça.

Depuis elle, exactement…

Pourquoi s’emmerder à avoir de la compassion pour les autres, lorsqu’eux se foutent de ce que vous ressentez !?

— Oui.

Keith se cale en arrière dans son siège, les mains derrière la nuque, complètement décontracté.

— Assieds-toi, me demande-t-il en désignant le fauteuil de l’autre côté, fait de bois vernis. Tout d’abord, ton tournoi est programmé dans une semaine. Je pense qu’il est temps de les rapprocher, pour continuer à forger notre réputation.

N’y voyant aucun inconvénient, j’acquiesce, en espérant juste que sa présence ne se reproduira pas ! C’était ce que je craignais lorsque Crazy avait été mon premier adversaire. Il ne m’avait même pas reconnu, sur le coup, tant j’avais pris de la masse, mon nez pété, et que mes cheveux étaient tondus à blanc. Je l’avais mis au tapis avec toute la rage qu’il m’inspirait, car, malheureusement, Cade ne m’avait pas laissé le tuer !

Keith se penche en avant, les doigts croisés devant lui.

— À présent, je peux t’informer de l’ouverture du bar « Luxure et châtiments ». J’ai le plaisir de t’annoncer que j’ai obtenu la licence pour l’alcool.

C’est à cet instant que je comprends que son projet n’est pas seulement en cours, mais est déjà concrétisé. Tant mieux, ça me fera du boulot pour la semaine.

En général, je me contente de ce que me rapporte les tournois, c’est quand même grâce à eux que je peux me balader avec ma Ford Mustang GT gris métallisé. Une belle bagnole à 50 000 dollars. Le seul vrai plaisir avec la boxe et la baise, me restant dans la vie. Avant de vivre ici, j’avais juste un studio qui me servait uniquement pour dormir.

Je n’ai pas besoin de plus…

— Tu développes ? m'enquiers-je, impatient d’en savoir davantage.

D’un mouvement, comme pour ménager le suspense, il sort un plan de derrière son siège, puis l’étale sur la surface plane.

Visiblement, c’est un bâtiment sur trois étages.

— Au rez-de-chaussée, tu as l’accueil, le bar, des canapés entourant la piste de danse. Au premier, plus de bling-bling pour ceux qui sont prêts à payer plus cher, plus une piste de danse VIP.

Jusque-là, ça me semble plutôt pas mal. Il me décrit ensuite le deuxième, avec deux grandes salles, dont une pour les stripteaseuses. L’autre séparée en cinq petits salons pour des danses privées. Le troisième contient des chambres de baise, avec divers accessoires soft, certaines vitrées pour l’exhibition et le voyeurisme. Et enfin, les sous-sols, pour tout ce qui concerne le BDSM ou plus.

Apparemment, cette dernière ne sera pas encore ouverte, étant donné qu’elle est toujours en travaux.

Dommage…

Concernant les lumières, elles sont pour la plupart tamisées, variant du bleu électrique, au rouge brûlant. Le dernier étage étant dans un ton argent et celui non terminé dans un ton or.

Keith a eu du nez. Le « Luxure et châtiment » est bien localisé, tout près de la bourgeoisie. Des personnes se montrant bien sous tout rapport, alors que sous leur costard, ils sont parfois pires que les gangs de rue. Ayant pour secret leur non-étalage sur la luxure. De l’extérieur, ils se montrent sous leur meilleur jour, alors qu’à l’intérieur, le vice et la convoitise dépassent la classe qu’ils aiment afficher.

Maintenant, passons aux choses sérieuses.

— Quel sera mon boulot ?

— Tu seras multifonction. La majeure partie du temps, tu vireras les lourdingues, tu protégeras les filles et tu t’occuperas de réguler les dettes.

Sous cette énième information, mes sourcils se froncent.

— Réguler les dettes ? demandé-je avec incompréhension.

Keith se redresse un peu plus sur son fauteuil, légèrement mal à l’aise.

— Ouais. Les dettes des parieurs. Avant, c’était Jaze qui gérait cette partie, au moins pour les tournois. Mais il n’est plus là et je n’ai pas totalement récupéré de mon agression, sinon, je le ferais moi-même…

Je lâche un soupir, commençant à comprendre où il veut en venir, et n’étant pas certain que ça me plaise.

— Et ? insisté-je.

— Depuis la reprise des combats, il y a deux mois, il y en a qui ne paie pas. Ça nous crée une perte considérable. Il faudrait que tu te charges de récupérer le fric. Tu auras bien évidemment un pourcentage plus élevé… termine-t-il rapidement.

— Et s’ils ne l’ont pas ?

Ce n’est pas tant que ça me dérange de devoir frapper des hommes sans défense, mais je ne toucherai jamais à une femme ou des gosses.

Pas même elle !

— Tu fais le max’, tu as carte blanche…

J’assimile parfaitement ce qu’il sous-entend. Le problème, c’est que si j’ai déjà tué sur le ring, en revanche, ça ne m’est jamais arrivé en dehors. Ce sera l’occasion de me tester. Car, parfois, il m’arrive de douter d’avoir encore une conscience…

 

 

 

2

 

Millie.

 

C’est avec la plus grande difficulté que je me lève ce matin. La veille au soir, cet enfoiré de Crazy a participé à un tournoi et le pire, il m’y a entraîné ! Ce qui me dérange, ce n’est pas de regarder les combats, bien au contraire, si il pouvait perdre un bras, les deux ou même y rester, ma vie serait presque plus simple… Le hic, c’est s’il en revient sur ses deux jambes. Lorsque c’est le cas, il prouve sa force sur moi, en me prenant avec une violence indescriptible, afin de rappeler qu’il est le plus fort de nous deux. Apparemment, il a besoin de ça pour se souvenir qu’il est un homme !

Il n’a pas de mal, je suis toute menue…

Après ça, il me laisse tranquille pour rejoindre d’autres femmes, afin d’assouvir certaines pulsions. Il me reste au moins une chance de conserver ma dignité au regard des autres. Mon frère étant dans le gang, il ne peut me marquer au visage.

Le chef qui bat et abuse de celle qu’il considère aux yeux de tous comme sa femme, ça ferait désordre !

En six ans, j’ai appris à ne plus me rebeller et ce, il y a bien longtemps. Du jour où il m’a exposé son plan et ses menaces, je savais que je n’avais pas le choix…

Dans la douche, située près de notre chambre, je me déshabille avec une lenteur calculée, afin de souffrir le moins possible et découvrir les dégâts de la veille. Mon buste, mes épaules et l’intérieur de mes cuisses sont couverts d’ecchymoses. Il n’y a que de rares morceaux de peau encore blancs, ou sans gonflement.

Il a rarement fait preuve d’une telle brutalité…

Une seule fois en vérité. Une fois que je préfère laisser dans l’oubli, sous peine de me mettre à pleurer…

Hier soir, j’ai souri. Lorsqu’il était au tapis, ça m’a réjouie et il l’a vu. L’humiliation était alors plus dure à encaisser. Il pensait qu’avec Darkness hors du tableau, il éliminerait le petit jeune de vingt ans. Mais à sa plus grande honte, il s’est fait terrasser et j’ai souri…

Je tourne les robinets, puis attends que l’eau soit bien chaude, pour m’engouffrer sous la douche, en grimaçant. La pression est trop forte…

J’accepte cette douleur comme une sorte de rédemption salvatrice sur mon cœur, pour l’avoir fait souffrir, lui.

Le seul gravé dans mon âme.

Il y a six ans qu’il est parti, six ans que je me demande ce qu’il fait, où il vit, avec qui. Que je me torture pour savoir s’il m’a oubliée, s’il a quelqu’un d’autre et peut-être des enfants. Ces dernières questions me compressent un peu plus la poitrine. Il n’y que quand je suis totalement isolée, que je m’autorise à penser à lui. Celui avec qui je voulais finir ma vie.

Mais j’ai dû faire un choix, et même s’il m’a brisée, il était nécessaire.

Je ne pourrais exister dans un monde où il n’est plus…

M’enroulant toujours aussi délicatement dans une serviette, j’enfile un tee-shirt pour couvrir les bleus visibles, puis sors de la douche pour rejoindre ma chambre. J’ai le malheur de tomber sur l’une des pimbêches se tapant Crazy régulièrement. Elle prend toujours un malin plaisir à me rappeler qu’elle se fait mon mec. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que j’apprécierais beaucoup qu’elle le garde afin qu’il me rende ma liberté.

Parce qu’il est là le problème, tant qu’il ne me dira pas que c’est terminé, je ne peux rien faire. Il y a bien veillé, tout en s’arrangeant pour que je conserve le secret.

Je vis dans sa prison !

La barbie blonde, aux yeux bleus, vêtue de façon plus courte que sur un trottoir, tortille une de ses mèches entre ses doigts.

— Je ne sais pas ce que tu lui as fait ou pas fait, mais il était déchaîné cette nuit.

Elle pouffe et le pire, c’est que je dois jouer le rôle de la petite amie jalouse. Le hic, c’est que depuis le début, je n’y parviens pas. Je ne suis pas une bonne actrice et encore moins une femme amoureuse d’une ordure. Alors, je me détourne simplement en soupirant, espérant qu’elle le prenne pour de la frustration.

— Je te donnerai des conseils si tu veux ?

Sa voix porte encore tandis que je referme le battant. Des conseils pour rester en vie et fuir loin de cette enflure, ça, ça m’irait parfaitement.

Toujours avec précaution, je m’habille d’un jogging en coton, d’un sweat ample, histoire que le frottement contre ma peau endommagée soit moindre.

Je me rends ensuite dans la cuisine afin d’avaler quelque chose, n’importe quoi fera l’affaire. À l’heure qu’il est, personne ne doit y être. La hiérarchie veut que ce soit les poulettes entretenues contre du sexe, qui fassent le ménage, et les régulières comme moi, la cuisine. Un planning est posé chaque fin de semaine, étant donné que nous sommes cinq, Lilas, la femme de Gale, Mel, celle de Jud, la plus jeune et la plus adorable. Camille, dite Cam, celle de Maxime, dit Max. Et enfin Paloma, celle de mon frère. La plus stricte, à l’écoute, celle avec laquelle j’aime le moins possible rester seule. Elle déchiffre trop facilement les personnes qui l’entourent. À plusieurs reprises, lorsque nous cuisinions ensemble, elle m’a interrogé sur ma « relation » avec Crazy, qui d’après elle, ne me rend pas heureuse.

Vraiment perspicace !

Alors, dorénavant, je la fuis comme la peste. J’ai trop à perdre pour la laisser deviner mes secrets.

Devant le réfrigérateur, je tire la poignée et observe le contenu. Au moment où je vais m'emparer d’une salade de pommes de terre, deux mains saisissent mes fesses pour les serrer à me faire crier de douleur.

Inutile de me retourner pour savoir de qui il s’agit…

— Alors, tu ne me dis pas bonjour, murmure celui que je déteste, le plus au monde, à mon oreille en se plaquant contre mon dos.

Son rapprochement me donne la nausée, néanmoins, j’utilise ma voix docile et soumise pour lui répondre, tandis que je bous d’effroi à l’intérieur, alors que je sens la fureur monter au même moment.

Mon plus cher désir est de pouvoir montrer à quel point ce mec est sadique, horrible, une ordure de la pire espèce ! Il m’a pris par deux fois ce que j’avais de plus cher et je ne peux rien y changer !

Un jour viendra où je me vengerai, mais ce n’est pas pour aujourd’hui…

Sa poigne dans mes cheveux bascule ma tête en arrière pour poser sa bouche sur la mienne.

— Tu fais moins la fière !

Sa voix éraillée autant que son souffle, contre mes lèvres, sont un calvaire et je ne peux retenir un rictus de dégoût.

Mes yeux s’écarquillent de terreur, je ne suis pas apte à subir une seconde correction de sa part, et je ne tiens pas non plus à ce que quelqu’un d’autre en fasse les frais, alors je lui présente mes excuses, lamentablement. Je lui demande pardon une bonne dizaine de fois, en suis presque à me mettre à genoux, quand mon frère pénètre dans la pièce.

Crazy me replace en moins d’une demi-seconde face au frigo, toujours ouvert, puis pose une main sur mon ventre, qu’il presse douloureusement, afin de me garder plaquée contre lui.

— Putain, mais vous êtes toujours collés l’un à l’autre ! raille Jorm en refermant un placard.

Ma voix n’est pas suffisamment assurée pour donner le change, donc, Crazy répond pour nous deux.

— Qu’est-ce que tu veux, elle ne peut toujours pas se passer de moi, hein bébé !?

La menace est sérieuse, le « bébé » n’a pas la même signification pour Jorm que pour nous.

Mimant la détente, je cale l’arrière de ma tête sur son épaule, en soufflant un « oui », à peine audible. Les larmes affluent sous mes cils et je tente de les contenir du mieux possible, en plissant les paupières plus fort.

Mon frère soupire d’exaspération et sort après nous avoir rappelé que la cuisine n’est pas un lieu privé. Crazy profite du fait que nous soyons à nouveau seuls, pour me remettre les idées en place.

— Tu sais que je peux le retrouver facilement et le buter sans le moindre problème ?

Je hoche la tête, prête à rendre les armes, encore.

— Souviens-toi de ce dont je suis capable ! Et si tu veux voir ton morveux aux prochaines vacances, tu as plutôt intérêt à bien te tenir !

Mon cœur s’effondre, semblant ainsi le satisfaire.

— S’il vient, n’oublie pas que je peux briser ses deux petites jambes d’une seule main !

Si le reste est une habitude, cette dernière menace, en revanche, me glace le sang. Je sais qu’il en est capable et pas uniquement physiquement !

Une fois de plus, j’acquiesce avec, en cet instant, une nouvelle idée en tête.

Si je ne peux demander de l’aide à personne, je peux néanmoins apprendre à me défendre. À nous défendre…

Dès qu'il finit par me libérer, je m'éclipse prestement sans rien emporter. Il m’a littéralement coupé l’appétit, et sans le savoir, m'a donné l’espoir d’accomplir quelque chose. J’ai seulement deux semaines et demie devant moi, avant le début des vacances de Noël, pour entamer le début de mon plan.

Récupérant mon portable sur la table de nuit de notre chambre, je m’enferme une nouvelle fois dans la salle de bain, avant de me poser sur le sol avec moins de prudence, m’arrachant encore un rictus de souffrance.

Pianotant à la vitesse de l’éclair, je cherche sur le navigateur un lieu pour apprendre l’auto-défense, comment rendre les coups. Le mieux, c’est qu’il soit établi à Greenpoint, ville où se situe notre loft et QG. De cette manière, je pourrais sortir et rentrer rapidement si on me demande.

Le premier se trouve à l’autre bout, quant au second, il est trop près de Williamsburg. Endroit où se rend souvent l’enfoiré en ce moment.

Le troisième, par contre, est parfait. Il est sur Kent Street, rue parallèle à Java Street, là où est notre loft. À peine cinq minutes à pied.

Maintenant, reste plus qu’à calculer les finances. Grâce à Jorm, j’ai quelques centaines de dollars de côté. Il continue à m’en donner pour mes anniversaires, comme si j’étais encore une fillette. Pour le coup, aujourd’hui, j’apprécie cette attention. Elle va me permettre de prendre ces cours de boxe et peut-être aussi de reprendre notre vie à deux…

La salle étant ouverte entre midi et deux, je retourne dans la chambre, m’assure que personne ne vienne, puis sors prestement ma paire de chaussettes fétiches, un petit cœur sur la cheville et la fout dans mon sac bandoulière. J’enfile mon blouson par-dessus, ignorant délibérément ma tenue négligée, puis empreinte la direction de la sortie, lorsque je suis stoppée par barbie blonde numéro 2.

— Tu vas où ?

Ici, je ne peux pas faire un pas sans être fliquée, c’en est désespérant…

— Bonjour à toi aussi. Je vais prendre l’air, j’en profiterai peut-être pour débuter mes achats de Noël…

Un éclair fugace d’incrédulité illumine son regard. Je n’aime pas du tout ça !

— Ilan sera présent pour les fêtes ?

À l’entente de ce prénom, un souvenir me revient. J’ai donné à mon fils celui de son père, avant qu’il ne change pour un pseudo. Il me l’avait confié il y a bien longtemps et je ne voyais pas d’autre moyen d’honorer sa mémoire, même s’il est toujours de ce monde.

— Eh oh ! reprend la blonde. Alors, Ilan vient ou pas ?

— Si tout va bien, oui…

J’espère que Crazy n’a pas menti, sinon, je vais devoir chercher le lieu où il l’a envoyé depuis plus d’un an, soi-disant pour son éducation. Près de quatre mois entiers, que je n’ai pas vu mon fils. Il me manque si fort, que j’ai souvent envie de pleurer. Mais je dois me battre, pour lui, pour nous. C’est la seule façon pour que nous nous retrouvions, et ensuite, je trouverai le moyen de nous échapper de cet enfer, dont les barreaux de ma cage sont de plus en plus étouffants en fonction du temps qui passe.

La dernière menace de Crazy aura au moins eu le mérite de me mettre un coup de pied au cul.

Je n’attends pas qu’elle me retienne, ou me suive que je claque la porte derrière moi. Il n’y a qu’en-dehors de ces murs que je respire un peu mieux.

Je longe Java Street, tourne sur Provost Street, et rejoins Kent Street en quelques minutes à peine. Exactement comme je l’avais prédit.

Une barrière empêche les non-membres de se garer sur le parking pouvant contenir une dizaine de véhicules. Je la franchis pour faire face à un bâtiment plus large que haut.

Les grandes portes vitrées me tendent les bras. J’ai l’impression, en les poussant, de m’engouffrer vers un morceau de liberté…

L’entrée est soft, néanmoins, aucune réceptionniste pour accueillir ceux qui souhaitent s’inscrire où se renseigner. Je poursuis mon chemin jusqu’à deux battants. J’observe l’intérieur par l’un des hublots, me donnant ainsi la sensation d’être une espionne.

Un ring trône au centre, cependant, d’où je suis, je ne peux voir les côtés. Prenant mon courage à deux mains, j’inspire un bon coup et entre. Deux hommes sont dans la salle, l’un tenant un sac de frappes, conseillant le second dans le placement autant que la puissance de ses poings.

Mon arrivée ne semble pas les déranger de l’entraînement.

Le plus âgé glisse son regard sur moi, avant de m’interpeller.

— Vous voulez quoi ?

Son ton froid annonce la donne. Ils n’ont soit pas l’habitude de voir débarquer des inconnus ou pire, des femmes ! Pourtant, me remémorant mon objectif, je ne me démonte pas et réponds sur le même ton.

— Des cours !

Il me jauge une deuxième fois, plus en détail.

— Ce n’est pas un endroit pour les fillettes ! reprend-il avec une intonation identique.

— Ça tombe bien, je n’en suis pas une !

Non, mais pour qui il se prend ?

— Tu veux quoi ? Faire des tournois ? On t’a vu hier soir avec Crazy !

Oh merde !!!

Maintenant que je les observe davantage, je m’aperçois que le second était sur le ring et le premier son coach. Est-ce que ça change quelque chose ? Oui… Évidemment. Si l’autre enflure l’apprend, je ne donne pas cher de ma peau, ni de celle d’Ilan ! En revanche, cette salle est la plus proche et après avoir été témoin de comment la carrure de ce jeune, a pu mettre au tapis celle plus imposante de Crazy, ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée…

— Je tiens juste à pouvoir me défendre. C’est nécessaire…

— Allons Cade... retentit une voix grave dans mon dos, me faisant sursauter, tout en laissant parcourir sur ma peau, quelques frissons désagréables. Tu pourrais faire un effort… Tu ne veux pas aider une demoiselle en détresse ?

Je n’ai pas le temps de me retourner, qu’une main se tend devant moi.

— Keith, enchanté.

— Millie…

Ma voix est plus faible tant cet homme est impressionnant par son regard intense.

— Alors Cade, c’est ok ? insiste le dénommé Keith sans me lâcher des yeux, me mettant ainsi mal à l’aise.

— Tu fais chier ! répond l’intéressé d’un ton bourru.

— Et voilà, c’est dans la poche.

— Et pour les frais ? J’ai environ sept cents dollars… annoncé-je en sortant ma paire de chaussettes contenant l’argent en question.

— On en reparlera dans quelques jours, tu devrais d’abord tester…

Je le remercie avec effusion, avant de lui demander quand je débute.

— Maintenant, va te mettre en tenue !

Le coach malgré son manque évident d’enthousiasme, me montre les vestiaires. Ceux-ci sont uniquement pour les hommes néanmoins, je m’en contenterais.

Lorsque j’entre dans ce petit espace, je fais face à une stature imposante. Une montagne de muscles et de tatouages de serpents, vus de dos. Ça pourrait être un régal pour les yeux, si toute cette masse musculaire n’était pas capable de me briser.

Crazy a réussi à me rendre minuscule et effrayée.

Lorsque l’homme se retourne, je reste figée. Sans voix. Même si cette silhouette ne m’est pas familière, je ne pourrais jamais oublier ses iris et cette couleur si particulière…

 

 

 

 

3

 

Mills.

 

En train de me changer dans le vestiaire, je me retourne en entendant des pas pour découvrir une femme. Mais pas n’importe laquelle, non !

Elle !

Millie !

Comment ose-t-elle se pointer dans le lieu que je considère comme mon foyer !? À ses yeux agrandis par l’étonnement, je comprends qu’elle m’a reconnu et surtout, qu’elle ne s’attendait pas à me voir ici.

Elle est au moins plus dégourdie que son mec !

Avant que je ne puisse prendre une décision quelconque, mon corps choisit pour moi et la plaque brutalement contre le mur, ignorant sa grimace de douleur. Si un geste aussi faible la fait souffrir, sa place n’est pas dans cet endroit. Et je compte bien le lui démontrer.

— Tu fais quoi ici ? Tu crois qu’une pute pour chef peut être sur un ring !?

Car c’est tout ce qu’elle est devenue à mes yeux : la pute de Crazy ! Tout le monde sait qu’il se tape des femmes différentes tous les soirs et je m’en branle, je fais pareil. Seulement, lorsque j’étais avec elle, au moins je la respectais. Elle était la seule.

Si ma petite réplique la touche, elle n’en montre rien, l’encaisse sans sourciller.

— Je ne suis pas là pour toi, mais pour apprendre à me battre, alors si tu voulais bien dégager de mon chemin !

Visiblement, elle a pris de l’assurance en six ans, jamais elle n’aurait répondu de cette manière, aussi cash, aussi glaciale. Je sais comment la remettre à sa place…

Un rictus sordide étire mes lèvres, tandis que je me décale, lui laissant juste quelques secondes pour reprendre son souffle.

Je descends mon short ainsi que mon boxer et m’empare de ma queue commençant déjà à se tendre.

— Tiens, si c’est pour du fric que t’es là, tu devrais te mettre au boulot rapidement !

Avant que je ne m’en rende compte, ma joue devient brûlante, tandis que Millie secoue sa main dans une tentative ridicule pour atténuer la chaleur. Étrangement, ma queue se redresse davantage à cet impact. Ne tenant pas à ce que cette salope, accroc au pouvoir, ne découvre encore l’effet qu’elle possède sur mon corps, je la range, avant de la recoller contre le mur, avec rage.

— Ne recommence jamais ! Je ne suis plus le pauvre type que t’as baisé pour mieux te vautrer ailleurs ensuite ! Je n’hésiterai pas à fermer cette bouche à ma façon !

— Il se passe quoi ici ? intervient le coach.

Je recule d’un pas, mettant ainsi une certaine distance entre elle et moi, puis bascule mon regard sur le nouvel arrivant.

— Rien, je faisais connaissance avec la nouvelle femme de ménage…

— Ce n’est pas une femme de ménage, elle est ici pour prendre des cours.

Mon poing s’écrase contre le mur, éclatant deux carreaux au passage.

— Putain, mais t’es malade ! Elle est avec Crazy !

— Je sais, mais Keith y tient…

Cade paraît blasé. Apparemment il n’a pas le choix, ça ne lui plaît pas non plus.

— Alors, lâche-la ! m’ordonne Cade avant de pivoter vers elle. Et toi, en tenue ! Je te veux dans deux minutes pour l’échauffement ! Sinon, tu dégages !

Elle veut apprendre à se battre, soit, mais elle va déguster…

Je suis Cade sur le ring, sans plus lui accorder d’attention. De toutes les salles de boxe sur Greenpoint, il a fallu qu’elle opte pour celle-ci. On ne me fera pas croire que ce n’est qu’une coïncidence. Elle a quelque chose derrière la tête. D’autant plus que son mec aurait pu s’occuper de la former au combat. C’est peut-être un gros connard, mais il a les bases.

Ses intentions sont autres et j’ai bien l’intention de les découvrir, tout en lui en faisant baver un maximum…

 

— Mills, concentre-toi ! me rappelle le coach à l’ordre pour la énième fois, alors que Don me fout au sol.

Je me relève, détournant le regard de Millie en train de courir autour du ring, les dents serrées. Chaque foulée semble lui coûter, tant elle grimace. Si ses muscles la font déjà souffrir à l’échauffement, elle s’écroulera rapidement sur le ring.

— À quoi tu penses pour laisser autant d’ouverture !?

Ce n’est pas à quoi, mais à qui !

— Elle n’a rien à faire ici ! Si elle apprend nos techniques et les dévoile à Crazy, nous sommes dans la merde !

— Elle ne dira rien, m’informe Keith, que je n’ai pas vu monter sur le tapis. Regarde-la, elle a juste envie de ne plus être une proie facile.

Une proie, tu parles ! C’est elle qui joue avec les autres ! C’est d’elle dont il faut se méfier !

— Millie ? l’appelle Cade, en allant jusqu’à elle, alors qu’elle s’arrête de courir, essoufflée. Tu vas à présent faire des abdos. C’est essentiel pour pouvoir encaisser.

— On y retourne ? m’enjoint Don, en sautillant sur place.

N’étant pas en condition, je refuse. L’entraînement n’était pas une bonne idée. Je quitte le ring, et décide d’aller me rhabiller. Je prendrais ma douche chez Keith, hors de question de passer une minute de plus dans le même lieu qu’elle.

Je saisis mon sac dans le vestiaire, puis m’engage vers la sortie, occultant les appels des deux hommes restés sur le ring. Je n’en ai rien à branler.

 

15 h 28. C’est l’heure à laquelle je pénètre dans une salle de sport afin de me défouler, n’ayant pu le faire plus tôt. Je commence directement avec le tapis de course, en position rapide, jusqu’à ce que mes muscles me brûlent et n’en peuvent plus. Le seul moyen pour moi de la sortir de mes pensées. La souffrance. Malheureusement, ce n’est pas suffisant. Au bout de deux heures, je rentre prendre une nouvelle douche, sans croiser Keith. Soit celui-ci est dans son bureau, soit il est resté à la salle.

Je choisis une tenue décontractée, un jean, un tee-shirt moulant mes pectoraux surdimensionnés, autant que mes biceps, enfile un blouson de cuir noir et sors en m’allumant une clope. S’il y a bien une règle que je respecte, c’est de ne pas fumer avant le sport ou un tournoi. Mes poumons ont besoin de tout l’air disponible dans ces moments-là…

Laissant ma Mustang dans le garage, je choisis de partir à pied, pour dégoter un bar ouvert. Il me faut de l’alcool coulant à flots, afin de diluer mon sang, noyer mes veines, engloutir mon esprit. Et si une bonne baise se présente au passage, je ne cracherai pas dessus.

Un quart d’heure plus tard, je pousse la porte du pub au moment de l’after. Il n’y a presque pas un chat. Jee profite de ce calme pour commander un whisky sec, que je m’envoie d’une traite.

— Vous devriez laisser la bouteille, conseillé-je au barman, en déposant un billet de cent dollars sur le bar.

Il les saisit et pivote en direction de l’entrée, dont la clochette vient de teinter. Un couple va s’installer sur les tabourets.

Plus la soirée avance, plus l’espace se remplit, et plus je suis bourré. Je me sens de mieux en mieux, oubliant totalement ce qui m’avait mis en rage dans la journée.

Je me souviens de mon prénom, ce qui est déjà pas mal…

Vivement l’ouverture du pub à striptease de Keith. Au moins, je n’aurais pas besoin de changer d’endroit pour m’envoyer une salope qui ne demande que ça.

Mon buste pivote pour avoir un œil complet sur les allées et venues de nouvelles personnes, lorsque mon regard est attiré par une blonde aux gros seins, assise avec deux autres femmes, quelques mètres plus loin.

Exactement ce qu’il me faut pour clôturer cette soirée en beauté.

À pas de loup, emportant la bouteille serrée entre mes doigts, je m’approche de ma proie pour la prendre par la taille. En général, les femmes adorent les hommes entreprenants et musclés. Visiblement pas celle-ci puisqu’elle me repousse.

— Bas les pattes, j’ai déjà quelqu’un ! me lance-t-elle en prenant son verre.

Loin de me dégonfler, galvanisé par l’alcool, je persiste en désignant la table.

— Et où est cet homme qui a le plaisir de s’occuper d’un aussi joli corps ?

La blonde rougit comme une adolescente, avant de pouffer.

— Crazy…

À partir de ce nom, je n’entends plus rien d’autre. Mes tympans se mettent à bourdonner. Et même si je suis certain qu’en insistant un peu, cette blondasse finirait dans mon pieu, je préfère la laisser à cette ordure de première !

Ce que je n’assimile pas en revanche, c’est ce que fait Millie avec un gars pareil. Si nous, nous savons, elle ne doit pas ignorer non plus le nombre de pétasses devant danser sur sa queue. Ça me prouve juste qu’elle le voulait pour sa place de chef, peu importe si un autre l’aimait sincèrement et aurait été prêt à tout pour elle !

Mes phalanges se crispent durement sur la bouteille. Comment ai-je pu me tromper à ce point sur son compte ?

Mieux que je ne l’avais prédit, la blonde se redresse, et pose ses doigts manucurés de rouge vif sur mon biceps. Visiblement, cette salope est plutôt changeante. Une véritable girouette.

— Tu voulais me montrer quelque chose ? susurre-t-elle à mon oreille.

La vengeance a du bon, et celle-ci sera encore mieux quand Crazy apprendra ce que j’ai fait, sa colère le rendra fou. Puis, ce sera mieux encore si Millie est dans le lot.

J’attrape le bras du trou à fourrer, car c’est tout ce qu’elle est, puis l’entraîne au-dehors, en prenant ma veste au passage.

— Où tu m’emmènes ?

À présent, elle semble légèrement effrayée, surtout qu'aucune de ses copines ne l’a retenue.

Eh ouais. Je pourrais être un Serial Killer, tel Jack l’Éventreur, mais ça, dans sa petite tête où les neurones se touchent à peine, ça ne l’effleure que maintenant.

— Je vais te montrer de quoi un vrai mec est capable.

La blonde retrouve le sourire, tandis que je nous conduis dans la ruelle la plus sombre et la plus proche. Des poubelles dégueulent de déchets contre le mur. On a déjà vu plus glamour pour une baise. Je me marre intérieurement.

Je tire ma queue de mon fute, avant d’appuyer sur les épaules de celle qui la lorgne avec avidité.

— Tu me parais avoir de bons arguments… approuve-t-elle en se léchant les lèvres.

— Arrête de jacasser et suce-la !

Joignant le geste à la parole, je prends ses cheveux à pleine main, et m’engouffre entre ses lèvres lorsqu’elle va pour me répondre. Je ne lui laisse pas le temps d’anticiper et m'enfonce jusque dans sa gorge. Des larmes roulent sur ses yeux, pourtant elle tient bon, savoure ce moment autant que moi. Crazy ne doit pas être un tendre non plus !

Proche de la jouissance, je me retire de justesse, la redresse brusquement pour la coller, poitrine contre le mur. Retroussant sa petite jupe rose et courte sur ses hanches, je déchire son string rose fluo, ne cachant pas grand-chose et après avoir déroulé une capote sur mon membre, je la pénètre brutalement.

Un petit cri s’échappe de ses lèvres.

— Je ne sais même pas comment tu t’appelles… souffle-t-elle entre deux gémissements.

— Nous sommes de vieilles connaissances avec Crazy, lancé-je sans pour autant lui donner satisfaction.

Je la pilonne violemment, mon bassin claque rudement contre ses fesses, tandis que mon index tourne autour de son petit bouton, lui arrachant un orgasme si fort qu’elle me compresse à m’en faire jouir.

Repu, mais non satisfait, je quitte cet antre chaud et toujours humide dans la seconde, retire le préservatif pour le balancer dans la benne dans mon dos. Puis je remonte mon pantalon, alors que la blonde n’a toujours pas bougé.

— Si on te demande, tu diras que Mills t’a bien baisé !

Son visage pivote, ses yeux sont écarquillés, signe que mon nom ne lui est pas inconnu.

Ma haine quelque peu apaisée, je quitte cet endroit en la laissant se réajuster avec empressement.

Si en temps normal, je ne suis pas une telle enflure, je n’éprouve aucune considération pour les nanas se donnant sans retenue alors qu’elles sont servies chez elles. Néanmoins, pour celle-ci, elle ne fera que rendre la pareille à son Crazy !