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Après un an passé au Conservatoire national de Paris, Clarisse Deudon est engagée à la Comédie-Française de 1942 à 1951. Artiste dramatique, elle participe à la création du Soulier de satin de Paul Claudel et joue aux côtés de Marie Bell dans Phèdre sous la direction de Jean-Louis Barrault. Elle tourne dans le feuilleton Quentin Durward, dirigé par Gilles Grangier, et dans La lune dans le caniveau, un film de Jean-Jacques Beineix. Cette biographie, rédigée par sa fille cadette, s'inspire des notes manuscrites de l'actrice, des archives de la Comédie-Française et de nombreux articles de presse.
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Seitenzahl: 154
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Sur le plan de son art, le souvenir ébloui que j’ai de Clarisse, c’est son rôle de la Lune du Soulier de satin de Paul Claudel, mis en scène par Jean-Louis Barrault à la Comédie-Française.
Elle était splendide, merveilleuse de grâce et de beauté. Chaque mot de son texte était si justement sculpté dans sa bouche. C’est un sommet de poésie allié à la gravité de son rôle. Tout était dit par sa gestuelle et la pensée.
Clarisse était un personnage de haute fantaisie, avec un sens de l’humour qui fusait à chaque instant.
J’ai éprouvé sa délicatesse de cœur : quand j’avais été malade, elle était venue et m’avait apporté ce que je souhaitais le plus : un citron qui venait de sa propriété du midi. Une rareté !
Autant d’attention d’un cœur aimant très généreux.
Yamine Le Roy
de la Comédie-Française
Clarisse Deudon et sa fille Noëlle Saugout-Septier (1986)
À ma mère qui m'a transmis son amour de l'art et de la vie
1. Naissance d’une actrice
2. Les débuts
3. Le Soulier de satin
4. La tournée royale
5. L’Odéon
6. L’entracte
7. La tournée orientale
8. La compagnie Marie Bell
9. Silence, on tourne
10. Le songe d’une nuit d’été
11. L’appel de la scène
12. Retour aux sources
Remerciements
CD
L'enfance trouve son paradis dans l'instant. Elle ne demande pas du bonheur, elle est le bonheur Louis Pauwels
En octobre 1940, Clarisse Deudon passe par hasard devant le Conservatoire municipal de Nice. Elle s’arrête et pousse la porte.
Âgée de 19 ans, elle vit avec sa mère, son frère et sa sœur dans une maison du boulevard Dubouchage. Son père, ancien député des Alpes-Maritimes, est prisonnier en Allemagne depuis un an.
Clarisse Deudon (1939)
Lorsque Clarisse sort du conservatoire, elle a l’intime conviction qu’elle doit intégrer le cours d’art dramatique. Elle convainc sans peine sa mère de l’y inscrire.
Après quelques jours, elle en fait part à sa meilleure amie. Rencontrée au Lycée Molière quand sa famille s’est installée à Paris en 1932, Jacqueline a toujours été sa confidente.
En 1939, les événements les contraignant à quitter la capitale avec leurs parents, l’une à Lyon et l’autre à Nice, leurs échanges sont devenus épistolaires.
« Cette année encore, le sort de ma vie s’est décidé, lui écrit-elle. À quel point une guerre peut bouleverser les choses les mieux établies, jamais je ne l’aurais cru. Pourquoi ne suis-je pas restée à Paris faire un droit médiocre, comme le veut mon père ? Pourquoi n’ai-je pas cherché un bon mari dans le rang des jeunes filles à marier ? Pourquoi suis-je allée frapper à la porte du Conservatoire de Nice et, par ce geste d’index replié, m’engager dans la plus fantastique, merveilleuse et déprimante des carrières ?
Depuis, je suis classée dans les Célimène, je récite des vers à un professeur un peu sourd et je fréquente d’exquis cabotins qui m’ont fait entrer dans un milieu très bas-bleu où nous lisons Gide, Valery, Baudelaire. J’adore cette atmosphère car elle a la consistance d’un rêve… »
ANNÉE 1941
Grâce à ses nouvelles fréquentations, Clarisse est invitée à de nombreuses soirées durant l’hiver 19401941.
Elle emprunte les robes de sa mère, Suzanne Deudon, ou s’en fait confectionner de nouvelles.
Même si le pays souffre de la pauvreté et que la nourriture est de piètre qualité, Suzanne arrive toujours à assurer le quotidien pour ses enfants.
Le reste du temps, Clarisse suit ses cours de théâtre. Remarquée par son professeur, maître Adrien Caillard, elle est désignée pour interpréter la Pucelle d’Orléans le jour de la fête du patriotisme. Elle passe le concours de fin d’année en interprétant Le Carrosse du Saint-Sacrement de Prosper Mérimée. Malgré un premier accessit et un second prix de comédie, Clarisse est déçue.
En août 1941, elle part tenter sa chance à Paris où elle retrouve son père, enfin libéré par les Allemands mais très amaigri.
« Je me décide à aller voir un professeur qu’on m’a indiqué : un certain Simon. Là, je prends la plus belle crise de cafard en voyant le niveau des élèves, mais aussi une grande résolution : à la fin de l’année, je serai aussi bien qu’eux. »
Maîtrisant parfaitement son monologue de Cornélie, tiré de la Mort de Pompée de Corneille, elle passe l’audition avec succès.
« Tu vas jouer la tragédie, lui dit Simon après sa prestation. Le péplum, ça t’ira ! »
Clarisse Deudon interprétant Chimène
Pour préparer le concours du Conservatoire de Paris, elle travaille un monologue du Cid.
Septembre 41 : le grand jour est arrivé. La sélection est rude : il n’y aura que 15 élus parmi les 332 inscrits. Dans l’entrebâillement de la porte, elle aperçoit le jury. Malgré son trac, Clarisse monte sur scène d’un pas assuré. Son monologue séduit. Elle fait partie des 15 ! Quand Clarisse annonce la nouvelle à son père, il voit rouge.
« Pas question que ma fille soit comédienne, déclare-t-il. Qu’est-ce que tu veux faire d’autre ? »
« Je ne sais pas », répond-elle.
« Alors tu continueras ton droit ! »
Paul Deudon l’inscrit à la faculté, mais avec la complicité de sa mère, Clarisse continue à suivre les cours du Conservatoire. Au bout de trois mois, elle abandonne définitivement le droit pour se consacrer pleinement à sa passion.
Elle apprend son métier dans la classe de Georges Le Roy, en compagnie de ses camarades Sophie Desmarets, Jean Desailly et Jacques Dacqmine.
« Je suis l’élève d’un grand maître, écrit-elle à Jacqueline. À l’heure actuelle, je n’en suis pas encore revenue. Je suis classée dans les tragédiennes. Ô joie, j’y suis arrivée avant la fin de l’année. J’apprends Cornélie, Pauline, Émilie, Andromaque, etc.
Te raconter mes émotions, mes désespoirs, la compréhension exacte de cet art, la mise au point, le travail acharné qu’il faut, te vanter mes excellents professeurs et l’adoration que j’ai pour mon maître, Georges Le Roy, la bande si sympathique de ma classe, l’ambiance, ne pourrait à coup sûr tenir sur cette dernière carte qui me reste. Je passe mes soirées au théâtre. »
Pour ce « grand maître », ex-sociétaire de la Comédie-Française, la recherche du naturel est prioritaire. Mais, lorsque le naturel est mal orienté, il faut le remettre dans le droit chemin.
« Quand je suis arrivée au Conservatoire l’année était déjà commencée, se souvient son amie Claude Nollier. J’ai intégré la classe de Denis D'Inès, mais n’étant pas de plain-pied avec lui, j’ai changé et je me suis retrouvée avec Clarisse.
Je l’ai tout de suite remarquée car elle était grande et riait beaucoup. Elle prenait son siège et se plaçait devant le maître, d’un air effronté. J’étais sidérée par son culot, mais je l’ai trouvée sympathique, alors on a parlé. Elle était contente de trouver quelqu’un de son envergure.
Elle n’était pas du genre à supporter les contraintes, sauf si c’était de la distraction, et des distractions choisies. Quand elle était sur scène, elle laissait passer la nuance du sentiment d’une façon étonnante, surtout en tragédie. C’est rare parce que les alexandrins, dits quatre d’affilés, semblent vouloir dire la même chose. Avec elle, c’était clair comme de l’eau de roche. »
ANNÉE 1942
Studieuse, Clarisse se concentre sur les textes qu’elle doit préparer pour ses examens.
« Ma vie est assez morne, écrit-elle à Jacqueline au mois de mai. Mon temps est trop pris et je ne vois guère d’amis. Coup de foudre, homme brun…, tu me parles de choses vraiment extraordinaires, mais tu es mal tombée car me voici devenue une vieille fille profondément endurcie et quand j’ai le malheur d’amener un élément mâle à la maison, mon père le scrute des pieds à la tête et me conseille d’espacer nos relations, si amicales soient-elles. Alors je me retranche derrière le rideau de l’Art et je me laisse séduire par le charme de M. Reggiani ou la belle voix de M. Chevrier.
J’ai été adoptée par une bande qui se réunit tous les jeudis pour danser le swing, seulement il faut que je me force pour y aller. Rien ne m’attire, aucun regard bleu et aucun éclat de dents blanches.
Seul mon voyage à Nice me préoccupe. Ma grand-mère nous envoie des SOS alarmés, mais il peut se passer tout ce qu’on voudra, pourvu que ce soit après mon concours.
Néanmoins, je fais mes provisions d’argent de poche et de ravitaillement car je ne pourrai pas me réhabituer à mourir de faim ni à devenir énorme à force de ne boire que du lait. En attendant, je suis devenue rousse-rousse. »
Clarisse prépare son examen de tragédie prévu en juin. Elle travaille dur, mais n’oublie pas d’envoyer des nouvelles à son amie.
« Je dois abandonner l’idée de remplir l’énorme provision de cartes interzones faites à ton intention et je vole des minutes précieuses pour te dire un petit bonjour. Je te raconterai plus tard cette minute palpitante, affreuse, exaltante et stupide qu’on appelle un examen de tragédie.
De temps en temps, je m’arrête dans ma vie et je me demande : ‘Qu’est-ce que je fais là ? Qu’estce que cette carrière extravagante attend de moi ?’ J’y aurai au moins appris l’humilité ! »
Quelques jours plus tard, elle prend enfin le temps de lui raconter en détail ce moment crucial.
« À toi, ma vieille amie, je vais dire le fond de mon cœur. C’est qu’il m’arrive quelque chose d’extraordinaire et de merveilleux. J’ai réussi mon concours d’une façon formidable puisque je suis admise et que j’ai eu une médaille de diction. Mais tout cela est du chinois pour toi et je vais tout t’expliquer par le menu.
Lorsqu’on rentre au Conservatoire, c’est en principe pour une durée minimale de trois ans. Quand tu arrives, tu te trouves dans une classe avec des élèves de deuxième et troisième année pour qui les élèves de première année sont quantité plus que négligeable… bien que souvent dix fois mieux !
Un Première année, c’est un élève qu’on initie aux rites de la classe et aux modes d’enseignement du professeur. On ne lui demande que de la bonne volonté, de l’obéissance, de l’assiduité à articuler une phrase, à respirer après un vers et le talent ne vient que beaucoup plus tard - si jamais le talent s’apprend
Tous les trois mois, il y a des examens : un en janvier (que j’ai loupé), un autre en juin (celui-ci) et enfin, le grand concours de sortie : la grande dispute pour les prix. En théorie, il n’y a que les Deuxième et Troisième année qui concourent d’office à ce grand examen. Mais, si par un extraordinaire hasard, un élève de Première année montre des qualités et des dons exceptionnels, on lui fait le grand honneur de l’admettre à concourir avec ses aînés.
C’est la plus grande faveur qui puisse vous arriver et c’est ce que l’on m’a proposé.
Ne crois surtout pas que je me vante, parce que je suis tellement ahurie, médusée et abrutie que je t’explique tout, au contraire, très simplement. Quant à ce fameux concours, nous nous y préparons depuis des mois.
Chacun choisit la scène qu’il veut ou que lui conseille le maître. À moi, il m’avait donné Josabet dans Athalie. Quand je pense à ce que j’ai pu gémir et pleurer sur cette scène ! J’étais mauvaise. Cette femme m’ennuyait et quand on commence à mal jouer, ça va de mal en pis. En revanche, quand tu te sens bien, tu joues de mieux en mieux. Impossible de s’arrêter dans un cas comme dans l’autre. Quel métier !
La veille au matin, j’ai pris une crise de nerf (je suis devenue d’une nervosité incroyable) et puis, tout à coup, l’après-midi, je l’ai bien donnée et je savais que le lendemain matin, au concours, je serais bien. Je ne sais ce qui s’est passé.
Un écran s’est brisé : j’ai compris exactement ce que me demandait mon professeur. J’ai compris la sensibilité de cette femme et je n’y ai plus pensé puisque j’étais elle. Alors j’ai imaginé la façon dont je me maquillerai (c’est amusant de changer en beauté son visage !), à la façon dont j’entrerai en scène, dont j’avancerai le pied, poserai ma main.
C’est quand je sais exactement tout ce que je vais faire que j’ai confiance en moi. Ainsi sur scène, plus rien ne me surprend. Je n’ai qu’à penser à ma sensibilité, aux sentiments que je dois exprimer qui, aidés de cette manière par cette assurance, s’amplifient et grandissent d’une façon merveilleuse.
Les sensations que tu éprouves sont alors inimaginables. Tu as deux toi : une Clarisse qui agit et une Clarisse qui se regarde agir et qui se dit : ‘C’est bien, continue.’ Et tu continues malgré toi, heureuse de continuer. Mais alors, quand c’est le contraire, c’est une torture épouvantable. Tu te dis : ‘C’est mauvais ! Que cette phrase est mal dite !’ Et par une psychose, cela agit sur tes nerfs et on devient de plus en plus mauvais. J’éprouve cela quand je travaille à la classe où j’analyse tout ce que je fais.
Lundi soir, tout était prêt, j’étais calme. Je savais. Mardi à 6 h 30, réveil. Mouvements respiratoires, maquillage, café fort pour se réveiller et puis le métro tout tranquillement, comme si j’allais aux Galeries Lafayette.
Quoique, en stations Alma et Miromesnil, je crois avoir eu quelques douleurs au ventre.
Notre classe passait en premier. J’étais la huitième ou neuvième après une comique. On arrive dans une salle qui sert de coulisses, dans laquelle se trouve un minuscule vestiaire. Tu y entres Clarisse Deudon et tu en sors Josabet. Alors tu commences à entendre les appréciations. Pour les garçons, c’est tout direct : ‘Oh ! Comme tu es belle, ma Clarisse !’
Pour les filles, les plus sincères d’entre les jalouses vous font des petits sourires, les autres vous regardent en biais, mais qu’est-ce que ça fait puisque je savais que j’étais très belle. Ce n’est d’ailleurs que depuis cette année que j’ai entendu parler de mon physique et que j’en ai pris connaissance.
Dans ce métier surtout, il faut savoir tirer parti de toutes ses qualités et de ses supériorités. En attendant notre tour, nous tournions comme des bêtes en cage dans la salle d’attente en répétant nos rôles. Pour un profane, le coup d’œil devait être curieux : une maison de fou. Le jury était impressionnant. Il y avait même Jean Cocteau !
À d’autres, cela fait un effet déplorable parce qu’il faut avouer que l’atmosphère est horrible. Il n’y a presque pas de projecteurs qui permettent de s’isoler derrière la lumière électrique et on voit tous ces gens qui vous épient, assis en carré au fond de la salle, comme M. Bertin qui ne vous quitte pas de la lorgnette (à ce qu’on m’a dit parce qu’il m’est impossible de regarder la salle et de jouer ma scène en même temps).
Moi, ce jury-là m’exalte et me tient. Il me force à tenir ma scène et à être bien. Mon tour venu, j’ai suivi mon partenaire, le fils de Paul Géraldy.
J’ai pris possession de moi et tout s’est bien passé. Le jury était très content : je pourrais faire une tragédienne possible. Forcément puisqu’il n’y en a plus ! On ressort Mme Segond-Weber qui m’a tant déçue.
Tout cela m’a vidée ! Je n’en ai pas dormi pendant trois nuits et je ne vais même pas pouvoir me reposer pour répéter la dernière scène d’Andromaque : les adieux. Je meurs de trac, mais j’ai une envie folle de grimper sur la scène pour leur montrer ce que je sais faire. Il faut que je fasse pleurer la salle. C’est public. Quel dommage que tu n’y sois pas ! »
Avant ce grand jour prévu le 11 juillet, Clarisse échoue aux deux examens préliminaires. Son professeur considère qu’elle n’arrivera jamais à rien et son père, qui lui avait accordé un an d’essai, lui conseille de reprendre ses études.
« J’arrête le théâtre pour faire une licence de lettres. Après tout, ce qui m’attirait dans le théâtre, ce sont les beaux textes, plus faciles à connaître dans ce contexte qu’en les lisant, confie Clarisse à son amie d’enfance. »
En attendant la rentrée universitaire, elle continue de suivre les cours et réussit ses examens. Son moral remonte en flèche et il n’est déjà plus question d’abandonner.
« À nous la joie et la vie maintenant ! écrit-elle, le 1er juillet, à Jacqueline. Quoi que l’on dise, même si on a du talent, qu’on reçoit un prix et qu’on est engagé au Français, il faut travailler comme une acharnée pour faire carrière.
C’est un métier où tout ton être entre en jeu, où tu offres au public ton maintien, ta distinction, tes rêves, ta compréhension de la beauté. Contrairement à ce qu’on pense, il faut avoir une valeur morale fortement cuirassée, il faut être pure, concentrée sur soi-même, s’enrichir de beauté toujours nouvelle, éviter toute dispersion.
Et je suis à bonne école car j’ai un maître qui est un saint et un génie. Et puis, si on a l’âme droite et que l'on croit à la vertu, on reste une fille bien dans n’importe quel domaine. »
Dans Paris, les alertes se suivent et se ressemblent. Clarisse se plaint d’être réveillée par d’odieux sifflements et chacun s’attend au bombardement de l’usine Citroën. Cependant, elle n’a d’inquiétude que pour son audition et répète à longueur de journée sa scène : la première de l’acte IV d’Andromaque.
Le grand jour approche. Les élèves de la classe sont invités à fournir leurs costumes. Sa mère lui prête une de ses robes du soir de chez Alix, une créatrice de mode.
« Je dois énormément à ma mère qui a passé toute la semaine dans les teintures, les ourlets, les arrangements d’une de ses robes en jersey, d’un mauve ravissant. Par-dessus, j’avais un grand manteau dans la même gamme de violet, dont Mme Delvair, la femme de M. Le Roy, nous avait prêté le modèle. Par miracle, j’avais des sandales d’argent grecques en cuir. Tout cela est réussi malgré bien des difficultés. »
Le jour du concours, Annie Gaillard interprète la coléreuse Hermione, Alice Sapritch montre son côté mélodramatique dans Bajazet et Maria Casarès joue avec passion la scène de rupture de Bérénice.
Clarisse Deudon, Maria Casarès et Zanie-Campan
« Certains élèves se démarquent nettement des autres lors de cet examen, écrit Maurice Rostand dans sa chronique culturelle : Clarisse Deudon a été une Andromaque voilée et pudique, pleine de réserve et d’harmonie. Elle nous a permis d’entendre les voix de Racine dans toute leur beauté. Sans chercher l’effet, sans cris et sans hoquets tragiques, elle a atteint la noblesse tragique. »
Une fois tous les concurrents passés, chacun attend avec anxiété le verdict du jury. M. Delvincourt, le président, monte sur scène :
« Premier prix de tragédie à l’unanimité pour Clarisse Deudon. »
