APPELÉ EN ALGERIE - Maurice Lorber - E-Book

APPELÉ EN ALGERIE E-Book

Maurice Lorber

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Beschreibung

Les quelques pages qui vont suivre retracent l'histoire de mes 27 mois de service militaire obligatoire passés en Algérie du 07 juillet 1957 au 07 novembre 1959. Histoire condensée de 1102 pages de lettres envoyées à mes parents et écrites en allemand s'il vous plait, pour la simple et bonne raison que mes grands-parents les lisaient également. Les pauvres ne connaissaient pas un seul mot de français, puisque nés respectivement en 1882 et 1885. Ils ont grandi pendant l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne de 1871 à 1914. Pour mettre cette histoire au propre, j'ai mis 45 années, puisque nous écrivons aujourd'hui 2002.

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2020

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A mes enfants Eric et Thierry

A mes petits-enfants Jean, Benjamin et Marie

Sommaire

Préface 1

Préface 2

Un peu d’histoire

Conseil de Révision

Appel sous les drapeaux

Béni-Messous

Les transmissions

Noël 57

Dick

Laïd el Kbiir

Opérateur radio

Les convois

Domino

La vie au camp

De Gaulle

Les légionnaires

Eté 58

Brigadier

Noël 58

Au petit Château

14 Juillet 59

Brigadier-chef

Le dernier acte

Photos

Documents

Mon service militaire en chiffres

PREFACE

Puisque ce récit m'est en partie dédié, je me suis permis d'en faire la préface. Je ne sors mon stylo qu'aux grandes occasions et celle-ci me paraît largement de taille et d'ailleurs, c'est quand j'écris que je parle le mieux.

Et que seraient ces 27 mois de service si celui qui les a effectués n'avait pas eu la brillante idée de relater quasi quotidiennement, et entre deux corvées, son vécu sur du papier à lettre ? Un lointain souvenir de Papy LORBER dont nous n'aurions eu connaissance que par bribes ?

Non, ce trouffion, loin d'être un héros de guerre, a quand même trouvé le courage de noircir 1102 pages de papier et de lécher 226 enveloppes avec timbres respectifs dans le seul souci de ne pas laisser sa petite famille sans nouvelles de lui. Et son geste fut noble. Car, hormis le fait qu'il nous permet d'avoir aujourd'hui entre les mains le récit passionnant et détaillé de cette aventure obligatoire, il a surtout dû rassurer les parents, grands-parents et sœur, qui pour avoir subi une guerre pour les uns et deux pour les autres, devaient être particulièrement anxieux, lorsqu'ils virent leur fiston s'embarquer pour celle d'Algérie, dont la cause, c'est mon avis, ne valait pas la peine de se fracturer l'auriculaire.

Alors y mourir …

Et pourtant, 25 000 de ces jeunes ont fait économiser le billet retour au ministère de la Défense. Morts pour la France sûrement, comme si un pays, quel qu'il soit, vaille la peine de mourir pour lui.

Je bénis le demi-siècle sans guerre qui s'est écoulé depuis et l'évolution des mentalités qui en découle. Car de nos jours, il serait impensable de mobiliser un jeune et si cela devait quand même se produire, moi j'y répondrais avec une ferme claque dans le creux de mon coude et mon majeur droit vigoureusement pointé vers le ciel.

Seulement voilà, le « LORBER Maurice », en 1957, on ne lui a pas demandé son avis.

« Appelé sous les drapeaux à BENI MESSOUS ». Heureusement, ils ont précisé Afrique du Nord parce que pour un natif de Matzenheim …

Certaines personnes, en lisant ce récit, penseront que le « LORBER Maurice » n'était pas un foudre de guerre.

Moi, lorsque je l'ai lu, j'ai été fier de lui. Et pas qu'un peu.

Parce que, ce n'est pas parce qu'on arbore une saloperie d'uniforme que l'on peut se permettre d'enlever la vie à un autre trouffion, simplement parce que celui-ci brandit un drapeau d'une autre couleur que le vôtre.

Mais je suis surtout fier de lui car sa prudence et son instinct de survie lui ont permis de revenir sain et sauf. Car si cela n'avait pas été le cas, mon existence aurait été terriblement compromise étant donné que je suis son fils et qu'il n'a rencontré ma chère et tendre future mère qu'après son retour d'Algérie.

Et j'aurais été profondément déçu de ne pas le connaître. Revenir entier, voilà à mon sens, la vrai bravoure.

Ceci dit, l'auteur conclut son récit en affirmant que de son séjour biannuel (plus un trimestre) il n'en garde que les bons souvenirs et que cela l'a bien forgé. Il est certain que de poser le pied sur le continent africain, ça ne laisse pas insensible. Et ces bons souvenirs, vous allez les découvrir au fil des pages qui vont suivre. Les mouchoirs essuieront plus souvent des larmes de rire que de chagrin.

Le style est purement Lorbérien et on a l'impression d'y être. On est à deux doigts d'avoir le goût du sable en bouche.

Lorsque vous arriverez au chapitre des longues traversées en bateau, prenez un Primpéran car le mal de mer vous guette. Les piqûres, je me suis surpris à poser une main protectrice sur mon épaule. L'évocation de la tambouille devant constituer l'ordinaire vous fera perdre trois kilos. La description du bordel et vous vous grattez les sacoches. Les cuites, j'en ai eu la bouche pâteuse.

On reconnaîtra chez le Brigadier-Chef LORBER son degré 'insubordination élevé et la bonne volonté qu'il affiche dès qu'il s'agit de faire un pied de nez à toute forme de hiérarchie.

Je comprends maintenant les relations houleuses que j'ai entretenues avec la quasi-totalité de mes patrons.

On reconnaîtra également les virulentes et subites crampes dont furent victimes ses membres supérieurs dès lors qu'il s'agissait de mettre la main au portefeuille pour y effectuer un retrait.

D'ailleurs, il est à noter qu'il est un des rares appelés qui, avec 1.78 euros de solde par mois, a réussi à mettre de l'argent de côté.

Cet acte, à lui tout seul, méritait amplement qu'on le nomme Chevalier de la Légion d'honneur.

Voilà, je ne vais pas en dévoiler plus. A vos lunettes, monocles et autres loupes pour savourer ce qui va suivre.

Merci infiniment, Papa, pour ton bout d'histoire. Il fait d'ores et déjà partie de notre patrimoine familial.

Je veillerai personnellement à ce que tes petits et arrières petits enfants aient eux aussi un jour le privilège de tourner ces pages.

Souhaitons que toute cette petite bande parlera toujours de la guerre à l'imparfait.

Et si un jour, l'envie te prenait d'aller voir à quoi ressemble l'ex- Géryville à notre époque, fais-moi signe …

Thierry

Les quelques pages qui vont suivre retracent l’histoire de mes 27 mois de service militaire obligatoire passés en Algérie du 07 juillet 1957 au 07 novembre 1959.

Histoire condensée de 1102 pages de lettres envoyées à mes parents et écrites en allemand s’il vous plait, pour la simple et bonne raison que mes grands-parents les lisaient également.

Les pauvres ne connaissaient pas un seul mot de français puisque nés respectivement en 1882 et 1885. Ils ont grandi pendant l’annexion de l’Alsace à l’Allemagne de 1871 à 1914.

Pour mettre cette histoire au propre, j’ai mis 45 années, puisque aujourd’hui, nous écrivons 2002.

Maurice Lorber

UN PEU D’HISTOIRE

Pourquoi la guerre d’Algérie ?

C’est tout simple. Les français ont débarqué et occupé le pays en 1830.

S’en suivait alors la colonisation et après avoir civilisé tout ce petit monde, certains arabes endurcis ont créé le F.L.N. (Front de Libération National).

Ils portaient le nom de « Fellagas ». La première insurrection a commencé le 01 novembre 1954 : des attentats contre les civils français dans toute l’Algérie avec beaucoup de morts.

C’était le début des évènements d’Algérie, enfin reconnus comme guerre d’Algérie en 2002 par le gouvernement Chirac.

Avec 25 000 soldats morts là-bas pour rien, plus de 68 000 blessés, l’Algérie a obtenu son indépendance en 1962 par le Général De Gaulle.

Avant la guerre, il y avait 10 millions de français appelés «Pieds Noirs».

Aujourd’hui, il en reste 6000 et l’Algérie est devenue un pays très pauvre et déstabilisé.

CONSEIL DE REVISION

Octobre 1956, c’était le conseil de révision, avec fiesta assurée ! Les jeunes garçons de 19 ans de tous les villages de l’arrondissement de Benfeld étaient obligés de se présenter à la maire de Benfeld, devant un médecin militaire.

Pour s’y rendre de Matzenheim, Bernard, un copain de la classe, conduisait son tracteur avec la remorque agricole. Cette dernière était décorée pour la circonstance avec de grands arceaux voûtés, pleins de branches de sapins, de guirlandes et de lampions.

L’intérieur de la remorque était aussi décoré : beaucoup de boissons alcoolisées sous les deux bancs, nous cinq et un musicien. Et vive les chansons pas très catholiques !

Imagine une dizaine de tracteurs avec remorque, autour de la mairie, quel spectacle, car à l’arrivée, nos esprits avaient déjà perdu un peu de leur lucidité. Très dur de se tenir droit, tout nu devant le médecin ! Vous vous sentez en forme ? Vous voyez bien ? Rien de spécial ?

Suivait alors la pression tant redoutée sur les cacahuètes, et le diagnostic : « Bon pour le service » !

Un mois plutôt, nous avions déjà acheté dans le commerce l’insigne « Bon », à agrafer sur nos poitrines ! Pour fêter l’événement, nous avons mis quatre jours !

La tradition voulait que chaque fille du même âge, (elles étaient au nombre de quatre), devait nous inviter à dîner à tour de rôle chez elle, suivi d’une soirée dansante … en cuisine !

Le restant de la dernière nuit, nous avons tous couché dans l’étable à vaches de Pierre. Le lendemain, dimanche, robert a eu une idée géniale : piquer une vache et faire un tour dans le village, après lui avoir accroché au cou, l’énorme seau à charbon que nous avions

« emprunté », la veille, au facteur. Jusque-là, rien de bien méchant, sauf que nous sommes allés rendre visite aux fidèles qui assistaient à la première messe dominicale. Dommage qu’il n’existe aucune photo de l’événement, car une vache montée par le cavalier Robert, avec en remplacement de la traditionnelle cloche, un seau à charbon autour du cou, en plus dans la nef d’une église, avoue que ça ne se voit pas tous les jours ! Le scandale était assuré et longtemps après, les villageois en parlaient encore et le pauvre curé HANS n’arrêtait pas de nous faire la gueule pendant bien longtemps.

Conscrit toujours, la coutume voulait aussi que dans la nuit du 30 Avril au 1er Mai, les garçons fixaient sur la façade avant du domicile de chaque fille de la classe, un énorme bouleau. Beaucoup de décorations : un cœur en contre-plaqué avec l’inscription « classe 37-57 », surmonté de deux drapeaux « bleu, blanc, rouge ». Également beaucoup de banderoles et nombreux ballons multicolores. S’en suivait alors un bon gueuleton chez la fille et toujours la musique. Là, c’était moi, avec mon accordéon ! Le petit problème, c’était que ces bouleaux étaient stockés place de l’église. Coupés dans la semaine en forêt, en présence du garde- forestier… ! C’était une opération bien arrosée… !

Or, il fallait bien transporter chaque bouleau à dos d’homme aux destinations respectives.

Seulement voilà ! Sur la route nationale qui traversait encore Matzenheim à l’époque, au lieu de les transporter dans le sens de la longueur, les copains les ont transportés dans le sens de la … largeur, c'est-à-dire en travers de la route !

Cette méthode ne nous porta pas chance, car une Citroën Traction, venant de Strasbourg, a heurté le tronc, avec comme résultat une belle bosse sur le toit. Ou la voiture était trop haute, ou nous n’avions pas porté la bête assez haut !

Toujours est-il que le conducteur avait à peine le temps de bondir de sa voiture, que Roger lui administrait déjà un bon coup de pied dans le derrière ! De mon côté, sur mon accordéon, je jouais expressément la chanson « Wer soll das bezahlen 1… » ! Les seuls mots que le conducteur est arrivé à placer, c’est que l’on allait entendre parler de lui ! Ça n’a pas loupé !

Le lendemain, les gendarmes de Benfeld nous ont convoqués dans la petite salle du restaurant Beyhurst, pour établir le constat ! Résultat: un mois plus tard, nous devions payer 12 000AF2 (18€) de réparation.

Comble de l’histoire : le conducteur de la Traction était un avocat de Rouffach ! Elle n’est pas belle la vie ?

Dans la nuit du 31 Mai au 1er Juin, la même opération recommença, car il fallait bien enlever les bouleaux des façades ! Et pour clôturer la période « conscrits », nous nous sommes offert une super bouffe, payée avec l’argent de la quête effectuée chez les habitants du village! Encore merci !

Autre innovation dans les années 56 : après le conseil de révision, il fallait aller trois jours à Commercy dans la Meuse, pour un examen médical plus poussé et surtout pour détecter les capacités intellectuelles de chacun.

On te pose entre autre la question : que voudrais- tu faire comme métier dans l’armée ? (tir au cul par exemple !) On te fait aussi faire un test de morse avec toujours les trois mêmes lettres : I.N.T. C’est peut être grâce à ce dernier que je suis devenu « transmetteur » par la suite.

En réalité, ces examens ont duré une journée et hop, retour au foyer! (Le 1er janvier 1997, Chirac a supprimé définitivement le service militaire obligatoire.)

Conscrits octobre 1957 François (†), Pierre, Maurice (Papi), Bernard, Antoine l'accordéoniste (†), Robert (†), Roger.

Robert sur la vache de Pierre, en route pour l'église

1 Chanson allemande « Qui va payer ça ? »

2 Anciens francs

APPEL SOUS LES DRAPEAUX

Début Juin 1957, par un beau samedi après-midi !

Je rentrais chez moi de mon travail à Sochaux, avec ma Dyna Panhard, aujourd’hui une marque automobile disparue !

Arrivé chez mes parents, j’ai vu dans mon courrier une grande carte brune « Ministère des Armées » avec le message suivant :

LORBER Maurice, appelé sous les drapeaux à BENI-MESSOUS (Afrique du Nord), au C.I.T. 160 (Centre d’instruction du Train).

Rendez-vous caserne « Malmaison », à Metz le 9 Juillet 1957 à 9 heures du matin, point.

C’est Dominique, le mari de ma sœur Denise, qui m’a accompagné en vélo, à la gare de Matzenheim. Comme il était cheminot, il avait beaucoup de temps libre. Adieux émouvants auprès de ma famille, c'est-à-dire avec de grosses larmes, car l’Algérie à ce moment-là, ce n’était pas le Club Med !

Arrivé en gare de Metz, une multitude de camions nous transportaient à la caserne où nous attendait à l’arrivée, une bonne piqûre dans les fesses, en guise de bienvenue ! De là, en civil bien sûr, nous attendions le train pour Marseille, et ensuite, embarquement pour Alger.

La première nuit à l’armée, nous avons évidemment fait le mur, histoire de se balader un peu en ville. Le lendemain soir à 22 heures, départ en train spécial militaire avec 1000 bonshommes à bord. Et quel départ : beaucoup de familles sur les quais, beaucoup de jeunes filles qui nous embrassaient en pleurant et nous souhaitant bonne chance !

Arrivés à Marseille, nous avons été fourrés dans une caserne de transit grand standing ! Lits de camps confortables, composés de deux barres rondes reliées par une bâche, quatre pieds et le tout sur trois étages ! Au menu : filets de maquereaux avec pain, le tout saupoudré d’une énorme couche de poussière soulevée par un vent violent ! (Camp Ste Marthe)

Bonjour, le tangage du bateau !

Et le bateau « le Kairouan » a tangué, et moi, j’ai donné le trop-plein du dîner aux marsouins qui accompagnaient le bateau !

LE KAIROUAN

ALGER

Après une heure de traversée, ça allait déjà très mal ! Petite consolation : je n’étais pas le seul ! Dans les toilettes, la série de lavabos bien alignés ressemblait à des soupières rectangulaires remplies d’une infecte bouillie épaisse qui débordait de chaque côté… et à chaque tangage. Imagine le carrelage au sol qui est devenu une patinoire et imagine aussi les odeurs qui n’avaient strictement rien à voir avec l’odeur que dégage notre bonne cuisine alsacienne !