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Découvrez le témoignage bouleversant de Jacques, un petit garçon de six ans plongé au coeur de la seconde guerre mondiale. D'abord insouciant du danger, il fut touché de plein fouet par le chaos du débarquement, dont il sortit miraculeusement indemne, échappant par trois fois à la mort grâce au courage et à la présence d'esprit de sa maman.
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Seitenzahl: 37
Veröffentlichungsjahr: 2022
À Suzanne
Ma petite maman chérie, qui traversa ces années terribles avec courage et dignité. Honneur à elle, aujourd’hui disparue, qui, si elle ne fut pas soldat, sera pour moi, et à tout jamais, une héroïne de l’ombre.
Un grand merci à Sylvie et Claude, qui furent les premiers à lire le manuscrit original et qui, par leurs commentaires, m'encouragèrent à mener ce projet à son terme.
Introduction
L’occupation
La délation
Coticotte
La fuite en avant
La dernière étape
La vie d’après
Le petit Jacques chez les Ricains
Le donjon
La bombarde
Épilogue
Le début de cette période, inexistant ou un peu flou dans mon esprit, Suzanne me l’a raconté beaucoup plus tard avec la précision qui sied à l’ouvrière d’imprimerie qu’elle avait été durant les années qui précédèrent l’entrée de la France dans cette effroyable guerre.
Ils étaient heureux. Papa peignait les premières automobiles et vernissait les carrioles qui peuplaient les routes dans les années trente. Marcel était un artiste du pinceau. Son art, ce n’étaient pas les tableaux mais les numéros exécutés à main levée sur les plaques de police et aussi les « filets », ces traits rectilignes qui suivaient la courbure du support. Son coup de pinceau était sûr, net et précis. Parfois, il n’était pas satisfait du résultat. Alors il effaçait son œuvre d’un coup de chiffon imprégné de diluant et recommençait jusqu’à ce que le résultat le satisfasse.
Cette période, que je n’ai pas connue, fut sans doute la plus heureuse de leur vie. Je suis né au milieu de ce bonheur, Darling à mes côtés. Elle ne me quittait jamais depuis qu’elle avait traversé la mer de Jersey à Carteret sur le bateau qui faisait la liaison entre le continent et les îles anglonormandes. Maria, ma grand-mère, me l’avait ramenée de l’île anglaise, où elle avait travaillé. Elle était heureuse de m’avoir offert ce cadeau qui fit mon bonheur de petit garçon.
Darling et Jacques : les jours heureux.
Du haut de mes six ans, je regardais le va-et-vient des motos et des camions chargés de soldats allemands avec bien peu d’intérêt. J’étais heureux auprès de ma maman et de grand-mère, que j’appelais affectueusement Mémère. Et puis j’avais Darling, que je serrais dans mes bras quand j’avais un peu peur. Les bombes commençaient à tomber en ce mois de mai 44. Ceux que Suzanne appelait les alliés bombardaient la gare distante d’un kilomètre à vol d’oiseau de notre maison. Ils entreprenaient un travail de sape, coupant les communications. Ils préparaient minutieusement ce qui, un mois plus tard, allait devenir le jour le plus long.
Avec Paulette, ma petite voisine, nous jouions, insouciants du danger. Notre maison bordait le jardin public de ce village du centre manche : la Haye-du-Puits comptait environ 1 500 habitants. Le bourg grouillait le mercredi, jour de marché. De tout le canton arrivaient marchands et camelots. Et puis il y avait au milieu de la grand place le tout à cent francs. Elle était jolie la petite vendeuse du bazar. Je m’y attardais souvent, faisant semblant d’être intéressé. Il y avait aussi le champ de foire, au pied du donjon. Le marché aux bestiaux s’étalait, bruyant et coloré. Le marchandage allait bon train et les liasses de billets changeaient de poche au gré des accords.
Le donjon, dont nous reparlerons plus tard, était l’un des derniers vestiges du château érigé sur une butte féodale du XIe siècle par le baron Turstin Haldup, seigneur de la Haye-du-Puits. Il avait résisté à tant de guerres au cours des siècles passés, et il résisterait encore aux assauts des alliés qui allaient bientôt déferler, venant de Sainte-Mère-Église, à une vingtaine de kilomètres de là.
Ma petite maman essayait tant bien que mal de nous donner, à Mémère et à moi, un semblant de vie normale, malgré la peur qui nous envahissait tous les trois à chaque raid des alliés. Papa, que je n’avais pas eu le temps de connaître, fut fait prisonnier en 1939 et envoyé en Allemagne. Nous n’avions aucune nouvelle de lui. Y avait-il des voitures à peindre là-bas, des carrioles à vernir ?
