EKAMBI BRILLANT - Mathias Mondo - E-Book

EKAMBI BRILLANT E-Book

Mathias Mondo

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Beschreibung

Partant du postulat selon lequel les grands Hommes doivent vivre leur biographie et non l'avoir à titre posthume, Dr Mondo prend durablement racine dans le quotidien d'Ekambi Brillant qui accepte de se livre, sans idéologie ni langue de bois, grâce à la relation de confiance qui s'installe au fur et à mesure des séances de travail. Avec cet ouvrage, la musique ne sera plus le résultat d'une juxtaposition de notes et de paroles. Les artistes y puiseront des sources d'inspiration pour se surpasser. Quant à eux, les gouvernements, les organismes internationaux, les partenaires au développement, les entreprises, les décideurs, les citoyens, bref les mécène de toute nature y trouveront des raisons pour faire perdurer la création intellectuelle locale. Cette biographie réflexive démontre avec bienveillance que l'Afrique regorge de talents au-delà de ce que le bon sens pourrait imaginer. l'auteur passe le destin d'Ekambi Brillant à travers des grilles d'analyse stratégique de son jardin secret, de sa profession, son rayonnement et de sa discographie, pour tirer la sonnette d'alarme pour une prise de conscience collective. s'inscrivant dans le cortège des plans d'émergence des pays africains, il s'agit de la valorisation des Africains qui ont véritablement marqué leur époque sur les aspects social, économique, culturel, technologique, réglementaire, environnemental, démographique ou politique. L'approche scientifique adoptée par l'auteur pour produire ce récit de vie se montre d'autant plus pertinente que, avec cet essai, la culture est dorénavant perçue comme un méta problème, c'est à dire un problème qu'on ne peut plus aborder sur un seul et unique angle. Dès lors, la création immatérielle cesse d'être uniquement une affaire privée, pour devenir aussi une grande cause nationale propice à faire entrer des citoyens méritants dans le panthéon des trésors de l'UNESCO, entre autres.

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Seitenzahl: 235

Veröffentlichungsjahr: 2021

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À ma mère

C’est quoi une star ?

…..

Maman tu as vu ? je t’avais dit que je serai une star !

Du même auteur

L’Ânesse - La volonté de bien-être de Zineb Hefiri (Humanbet Editions, 2014)

Autobahn - Le secret du bien-être d’Abdelouahed Chiadmi (Humanbet Editions, 2014)

Les 13 clés du bien-être au travail – L’Enjeu du 21

ème

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Le Risque PME : La clé de la modernisation des PME africaines co-auteur O. Jokung (Humanbet Editions, 2018)

Big data for Africa, le pétrole du XXIème siècle (Humanbet Editions, 2018)

Scoring for Africa (Humanbet Editions, 2018)

Afro-responsabilité la clé perdue de l’émergence – 2

ème

Edition (Humanbet Editions, 2018)

Guerda de Sotega (Humanbet Editions, 2018)

@ 2020 by Mathias Mondo Tous droits réservés. @2020, Humanbet Editions,

Septembre 2020 [email protected]

Contacts utiles Cameroun + (237) 696 51 40 85

Maroc + (242) 666 90 61 13

France + (33) 669 57 15 95

Etats-Unis + 1 (202) 280 09 77

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, sur quelque support que ce soit, de cet ouvrage sans le consentement des ayants droits ou ayants cause, est interdite (cf. Article L. 122-4 et L. 122.5 du Code de la Propriété Intellectuelle)

EKAMBI BRILLANT

MON HISTOIRE !

LE JARDIN SECRET

Une foi ancrée

Une progéniture éparse

Une générosité soutenue

Une hygiène de vie stricte

La fibre patriotique

LA PROFESSION

Une présence scénique

Une stratégie gagnante

Une relève chancelante

Une musicgamie pérenne

Un détachement matériel

LE RAYONNEMENT

Parcours iconoclaste

Une Releve chancelante

Une carrière remplie

Une citoyenneté heureuse

Une portée supra-familiale

Une fondation émergente

LA DISCOGRAPHIE

L'envol solitaire

L'explosion internationale

Le rêve américain

Le retour aux sources

La transmission du patrimoine

QUELLE HISTOIRE !

Relax, la super star

AVANT-PROPOS

Cette biographie est une évocation non chronologique de faits marquants du parcours d’EKAMBI Brillant, plus souvent appelé Mot’a Muenya, en référence à ses rêves de star. Nous avons convenu de couvrir sa vie par la méthode dite des récits de vie, qui consiste à approcher un tel et à lui demander de raconter sa vie. Durant ces storytelling, selon le terme états-unien, nous nous sommes intéressés aux trajectoires que l’artiste avait choisies, à celles qui se sont imposées à lui (concernant son histoire), à sa vie, à ses projets, à ses succès, à ses regrets et à ses rêves.

Nous avons passé du temps avec EKAMBI Brillant qui nous a gracieusement ouvert ses portes. Bien au-delà de ces confidences, il nous a ouvert son coeur comme un livre, afin que nous puissions nous abreuver de sa vie et de son oeuvre. Nos échanges se sont déroulés sur un amoncellement narratif des faits qui apparaissent importants à ses yeux. La posture que nous avons adoptée et à laquelle nous nous sommes astreints, a été celle reposant sur un entretien semi-directif. Il laissait place libre à l’émergence d’histoires singulières et à l’apparition de surprises. Des enregistrements vidéo ou audio, nous ont permis de rentrer en symbiose avec la Star.

En effet, les dispositifs d’enregistrement étaient de très petite taille et leur discrétion libérait la parole et ouvrait des pistes à la pertinence de l’information.

Dans la limite de notre subjectivité ici assumée, en adoptant une posture épistémologique favorisant la distanciation, nous avons pris l’option de faciliter l’émergence de ce que l’artiste appelle une culture camerounaise de la référence. Même si cette quête n’est pas explicitement annoncée par EKAMBI Brillant quand il nous convie à l’écriture de cette biographie, les faits observés nous donnent toutes les bonnes raisons de penser que tel est le but recherché dans cette phase de sa vie.

En d’autres termes, les rôles étaient clairement définis. EKAMBI Brillant a joué celui de pourvoyeur d’informations, fussent-elles les plus douloureuses, et nous, celui d’analyste et d’interprète libre de ces informations.

EKAMBI Brillant le résume en de termes très simples. « Moi, je donne les photos et toi tu écris le film ». Ce modèle biographique avait pour vocation de construire ce que Gaston Pineau nomme « savoir objectif ». Nous sommes conscient du fait que, cette dynamique interpelle, qu’elle éveille des questions complexes, qu’elle bouscule les modèles de la pensée unique et surtout, qu’elle force à s’interroger sur le sens de la vie. Par ailleurs, nous restons persuadé et convaincu que la volonté d’EKAMBI Brillant de réserver au départ ce manuscrit à sa seule communauté de fans et à sa famille aura du mal à résister à l’usure du temps. Et pour cause, les dimensions implicitement ou explicitement mobilisées ici sont, bien entendu scientifiques. Elles sont aussi sociales, politiques, économiques, culturelles, technologiques, règlementaires, écologiques, démographiques, morales, éducatives, et religieuses. Notre souhait profond est que, le récit de vie d’EKAMBI Brillant participe à la quête du bien-être chez les artistes en phase de création de sens, ou de construction de leur vie.

Pour en venir au fait, nous vous racontons cette histoire qui pourrait tout autant être la vôtre. La finalité des mots qui suivent est de vous faire connaître le dessein poursuivi par cet ouvrage. Alors que ses parents l'ont quasiment chassé du cocon familial à son jeune âge, sa mère est meurtrie. Il s’en suit cet échange qui a transformé la vie de son fils. Cette histoire a priori neutre a bouleversé la vie d’EKAMBI Brillant qui en parle aujourd’hui avec un méli-mélo de fierté et de retenue. Ce récit est d’autant plus singulier que, EKAMBI Brillant a par la suite, rapidement, d’abord démissionné de son orchestre ; et puis, a entamé une seconde carrière promise d'artiste.

Cet artiste avait aussi compris l’importance de l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle. Il a décidé de vouer toute sa vie à la musique et ses affaires sont devenues florissantes. Il avait une idée très précise de la carrière qu’il voulait. Dieu a exaucé ses prières et l’avenir lui a donné raison. EKAMBI Brillant est reconnaissant. Il a décidé de construire un musée dans son village. Dans un pan de cette bâtisse, il prévoit de créer une école de musique.

La vie d’EKAMBI Brillant s’offre à nous sous la forme d’un cycle. Ses propos, ses discours, et sa communication non verbale laissent émerger trois phases bien distinctes. En premier lieu, son jardin secret qui structure la zone de turbulence lui ayant au final servi d’envol. Ses réalisations ne sauraient être ce qu’elles sont sans les grands tournants de sa vie, ainsi que des décisions stratégiques qu’il n’aura cessé de prendre. En ce sens, il est un gestionnaire de l’incertitude. La deuxième phase s’avère être un espace d’évolution maîtrisée dans sa profession et de croisière en régime établi porteur de rayonnement. La portée de sa trajectoire (troisième phase) se trouve magnifiée par une sorte d’atterrissage en douceur. L’intégration de ces trois périodes charnières de sa vie, en s'appuyant sur des érudits, experts de la langue Duala originelle, reste indispensable au lecteurpour comprendre les intentions profondes de l'artiste, pour se les approprier ou pour anticiper le développement qui s’en suivra.

En effet, cet avant-propos avait pour objectifs de rappeler les principes fondament aux, explicites ou implicites qui structurent la quête de liberté d’EKAMBI Brillant. Au surplus, ils complètent ses réalisations et ses engagements, et mettent ainsi en harmonie son évolution socio-économique, et toutes choses égales par ailleurs, d’une certaine manière, son évolution politique. De plus, cette biographie revêt une autre dimension particulière, notamment la transmission du patrimoine artistique du chanteur afin de le rendre pérenne et immortel.

Dr. Mathias MONDO

EKAMBI Brillant à 36 ans, une des pochettes d'album préférées de l'Artiste

MON HISTOIRE !

M’ouvrir, parler de moi, de ma vie intime et de ma carrière socioprofessionnelle n’est jamais aisé. Pour me livrer à quelqu’un, il m’a fallu une bonne dose de confiance, pas mal de courage et beaucoup de disponibilité, afin que plusieurs contours de ma vie personnelle soient abordés en toute sincérité. Cet exercice, j’ai bien voulu m'y prêter en ouvrant une brèche, afin que soit produite de mon vivant ma biographie. Les oeuvres à titre posthume étant parfois peu fiables ou pas très fidèles, il a fallu que je sois l’acteur présent des faits exposés dans ledit ouvrage.

La modeste personne que je suis, pétrie dans une foi chrétienne très profonde, doublée d’un attachement à mes racines ancestrales aurait voulu communier avec son public et ses fans, au travers de ce récit qui, ma foi, est un legs. Pour le rendre digne de ce nom, je n’ai pas voulu le faire écrire par n’importe quel auteur. Je note que j’ai été maintes fois approché par des écrivains et des journalistes qui m’avaient proposé d’écrire ma biographie. Seulement, jusque-là, une réticence s’est toujours imposée à moi : je ne les sentais pas vivre ma sensibilité, ces émotions par lesquelles je suis passé.

Non pas que j’ai douté de leur compétence, mais j’ai voulu que mon histoire soit écrite par quelqu’un qui me connait, qui connait mes racines, ressent ma culture, adhère à ma tradition, et qui peut facilement comprendre et maîtriser les méandres des arcanes qui ont forgé ma personnalité et ma force professionnelle. C’est ainsi qu’à l’occasion d’une cérémonie funèbre, j’ai formellement fait la connaissance du Dr Mathias MONDO dont la mère était décédée. Le hasard a voulu que nous nous retrouvions autour de son frère TETE Frédo, mon ancien trompettiste qui avait fait le déplacement des Etats-Unis en compagnie de son épouse, qui a été promotrice d’un de mes shows à Washington DC.

C’est au travers de ce contact que j’ai vraiment fait la connaissance du Dr MONDO, un fan de la première heure qui, au cours de nos échanges, me fait des révélations, des souvenirs sur mon parcours de musicien et me rappelle même quelques anecdotes qui se sont passées, et que bien souvent, j’avais oubliées. Et là, tout de suite, je comprends que j’ai affaire à quelqu’un qui me connaît depuis longtemps, qui me suit et qui a ma musique dans l’âme.

En plus, nous partageons la même culture et les mêmes traditions ; en conséquence, il est mieux placé pour transcrire mon ressenti et mes sensibilités. Or je ne suis pas encore complètement décidé à me livrer.

Mais la chute d’un baobab de la musique camerounaise, mon frère et ami Manu DIBANGO, dans un contexte de pandémie mondiale où le virus du corona a choisi les meilleurs pour les envoyer outre-tombe, me rappelle plus que jamais que la vie ne tient qu’à un fil et qu’il faut, avant que la grande faucheuse ne fasse son travail, laisser quelque chose de concret à la postérité. D’où ma décision ferme de mettre sur pied mes projets sans plus de procrastination.

Le fait que le Dr MONDO ait déjà écrit plusieurs biographies et qu’il soit un enseignant des Sciences de Gestion, mais aussi et surtout un stratégiste me conforte dans ce sens qu’il pourrait mieux que quiconque, analyser froidement et avec empathie le parcours d’un musicien de mon acabit et d’en ressortir en plus du substrat de ma personne, l’agrégat, une espèce de grandeur synthétique qu’il aura puisée du meilleur de ma carrière musicale et qui pourra faire émerger la jeune génération.

Je tiens à remercier particulièrement Slim PEZZIN, Pierre EYEI EKAMBI, Manu EKWALLA DIBOTI, NDOUMBE MOUANGUE alias MEKE MEKE, Célestin Lucien SACK, Pasteur KOBBA, Christophe MIEN ZOK, SOUL BAM'S, WOMBEL Saint Clair, Thierry Parfait MBOUS, Sammy BAYOMBI, Louison Louis EBONGUE, Bobo FOTSO, Revérend Pasteur BOUDOULE MOUKILO, Justin Sam MBAKA, Chief Pierre NTEPPE, Dr Richard ETOKE, Aimé BANBOCK, Cyrille BOJIKO, Jean Karl DIKOTTO MANDENGUE, Christian NGALLE, Chief EKABOUMA MBEDI, ETONDE Francis (KORO), Dr Mathias MONDO et toute son équipe.

Je rends un hommage spécial à ma Grand-mère, Clara Dongo

EKAMBI Brillant

I - LE JARDIN SECRET

EKAMBI Brillant à 11 ans, départ pour le Lycée Leclerc de Yaoundé

UNE FOI ANCRÉE

De son patronyme EKAMBI EKAMBI Louis Brillant, l’artiste EKAMBI Brillant, est né le 18 Juin 1948 à Dibombari, à 18 km au nord de la ville de Douala. Homonyme de son père, il appartient à une fratrie de onze. Il a été très vite séparé de sa mère qui ne parvenait pas à l'allaiter, à cause d’une absence de lactation. Au moment où l’allaitement artificiel, par le biberon, était rare dans la contrée, sa grand-mère maternelle, Clara DONGO part de toute urgence de son Djébalè natal, île fluviale de l’estuaire du fleuve Wouri, pour récupérer le nourrisson, afin de s’en occuper.

Couché dans le couffin de fortune confectionné par cette dernière, le bébé est installé confortablement au fond de la pirogue qui quitte Dibombari pour Djébalè. Le voyage se déroule sans heurts. Arrivée au village et quelques minutes avant d’accoster, elle sort le bébé du couffin et, sous le regard médusé de ses enfants, c’est-à-dire les oncles maternels venus accueillir leur neveu, le jette dans les eaux froides du fleuve Wouri. Affolés et pris de panique, les oncles hurlent : « le bébé va mourir, maman, maman il va mourir ! ». Cependant, d’un calme olympien, elle leur répond : « non ! Laissez-le ! ». A présent, tous observent le bébé qui pleure, se meut dans les vagues qui le bercent, le balançant de gauche à droite. Au bout d’une trentaine de minutes, elle est descendue dans l’eau, a pris son petit-fils dans ses bras et l’a ramené chez elle, accompagnée de ses autres enfants.

La vieille dame, qui depuis belle lurette avait quitté le circuit de l’enfantement, avait vu ses seins devenir avec l’âge, flasques et asséchés. Cependant, Une fois à la maison, elle a vite fait, pour la survie de l’enfant, de mobiliser toutes les techniques ancestrales, tout son savoir en matière de plantes. Elle a ainsi préparé des décoctions faites de plusieurs mélanges de plantes dont elle seule détenait le secret. Après les avoir ingurgitées pendant quelque temps, elle a eu des montées de lait et malgré son âge avancé, la grandmère a pu allaiter son petit-fils. Pour avoir ainsi été nourri au

sein de sa grand-mère, EKAMBI Brillant se considère comme immunisé contre toutes sortes d’attaques d’origine bactérienne. Il déclare à cet effet qu’il est constitué de solides anticorps :

C’est pour cela que je ne suis jamais tombé malade, je n’ai jamais vu de médecin, je n’ai jamais dormi à l’hôpital. Parce ce que j’ai eu les anticorps d’une vieille femme.

Cantatrice, la grand-mère d’EKAMBI Brillant dirigeait la chorale de l’église du village. Ayant aménagé un landau de fortune, elle y déposait le bébé dans un coin de l’église et lui mettait dans la bouche un morceau de manioc que l’enfant suçait comme une tétine. Cette astuce occupait le petit et l’empêchait de pleurer. La vieille pouvait donc diriger tranquillement sa chorale.

Dès l’âge de cinq ans, sa grand-mère le réveillait tous les matins à cinq heures pour la prière et la lecture de quelques passages bibliques, avant d’aller à l’école. A dix-huit heures, il assistait en compagnie de sa grand-mère à la prière du soir et aux répétitions des chants de la chorale qu’elle dirigeait. A ce niveau, on comprend donc que l’enfant a vécu, grandit et été bercé par la voix de sa grand-mère et dans du gospel qui a profondément, lentement et silencieusement pénétré en lui, pour développer une forte spiritualité qui est devenue plus tard inébranlable. C’est ainsi que se sont construits, non seulement son amour pour les chants religieux, mais aussi, sa foi sans limite à Dieu.

Les géniteurs d’EKAMBI Brillant vivent à Dibombari, tandis que sa grand-mère prend soin de lui à Djébalè. Il la considère comme sa mère et il voit en chacun de ses oncles un père. EKAMBI Brillant père est un grand commerçant, exerçant le métier de négociant du cacao et du café. Il traite de ses affaires directement avec de puissants exportateurs grecs, ainsi qu’avec le célèbre homme d’affaires camerounais SOPPO PRISO, multimillionnaire et premier Président de l’Assemblée Territoriale du Cameroun. Il fait donc partie de la classe des privilégiés, des nantis de l’époque. Dans le cadre de ses affaires et pour ses loisirs personnels, il s’offre régulièrement des voyages en Europe, plus précisément en France, à bord du Paquebot « Jean MERMOZ » qui embarquait de Douala pour Marseille pendant deux mois en mer.

Sa grand-mère lui rappelle tout le temps qu’elle n’est pas sa mère, que sa véritable maman se trouve à Dibombari ; mais le gamin ne l’accepte pas, il lui rétorque toujours : « c’est toi ma mère ! ». Il est arrivé des moments où sa grand-mère l’amenait à Dibombari, pour y passer quelques jours avec ses parents. Pour le quitter, la pauvre usait de tous les subterfuges, afin tromper sa vigilance. Dès qu'il se rendait compte que sa « maman » est rentrée à Djébalè, le laissant à Dibombari, il pleurait, hurlait, criait à tue-tête ; sa voix, si forte et aiguë mettait toute la maisonnée en émoi. Ainsi, au bout de deux jours, la grand-mère était rappelée pour venir le chercher. Quel bonheur pour lui de rentrer à Djébalè, son « biotope », dans son élément. Il y a fait ses premiers pas à l’école, jusqu’en classe de cours élémentaire deuxième année.

EKAMBI Brillant a mis du temps, il a eu du mal à accepter la réalité de l’existence de ses géniteurs et à les nommer « papa, maman ». Il faut relever qu’il est retourné chez ses parents à l’âge de neuf ans, et il y a été scolarisé pendant deux ans en classes de cours moyen première et deuxième année (CM1 et CM2). Durant cette période, il a fait face à la dureté de caractère de son père qui ne lui accordait pas de traitement de faveur. Malgré les efforts qu’il fournissait pour obtenir de bons résultats scolaires, il ne parvenait pas à le convaincre. Son père dénigrait ses efforts et doutait même de ses performances scolaires. A ce sujet, il déclare : « tout ce que je faisais… je travaillais à l’école, j’avais 15, 16, 17 de moyenne, il me dit c’est zéro ! ». Etait-ce pour l’amener à faire plus d’efforts ? A se surpasser ? Etait-ce une stratégie pour lui inculquer l’esprit de rigueur ? Etait-ce pour endurcir le caractère de son fils ?

Plus tard, le petit EKAMBI est reçu au concours d’entrée en sixième avec mention « bien ». Mais comme à l’accoutumée, son père n’y croit pas et dit à sa mère :

(…) on vient de m’écrire qu’il a eu son concours mention bien pour le lycée Leclerc, comment il a fait ?

Se rappelant de cet épisode, l‘artiste EKAMBI Brillant dira :

Quand j’ai eu mon concours d’entrée en sixième avec mention bien, la première réaction de mon père a été de dire que ce n’est pas moi, qu’ils se sont trompés.

Néanmoins, le nouveau collégien, âgé de onze ans doit se rendre à Yaoundé, pour poursuivre ses études au Lycée Leclerc. Le jour du départ, ses parents l’accompagnent à la gare de Béssékè dans la ville de Douala. Pour la circonstance, son père a sorti l’un de ses luxueux véhicules. Alors qu’ils l’attendent dans la voiture dont le moteur vrombit déjà, la grand-mère leur demande de lui accorder quelques minutes pour qu’elle ait une petite conversation en aparté avec le petit. S’étant retirée de la présence des parents, la grand-mère pose un regard mélancolique sur son « enfant », le petit collégien qui s’en va vers l’inconnu ; elle lui glisse discrètement un paquet en lui tenant les propos suivants :

Ne le montre à personne ! Arrivé à Yaoundé, tu vas l’ouvrir. Tu sauras ce qu’il y’a dedans. Mais je vais te dire quelque chose d’encore plus important : n’aie peur de rien, rien ! Parce que je t’ai déjà confié à DIEU. Quelle que soit la situation que tu pourras vivre dans ta vie, quelles que soient les tentations, n’aie peur de rien ! Rien ne pourra t’arriver. C’est-à-dire, ni les marabouts, ni rien d’autre, car je t’ai déjà confié à DIEU, et tu vas marcher avec la main de DIEU sur ta tête, rien ne pourra t’arriver. Ne le dis ni à ton père, ni à ta mère.

Le petit met cette offrande dans le fond de sa culotte kaki fortement amidonnée. Puis, après l’avoir embrassé, elle le laisse rejoindre ses parents qui attendent. Elle le salue une ultime fois et il s’engouffre dans la voiture, en direction de la gare.

A la gare, le train est déjà stationné. Son père dépose sa valise dans un compartiment du wagon numéro 21, réservé aux pensionnaires du lycée Leclerc.

Puis, il installe le petit sur un siège. C’est alors que son père marque un acte significatif et fondateur pour son fils. Avant le départ du train, il pose un regard profond, pendant au moins cinq minutes sur son fils, sans rien dire, avec des yeux menaçants. C’est bien plus tard qu’EKAMBI Brillant se rend compte que, par ce silence assourdissant, son père lui envoyait en réalité un message très explicite, lui disant :

Te voilà parti. Tu as ta vie entre tes mains.

Ne t’amuse pas. Ramène-moi des diplômes !

C’est ce qu’ EKAMBI Brillant affirme avoir lu ce jour dans les yeux de son père. Ensuite le train démarre en trombe et s’ébranle en direction de Yaoundé .

Une fois arrivé à Yaoundé, il ouvre le paquet que lui a donné sa grand-mère. Le coffret contient un assortiment de bijoux composés d’une chaîne, une gourmette et une chevalière en or massif, 24 carats. Mais d’où lui venait cet or ? Auparavant, quand une jeune fille se mariait, ses parents lui offraient de l’or brut, du « Pond'a Gol », qu’elle conservait jalousement dans une espèce de malle métallique, faisant office de boîte à bijoux, appelée « Ekwem » en langue duala. La grand-mère avait gardé précieusement son « Pond'a Gol » et, pendant les vacances de la dernière année qu’elle a passée avec le petit EKAMBI, elle est allée voir un bijoutier pour la confection de ces bijoux qu’elle a soigneusement cachés, en attendant une occasion exceptionnelle comme celle-ci, pour les lui offrir.

Le souvenir de cette séparation marquera à vie et de façon significative l’avenir et surtout le caractère du jeune enfant qui, plus tard vivra dans une assurance et une confiance totale en soi, sachant qu’il est protégé par le Dieu que sa grand-mère a invoqué. Cette foi et la spiritualité se développeront encore plus, dans le parcours d’EKAMBI Brillant.

Au Lycée Leclerc, le nouveau collégien se montre bon élève et suit tous les cours parmi lesquels les cours optionnels. L’élève est ainsi appelé à choisir entre la musique et le dessin. Tout de suite, EKAMBI Brillant choisit la première option. Il fait donc la connaissance du professeur de musique, Daniel ZANN, qui pour lui est un « grand professeur », très doué. Assidu au cours, il apprend vite le solfège et la guitare, et s’adonne littéralement à la musique, au détriment des autres cours.

Cette passion qui sommeillait en lui depuis sa tendre enfance à travers son vécu à Djébalè refait surface et emporte le jeune EKAMBI Brillant, loin des objectifs fixés par ses parents, à savoir réussir ses études et avoir ses diplômes.

A son retour à Dibombari, ses parents font le constat de son choix et lui posent une condition sous forme de menace. Aller à l’école ou quitter la maison. Inébranlable et sachant ce qu’il veut, il accepte de partir. Sa mère, poussée par la fibre maternelle ne veut pas le laisser partir.

Elle se rapproche de lui pour l’en dissuader. Mais, EKAMBI Brillant ne l’entend pas de cette oreille : il rassure sa mère, en lui faisant une promesse :

- Maman, ne t’inquiète pas, je réussirai, je deviendrai une star.

- C’est quoi une star ? demande la mère.

Après la mort de son père avec qui il n’a vécu que deux ans, il affirme « s’être rattrapé » auprès de sa mère qu’il affectionne et dont il parle avec beaucoup d’emphase au point d’en forcer l’admiration. D’elle, il déclare :

Ma maman a 94 ans. Elle est très informée. Elle a toute sa mémoire. Elle sait et reconnait tous les visiteurs, ainsi que l’objet de leur visite. Elle regarde la télévision, elle suit tout, rien ne lui échappe. Elle connaît le football, les entraîneurs, les joueurs. Si bien que quand mon neveu Toko EKAMBI, footballeur professionnel international qui a par exemple brillé à l’Olympique Lyonnais en France ou encore au Villaréal en Espagne joue, ma mère est assise devant la télévision. Donc je peux vous dire que c’est elle ma secrétaire puisqu’elle sait tout et me renseigne sur tout.

Ils entretiennent des rapports cordiaux, de profonde amitié et de complicité. Il existe entre eux deux quelque chose de très fort. La disparition de sa grand-mère a été perçue par EKAMBI Brillant comme un tremblement de terre. Pour lui, c’était une chute libre sans vitesse initiale. A ce propos, il déclare :

Quand on m’a annoncé son décès, j’étais effondré ; j’ai ressenti qu’une grosse partie de ma vie disparaissait. Je n’avais plus de protecteur. Ma grand-mère c’était ma protection. C’était comme si pendant qu’elle vivait, j’étais dans un enclos où personne ne pouvait m’atteindre. Donc quand elle est partie, j’ai senti les murs s’écrouler. Je me suis senti sans protection.

Le fait que sa grand-mère l’ait confié à Dieu quand il allait au lycée, a mis dans la tête d’EKAMBI Brillant qu’il était surprotégé, non seulement par Dieu, mais aussi par sa grandmère.

Pourtant, beaucoup de gens appréhendent superficiellement le personnage d’EKAMBI Brillant. On le côtoie et on en parle avec des a priori, sans véritablement le connaître, sans franchement déceler la profondeur de sa personnalité et de sa spiritualité. Au premier abord, on ne retient de lui que le concept de « Mot’a muenya », qui signifie littéralement un homme important, un élu.

Développée par lui, c’est une théorie selon laquelle les bonnes choses conviennent aux méritants dont il fait partie. En fait, « c’est la vie des étoiles ». Or lui se considère comme un astre, une étoile lumineuse, resplendissante, admirée et enviée par tous, qui a une influence particulière sur les hommes. Cependant, cette luminosité dénote de la fiction, il s’agit en réalité d’une façade, car en dessous, on retrouve un personnage sensible et vulnérable. En cela, il affirme :

Je suis une étoile. On appelle ça en anglais « a star ». Quand je suis allé aux Etats-Unis et même en France, j’ai côtoyé beaucoup d’étoiles. On a discuté. Ces gens sont hyper différents de ce que vous voyez. Ce que vous voyez là c’est la façade. Devant, il y a un homme, quelqu’un de fort ; mais dès lors qu’on traverse cette façade et qu’on réussit à l’atteindre, on découvre très souvent quelqu’un de faible. Donc, le « Mot’a muenya » c’est de la fiction.

Les stars soignent leur apparence. EKAMBI Brillant qui en est une, a déjà hérité de bonnes habitudes d’hygiène et de propreté auprès de sa grand-mère, raison pour laquelle il ne se présente jamais à son public, débraillé.

Tout fier, il déclare que sa grand-mère veillait à ce qu’il se lave matin et soir, et qu’il soit bien oint de « Manyanga », une huile extraite de palmistes, que ses vêtements soient toujours propres et que ses uniformes kaki soient toujours bien lavés, amidonnés et repassés.

Elle prenait la peine de bien frotter ses pieds. Il détestait cette façon, surtout quand elle lui oignait les pieds, elle disait toujours : « tu vas voyager, tes pieds feront le tour du monde ». Cette phrase prémonitoire était en fait une bénédiction, une vision qui finira par se réaliser et de la façon la plus concrète.

Parmi les principes hérités de sa grand-mère, EKAMBI Brillant se revendique d’être au-dessus du matériel. En effet, il prône l’immatérialisme, le théisme - la croyance en un seul Dieu - et le spiritualisme qui forgent l’ossature de sa personnalité, par opposition à l’attachement aux biens matériels et terrestres.

Il éprouve à cet effet beaucoup de mépris pour les artistes africains qui ont bradé leur talent pour des choses matérielles et qui après, sombrent dans l’alcool, la drogue, l’homosexualité. Pour rien au monde, il serait capable de se compromettre, quel que soit le montant qu’on lui propose. L’intégrité et l’incorruptibilité de l’homme ne sont plus à démontrer. Comme anecdote, il cite un producteur véreux qui a fait des pieds et des mains, pour qu’ils aient une collaboration artistique. Ledit producteur a usé de toutes les astuces, lui envoyant des amis en émissaires, lui proposant une forte somme d’argent, cent millions de monnaie locale. Malheureusement pour lui, EKAMBI Brillant a répondu :