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"Dans mes bons jours, j'enfilais mes vêtements féminins et ma poitrine. Je mettais même parfois un peu de couleur sur mon visage et ça me faisait un bien fou. J'avais le sentiment de m'écouter enfin et de prendre soin de moi. Dans les mauvais jours, je me disais à quoi bon, je laissais la nature reprendre le dessus et me couvrir de poils. Une oscillation permanente entre l'espoir de devenir ce que j'étais à l'intérieur et un découragement profond face aux lois de la nature." Ana a mis fin à ses jours à l'âge de 23 ans. Quelques écrits sur son PC m'ont décidée à écrire un témoignage de sa vie.
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Seitenzahl: 21
Veröffentlichungsjahr: 2020
Aux frères, aux amis, un peu à moi-même
J’ai commencé mon histoire un mercredi, le 5 février 2020, à Pau dans mon appart au 7ème
Chapitre
Chapitre
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Il était une fois,
Ouep, il était une fois, rien n’est sûr sur cette planette, un mec naquit.
Ouep, ça c’est sûr, il naquit, dans une ville du Sud de la France, je ne pourrais pas vous la décrire. Par contre ce que je pourrais vous décrire, c’est l’endroit où il passa les premières années de sa vie.
Imaginons une rue de Marseille, une de celles où les immeubles sont tellement serrés que l’on aperçoit à peine le soleil. Une rue qui sent la pisse, le safran vendu par l’épicier du coin, et le latex d’un magasin de ballons de baudruche voisin.
On s’arrête devant une porte, on la passe et on s’engage dans une cage d’escalier vétuste. On arrive alors devant l’entrée d’un appartement. Si on regarde en-dessous de cette entrée, dans le petit espace créé par l’écart entre la porte et le sol, on peut voir des yeux d’enfant. Si on stoppe son ascension et que l’on tend l’oreille, je suis sûre qu’on pourrait même entendre une petite main essayer d’atteindre la poignée.
Mais du bruit derrière coupe court à toute tentative d’approfondissement. Une dame maigre, au visage creusé et à l’âge indéfinissable, monte l’escalier à pas lents, les marches serrées et inégales ralentissant sa marche. Elle a dans sa main une poche en plastique de chez l’épicier de laquelle dépasse une bouteille de cola.
Ce qui n’a sûrement pas échappé aux petits yeux sous la porte.
Un autre jour, même bâtiment, même porte avec du jour en-dessous.
Bruit de sèche-cheveux et d’une télévision cathodique grésillant ses fatalités. Une boite tombe dans le salon où la lumière filtre à travers les rideaux crasseux, et des punaises roulent sur le sol, comme des billes. Le sèche-cheveux souffle, l’enfant regarde les ronds colorés sauter hors de la boite qui vient de lui échapper des mains. C’est amusant toutes ces couleurs, mais il faut vite les ramasser avant que la mère ne remarque la bêtise.
Une douleur dans le pied. Vilaines couleurs, qui eut cru que ces petites choses soient si agressives. L’une d’elle s’agrippe fermement dans le pied de l’enfant. Pas le choix, il faut aller la voir.
