0,49 €
Les "Discours choisis" de Cicéron, figure éminente de la rhétorique et de la philosophie romaine, constituent une anthologie représentative de ses talents oratoires et de ses réflexions politiques au sein de la République romaine. Écrits dans un style éloquant et raffiné, ces discours, tout en respectant les conventions de la rhétorique antique, dévoilent une profondeur intellectuelle. Contextuellement, ils reflètent la tumultueuse période de la Rome républicaine, marquée par des conflits internes et des luttes de pouvoir, mettant ainsi en lumière le rôle essentiel du discours dans la vie civique et politique de l'époque. Cicéron, né en 106 av. J.-C., était non seulement un homme d'État, mais aussi un philosophe influencé par sa formation en Grèce et son intérêt pour la loi et la justice. Son expérience en tant qu'avocat et consul l'a conduit à expérimenter l'art du discours en défense et en attaque, sentiments qui imprègnent ses écrits. Les "Discours choisis" témoignent de son engagement en faveur de la république et de sa lutte contre la corruption et la tyrannie pesant sur Rome. Je recommande vivement les "Discours choisis" à tout lecteur s'intéressant à la rhétorique, à l'histoire romaine ou à la philosophie politique. Non seulement ils offrent un aperçu des enjeux de son temps, mais ils sont aussi une source d'inspiration pour ceux qui aspirent à manier la parole avec puissance et intégrité. L'esprit critique et l'excellence stylistique de Cicéron font de ce recueil une lecture incontournable. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Veröffentlichungsjahr: 2022
Cette collection intitulée Discours choisis réunit un ensemble resserré d’orations majeures de Marcus Tullius Cicéron, offrant un panorama lisible de son art de persuader et de son engagement au service de la cité. Elle rassemble les quatre Catilinaires, prononcées au cœur d’une crise politique à Rome, et deux pièces des Verrines, centrées sur les spoliations d’œuvres et les peines illégales. L’objectif n’est pas l’exhaustivité, mais la mise en regard de moments décisifs où l’éloquence judiciaire et politique infléchit le cours des affaires publiques. Le lecteur y découvrira des discours complets, conçus pour être entendus, puis soigneusement mis par écrit par l’orateur lui-même.
Cicéron, né en 106 av. J.-C. et mort en 43 av. J.-C., fut à la fois avocat, homme d’État et théoricien de la rhétorique. Les œuvres retenues appartiennent à deux jalons précis de sa carrière: la poursuite du gouverneur Verres en 70 av. J.-C., et le consulat de 63 av. J.-C., lorsque l’affaire Catilina agite Rome. L’ensemble permet de saisir comment un même auteur adapte son talent à des circonstances distinctes, du prétoire aux assemblées politiques, tout en conservant l’exigence d’une prose travaillée et d’un argumentaire mesuré, attentif aux lois, aux traditions civiques et à l’opinion publique romaine.
Les textes ici rassemblés appartiennent aux genres délibératif et judiciaire, grandes catégories de l’éloquence antique. Les Catilinaires sont des discours politiques adressés au Sénat et au peuple romain, destinés à alerter, convaincre et rallier. Les Verrines relèvent de la plaidoirie pénale, avec un dossier structuré pour démontrer des abus d’autorité et des crimes commis en province. Dans tous les cas, l’orateur mobilise narration, preuves, réfutation et appel aux valeurs communes. Cette diversité de situations met en évidence la plasticité d’une parole publique capable, selon les lieux et les auditoires, de délibérer, d’accuser ou d’exhorter.
Le cycle des Verrines concerne le procès de C. Verres, ancien gouverneur de Sicile, poursuivi pour extorsions, spoliations et violations de droits. Les deux discours retenus, Sur les statues et Sur les supplices, mettent l’accent, d’une part, sur le pillage d’objets d’art et, d’autre part, sur des peines contraires aux normes romaines et aux obligations envers les alliés. On y observe une rhétorique de preuve nourrie de faits, témoignages et références juridiques, mais aussi un plaidoyer pour une administration provinciale respectueuse des lois. L’enjeu dépasse l’homme poursuivi: il engage l’intégrité des institutions et l’image de Rome auprès de ses sujets.
Les quatre Catilinaires appartiennent au moment où Cicéron, consul en 63 av. J.-C., dénonce la menace que représente L. Sergius Catilina. Le Premier discours, au Sénat, construit l’alerte et définit le danger imminent. Le Deuxième et le Troisième, adressés au peuple romain, élargissent l’argumentation, exposent les éléments connus et cherchent l’adhésion de la cité. Le Quatrième, de nouveau devant le Sénat, accompagne la décision des autorités. Chaque prise de parole répond à un auditoire précis et à un instant de la crise, illustrant la stratégie d’un dirigeant qui fait de l’éloquence un instrument d’action publique.
Ces discours sont unifiés par une même préoccupation de la res publica. Ils interrogent la justice, le rapport entre liberté et sécurité, la responsabilité des magistrats, la probité dans la gestion des provinces, la protection des alliés et la dignité de la cité. L’argumentation repose sur des principes lisibles: respect des lois, primat des institutions, mémoire des ancêtres et utilité commune. La parole y sert moins à orner qu’à ordonner le débat, à prioriser les faits et à fixer des repères partagés. Ainsi se dessine une éthique civique où la persuasion apparaît comme une responsabilité autant que comme un art.
Sur le plan stylistique, l’architecture périodique, l’ordonnance nette des parties et la clarté des transitions témoignent d’un travail formel rigoureux. L’antithèse, l’ironie mesurée, l’invective maîtrisée et les questions oratoires servent une progression logique qui ne sacrifie jamais la précision du dossier. Les cadences, la variété des rythmes et le soin apporté aux clausules montrent une prose conçue pour la voix et la mémorisation. L’élégance n’y est pas un décor, mais un vecteur d’intelligibilité: elle guide l’écoute, hiérarchise les arguments et donne à l’émotion sa juste place sans rompre l’économie de la preuve.
L’efficacité de ces textes tient aussi à la construction d’un ethos, c’est-à-dire la figure publique de l’orateur. Avocat, Cicéron se présente en défenseur des lois et des alliés; consul, en gardien vigilant des institutions. Cette image n’est pas accessoire: elle rend plausible la thèse défendue et crédible la gravité du moment. Les discours articulent sources, témoignages et précédents, mais aussi mise en scène du danger et rappel des devoirs. L’appel à la mémoire civique et aux exemples connus du public ancre l’argumentation dans une culture partagée, faisant de l’auditeur un partenaire du raisonnement.
Ces pièces ont une valeur historique de premier ordre. Elles éclairent le fonctionnement du Sénat, des assemblées populaires et des tribunaux, la composition des jurys, l’autorité des magistrats et les mécanismes du gouvernement provincial. Elles donnent accès aux tensions de la fin de la République romaine et aux outils intellectuels mobilisés pour y répondre. Leur importance durable tient aussi à leur rôle de modèles: elles ont façonné la prose latine, inspiré la pédagogie rhétorique et nourri la réflexion politique, tant dans l’Antiquité que lors des renaissances humanistes où l’étude de Cicéron a occupé une place centrale.
La réception critique n’a cessé de reconnaître en Cicéron un représentant majeur de l’éloquence classique, fréquemment cité par la tradition rhétorique, notamment par Quintilien. Sans prétendre retracer ici l’histoire complète de la transmission, on rappellera que ces discours ont circulé dès l’Antiquité et ont été copiés, commentés et enseignés. Le présent choix, en juxtaposant affaires judiciaires et interventions politiques, restitue le dossier d’une parole publique mise à l’épreuve du réel. Il favorise une lecture comparée où l’on mesure la continuité des principes et la souplesse des procédés selon la scène, l’auditoire et l’urgence.
Lire ces discours suppose d’entendre à la fois l’œuvre littéraire et l’acte performatif. Le cadre institutionnel détermine les contraintes: au tribunal, primat de la preuve et de la procédure; devant le peuple ou le Sénat, exigence d’orientation et de décision. La démonstration s’y construit par étapes, du récit des faits à la conclusion, avec une attention constante au moment politique. Une approche informée du contexte renforce la compréhension des allusions et des références. Mais rien n’empêche une lecture sans érudition préalable: la précision lexicale et la fermeté du plan guident un lecteur contemporain attentif.
En rassemblant ces Discours choisis, on propose un accès direct à une parole où se reconnaissent des questions qui traversent le temps: que doivent les magistrats à la loi? Comment une cité protège-t-elle ses biens, ses alliés et son ordre sans renier ses principes? La force de Cicéron est de donner à ces enjeux une forme claire, persuasive et mémorable. Cet ensemble veut offrir, dans un volume mesuré, des repères pour comprendre une époque et une manière de gouverner par la parole. Il invite à lire ces textes comme des actes, où la littérature et la cité se répondent.
Marcus Tullius Cicero (106–43 av. J.-C.) fut l’orateur, l’homme d’État et l’écrivain romain le plus marquant de la fin de la République. Sa carrière, partagée entre tribunaux, Sénat et forum, fit de sa prose un modèle de clarté, d’argumentation et de civisme. La collection présentée éclaire deux moments décisifs: la lutte contre la conjuration de Catilina et la poursuite de Verrès, gouverneur prévaricateur. Les Discours contre Catilina, prononcés au Sénat et devant le peuple, et les Discours contre Verrès sur les statues et sur les supplices, donnent la mesure de son art: défendre les lois, la dignitas des citoyens et l’intégrité des institutions.
Formé d’abord à Rome au droit et à l’éloquence, Cicéron s’initia très tôt à la philosophie grecque. Il fréquenta des maîtres de l’Académie et des stoïciens, et, après ses premiers succès judiciaires, perfectionna sa rhétorique à Athènes et à Rhodes, auprès notamment de Molon. Cette double culture, juridique et philosophique, nourrit son idéal d’une res publica régie par la raison, la loi et la persuasion plutôt que par la force. Son style, soucieux de mesure et de convenance, vise l’efficacité civique: instruire le public, émouvoir sans démagogie et conduire les sénateurs comme le peuple vers une décision conforme au droit.
Initié à l’administration provinciale comme questeur en Sicile, Cicéron acquit une expérience directe des abus du pouvoir. En 70 av. J.-C., il intente contre Caius Verrès un procès exemplaire. Dans le Discours contre Verrès sur les statues, il dénonce les spoliations d’œuvres d’art commises au détriment des cités siciliennes; dans le Discours contre Verrès sur les supplices, il expose des châtiments illégaux infligés, jusqu’à la crucifixion d’un citoyen romain. L’effet cumulé d’enquête, de preuves et d’indignation réglée força l’accusé à renoncer à sa défense. Ces plaidoyers établirent la réputation nationale de Cicéron et un canon durable de l’éloquence judiciaire.
Élu consul en 63 av. J.-C., il affronte la conjuration de Catilina. Le Premier Discours contre Catilina, prononcé au Sénat, somme le conspirateur de quitter Rome; le Deuxième et le Troisième Discours, adressés aux Romains, justifient les mesures de sûreté et célèbrent l’arrestation des complices; le Quatrième Discours, de nouveau au Sénat, plaide sur la peine à infliger. Le vote aboutit à l’exécution immédiate des principaux conjurés. Cette séquence, où l’alerte publique s’unit à une stratégie juridique, affermit l’autorité consulaire de Cicéron, tout en suscitant, sur la légalité des supplices, une controverse politique appelée à peser sur sa destinée.
Après son consulat, les conflits de factions s’exacerbent. Une loi portée par Clodius provoque en 58 av. J.-C. son exil pour l’exécution de citoyens sans procès; le rappel intervient l’année suivante, accueilli par des démonstrations populaires. Cicéron reprend sa place au Sénat et aux tribunaux, défendant un équilibre des ordres et la primauté du droit. Son activité d’écrivain s’intensifie: il ordonne sa réflexion sur l’argumentation, l’éthique civique et les devoirs de l’homme d’État, afin d’armer la parole publique contre la violence. Sans renoncer à l’action, il entend affermir, par l’enseignement et l’exemple, la culture de la légalité républicaine.
Au déclenchement de la guerre civile entre César et Pompée, Cicéron, attaché à la légalité sénatoriale, se range au camp pompéien, puis bénéficie de la clémence de César après Pharsale. L’assassinat de César en 44 av. J.-C. rouvre la crise. Cicéron s’emploie par une série de discours à contenir l’ascendant d’Antoine et à soutenir le jeune Octavien, dans l’espoir d’un rééquilibrage institutionnel. La formation du second triumvirat inverse le rapport de forces: inscrit sur les listes de proscription en 43 av. J.-C., il est exécuté. Sa fin tragique scelle l’échec politique d’une génération et la fragilisation ultime de la République.
L’héritage de Cicéron tient autant à son style qu’à sa conception du civisme. Par la composition, la précision juridique et la maîtrise de l’émotion, ses Discours demeurent une école d’éloquence et de responsabilité publique. Les Catilinaires et les Verrines de cette collection offrent un observatoire incomparable de la Rome républicaine: lutte contre la conjuration, dénonciation de la corruption, protection du citoyen et des provinces. Leur lecture éclaire le fonctionnement des institutions et la force de la parole raisonnée face aux abus. Elle nourrit aujourd’hui encore la réflexion sur l’État de droit, la corruption et les devoirs du magistrat.
La collection Discours choisis rassemble des plaidoyers et harangues prononcés par Cicéron entre 70 et 63 avant notre ère, au cœur de la crise de la République romaine. Elle juxtapose deux moments décisifs de sa trajectoire: la poursuite de Gaius Verrès, symbole des abus provinciaux, et les discours contre Catilina, prononcés durant son consulat. On y voit un orateur et homme d’État qui s’affirme comme défenseur des lois et du Sénat tout en parlant au peuple. Ces textes reflètent les tensions d’un empire en expansion confronté à la corruption, à l’endettement et aux défis posés par l’exercice de pouvoirs d’exception en temps de danger public.
À la suite de la dictature de Sylla (terminée vers 79 av. J.-C.), l’ordre politique romain est officiellement rétabli, mais fragile. Les années 70 voient le consulat de Pompée et Crassus (70 av. J.-C.) et une réforme judiciaire majeure, la lex Aurelia, qui mélange jurés sénatoriaux et équestres. Cette recomposition répond à la perte de crédibilité des tribunaux tenus par les seuls sénateurs. C’est dans ce climat de suspicion envers l’élite, mais d’espoir de redressement légal, que Cicéron, « homo novus » d’origine équestre, s’impose comme avocat et homme public, investissant la scène judiciaire pour y faire valoir une restauration des normes républicaines.
L’expansion romaine avait transformé la Sicile, première province conquise (après 241 av. J.-C.), en grenier à blé et en laboratoire de l’administration provinciale. La pression fiscale, les fermiers d’impôts et les gouverneurs disposant de larges pouvoirs y multipliaient les occasions d’abus. La loi de répétition des extorsions offrait aux provinciaux un recours à Rome, mais les procès étaient souvent biaisés. Les Verrines s’inscrivent dans cette tension structurelle entre impérialisme et légalité. Elles mettent en scène la plainte des cités siciliennes et l’aspiration des provinciaux à une justice romaine qui protège leurs temples, leurs biens et leurs droits reconnus par les traités.
Cicéron avait servi comme questeur en Sicile en 75 av. J.-C., y gagnant réputation d’intégrité et réseaux de soutien. Lorsque les Siciliens cherchent un accusateur contre l’ancien préteur Verrès (gouverneur vers 73–71), ils choisissent Cicéron. Le pari est politique autant que judiciaire: un « nouveau » défie un notable allié à Hortensius, grand orateur du temps. L’affaire exige un travail documentaire considérable: dépositions, registres publics, témoignages des cités. Elle révèle aussi l’usage croissant de l’écrit, des archives et des inventaires dans la conduite des procès, autant d’outils qui renforcent la stratégie probatoire de Cicéron.
Le discours Contre Verrès sur les statues met en lumière la convoitise artistique qui accompagnait l’hégémonie romaine. Statues grecques, tableaux et objets sacrés des sanctuaires sont au cœur des rivalités symboliques entre élites. En dénonçant les spoliations imputées à Verrès, Cicéron cible un phénomène répandu: l’appropriation privée du patrimoine provincial par des gouverneurs. Il défend l’idée que l’autorité romaine doit respecter la religion des alliés et la propriété publique. Le thème résonne à Rome, où l’affichage d’œuvres d’art sert la gloire personnelle, et en Sicile, où les cités entendent préserver leur identité civique et cultuelle.
Le discours Contre Verrès sur les supplices explore une autre dimension de l’abus provincial: la violence illégale infligée aux justiciables, y compris à des citoyens romains. La tradition de l’appel au peuple (provocatio) et l’immunité de certains châtiments pour les citoyens étaient des repères juridiques. En accusant Verrès d’avoir ignoré ces protections, Cicéron transforme un dossier local en cause d’État. La figure du « civis Romanus » maltraité devient un symbole d’indignation partagée. Le propos interroge la limite des pouvoirs coercitifs des magistrats outre-mer et la responsabilité du Sénat à garantir la sûreté juridique au-delà du pomerium.
Le contexte procédural des Verrines est lui-même révélateur. En 70 av. J.-C., la réforme des jurys rend un verdict moins prévisible pour un accusé puissant. Craignant les manœuvres dilatoires, Cicéron condense l’accusation dans une première action brève et saturée de preuves. L’adversaire, face à la menace d’une seconde action plus développée, se retire en exil volontaire à Massalia. Les livres sur les statues et sur les supplices, finalisés pour publication, participent alors à une bataille d’opinion: au-delà du prétoire, ils construisent une norme publique contre la prédation provinciale et redéfinissent le rôle du procureur comme gardien de l’intérêt commun.
Entre 70 et 63 av. J.-C., Cicéron gravit les étapes du cursus honorum et atteint le consulat. Les années 60 sont marquées par l’endettement chronique, la pression des vétérans, la compétition électorale exacerbée et la fragilité des institutions. Les alliances entre notables se recomposent, tandis que des figures comme Catilina cherchent à capitaliser sur le mécontentement. Cicéron, partisan d’un compromis sénatorial élargi, mise sur l’argument légal et la persuasion publique. Son expérience sicilienne nourrit une conception de l’autorité fondée sur la loi et la responsabilité, qui irrigue ses interventions au Forum comme au Sénat.
Catilina, patricien endetté et ambitieux, se présente à plusieurs reprises au consulat sans succès. Autour de lui gravitent des mécontents, des débiteurs et des hommes compromis par les violences des décennies précédentes. Les rumeurs de complot se multiplient dans les années 66–63 av. J.-C., sur fond de campagnes électorales et d’incertitude sociale. L’urbanisation de Rome, la présence de masses dépendantes des distributions et l’afflux d’anciens soldats créent un terrain propice aux agitations. La question décisive est de savoir comment l’État républicain, sans armée permanente, peut répondre légalement à des menaces internes sans entamer les libertés citoyennes.
Le premier discours contre Catilina est prononcé au Sénat le 8 novembre 63 av. J.-C., après l’adoption d’un sénatus-consulte d’urgence autorisant les consuls à protéger la République. Cicéron y expose les informations recueillies et place la crise sous l’angle de la sauvegarde des institutions. Le lieu choisi, un temple sur le Palatin, symbolise la gravité de la situation. Il s’agit d’isoler politiquement Catilina, de rassurer les indécis et d’affirmer l’autorité sénatoriale. Le discours illustre la manière dont l’urgence politique se traduit en rhétorique d’alarme, mobilisant l’histoire romaine et la responsabilité des magistrats.
Le deuxième discours contre Catilina, adressé au peuple le 9 novembre, transpose la lutte du Sénat vers la place publique. Cicéron cherche l’adhésion des citoyens et la neutralisation des rumeurs qui pourraient retourner la plèbe contre les mesures de sûreté. En expliquant les démarches entreprises et la vigilance des autorités, il confère une légitimité populaire à l’action gouvernementale. Ce déplacement de la parole vers le Forum rappelle l’équilibre délicat de la République: les décisions d’exception, pour être acceptées, doivent être justifiées devant le corps civique et encadrées par le respect des rites et des lois.
Le troisième discours contre Catilina intervient après la mise au jour de preuves matérielles, notamment des lettres interceptées impliquant des partenaires extérieurs à Rome. La dimension diplomatique affleure: les relations avec des communautés alliées ou soumises, utilisées comme sources d’information, s’imbriquent à la police politique. Le discours met en scène la documentation et la chaîne des témoignages, soulignant la place croissante de l’écrit dans la décision publique. Il témoigne aussi de la manière dont la République, sans appareil bureaucratique développé, s’appuie sur des réseaux d’alliés et de notables pour faire face aux menaces.
Le quatrième discours contre Catilina est prononcé au Sénat début décembre 63 av. J.-C., lors du débat sur la peine à appliquer à des complices arrêtés. L’enjeu est juridique et constitutionnel: comment concilier l’extraordinaire sénatorial avec les garanties offertes aux citoyens? Des positions divergentes s’affrontent, entre exemplarité punitive et prudence légale. Le plaidoyer de Cicéron s’inscrit dans une doctrine de salut public, mais il révèle la fragilité des balises institutionnelles. Les décisions prises laisseront des traces durables dans la vie politique de Rome et dans la carrière de l’orateur, alimentant des controverses dès les années suivantes.
Ces discours reflètent un paysage social tendu où l’autorité se négocie par les rites, les précédents et la persuasion. La référence au mos maiorum encadre l’innovation politique en invoquant l’exemple des ancêtres. Parallèlement, la culture écrite s’affirme: collecte des témoignages, publication des plaidoyers, circulation de copies qui élargissent l’audience au-delà des auditeurs immédiats. Le rôle des secrétaires, des archives des cités et des tabularia romains devient central. L’extension du réseau routier et l’usage des postes officiels facilitent la transmission d’informations, permettant à l’argument juridique de se nourrir de preuves plus systématiques.
Le cadre institutionnel est déterminant. Le sénatus-consulte ultime, l’appel au peuple, les lois judiciaires et la composition des jurys forment l’arrière-plan normatif des choix défendus par Cicéron. Les équilibres entre sénateurs et chevaliers, entre gouverneurs et provinciaux, entre magistrats et tribuns de la plèbe structurent le débat. Les Verrines illustrent la responsabilisation des magistrats à la fin de leur charge; les Catilinaires, la délimitation des pouvoirs d’exception face au péril intérieur. Dans les deux cas, l’argumentation s’appuie sur des précédents, des lois en vigueur et la crainte d’ouvrir des brèches dans l’ordre républicain.
À court terme, ces interventions renforcent la stature de Cicéron comme protecteur de l’État, couronné par des honneurs symboliques. Mais elles l’exposent aussi aux revirements politiques, où les décisions prises sous l’urgence peuvent être requalifiées plus tard. L’empreinte laissée par les Verrines est une norme de bonne administration provinciale; celle des Catilinaires, un modèle de rhétorique de crise. Leur conservation et leur diffusion, dès l’Antiquité tardive puis à la Renaissance, en font des textes de formation pour juristes, orateurs et administrateurs, jouant un rôle dans la mémoire civique européenne.
La collection commente son époque en opposant deux dévoiements du pouvoir: la prédation des provinces et la subversion intérieure. En rappelant que la maîtrise impériale exige la discipline des magistrats, et que la sécurité publique requiert un cadre légal, elle donne à voir la République à l’épreuve de sa propre grandeur. Des lecteurs ultérieurs, du Moyen Âge aux Lumières, y ont cherché des modèles d’argumentation et des avertissements contre la corruption et l’arbitraire. Les historiens modernes relisent ces discours en confrontant les sources, tout en reconnaissant leur valeur pour saisir les tensions constitutives de la fin de la République.
Cette sélection met en scène l’éloquence judiciaire et politique de Cicéron face aux crises et aux dérives de la République. Les plaidoyers mêlent argumentation juridique, exhortation morale et invective calculée pour convaincre à la fois le Sénat et le peuple. On y reconnaît une architecture rigoureuse, des amplifications rythmiques et des appels constants à la vertu civique.
Ces quatre orations affrontent une menace intérieure contre Rome, d’abord au Sénat puis devant les citoyens, afin de souder l’adhésion aux mesures de sauvegarde. Cicéron alterne dénonciation et apaisement, définissant le péril tout en le ramenant dans le cadre des lois et des traditions. Le ton va de l’alarme pressante à la résolution ferme, combinant ethos de protecteur, défense de la légalité et appel à la solidarité.
Ces réquisitoires détaillent les abus d’un magistrat en province, en ciblant la spoliation d’œuvres et l’illégalité des châtiments. Cicéron assemble preuves, témoignages et descriptions concrètes pour opposer les normes romaines aux pratiques prédatrices. L’indignation morale s’unit à une démonstration méthodique, faisant des atteintes à l’art et au droit le symptôme d’une corruption plus vaste.
DISCOURS CHOISIS
TRADUCTION FRANÇAISE
PAR W. RINN ET B. VILLEFORE.
Première Partie.
Discours contre Catilina,
Discours contre Verrès des statues
et des supplices.
PARIS
LIBRAIRIE DE JULES DELALAIN
IMPRIMEUR DE L’UNIVERSITE
RUE DES ÉCOLES, VIS-A-VIS DE LA SORBONNE.
Tout contrefacteur ou débitant de contrefaçons de cette édition sera poursuivi conformément aux lois; tous les exemplaires sont revêtus de ma griffe.
ANALYSE.–Après avoir échoué dans sa demande du consulat, Catilina. appuyé sur tout ce que Rome renfermait d’hommes corrompus, avait résolu le meurtre des plus illustres citoyens et l’incendie de la ville. Informé du complot, Cicéron, en présence même de Catilina, dans le temple de Jupiter Stator où le sénat était assemblé, dénonce l’attentat horrible qui menace la patrie. Il accable sous l’énumération de ses vices et de ses crimes le chef de la conjuration; il lui démontre l’inutilité de ses sinistres desseins, l’engage à sortir au plus tôt d’une ville où il n’y a pas un honnête homme qui ne le haïsse et ne le craigne. Quant à lui, il ne redoute rien, car il met toute sa confiance dans sa piété envers les dieux et dans son amour pour son pays.
I. Jusques à quand enfin, Catilina, abuseras-tu de[1q] notre patience? Combien de temps encore serons-nous le jouet de ta fureur impie? Jusqu’où se déchainera Ion audace effrénée? Quoi! ni les postes chargés de veiller la nuit sur le mont Palatin, ni les forces répandues dans toute la ville, ni la consternation du peuple, ni le concours de tous les honnêtes gens, ni le choix que j’ai fait d’un lieu fortifié pour y réunir cette assemblée, ni l’aspect, ni les regards de ceux qui la composent, rien n’a pu t’ébranler! Tu ne sens donc pas que tes projets sont découverts? Tu ne vois pas que tous ici sont dans le secret de ta conjuration, et qu’ils la tiennent comme enchaînée? Tes démarches de la nuit dernière, celles de la nuit précédente, les endroits où tu es allé, les complices que tu as réunis, les résolutions que tu as prises, crois-tu que tout cela soit un mystère pour un seul d’entre nous"?
Otemps! ô mœurs! le sénat connaît ces complots[2q], le consul les voit, et cependant cet homme vit encore! Il vit! que dis-je? il vient au sénat; il prend place parmi les conseillers de la république; il choisit, il marque de l’œil parmi nous ses victimes. Et nous, hommes pleins de courage, nous croyons être quittes envers la patrie, si nous avons su éviter la fureur et les poignards dont il nous menace. T’envoyer à la mort, Catilina, voilà l’ordre que le consul devait donner depuis longtemps; il devait faire retomber sur ta tête le glaive que depuis si longtemps tu aiguises contre chacun de nous.
Rappelez-vous ce que fit un homme illustre, P. Scipion, grand pontife: Tibérius Gracchus portait aux institutions de la république une atteinte bien légère; Scipion, sans être magistrat, le mit à mort. Et quand Catilina s’apprête à faire du monde entier un théâtre de carnage et d’incendie, nous, consuls, nous le laisserons faire! Je ne veux point rappeler l’exemple trop ancien de C. Servilius Ahala, qui, voyant Spurius Melius préparer une révolution, le tua de sa propre main. C’est qu’il y avait autrefois, dans cette république, oui, il y avait assez d’énergie pour que des hommes de cœur n’hésitassent pas à frapper avec plus de rigueur un citoyen dangereux que l’ennemi le plus redoutable. Aujourd’hui, un sénatus-consulte nous arme contre toi, Catilina, d’un pouvoir étendu, terrible; ce qui manque à la république, ce n’est ni la sagesse des conseils, ni l’autorité de cet ordre: c’est nous seuls, je le dis ouvertement, nous consuls, qui manquons à nos devoirs.
II. Autrefois un décret du sénat chargea le consul Opimius de veiller à ce que la république n’éprouvât aucun dommage. La nuit n’était point encore venue, et déjà l’on avait frappé de mort, parce qu’on le soupçonnait de quelques projets séditieux, Caïus Gracchus, malgré toute la gloire de son père, de son aïeul, de ses ancêtres; déjà l’on avait fait périr avec ses enfants M. Fulvius, un consulaire. Lorsqu’un autre décret du sénat remit aux mains des consuls C. Marius et L. Valérius le salut de l’État, s’écoula-t-il un seul jour avant que L. Saturninus, tribun du peuple, et C. Servilius, préteur, fussent mis à mort et que la république fût vengée? Mais nous, voilà déjà vingt jours que nous laissons s’émousser entre nos mains le glaive de l’autorité sénatoriale; car, nous aussi, nous sommes armés d’un sénatus-consulte, mais il reste sur les tablettes qui le renferment, comme une épée qu’on laisse dans le fourreau, sans la tirer. En vertu de ce décret, Catilina, tu devais périr à l’instant même, et pourtant tu vis: tu vis, non pour abjurer ton audace, mais pour t’y fortifier. Je voudrais, pères conscrits, pouvoir être clément; je vaudrais aussi, en présence du péril extrême de la république, ne point paraître manquer d’énergie; mais, déjà, je condamne et mon inertie et ma coupable faiblesse.
