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La vie de Leila bascule totalement après le décès de sa sœur...
Leila Morgan, journaliste influente et rédactrice en chef de Royal Info, se retrouve face à un drame inattendu après la mort tragique de sa sœur cadette Saphir, avec qui elle était en froid depuis des années. Désormais responsable de Leiva, sa nièce nouveau-née gravement malade, Leila doit impérativement trouver le père biologique de l’enfant pour lui sauver la vie. Mais Leila n’a ni nom, ni adresse, ni aucune piste pour commencer son enquête. Alors que la situation devient désespérée, l’histoire poignante de Leiva attire l’attention du public, transformant l’inconnu en père le plus recherché de France. Le destin de Leila et de sa nièce se joue sous les projecteurs d’une quête à haut risque, mêlant secrets familiaux et espoirs inattendus.
Découvrez cette romance surprenante et riche en rebondissements, où l’amour et la détermination se heurtent aux mystères du passé.
EXTRAIT
— Non, Madame vous ne pouvez pas entrer !
Ses escarpins en main, sa robe turquoise légèrement retroussée et son sac ballant, Leila entra dans le service de néonatalogie. Plusieurs bébés étaient endormis dans leurs couveuses. Un silence étrange régnait dans la pièce. Une pendule affichait 6 h. Un à un, Leila passa en revue les noms inscrits sur chaque couveuse.
— Je vous ai dit que nous n’avons aucun bébé au nom de Leila. Si vous ne sortez pas immédiatement, je vais appeler la sécurité, hurla l’infirmière.
Leila se sentit gagner par le désespoir. Elle se revit quitter la soirée en course et bondir dans le premier taxi qui l’avait laissée directement à la gare. Pour une fois, elle n’avait pensé ni à son travail, ni à son patron, ni même à sa mère. Elle était juste animée par un désir presque surhumain, celui de rencontrer ce bébé, cette partie de sa sœur qui portait son nom. Leila vit l’infirmière décrocher le téléphone. Lentement, elle repassa une fois de plus les noms des bébés sans succès et se força à quitter la pièce. Déprimée, Leila atteignit déjà la porte lorsqu’enfin, elle la trouva.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Merline Touko Tchoko est une auteure et scénariste camerounaise titulaire d'une Licence en communication et d'un Master en gestion des ressources naturelles. Elle a publié divers ouvrages et guides sur les changements climatiques et la communication scientifique, mais sa passion première reste l’écriture. Lauréate de plusieurs prix de poésie, Merline a vu ses écrits portés à l’écran par des chaînes telles que Canal+, Côte Ouest Audiovisuel, et TV5 Monde. En 2015, elle a été reconnue parmi les dix meilleurs scénaristes d'Afrique francophone par Canal France International, et elle continue de se distinguer dans l’univers de la littérature et du cinéma.
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Seitenzahl: 233
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Attraction indécente
Merline Touko Tchoko
RomanceEditions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Flora Duboc
Chapitre I
Saphir 24 ans, pieds nus et hâtivement, se fraya un chemin dans le jardin d’agrumes. La nuit était tombée depuis longtemps sur cette ville Française, située entre la Principauté de Monaco et la frontière italienne. Malgré la chaleur de cette soirée chaude de Menton, une sueur froide perlait sur son front, ses dents claquaient, et sur son visage pâle voire même transparent, se lisait une grande frayeur. Un savant cocktail d’odeurs de citronniers, de clémentiniers, d’orangers et de cédratiers la suivait sur son sillage. La gorge nouée, elle réprima un besoin urgent de vomir, posa un instant sa main apaisante sur son ventre rebondi et se força à avancer. Son dos lui faisait atrocement mal. Pour alléger le poids de cette grossesse de huit mois sur sa colonne vertébrale, elle se contint le rein gauche de la main gauche, tout en pressant le pas. De temps à l’autre, elle jetait un regard furtif derrière elle pour vérifier qu’elle n’était pas suivie.
Saphir emprunta un sentier et comme elle s’y attendait, se retrouva une trentaine de minutes plus tard, sur l’une des plages de Menton. L’immense tapis de sable et de galets était curieusement vide en ce début de mois de février. Les nombreux touristes venus pour le festival de citrons, les navettes des pêcheurs, l’animation, les baigneurs de nuit, tous s’étaient donnés le mot pour déserter le décor paradisiaque, en laissant place à une mer étrangement calme.
Le sable fin s’infiltra entre les écorchures des pieds ensanglantés de Saphir qui serra les dents pour ne pas hurler. Les larmes pleines les yeux, elle continua d’avancer. Pour s’encourager, la jeune femme compta mentalement les quelques kilomètres qui la séparaient de la route. Un… Deux… Et trois. Un… Deux… Et trois. Ce petit rituel pour tronquer l’impatience que lui avait enseigné sa mère Isabelle, la replongea dans son enfance. Elle pensa à leur jolie maison, à sa sœur Leila, sa mère : oh, si elle les avait écouté ! Son entêtement l’avait éloigné de sa famille et aujourd’hui menaçait la vie de son bébé. Elle se promit de tout raconter à Isabelle et de se réconcilier avec Leila. Pour cela, il lui fallait traverser la plage, atteindre la route et là elle serait sauvée. Saphir inspira profondément pour reprendre des forces et Un… Deux. Un… Deux.
Les étoiles dans le ciel, la verdure environnante, la chaîne des Alpes du Sud se reflétaient en ombres gigantesques sur la mer cristalline. Cette vision féerique, qui avait toujours suscité son émerveillement, lui donna aujourd’hui la chair de poule. Des bruits de pas se firent entendre. Elle se tourna et distingua dans la nuit des formes qui venaient en sa direction. Les cheveux de saphir se hérissèrent sur sa tête. Non, elle ne voulait pas y retourner ! Elle ne voulait pas être enfermée et enchaînée. Elle se mit à courir, autant que lui permettait la douleur lacérant dans l’échine de son dos et sur la plante de ses pieds. Très vite, l’écart entre elle et ses poursuivants s’amenuisa.
Au loin, Saphir aperçut une lueur de feu de camp et une musique sourde parvint à ses oreilles. La fugitive percevait aussi distinctement, le souffle du vent de ses poursuivants juste derrière elle. Tout en courant, elle alerta :
— Au secours, aidez-moi !
Plusieurs jeunes assis autour d’un feu de bois buvaient de la bière. Certains dansaient au rythme de la musique. Les hurlements de Saphir attirèrent l’attention d’un campeur qui l’indiqua à ses amis. Saphir sentit nettement ses poursuivants ralentir de rythme.
Saphir parvint à la hauteur du groupe et se jeta dans les bras d’un campeur en tremblant comme une feuille. Elle essaya de reprendre son souffle et de se calmer. Les premières notes d’un son de la pop star Américaine Mel Anderson s’élevèrent dans l’air. Saphir repoussa brusquement le campeur.
— Non ! Non ! Non ! S’écria-t-elle horrifiée, sur le regard surpris du groupe de jeunes.
En se bouchant les oreilles, Saphir s’éloigna activement et se dirigea vers la route. Elle entendit vaguement les jeunes crier, ainsi que les bruits sourds des voitures. Il eut un choc et Saphir s’écroula.
Leila Morgan, un carton en main entra dans son nouveau bureau tout en baie vitrée. Ses narines palpitaient et ses yeux verts étincelaient d’euphories. Fini les open spaces sans intimité où elle devait subir au quotidien les bruits et ragots de ses collègues, songea-t-elle. Désormais, elle avait un bureau juste à elle à l’étage de la direction. Leila déposa rapidement sa charge sur l’immense table en acajou, et alla prendre place sur son fauteuil. L’assise était réglable et rembourrée avec qualité. Elle fit pivoter son siège de droite à gauche en savourant avec plaisir la vue panoramique du soleil se lever sur Paris. Elle quitta la baie des yeux et son regard s’attarda sur le somptueux canapé, les fauteuils et le tapis du salon en face d’elle. La décoration était à la fois sobre, confortable, luxueuse et raffinée, à l’image même de Royal Infos. Le groupe d’information avait investi des sommes colossales dans son image de marque. L’investissement passait par l’acquisition d’un immeuble en plein cœur de Paris, par des services des professionnels pour l’aménagement et la décoration de l’édifice et par le recrutement des employés de haut calibre.
Cette quête avérée de la qualité avait vite porté des fruits. En seulement cinq années d’existence, le groupe tripla son chiffre d’affaires et diversifia ses activités. Royal Infos disposait désormais en plus des journaux papier, d’une chaîne de télévision consacrée uniquement à l’actualité people et diffusée également sur internet. Leila venait d’être nommée rédactrice en chef de cette chaîne de télévision. C’était le plus grand poste à pourvoir, les autres étaient détenus par les associés du groupe Royal Infos. Leila se redressa et laissa courir un instant ses doigts sur le clavier de l’ordinateur high-tech posé sur la table. La jeune rédactrice en chef eut un pincement au cœur à la vue de l’image en écran de veille qui s’afficha : c’était celle de la fille de son prédécesseur. Henry était le premier rédacteur en chef de Royal TV. En un an de service, la chaîne lui avait reproché sa ligne éditoriale laxiste et ses résultats peu convaincants. Son contrat n’avait pas était renouvelé. La direction avait clairement signifié à Leila qu’elle avait obligation de résultat, sinon elle prendrait la porte tout comme Henry. Leila chassa très vite ces pensées noires du revers de la main. Ce poste elle l’avait mérité ! Son diplôme de journaliste en poche, elle était entrée à Royal Infos comme simple stagiaire. Progressivement, grâce à son acharnement, à la justesse, la pertinence de ses écrits et son bilinguisme, elle s’était constituée un carnet d’adresses et un nom dans le milieu. En plus des articles qu’elle signait en français et en anglais, elle animait également une émission diffusée en prime times sur Royal Infos. Sa nomination n’avait surpris aucun de ses collègues. Leila supprima la photo et se promit de faire revisiter la machine par le technicien. Rien ne la détournerait du chemin de réussite qu’elle s’était tracée. Au sommet de ses ambitions, venait de se positionner le poste de Chef de chaîne de Royal Infos TV. C’était vraiment une mission impossible. Comme à son habitude, elle visait encore plus haut et encore plus loin. Pour atteindre son objectif, elle était prête à tous les sacrifices.
Les coups sur la porte se firent entendre et presque aussitôt, son assistante Amélia Carmen entra dans la pièce un grand sachet de vêtements en main. Elle jeta un regard circulaire avec un sifflotement admiratif.
— Pas mal ! Pas mal du tout ! S’exclama-t-elle en faisant le tour du bureau.
Un sourire aux lèvres, Leila observa son assistante tandis qu’elle allait à la découverte du bureau. La joie non dissimulée d’Amélia faisait rayonner son visage d’enfant. Amélia faisait partie de ces personnes sur qui le temps n’avait aucun effet. Du haut de ses 26 ans, elle paraissait à peine 18 avec ses traits fins et sa silhouette menue. Loin d’être une qualité dans le milieu, cette physionomie enfantine la rendait peu crédible et immature aux yeux de ses collègues et patrons qui la surnommaient petite ou fillette. C’est une Amélia au bord de la dépression et sur le point de déposer sa démission que Leila prit sur son aile. D’abord, en tant qu’amie et collègue et aujourd’hui, en tant qu’assistante. Leila avait dû se battre pour faire accepter la nomination d’Amélia à ce poste.
— Ton bureau sera juste à côté du mien. Lança de manière faussement désinvolte Leila.
Amélia se tourna rapidement vers Leila surprise.
— Mon bureau ? Interrogea Amélia.
— Bien sûr ! Tu ne pensais tout de même pas que mon assistante allait rester à l’étage d’en dessous. J’ai besoin de toi à mes côtés.
Les yeux d’Amélia se mirent à pétiller.
— J’ai un bureau ! J’ai un bureau…
Un voile d’inquiétude envahit le visage d’Amélia, qui se retourna vers Lélia.
— Es-tu certaine ?
— Rassure-toi, ils ont déjà donné leur accord.
Amélia bondit dans les bras de Lélia.
— Merci, merci infiniment.
Le regard d’Amélia se posa sur la pendule qui affichait 6 h 30. Elle se dégagea rapidement.
— En tant qu’assistante, je me dois de te rappeler que ce sera à toi dans moins de 30 minutes.
Lélia observa son vieux jeans et son T-shirt.
— Mes vêtements sont dans mon ancien bureau ! Je ne peux pas me présenter à l’antenne dans cette tenue !
Amélia lui tendit le plastique.
— Tiens ! Ils sont à ta taille, je les ai choisi moi-même.
Lélia soupira de soulagement, gratifia son assistante d’un grand sourire et fila rapidement dans la salle de bain. Amélia était une assistante minutieuse, prévoyante et dotée d’un grand sens d’observation. Ces qualités avaient motivé son choix. Tout en finissant de s’habiller, Leila entendit faiblement le téléphone sonner et Amélia décrocher. Sûrement la maquilleuse qui la réclamait pensa-t-elle en ajustant le fermoir de sa chaîne. En observant sa silhouette mise en valeur dans l’ensemble veste, Lélia sourit à travers la glace à cette belle femme de 28 ans. Elle se parfuma rapidement avant de quitter la salle de bain.
— Qui était-ce au téléphone ? Demanda Leila en entrant dans la pièce.
Amélia, le visage teinté de tristesse, prit une grande inspiration avant de répondre d’une voix rauque et de larme contenue.
— Ta mère…
Imperturbable, Leila se dirigea vers son bureau.
— Ma mère ?... Ça fait plus de quatre ans que nous ne nous sommes pas parlées… Ça doit encore être une frasque de Saphir ! Qu’a-t-elle fait cette fois ?
— Leila, Saphir est… Est… Morte.
Leila stupéfaite s’arrêta un instant, et se retourna vers Amélia.
— Morte ?
— Oui un accident parait-il. Ta mère te demande de la rappeler.
Leila s’effondra sur son fauteuil. Au même moment, le téléphone sonna. Amélia alla décrocher, resta en ligne pendant quelques secondes avant de raccrocher.
— C’est le réalisateur, il te veut en studio tout de suite. Doit-on annuler l’émission ?
Leila se leva d’un bond.
— Certainement pas ! J’ai bossé très dur pour que Star Magasine soit en tête des meilleures audiences de la chaîne… Je ne laisserai rien ruiner mes efforts… De toute façon, ma sœur est morte, que puis-je faire contre cette réalité ?
— Et ta mère ?
— Je la rappellerais après l’émission.
D’une démarche assurée, Leila se dirigea vers la sortie.
Chapitre II
Leila arriva à Menton deux jours plus tard. Sa mère habitait une jolie maison située à quelques kilomètres de la frontière italienne. Prostrée sur un canapé, les yeux braqués sur le grand portrait de Saphir placé au milieu du salon, Isabelle prêtait une oreille distraite aux amis et voisins venus la réconforter. Elle ne leva même pas la tête à l’arrivée de sa fille aînée.
Malgré son entrée discrète et comme elle le redoutait, Leila fut accueillie en grande pompe. Depuis son accession à Royal Infos, elle était considérée comme une star locale. Durant d’interminables minutes, amis et connaissances oublièrent le deuil pour l’interroger sur son travail, son émission et même sur sa vie sentimentale. Tant bien que mal, Leila essaya de répondre le plus brièvement possible, sans trop se dévoiler. Elle réussit avec beaucoup de peine à s’éclisser et à se rapprocher de sa mère.
— Maman ?
Isabelle releva enfin la tête. Le visage crispé de douleur, elle observa sa fille. Une larme déborda l’œil droit d’Isabelle et se fraya lentement un chemin sur sa joue, avant de se perdre au creux de sa poitrine. Leila sentit son ventre se nouer face à tant de détresse, et prit sa mère entre ses bras. Isabelle ne la repoussa pas, mais ne fit non plus aucun mouvement pour resserrer l’étreinte. Elle jeta un regard sur la petite valise de Leila.
— Tu devrais aller poser tes affaires dans ta chambre, lui lança Isabelle.
Leila se dégagea lentement. Mère et fille s’observèrent en silence. Leila se redressa et quitta la pièce.
L’enterrement de Saphir ayant été programmé la semaine d’après, les faire-part avaient déjà été confectionnés et envoyés. Durant le reste de la journée, Leila se rongea les pouces. Au loin le festival de Menton généralement appelé la fête du citron battait son plein. Ce festival insolite, organisé par l’office du tourisme de la région, mobilisait chaque année à la fin de l’hiver une foule immense de curieux. La journaliste fut tentée d’aller visiter, comme elle le faisait dans son enfance, les expositions impressionnantes qui nécessitaient l’usage d’une centaine de tonnes d’agrumes. Sa sœur et elle appréciaient particulièrement les défilés riches en couleur des chars et des gigantesques monuments de citrons. Comme toujours, elle se sentit fière d’appartenir à cette ville qu’elle trouvait la plus belle au monde. Leila chassa d’un mouvement de la tête ces souvenirs heureux. La nuit tombée, elle trouva sa mère dans la chambre de Saphir.
— Maman, la cérémonie d’annonce officielle de ma nomination prévue demain n’a pas pu être reportée. Je dois y aller.
Isabelle garda le silence.
— Sais-tu que tous mes patrons feront le déplacement pour me féliciter ?
Isabelle se contenta de la regarder.
— Oui, je suis la première femme à occuper ce poste dans le groupe.
— OK. Lança simplement Isabelle.
Une vague de frustration envahit Leila. Elle se pinça pour ne pas crier, comme elle avait appris à le faire dans son enfance.
Son père avait péri dans un accident de voiture lorsqu’elle n’avait que huit ans et Saphir quatre. La perte brutale de cet homme qu’elle adorait avait fait voler en éclats leur unité familiale déjà fragilisée par les troubles bipolaires de Saphir. À deux ans, elle avait été diagnostiquée hyperactive. Malgré le suivi médical, ses sautes d’humeur s’étaient accentuées après le décès de son père. Isabelle mit sa vie entre parenthèses pour se consacrer complètement à sa cadette en retranchant Leila dans un isolement quasi-complet.
Les lèvres serrées et la mort dans l’âme, Leila se dirigea vers la porte. Subitement, elle se retourna et se posta devant sa mère.
— Ne peux-tu pour une fois être contente pour moi ?
Les yeux d’Isabelle se colorèrent de fureur. D’une voix pourtant très contenue, elle lança à sa fille.
— Es-tu certaine que le moment soit bien choisi pour avoir cette conversation ?
— Le moment n’est jamais bien choisi avec toi ! Il n’y a toujours eu que pour Saphir, Saphir et encore Saphir. Même morte, je passe toujours après elle.
— Tu racontes m’importe quoi !
— Ah bon ? Quand t’es-tu inquiétée pour moi ? J’ai beau remonter dans le temps, je ne me souviens pas de la moindre attention de toi.
Contrairement aux prévisions des docteurs, l’hyperactivité de Saphir ne s’était pas estompée à l’âge adulte bien au contraire, elle avait évolué sous forme de tension et d’instabilité intérieure. Toujours en éveil, Saphir entreprenait continuellement mille choses à la fois et avec le même engouement, laissait très vite tout tomber pour d’autres horizons. Après des études de décoration, de politique, d’art, Saphir décida du jour au lendemain de faire des études de médecine aux États-Unis. Sa mère avait dépensé tout ce que leur père leur avait laissé pour l’envoyer réaliser ses rêves en sachant pertinemment qu’elle ne tiendrait pas. Comme Leila s’y attendait, un an plus tard, elle envoya valser la médecine, pour une carrière prometteuse de mannequin. Ne pouvant le supporter, Leila quitta la maison et coupa définitivement le contact avec sa famille.
— La vérité maman, c’est que tu n’as jamais été là pour moi, ni dans les moments de joie, ni dans les moments de tristesse… Mais pourquoi ?
— Parce que tu n’as jamais eu besoin de moi!
Leila éclate d’un rire sans joie.
— Si, j’ai eu besoin de toi ! J’ai eu besoin de toi pour payer mes études, j’ai eu besoin de toi pour m’aider à choisir ma robe de bal, j’ai eu besoin de toi pour panser mes plaies après ma rupture avec Trevor. Mais à chaque fois, tu étais aux abonnés absentes.
— Ça ne t’a pas tant desservi que cela. Regarde-toi ! Tu as réussi. Et ta sœur où est-elle en ce moment ? En fin de compte, c’est toi qui as tourné le dos à ta famille, c’est toi qui nous as abandonnés.
La cérémonie officielle de nomination de Leila battait son plein. Royal Infos déjà critiquée pour sa direction exclusivement masculine, misa sur cet évènement pour redorer son image. Tous les médias concurrents conviés à la soirée organisée à cette occasion firent le déplacement. Ce moment, Leila l’avait tant désiré tant espéré. Sa robe turquoise et ses escarpins assortis choisis par Amélia relevaient ses yeux verts, sa silhouette fine et sa grande taille. Pas très fan des chaussures à talons hauts, Leila s’était pourtant laissée convaincre par son assistante, qui lui rappelait tout le temps que la beauté comme le succès s’obtenait au prix d’énormes sacrifices. Elle essaya de savourer chaque seconde, en refoulant au fond de sa mémoire, ses pieds douloureux, le décès de sa sœur, les dernières paroles de sa mère. La mine radieuse, Leila circula de table en table en distribuant sourires, attentions et en accordant interview sur interview.
— Tu es étincelante ce soir, Leila. Lança Farrell Roi.
Leila se retourna pour faire face à son patron. À quarante ans, Farrell était à la tête du groupe Royal Infos. Très ambitieux, il s’était fixé pour objectif de faire du groupe la première chaîne d’information people de France. Marié et père de deux enfants, ce n’était un secret pour personne que les affaires passaient avant sa famille.
— Je suis heureux de constater que nous partageons la même vison de la vie ! J’avoue que je redoutais un peu ton humeur, mais comme toujours, tu ne t’es pas laissée dépasser par la cruelle fatalité des évènements. En fin de compte, n’est-ce pas le sort qui nous attend tous ?
Farrell la félicita encore pour sa fluidité d’esprit qui réconfortait la grande confiance qu’il avait placé en elle. Il la présenta ensuite aux actionnaires et autres invités de marque de la soirée. À la première occasion, Leïla s’éclipsa dans les toilettes pour dames. Elle referma à double tour derrière elle avant de se déchausser. Pendant quelques secondes, elle savoura le bonheur de sentir ses pieds libres. Des bruits de pas se firent entendre, suivis d’une conversation entre deux femmes.
— Elle aurait au moins dû laisser le corps de sa sœur refroidir à la morgue avant d’exhiber ainsi son bonheur aux yeux de tous. Reprocha l’une des femmes la voix immergée dans un bruit d’eau coulante.
— Sa froideur frise l’indécence ! Renchérit la seconde.
Leila essaya en vain d’identifier les deux voix.
— J’ai entendu dire que le bébé était encore à l’hôpital. Je suis certaine que sa sœur, où qu’elle soit, doit regretter d’avoir insisté pour qu’elle porte son nom, enchaîna à nouveau la première femme. La conversation entre les commères perdura. Mais déjà, Leila ne les suivait plus. Elle sentit une vague d’incertitude l’envahir et mille questions se bousculer dans sa tête. Le bébé ! Mais de quel bébé parlaient-elles ? Leila ne savait même pas que Saphir était enceinte ! Mais comment l’aurait-elle su, puisqu'elle n’avait plus de nouvelles de sa sœur depuis son départ pour les États-Unis il y a quatre ans. Elle avait une fois essayé de l’appeler, mais face au mutisme de Saphir, elle n’avait plus renouvelé l’expérience. La voix de sa mère résonna dans sa tête.
— En fin de compte, c’est toi qui as tourné le dos à ta famille, c’est toi qui nous as abandonnés.
— Non, Madame vous ne pouvez pas entrer !
Ses escarpins en main, sa robe turquoise légèrement retroussée et son sac ballant, Leila entra dans le service de néonatalogie. Plusieurs bébés étaient endormis dans leurs couveuses. Un silence étrange régnait dans la pièce. Une pendule affichait 6 h. Un à un, Leila passa en revue les noms inscrits sur chaque couveuse.
— Je vous ai dit que nous n’avons aucun bébé au non de Leila. Si vous ne sortez pas immédiatement, je vais appeler la sécurité. Hurla l’infirmière.
Leila se sentit gagner par le désespoir. Elle se revit quitter la soirée en course et bondir dans le premier taxi qui l’avait laissée directement à la gare. Pour une fois, elle n’avait pensé ni à son travail, ni à son patron, ni même à sa mère. Elle était juste animée par un désir presque surhumain, celui de rencontrer ce bébé, cette partie de sa sœur qui portait son nom. Leila vit l’infirmière décrocher le téléphone. Lentement, elle repassa une fois de plus les noms des bébés sans succès et se força à quitter la pièce. Déprimée, Leila atteint déjà la porte lorsqu’enfin, elle la trouva.
Le berceau légèrement en retrait des autres portait l’écriteau Leiva. Leiva était le premier mot prononcé par Saphir au détriment du papa ou maman proférés par les enfants de son âge. Saphir avait continué à nommer sa grande sœur ainsi, et ne changeait le V par L que lorsqu’elle était en colère contre son aînée. Leila n’osa ni approcher ni prendre le bébé entre ses bras. Son cœur se serra à la vue des intraveineuses placées sur Leiva. Malgré ces machines qui la maintenaient en vie, une grande force se dégageait de la petite boule rose. Leiva s’étira les jambes et ouvrit ses yeux bleus et les posa sur sa tante. Leila sentit une vague de chaleur envahir son corps. Elle tendit les mains vers la petite lorsque deux bras la soulevèrent du sol. Sans ménagement, Leila fut portée et jetée hors de la pièce.
— C’est elle, c’est Leiva, cria-t-elle.
Les agents de sécurité la traînèrent vers la porte de l’ascenseur. Tant bien que mal, Leila essaya de se libérer en se débattant et en criant.
— Laissez-moi ! Laissez-moi !
La porte de l’ascenseur s’ouvrit sur Isabelle tout essoufflée. Leila l’interpella soulagée.
— Maman dit leur que Leiva est ma nièce, dit le leur.
Isabelle garda le silence. Une angoisse noua l’estomac de Leila. Et si Isabelle la méconnaissait ? Elle se retrouverait en cellule. Farrell n’apprécierait pas de voir l’une des cadres de son entreprise traîner dans la boue. Non sa mère ne pouvait pas lui faire cela.
— Connaissez-vous cette femme, Madame ? Demanda l’un des agents de sécurité.
Isabelle prit une grande inspiration avant de répondre.
— Oui, c’est ma fille.
Les agents lâchèrent sans défiance Leila. Isabelle s’attela à excuser le comportement de sa fille aînée et promit aux agents de sécurité de ne pas trop traîner. Elle trouva Leila en train d’observer sa nièce par la vitre.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? demanda Leila.
— Voulais-tu réellement le savoir ?
Leila voulut répondre que oui, mais s’abstint. Sa mère avait raison, elle ne voulait réellement pas le savoir. Elle avait passé pratiquement une journée à Menton. À chaque fois, elle avait savamment éludé toutes les conversations et évité toutes les personnes susceptibles de la renseigner sur sa famille. Elle quitta la vitre des yeux et les braqua sur sa mère.
— Maintenant, maman je veux tout savoir. Que faisait-elle sur cette route en pleine nuit ?
Pour une fois, Isabelle sembla désamorcée.
— Je n’en ai la moindre idée.
— Combien d’années a-t-elle passées exactement aux États-Unis ?
— Environ trois années ou moins, je ne sais plus. Du jour au lendemain, complètement déboussolée, elle est revenue s’installer à la maison. Il y a sept mois, elle est retournée aux États-Unis pour résoudre certaines affaires urgentes selon elle. Depuis, plus aucune nouvelle.
Isabelle se forçait visiblement pour retenir ses larmes.
— Et le père du bébé ? S’inquiéta Leila.
— Je ne savais même pas qu’elle était enceinte, ni même qu’elle était rentrée jusqu’à ce coup de fil.
Au même moment, une lumière rouge s’alluma sur la couveuse de Leiva suivi d’une sirène. L’infirmière se hâta vers le nourrisson en activant un bouton. Aussitôt, une équipe médicale entra dans la salle et s’activa pour réanimer Leiva. Isabelle observa la scène parfaitement calme. Seule une contraction de son visage reflétait la tension interne qui l’habitait.
— Mais que lui arrive-t-il ? Dites-moi que lui arrive-t-il ! S’exclama Leila.
Les infirmiers couraient dans tous les sens pour tenter visiblement de réanimer Leiva. Leila et Isabelle furent conduites dans une salle d’attente.
— Saphir n’a pas survécu à l’accident. Leiva est née par césarienne avec ce qu’ils ont appelé le syndrome de l’intestin grêle court. C’est une malformation congénitale paraît-il, qui conduit à une insuffisance intestinale. Elle a donc été placée sur nutrition parentérale. Raconta Isabelle.
D’où les intraveineuses d’alimentation songea Leila.
— Les médecins ont exprimé des réserves par rapport à la réussite de ce traitement.
— Mais pourquoi ?
— À cause de la gravité de l’insuffisance de Leiva.
— Et maintenant ?
— Il lui faut une greffe intestinale sinon le foie risque lui aussi d’être touché. Termina Isabelle, devant Leila complètement décontenancée.
Les docteurs confirmèrent le diagnostic d’Isabelle des heures plus tard. Le pronostic vital de Leiva étant engagé, Leila et sa mère furent conduites au laboratoire pour le test de compatibilité. Les résultats prévus trois jours plus tard, mère et fille regagnèrent leurs domiciles.
Le lendemain, Leila retourna à Paris pour enregistrer plusieurs émissions de son magazine et demander quelques jours de congé. Leila n’avait pratiquement jamais pris des congés en quatre ans à Royal Infos. Farrell le lui accorda malgré lui. Elle mit de l’ordre dans ses affaires et s’accorda avec Amélia sur la gestion des urgences en son absence. Leila arriva à Menton juste à temps pour les résultats.
— Je suis désolé, mais aucune de vous n’est compatible. Le père lui peut être aura plus de chance, déclara le médecin. En attendant, nous l’avons enregistré sur la liste d’attente des dons d’organes. Mais je ne vous cacherais pas que les chances pour qu’elle puisse y trouver un donneur compatible sont très faibles.
— As-tu une idée de l’identité de son père ? Demanda Leila a sa mère lorsqu’elles se retrouvèrent seules.
Sa mère secoua négativement la tête.
— Saphir était devenue très cachottière depuis son retour des États-Unis. Je ne saurais dire s’il est ici en France ou même en Amérique.
Sans aucun nom, ni même une localisation géographique, Leila se demanda comment elles allaient retrouver le père biologique de sa nièce. Mais elles n’avaient pas d’autres alternatives, il fallait obligatoirement retrouver cet homme si elles voulaient que Leiva reste en vie.
Leila fouilla de fond en comble la chambre de sa sœur sans aucun indice. Elle passa à la loupe tous les albums qu’elle trouvait. Contrairement à Leila, Saphir avait des yeux bleus. Sur son visage en cœur, se lisaient une grande douceur et une fragilité qui réveillait l’instinct protecteur des hommes. Même si cette fragilité et douceur n’étaient qu’apparentes, la plupart s’y laissaient prendre. Leila avait toujours secrètement envié la facilité avec laquelle les hommes succombaient au charme de sa sœur. Tandis que sa vie sentimentale était très calme voir complètement inexistante, Saphir collectionnaient les conquêtes et gardait comme des trophées les clichés et noms des hommes avec qui elle avait eu une liaison. Elle conçut, un livre photo intitulé : les hommes de ma vie et le remplissait au fur et à mesure. Cette pratique, adoptée par sa sœur depuis son adolescence, avait toujours révolté Leila. Aujourd’hui, elle bénissait l’initiative qui allait lui permettre de retrouver la trace du père de sa nièce. Leila élabora une liste et dotée de l’annuaire téléphonique, elle commença à appeler.
— Bonjour monsieur je suis Leila Morgan je désirerais parler à Monsieur Marchal… Ce n’est plus son adresse depuis cinq ans ?... Merci, Monsieur, et désolée pour le dérangement.
