Cohabitante l'égale - Laurence Rosier - E-Book

Cohabitante l'égale E-Book

Laurence Rosier

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Beschreibung

À la fois funèbre et joyeux, ce récit se lit, se vit, comme à l’écoute de chansons dont le rythme berce nos souvenirs et nos possibles avenirs.

Ça a été une histoire d’amour. De rupture. Puis c’est devenu une affaire de maladie, de deuil, de testament et de notaire. Et d’écriture. Tenir un journal pour retenir la vie et la mémoire, tisser des textes pour raconter des bribes de bonheur et de colère. Dans ce journal de l’année d’après, les souvenirs se ramassent à la pelle ; ils convoquent les objets du quotidien, les sons d’une playlist d’hier et d’aujourd’hui, les fantômes, les blessures et les dessins d’un artiste défunt.


À PROPOS DE L'AUTEURE

Laurence Rosier est professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique à l’ULB. Commissaire d’expositions, elle est également autrice. Elle a reçu le prix 2019 de l’Enseignement et de l’Éducation permanente du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son ouvrage De l’insulte... aux femmes (180° éditions).

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Seitenzahl: 143

Veröffentlichungsjahr: 2023

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180˚ éditionsMangez local, lisez local !

www.180editions.comwww.instagram.com/180editions

Couverture : Matthias Crampagne (dessin), Sophie Weverbergh (photomontage) et Corentin Branden (graphisme) Suivi éditorial : Juliette Favre

ISBN : 978-2-940721-25-2

Tous droits strictement réservés. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie, microfilm ou support numérique ou digital, sans l’accord préalable et écrit de l’éditeur, est strictement interdite.

Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

L’erreur est humaine, le pardon est divin.

ALEXANDER POPE

TABLEDESMATIÈRES

Page de titre
Page de copyright
Exergue
Prologue
5 juin 2021
7 juin 2021
10 juin 2021
11 juin 2021
12 juin 2021
15 juin 2021
4 juillet 2021
5 juillet 2021
12 juillet 2021
17 juillet 2021
19 juillet 2021
22 juillet 2021
8 août 2020 - Retour en arrière
15 septembre 2020 - Retour en arrière
30 juillet 2021
8 août 2021
10 août 2021
17 août 2021
18 août 2021
19 août 2021
20 août 2021
1er septembre 2021
4 septembre 2021
4 septembre 2021, bis
6 septembre 2021
9 septembre 2021
10 septembre 2021
13 septembre 2021
15 septembre 2021
22 septembre 2021
25 septembre 2021
4 octobre 2021
5 octobre 2021
8 octobre 2021
11 octobre 2021
13 octobre 2021
14 octobre 2021
26 octobre 2021
28 octobre 2021
30 octobre 2021
1er novembre 2021
2 novembre 2021
4 novembre 2021
8 novembre 2021
11 novembre 2021
13 novembre 2021
16 novembre 2021
23 novembre 2021
28 novembre 2021
4 décembre 2021
6 décembre 2021
6 décembre 2021, bis
24 décembre 2021
25 décembre 2021
1er janvier 2022
4 janvier 2022
6 janvier 2022
10 janvier 2022
13 janvier 2022
13 janvier 2022, bis
14 janvier 2022
15 janvier 2022
19 janvier 2022
31 janvier 2022
4 février 2022
8 février 2022
18 février 2022
20 février 2022
28 février 2022
3 mars 2022
14-15 mars 2022
17 mars 2022
20 mars 2022
22 mars 2022
4 avril 2022
10 avril 2022
20 avril 2022
30 avril 2022
4 mai 2022
4 mai 2022, bis
29 mai 2022
3 juin 2022
4 juin 2022 - 4 juin 2021
Épilogue

Comment vivre le deuil en étant une ex-amoureuse et une veuve en même temps ? Comment affronter l’après et le cortège de dérives administratives causées par un testament rédigé in extremis par celui qui partageait votre vie mais qui, lorsqu’il meurt, vous prive de tous vos droits ? Comment réconcilier l’amour et la rupture ? Comment vivre la mort d’une personne qui vous lègue sa colère, et préserver pour soi la paix et les souvenirs heureux ?

Ce texte est un cheminement d’écriture parallèle à un cheminement émotif et intellectuel, inspiré de la littérature de deuil, vaste corpus où se mêlent le Journal de deuil de Roland Barthes, les brèves rimes tristes de Mallarmé et les essais mortuaires de Philippe Forest. Une prose poétique pour relier les vivant·es et les mort·es.

Il y a une île, au Japon, où ton cœur bat encore.

Lors de l’exposition Le terril Grand-Hornu de Christian Boltanski, une installation permettait d’enregistrer nos rythmes cardiaques.

Achille, mon fils cadet, et toi, vous les aviez archivés.

Tous les cœurs du monde battent à Teshima,

le lieu de recueil et d’hommage à l’artiste.

Il y a une île où vos cœurs battent,

chœur de cœurs,

ensemble,

pour toujours.

Prologue

La veille de ta mort, tu as dit que tu souffrais comme si un poignard te déchirait le ventre.

Une semaine après, je recevais par mail ton testament holographe,

comment comparer les douleurs incomparables,

mon cœur était déjà brisé depuis longtemps de toute façon, mais il tenait encore debout,

alors ce jour-là il a juste fait « plop », ou bien « spffff » comme une baudruche qui perd le souffle,

ton dernier coup,

coup de maître,

coup de boule,

coup bas,

coup de pute,

coup de grâce.

Tu souffrais, et toi, pour qui l’écriture était un supplice,

deux jours avant de mourir, tu as passé deux heures de martyre à rédiger dix-neuf lignes assassines,

sous l’œil attentif d’un notaire-corbeau appelé en urgence,

temps perdu,

temps de la rancune,

temps de merde,

retour au pays natal,

nous n’avons jamais existé.

Plus de couple,

plus d’histoire,

« Maman, ma sœur et moi »,

le reste n’a jamais existé,

douze ans de vie à la poubelle de l’histoire,

comme un fœtus avorté,

ils ne t’ont pas laissé grandir,

et je vais payer.

Ou pas.

Tu as écrit « cohabitante l’égale »,

cohabitante l’égale comme un lapsus révélateur,

alors même, si tu me prives de tous mes droits,

je prends l’orthographe cette fois,

comme une revanche,

ton égale…

Pourtant, ça avait commencé par un coup de cœur,

un coup de foudre,

tes premiers coups étaient doux et consentis,

tu n’avais même pas frappé à la porte et je t’avais trouvé si rude, si rustre,

j’étais tellement conne à ce temps-là,

séduite par la brutalité, la virilité,

il en faudra du temps pour que j’arrive à sortir de ce modèle,

tu as été malgré toi la raison de ma désaliénation,

ton ami a dit : « Vous êtes passés de l’expo Décrottoirs à l’expo Salope1 »,

quel parcours symbolique,

mais oui, en effet, du léchage de bottes à la libération,

je suis une salope.

Retour en arrière,

janvier 2015,

les attentats de Charlie,

on n’est pas bien,

ni toi,

ni moi.

Faut dire que le premier janvier j’ai encore trouvé dans ton téléphone des messages,

de vice, de cul,

des « mon bonobo adoré »,

des « j’ai envie de votre cul »,

alors qu’on vient de baiser,

mais oui, j’oublie toujours, c’est pour t’exciter,

toujours passer par l’autre pour venir à moi.

Janvier 2015, c’est pire,

tu écris à une fille que tu l’aimes encore,

une fille qui pour te quitter a mis des îles entre vous, Tahiti,

et je le vois ce message,

et j’en crève,

là un morceau de mon cœur coule dans le caniveau et,

retournement magnifique,

c’est moi la coupable,

j’ai vu, j’ai entendu, j’ai dit,

fermer ma gueule, j’aurais dû, paraît-il,

mais finalement non,

mon cri, ce sera l’expo Salope,

coup de canif entre nous,

tu avais déjà mal au ventre ?

Alors oui, ce premier accroc coûte combien ?

Parce qu’après ce sera le décompte continuel,

l’addition,

salée.

Tu es mort le 4 juin, le matin,

la première piqûre avant celle du cœur,

tu as lâché prise.

On t’a veillé toute la nuit,

je t’ai demandé pardon,

je pensais à la chèvre de Monsieur Seguin :

abandonne la partie,

meurs !

Ton cœur et ton souffle rauque,

ta poitrine soulevée.

Comment me suis-je retenue de te toucher une dernière fois ?

De glisser ma main sur ton sexe éteint ?

Parce que de toute façon ça faisait tellement de temps qu’on ne se touchait plus,

j’aurais été indécente,

je le regrette,

je t’ai quand même embrassé,

comme j’ai parlé à tes cendres

5 juin 2021

Salut l’artiste, adieu l’ami,

au revoir l’amant, le beau-père, le frère, le colocataire, l’ex…

À peine rentrée dans la maison,

le manque est creusé,

ton imper au début de l’escalier,

tes bottes pour aller arpenter ce jardin que tu choyais et où tu étais nostalgique de tes ami·es urbain·es qui ne venaient point souvent,

adieu mon cuisinier qui depuis un petit temps renonçait, la mort dans l’âme, aux dégustations,

ton estomac étant devenu trop petit,

au revoir tes pouces verts2, ton intelligence artistique, ta rudesse verbale, ta fragilité dissimulée, ton courage dantesque, tes rancunes et tes nostalgies énervantes,

au revoir à toutes nos fêtes, poils et plumes, luttes des classes, réveillon indien ou russe, velours et dentelles et Bella ciao, la dernière, notre dernier réveillon à l’italienne.

Mais il y eut les pissenlits, notre dernière fête thématique, tous et toutes en jaune et vert…

Nous t’avons accompagné jusqu’au bout avec ta chère sœur.

Je partage quelques photos avant d’autres sur les réseaux sociaux,

égrener des souvenirs pour accompagner nos morts…

Christophe, tu vas terriblement nous manquer,

mais je te jure que ton enterrement commencera par « bordel putain chiotte de merde »,

ton entrée matinale pour construire le monde,

ta colère comme une rosée du matin,

love, man,

repose en paix. Ou pas, c’est toi qui choisis

P.-S. : Achille et César, mes fils, pleurent dans le salon, chut « ça va d’aller ».

7 juin 2021

Cette année, comme chaque année depuis cinq ans,

j’ai donné mon cours sur la littérature de deuil.

L’exercice ne fut pas difficile, car j’ai toujours pensé que Christophe était immortel.

Aujourd’hui, les étudiant·es me livrent leurs chroniques littéraires demandées pour l’examen,

et ensemble ou séparément m’offrent leurs mots-baumes.

Ce matin, une lettre collective signée de leurs prénoms contenait ces vers d’Aragon :

Quand il n’y aura plus assez de métaphores dans une tête folle pour t’en faire un presse-papiers

Quand tu seras lassée à mourir du culte monstrueux que je te voue

Que je n’aurai plus ni voix ni ventre ni visage et les pieds et les mains sans place pour les clous

Quand les verbes humains auront tous dans mes doigts brisé leur verre

Et que ma langue et mon encre seront sèches comme une station expérimentale pour les fusées interplanétaires

Et les mers n’auront plus laissé derrière elles que la blancheur aveuglante du sel

Si bien que le soleil ait soif et la lumière sur ce parquet de trémies oscille

Le schiste éteint le firmament amorphe et l’être à jamais épuisé de métamorphoses

J’inventerai pour toi la rose.

(LOUIS ARAGON, Elsa, Gallimard, 1959.)

Merci à eux, à elles

10 juin 2021

Playlist de deuil,

non ce ne sont pas les chansons et musiques de la cérémonie,

là on met ce que le ou la morte aurait souhaité entendre, se dit-on,

playlist de deuil,

c’est pour ceux et celles qui restent,

qui se promènent en pensant à lui, à elle, bon ici c’est à lui,

on aimait la chanson française, mais pas la même,

quoique, moi j’écoute de tout,

lui ses souvenirs de radio et de Maman,

Lama, puis Fugain, Sanson, Aubert,

moi tout ce qui sort in french,

ensemble, concert de M, de Murat,

french lover.

Notre chanson du début amoureux ? Pas french,

Everything but the girl,

nos potes doivent se souvenir qu’au début de nos amours on débarquait et on mettait ce tube pour se dandiner, se trémousser partout… et déjà le manque,

and I miss you,

(et tu me manques),

like the deserts miss the rain,

(comme la pluie manque au désert),

and I miss you,

(et tu me manques),

like the deserts miss the rain,

(comme la pluie manque au désert),

après on dansait sur tout,

mes playlists de DJ LO raillées mais efficaces finalement,

tout le monde finissait par danser chez nous,

même sur Arielle Dombasle,

non playlist de deuil c’est ce qu’on a envie d’écouter,

et la disponibilité des paroles d’une chanson à faire l’écho de son histoire,

même pas triste,

quoique,

aucun express… chantait Bashung.

Aucun landau ne me laissera bouche bée

Aucun Walhalla ne vaut le détour

Aucun astronef ne s’y attarde

Aucun navire n’y va

Sinon toi.

(ALAIN BASHUNG, Aucun express, 1998.)

Un ami a dit : « Ça, c’est vous. »

J’écoute aussi La ballade du mois de juin de Chiara et Benjamin,

juin le mois de ta mort.

Le mois de juin

Si j’avais su

Si j’avais pu

Éviter ça

N’en jette plus

Ne sois pas déçu

Je n’ai rien vu de cela.

(BENJAMIN BIOLAY, CHIARA MASTROIANNI,La ballade du mois de juin, 2009.)

Et Clara Luciani dont tu aimais la voix rauque.

Je ne peux pas oublier ton cul et le grain de beauté perdu

Sur ton pouce et la peau de ton dos

Le reste, je te le laisse mais je retiens en laisse

Le souvenir ému de ton corps nu.

(CLARA LUCIANI, Le Reste, 2021.)

Le rap, c’était pas ton truc, surtout leurs voix aux rappeurs,

et pourtant quand j’écoute Nekfeu,

est-ce que tu rêves d’avoir des rêves,

je me dis que tu étais de leur monde désenchanté.

« Tu verras quand tu seras grand, tu vas apprendre », disent-ils

Expliquez-moi pourquoi l’adolescence, ça rend si triste ?

Quand le cadran s’dissipe, faut qu’on avance si vite

Des combats insipides, malchance cyclique

Toi qui rêvais de grands espaces et n’as eu que des fenêtres

Aimerais-tu renaître et déserter ces rangs d’esclave ?

(NEKFEU, Rêve d’avoir des rêves, 2015.)

Musique, maestro

11 juin 2021

En-terrement,

mon discours,

comme d’habitude les mots ont coulé…

Dans son ouvrage Vivre avec nos morts, la rabine Delphine Horvilleur raconte que dans certaines légendes issues de la culture juive, on essaie de contourner la mort qui vient frapper à la porte, en donnant un autre prénom à la personne malade :

« Toc toc toc, c’est bien Moshé qui habite ici ? »

« Non, c’est Salomon. »

Et la mort de repartir.

Tu as donné quel nom, toi, quand tu l’as vue arriver ?

Tophe ? Chris ? Christophe ? Chri ? Cricri ? Totophe ?

Tris, dit Matthias, notre petit voisin,

aujourd’hui ton nom éludé, Chris, sonne en boucle,

rime triste,

et je me souviens que si j’avais été un garçon, Maman voulait m’appeler Christophe.

Tu aimais réduire à l’unique syllabe le nom des ami·es,

on aurait dit des notes de musique,

Lo, So, Do, Nath, Fa, H, Cés, Co, Phil…

En verve et en verge,

tu lançais aussi : « Eh Tiche », « Eh fieu », « Eh men », « Eh gonzesse ».

Tophe le magnifique,

Chris le prince jardinier,

Christophe le Cyrano du Bic,

Tophe de Bruxelles,

Chris de Nice, notre premier lumineux voyage, où j’ai paradé avec toi,

Christophe retour à Harchies,

Tophe qui ne rêvait que de rires tonitruants et de potacheries,

Chris qui, tous les matins au réveil, essuyait une larme pour sa mère,

Tophe le bienheureux, comme Alexandre,

Chris le nostalgique,

Tophe l’éternel ado,

Chris qui avait mille ans,

Tophe des villes et des décrottoirs,

Chris des champs et des papillons et des derniers oiseaux couchés sur le papier,

Tophe au large manteau, au grand chapeau,

Chris l’homme nu jusqu’à son dernier souffle,

Tophe l’homme qui aimait les femmes,

Chris le frère unique d’une sœur unique,

Tophe le râleur,

Chris… heu, le râleur aussi,

Tophe qui voulait toujours me quitter,

Chris qui est mort sa main dans la mienne,

Tophe qui, il y a peu, achetait un rameur et tentait encore de faire des pompes,

Chris qui lisait en cachette À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, dont les dernières lignes disent à peu près : « Mes muscles ont fondu, j’ai retrouvé mes jambes et mes bras d’enfant. »

C’était lui, Christophe,

un homme d’un autre temps,

celui des copains et des copines d’abord,

des feux de camp,

des maisons bleues,

du big bazar et des sacs à dos,

qui voulait apprendre aux enfants le cerf-volant, les échecs,

à planter des clous et des choux,

à manger des pissenlits et de la soupe d’ortie,

un type qui disait « ma frangine », qui parlait en francs belges et achetait des CD.

Quand l’orage a éclaté vendredi,

on s’est tous dit que tu venais d’arriver au paradis,

et que c’était pas possible,

non, fallait arranger tout ça,

un vrai bordel avec ses trucs machins brols,

on t’imaginait gesticulant et jurant,

alors on te laisse, Chris,

t’as plein de choses à faire et des personnes chères à aller serrer dans tes larges bras,

je te fais juste un peu râler une dernière fois,

en terminant par quelques vers de Biolay,

tu l’aimais pas trop et pourtant tu venais d’acheter son dernier disque,

c’était qui, Chris ou Tophe ?

J’veux pas qu’on pleure

Mais je veux qu’on soit nombreux

J’veux pas qu’on s’leurre

On m’oubliera peu à peu

J’veux pas qu’on s’pleure dessus

Ni qu’on, qu’on s’crache dessus

Ni qu’on fasse le concours de celui qu’a la plus

Oui, celui qu’a la plus…

(BENJAMIN BIOLAY, Grand Prix, 2020.)

Ciao, Bello

12 juin 2021

Chris était un artiste,

qui se voulait plutôt artisan,

je l’ai souvent décrit comme un homme qui faisait de la broderie au Bic.

Quand je l’ai rencontré, il dessinait des grands singes au brou de noix,

il les avait présentés à un concours animalier,

… refusés.

Alors on avait décidé que j’irais au salon du refusé voir ce qui était exposé,

pour créer du neuf dans l’animalier.

« Lo, alors, il y a des dessins ? »

« Oui. »

« Avec quoi ? »

« Du crayon. »

« C’est tout ? »

« Oui. »

« Pas de Bic ? Parce que tu sais, je vais dessiner au Bic je pense. »

« Non, rien au Bic. »

« Et quoi d’autre ? »

« Ben, c’est des animaux seuls, souvent des portraits. »

« O.K., je vais faire des groupes au Bic. »

Alors j’ai appris du vocabulaire avec lui,