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L'expérience souvent douloureuse mais riche et passionnante d'un jeune juge des enfants au début des années 1970.
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Seitenzahl: 164
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Note de l’auteur
L’histoire banale d’un banal jeune délinquant
Les premiers ennuis
L’escalade
Adieu la maison, le centre
Réflexions
Le pouvoir
Mission impossible
Faire son trou
Un métier fatigant
La vie privée du juge
De la diversité des hommes
La mort ou la vie
L’instinct maternel
Les brutes
Le père modèle
Un éducateur de type spécial
Différences de conception
Brute, ignoble ou dément
Brute et dingue
Les simples
A la quête d’un père pour ses enfants
A la recherche d’une mère pour ses enfants
A la recherche d’un mari
Figure d’angelot
Les simples au grand cœur
Les rebelles
Un père à la vocation affirmée
Farouchement mère
L’intolérance et l’indifférence
Le cas Cédric
A qui ne s’en occupera pas
L’intolérance à base idéologique
L’indifférence dans l’abondance
L’absence de sensibilité
On déchire ce qu’on aime
Aussi bête qu’odieux
Conclusion
Ce petit livre est la réédition d'un long article que j'avais écrit juste avant de quitter mes fonctions de juge des enfants et que seule une revue spécialisée dans l'enfance avait publié sous un autre titre en 1980 (les cahiers du CTNERHI avec une belle préface de R. Allée).
J'aurais volontiers admis à l'âge de la retraite que mon récit était dépassé mais, loisir aidant, la relecture m'a semblé montrer la permanence des choses : le mineur au fond a peu changé, la loi a un peu plus changé, la société a bien changé, ce qu’on verra dans les habitudes des gamins, mais la manière de traiter la déviance des jeunes reste la même.
L'actualité de mon récit d'il y a bientôt quarante ans m'a paru pouvoir, même si je ne l’écrirais pas aujourd’hui de la même façon, intéresser le lecteur. Il y verra comment le juge doit toujours s'installer dans des milieux autres que le sien, y percevra le côté fatigant de ce métier aux missions impossibles et de plus en plus impossibles au regard de l'évolution péjorative de la société, y devinera la nécessité pour celui qui l'exerce de se préserver. Il trouvera l'éternelle médiocrité mais aussi la sublime simplicité des pauvres.
Je souhaite toujours faire réfléchir à travers cette longue confidence.
Deux yeux bruns sous des cheveux blonds bouclés, une bouche esquissant un large sourire, Jean-Yves ne se distinguait guère des enfants de son âge. Ce jour-là puisqu'il avait été convoqué, il avait été lavé et habillé de vêtements propres. Il se sentait bien, était heureux de vivre et se trouvait tout à fait à l'aise. A peine se demandait-il vaguement pourquoi il devait passer « les textes » dont avait parlé sa mère, à peine s'inquiétait-il de deviner ce qu'il devrait répondre. Sa mère était assise sur le banc à côté de lui, les gens qui passaient dans le couloir lui faisaient des sourires. Même s'il avait lu un panneau inquiétant « Ministère de la Justice » en entrant, que pouvait-il lui arriver ?
Après une demi-heure d'attente, un jeune monsieur arriva doucement du fond du couloir et se dirigea vers sa mère.
–- « Bonjour, Madame, vous avez réussi à l'amener ? Entrez dans mon bureau, nous allons commencer ».
Jean-Yves tourna vers sa mère des yeux interrogateurs.
–- « Qui c'est ? Pourquoi qu'il a dit ça? Pourquoi que je serais pas venu ? ».
–- « Tais-toi et viens ; y va rien t'faire » répondit la mère.
Jean-Yves franchit la porte qui était bien haute et entra dans la grande pièce qui lui parut vide, où il remarqua un bureau de bois et trois chaises placées devant. Sur le bureau quelques papiers. Deux détails le frappèrent d'emblée : au dessus des papiers du bureau un dossier rose sur lequel était agrafée sa photo, au mur une peinture avec un drôle de bonhomme qui souriait tristement. Il trouva que ce bonhomme lui ressemblait un peu puis s'en détourna, pensant qu'il n'était pas un clown.
Le monsieur s'assit derrière le bureau et s'adressa à sa mère :
–- « Vous savez, Madame, que Monsieur le juge nous a demandé d'étudier la situation de votre fils et de chercher ce qu'il faudrait faire ».
–- « Je ne comprends pas. A douze ans ce n'est pas un criminel. Les voisins ont qu'à commencer à nous foutre la paix. Nous, on leur demande rien ».
–- « Madame, je ne suis pas là pour parler de l'affaire. Ce n'est pas mon travail. C'est le juge qui le fera. Moi je suis éducateur, je veux vous connaître et comprendre. Parlons plutôt de Jean-Yves. Que pensez-vous de lui ? ».
La mère resta silencieuse un instant puis dit :
–- « Moi j'ai rien à dire, c'est un bon petit, il est comme ses frères ; on est bien ensemble ».
La discussion se poursuivit sur ce ton, l'éducateur cherchant à savoir on ne sait quoi, la mère répondant que tout était bien, tout était normal. Au bout d'un moment l'éducateur s'adressa à Jean-Yves et lui demanda s'il voulait dire quelque chose, s'il se rappelait sa vie avant. Jean-Yves resta obstinément muet, non parce qu'il ne voulait pas répondre mais parce qu'il ne comprenait pas vraiment ce que l'éducateur voulait dire. A une nouvelle question, il finit par répondre qu'il était bien comme ça, c'était tout ce qu'il pouvait dire.
Quand l'éducateur évoqua sa maison, il se souvint seulement qu'autrefois, il y a trois ans selon sa mère, il habitait au village. Il se rappelait avec précision qu'une nuit, il avait eu très froid dehors avec ses frères et sœurs alors que le baraquement brûlait et que sa mère engueulait son père parce qu'il était complètement saoul et qu'il avait mis le feu à ses couvertures avec sa cigarette.
Après cela la famille était venue habiter à l'appartement et il lui semblait avoir toujours connu la cage d'escalier et les mêmes voisins. La rampe de fer noir et les murs de même couleur avaient toujours existé. Il lui semblait qu'il avait toujours dû, pour entrer chez lui, monter ces trois étages de marches en béton et qu'il avait toujours crayonné les murs, que cet espace avait toujours appartenu à sa famille qui avait concrétisé sa possession par des inscriptions faites à la craie, à la pierre, à la brique et même avec d'autres matières plus personnelles.
C'était son univers. Pourquoi l'éducateur qui venait d'ouvrir le dossier placé devant lui en contestait-il la propreté ou la salubrité ?
Jean-Yves ne comprenait vraiment rien de ce qu'il entendait. En quoi y avait-il une odeur nauséabonde dans l'appartement ? Lui n'avait pas non plus remarqué que les meubles étaient en mauvais état. Si le papier était déchiré dans toutes les pièces, il s'était bien amusé à le mettre dans cet état avec ses frères. Ils avaient même fait un trou dans une cloison, qui leur permettait de passer dans la deuxième chambre et, en masquant le trou avec la bande de papier peint d'échapper à la trique paternelle. Quant aux carreaux cassés, qu'est-ce que ça pouvait faire puisqu'ils avaient mis du carton à leur place ? Pourquoi n'auraient-ils pas pu à l'occasion y balancer des billes puisque papa avait montré l'exemple en y jetant des bouteilles vides un soir de cuite ?
La conversation avec sa mère attira plus son attention quand elle vint à parler du père avec l'éducateur. Jean-Yves n'avait pas beaucoup d'affection pour cet homme qui ne s'occupait jamais de lui. Il redoutait même de le voir trop présent à la maison. Il n'avait jamais bien su ce qu'il faisait ni même s'il travaillait. Il constatait seulement qu'il était pratiquement toujours là, que c'était lui qui demandait de l'argent à sa mère et qu'il n'en rapportait jamais. En fait, tout le monde s'était habitué à le trouver là, vautré sur son matelas crasseux ou fumant son mégot noirci, à côté d'un radiateur près de son éternelle bouteille. Ce que personne ne supportait facilement par contre, c'était ses rentrées tardives, toujours synonymes de bruits, de vacarme, quand ce n'était pas de bagarres, de coups sur sa mère ou sur les enfants qui se trouvaient sur son passage. Dans ces moments Jean-Yves se demandait si son père était un homme ou une chose : une nuit il avait même confondu le bruit de la chasse d'eau qui se vidait et celui de son père qui s'écroulait ivre-mort dans les waters, homme-chose, masse visqueuse, baudruche honteuse imbibée tout à la fois de vin, d'eau, d'urine et de crotte. Dès lors les menaces proférées par sa mère dans les moments difficiles qui souhaitait ouvertement et hautement « qu'il crève » ou « qu'il casse sa pipe » ne rencontraient pas d'opposition dans son être intime ? L'absence ne serait même pas ressentie.
Ses yeux s'écarquillèrent à nouveau quand il entendit demander à sa mère si elle ne pouvait pas faire un effort dans la tenue de la maison. Qu'est-ce que ça pouvait bien leur faire de n'être pas lavés tous les soirs ? Ils avaient toujours vécu comme ça et si la plus petite sœur faisait pipi dans son vieux landau et n'était pas changée, eux aussi avaient connu ça et ils ne s'en portaient pas plus mal. Il n'y avait guère qu'à l'école qu'ils étaient plus sensibilisés à la question : ils en avaient marre de s'entendre dire qu'ils puaient et surtout de voir les enseignants éviter de trop les approcher. Aussi avaient-ils résolu rapidement le problème en s'accordant des vacances quand ça devenait insupportable, vacances auxquelles personne, ni parents ni professeurs, ne trouvaient trop à redire. D'ailleurs Jean-Yves avait à peine retenu qu'il se trouvait en CM2, il ne savait toujours pas lire, les chiffres étaient pour lui du chinois et il ne voyait vraiment pas à quoi pourrait lui servir d'appendre puisqu'on pouvait très bien se débrouiller sans travailler. Justement l'éducateur évoquait sa débrouillardise et demandait à sa mère si elle ne l'avait pas aidé à se retrouver devant la justice. Sa mère protesta qu'elle lui avait toujours appris de bonnes choses et que chez elle on ne badinait pas avec les principes. D'ailleurs on pouvait lui demander à lui directement.
–- « Hein, Jean-Yves, qu'on t'a jamais dit d'aller voler ? Dis-le que t'as jamais rien ramené à la maison ! ».
Jean-Yves avait été sermonné par son père avant de partir :
–-« T'as intérêt à dire que t'as jamais rien ramené sinon tu vas dérouiller ; d’ailleurs t’as qu’à toujours dire quand on te pose une question que t’as rien fait ou que tu sais pas ».
Il affirma :
–-« Non, j’ai rien pris et j’ai rien ramené ».
Pourquoi aurait-il confié à ce monsieur que depuis plus d’un an, ils se débrouillaient. Il se souvenait très bien qu’un jour, son père et sa mère avaient discuté devant eux, les gosses, et avaient trouvé la solution idéale pour alléger leurs charges nourricières. Le père avait conclu :
–-« Moi, j’ai trois trucs à mon casier et je ne veux plus aller en tôle pour nourrir les gosses, toi t’es enceinte, y a qu’à envoyer les grands au supermarché, chacun avec un sac et il n’y en aura qu’un qui paiera. De toute façon si un autre est pris, on ne lui fera rien ».
La première expédition s’était passée en famille. Le père poussait le caddie dans le supermarché de la ZUP, la mère poussait son landau et Jean-Yves, le plus débrouillard, devait passer la caisse avec son sac sans se faire remarquer. La mère avait commencé par cacher des tranches de jambon sous le matelas visqueux du landau, puis le saucisson, le pâté , les nouilles avaient rejoint le fond du sac. Tandis que le père arborait fièrement et avec la plus parfaite vraisemblance un chariot rempli de 10 litres de vin et retenait l’attention de la caissière, Jean-Yves se faufilait derrière la tribu et prenait ses jambes à son cou, rejoignait la cage d’escalier où il reprit souffle et fut soulagé de constater que personne ne l’avait poursuivi. Ce fut une belle journée, il reçut les félicitations de tout le monde et eut même droit à un demi-verre de vin avec son père à la victoire du moment.
Jean-Yves fut ravi dans les premiers temps de voir que non seulement il était utile puisqu’on mangeait tous les jours, mais aussi il arrangeait tellement son père et sa mère que ceux-ci se disputaient moins. Sa mère était toute fière de montrer à la « tutelle » que le réfrigérateur acheté à crédit contenait toujours quelques provisions et le père s’était même flatté d’avoir pu acheter cette nourriture en distribuant des prospectus.
Malheureusement, les choses s’étaient vite compliquées et Jean-Yves avait dû apprendre que le dévouement pour autrui n’était pas si facile. Le gérant de la supérette avait fini par le remarquer et l’avait surpris un jour qu’il passait un pain d’épice. Son frère Roger avait pu s’enfuir avec le vin mais lui avait été emmené dans le bureau et on lui avait tiré méchamment les oreilles. Il avait été prévenu que la prochaine fois on appellerait la police. Jean-Yves qui avait sa fierté n’avait rien dit à la maison mais sa mère, informée par Roger, lui ordonna d’arrêter pour le moment. Le résultat ne se fit pas attendre : on se remit à manger du pain et des pommes de terre et le père la trouva mauvaise. Non seulement il avait faim mais se faisait reprocher de ne rien faire. Jean-Yves et Roger trouvèrent la solution : changer de lieu d’opération. L’autre supermarché de la ZUP ferait sûrement l’affaire. La première visite fut un succès puisque Jean-Yves y échangea ses sandales qui inspiraient la pitié. Il y revint plusieurs fois jusqu’au jour où un copain de football lui apprit que tôt le matin un camion déposait les marchandises sur le trottoir du magasin. Il décida de l’accompagner un matin et réalisa que les livraisons restaient une heure sur le trottoir à portée de la main jusqu’à l’arrivée du commerçant. La prudence aidant, Jean-Yves approvisionna régulièrement sa famille en lait, en beurre, fromage, yaourt et œufs frais. Sa mère ne fit pas d’objection à le voir partir dès le lever du jour, son père qui baignait encore à cette heure-là dans ses vapeurs d’alcool ne se rendit compte de rien. La facilité vint et l’abondance des prises attira l’attention. Le commerçant prit au piège le garnement, nota son adresse et mécontent des protestations indignées de la mère porta plainte.
Le premier contact avec la réaction sociale sentit la poudre. Un jour les agents étaient venus faire une perquisition : le père avait dû écrire sur un papier qu’il l’autorisait. Ils avaient fouillé toute la maison mais n’avaient rien trouvé. On reçut bien plus tard des convocations du commissaire mais elles furent déchirées au sortir de ce qui restait de la boîte aux lettres. La solution n’était pas la bonne et Jean-Yves eut la surprise de voir un matin un inspecteur et deux agents encadrer la porte d’entrée. Impossible de fuir. Sa mère eut beau protester et lui pleurer et hurler, les hommes en uniforme le prirent chacun par un bras et le déposèrent dans la 404 commerciale. Quand la voiture démarra, il cessa ses cris pour concentrer son attention sur le conducteur qu’il voyait pour la première fois opérer. Sa contemplation fut aussi courte que le chemin qui le séparait du commissariat où il fut conduit directement par un couloir sombre au sol parqueté de grosses planches dans le bureau de l’inspecteur. Celui-ci enleva sa veste, la suspendit au perroquet et s’installa derrière un tout petit bureau surmonté d’une machine à écrire tandis que les agents sortaient dans le couloir. Il montra une vieille chaise au gamin et enfila du papier dans la machine.
L’interrogatoire commença :
–-« Dis-moi ton nom, ton prénom, ta date de naissance ».
L’inspecteur répéta sa question et l’enfant qui venait seulement d’enregistrer la triple demande répondit. Il dut ensuite préciser le prénom de son père, ne sut pas dire le nom de sa mère. Il ajouta l’indication de l’école qu’il fréquentait. L’inspecteur tapait au fur et à mesure de ses réponses. Il délaissa ensuite sa machine qu’il poussa sur le côté et se pencha vers le garçon.
–-« Alors dis moi tout ce que tu as pris au Radar et explique moi comment tu as fait ».
–-« Moi j’ai rien pris, affirma le gamin qui se souvenait de l’avertissement de son père. Je vous jure que j’ai rien pris ».
–-« Ne joue pas au plus malin. Tu sais très bien qu’il y a huit jours le responsable t’a pris en train de voler une caisse de yaourts sur le trottoir ».
Le gosse ne répondit rien et enfonça son majeur droit dans son nez. L’inspecteur commençait à remuer sur sa chaise.
–-« Allez n’aggrave pas ton cas, tu as été pris, il n’y a plus qu’à reconnaître. Ne me mets pas en colère, tu le regretterais ».
Jean-Yves exhiba alors son plus beau rictus. L’inspecteur rougit et lui aplatit sa main sur la figure.
–-« Je t’avais prévenu, maintenant tu vas parler ».
L’enfant se mit à pleurer toutes les larmes de son corps et s’étouffant dans ses sanglots ne put sortir le moindre mot. L’inspecteur alluma alors une cigarette et lui tourna le dos pour regarder vers la fenêtre. Au bout d’un moment il fit enfin demi-tour.
–-« Tu vois, ça ne sert à rien. Je ne te demande pas grand-chose. Tu me dis seulement comment ça s’est passé et tu pourras retourner voir ta maman. »
Le mot eut un effet magique. Jean-Yves revit sa maison et se dit qu’après tout son père ne rentrerait peut-être pas ce soir.
–-« Ben voilà, c’est un copain qui m’avait dit que quelquefois les marchandises traînaient sur le trottoir. Dès que je me suis réveillé, je suis venu et j’ai vu toutes ces caisses. J’ai soulevé les cartons et j’ai pris un paquet de yaourts. Le Monsieur s’est alors montré : il m’a couru après et m’a attrapé par le maillot. »
–-« Combien de fois étais-tu déjà venu ? »
–-« C’était la première fois, le copain venait de me le dire ».
–- « Es-tu bien sûr ? Pourquoi alors y a-t-il eu beaucoup de choses volées sur le trottoir ? »
–-« Ça doit être des autres. Il ne doit pas y avoir que moi qui connais le truc ».
–-« Qui est le copain qui l’a indiqué ? »
–-« Je ne sais pas. Je l’ai vu au foot mais je ne sais pas comment il s’appelle ni où il habite ».
L’inspecteur leva les bras au ciel, poussa un soupir et reprit sa machine. Il tapa ce qu’il venait d’entendre et après avoir tiré ses papiers avec un grand bruit, tendit un crayon-bille à Jean-Yves et lui dit de signer au bas de la marge. Jean-Yves essaya bien de marmonner qu’il ne savait pas écrire. Il crut voir une main se lever à nouveau, saisit le crayon et inscrivit son nom. L’inspecteur prévint qu’il viendrait voir sa maman un de ces jours. Les agents entrèrent à nouveau dans le bureau et emmenèrent Jean-Yves dans une autre pièce où on lui fit tremper ses doigts dans l’encre puis appuyer fortement sur un carton avant de passer dans une toute petite pièce à côté où on le toisa avant de le photographier. Encore ébloui par les coups de flash qu’il avait reçus dans la figure, il fut ramené chez lui par les deux agents. Jean-Yves ne souffla mot pendant le trajet. Il fut seulement étonné en entrant d’entendre sa mère lui dire :
–-« Ah, ils t’ont relâché ? alors ça va ».
On ne parla plus de l’incident.
Le lendemain matin l’inspecteur sonnait à la porte et déclarait qu’il venait visiter la maison pour faire une enquête pour le procureur. Jean-Yves se sauva dans la
