Faits divers en Bretagne - Volume 4 - Louis Gildas - E-Book

Faits divers en Bretagne - Volume 4 E-Book

Louis Gildas

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Beschreibung

Lire un livre de Louis Gildas, c’est s’installer au coin du feu dans la pénombre, un verre de chouchen à la main, et entendre, à travers les mots, sa voix si reconnaissable qui résonne. C’est entamer un voyage breton, à travers les talus et les champs, à travers les âges. « Je vous invite à me suivre en 1896 à Plougoulm, une petite commune léonarde à 5 km de Saint-Pol-de-Léon », écrit-il. Nous sommes prêts. Baptiste SCHWEITZER, rédacteur en chef de France Bleu Breizh Izel.



À PROPOS DE L'AUTEUR


Louis Gildas est né il y a déjà joli temps à Lambézellec. L'âge venu, il a contribué à plusieurs titres de la presse quotidienne et à des magazines nationaux comme étrangers. Chroniqueur faits-divers sur les ondes de France Bleu Breizh Izel et de France Bleu Limousin, il a également tenu une même rubrique sur AQUITV en Dordogne, première télévision privée hertzienne de l'Hexagone.

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Seitenzahl: 213

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Couverture

Page de titre

BIBLIOGRAPHIE

Histoires des tramways de Limoges et de Haute-Vienne, CPE, 2001.

Brest, pays des Abers, Déclics, 2003.

Recettes bretonnes de mamm gozh, CPE, 2004.

Recettes périgordines de nos grands-mères, CPE, 2004.

Recettes limousines de nos grands-mères, CPE, 2004.

Recettes du Nord de nos grands-mères, CPE, 2005.

Recettes du Quercy de nos grands-mères, CPE, 2005.

Recettes normandes de nos grands-mères, CPE, 2005.

Recettes picardes de nos grands-mères, CPE, 2005.

Recettes aveyronnaises de nos grands-mères, CPE, 2006.

L’affaire Mis et Thiennot, BD, CPE, 2007.

Lorsque Brest était jeune fille, CPE, 2007.

Recettes pieds-noirs de nos grands-mères, CPE, 2007.

Le bonheur est en Limousin, CPE, 2009.

Langues et Chansons du Limousin, CPE, 2011.

Tonton, Nantes et moi, L’apart éditions, 2013.

Les Mystères de la Haute-Vienne, De Borée, 2013.

Un siècle de faits divers en Finistère, De Borée, 2014.

20 faits divers en Bretagne, chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions des Montagnes Noires, 2018.

Faits divers en Bretagne, 2e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions des Montagnes Noires, 2019.

C’est difficile de se dire adieu, chroniques brestoises 1950-1970, Éditions des Montagnes Noires, 2022.

Faits divers en Bretagne, 3e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions du Palémon, 2022.

Faits divers en Bretagne, 4e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions du Palémon, 2023.

AVANT-PROPOS

Voici donc le quatrième et dernier ouvrage consacré à ces faits divers qui ont réjoui six ans durant les oreilles des auditrices et auditeurs de France Bleu Breizh Izel. Du vrai, de l’authentique, du saignant, bien plus parfois que les fictions des romans noirs et gris des librairies de gare. C’est le grand théâtre de la vie, comme disait Mémé, c’est la tragédie grecque dans tous ses états.

C’est ainsi depuis la nuit des temps, l’homo sapiens tue. Que ça cesse, mais que ça cesse ! imprime-t-on dans les gazettes, clame-t-on à la radio, dans les étranges lucarnes et maintenant sur l’internet. Il faut se faire une raison, rien n’arrêtera le crime. Pourquoi tue-t-on ? Huit fois sur dix, l’argent et le sexe en sont les raisons, parfois l’un, parfois l’autre, parfois les deux et, lorsqu’ils ne sont pas directement impliqués, en cherchant un peu, nous allons les retrouver en embuscade. Derrière cela, il y a des femmes, des hommes qui dérapent, des hommes qui passent à l’acte et souvent, très souvent, les femmes en sont les victimes.

Bon voyage dans les dédales sombres de l’âme humaine.

PRÉFACE

Louis Gildas est un conteur. Mais pas n’importe quel conteur, un conteur du réel, de l’âme humaine, de l’âme bretonne. Il connaît sa Bretagne par cœur, les recoins de chaque département n’ont pas de secrets pour lui. Et pour chaque bourg du Morbihan, des Côtes-d’Armor, d’Ille-et-Vilaine, du Finistère ou de la Loire-Atlantique, pour chaque lieu-dit ou presque, il a une histoire à raconter. Dites-lui que vous avez traversé Saint-Divy, il poussera un grand « ah » suivi d’un souffle, plissera les yeux et prendra une voix mystérieuse pour vous parler de la terrible histoire de Tine. Un détour par Brest ? Il vous emmènera dans les bas-fonds de la cité du Ponant à l’aube de la Première Guerre mondiale découvrir le destin – forcément tragique – d’Alexandre et de Françoise. À Caudan, Audierne, Saint-Perreux, il y a dix ans ou un siècle, Louis Gildas a toujours une histoire dans la poche de son kabig.

Le fait divers fascine, il peut être voyeuriste, mais jamais quand c’est lui qui les dit. Point de graveleux dans ses récits, mais de la dignité. Un profond respect pour les victimes. Une absence de jugement des coupables. Et surtout, ce qu’il raconte, c’est la Bretagne et son passé. La Bretagne des villes devenues trop grandes au fil des années, celle des campagnes quand les mariages étaient souvent arrangés et finissaient parfois très mal. C’est la vie – pas toujours facile – des paysans qu’il nous conte, celle des marins sans beaucoup d’avenir, celle des brigands de grand chemin ou des petites frappes.

Lire un livre de Louis Gildas, c’est s’installer au coin du feu dans la pénombre, un verre de chouchen à la main et entendre, à travers les mots, sa voix si reconnaissable qui résonne. C’est entamer un voyage breton, à travers les talus et les champs, à travers les âges.

« Je vous invite à me suivre en 1896 à Plougoulm, une petite commune léonarde à cinq kilomètres de Saint-Pol-de-Léon », écrit-il. Nous sommes prêts.

Baptiste SCHWEITZERRédacteur en chefFrance Bleu Breizh Izel.

À Alexandra, à Elouann, à Loullig et à tous mes camarades de France Bleu Breizh Izel

1Crime à Saint-Perreux

Saint-Perreux, petite commune du Morbihan, va être le théâtre d’un crime particulièrement horrible en janvier 1926.

La bourgade, à quelque dix kilomètres de Peillac, compte à cette époque 570 habitants et a mauvaise réputation. « Un pays de sauvages », assure-t-on à Peillac comme à Allaire, le chef-lieu du canton. Mais que lui reproche-t-on ? Trois fois rien, des crimes de sang, trois en deux ans. Ça fait beaucoup ! « C’est la tache noire du Morbihan », écrit-on dans la presse. « Le pays des loups », affirme-t-on dans les environs. Rien de rassurant. Et des loups, il y en a, mais des loups à deux pattes, une poignée d’individus qui sèment la terreur dans la commune. On ne dépose pas plainte, on tient à régler les affaires entre soi, entre une population qui subit et des vauriens qui sévissent. Ils volent, ils clament qu’ils n’ont pas de travail. Non, personne ne veut de ces vauriens, alors ils chapardent un poulet par-ci, un lapin par-là. Les braves gens, qui sont aussi des sauvages – c’est ce que l’on prétend dans les communes voisines tout au moins –, se réunissent un soir et décident de donner aux malfaisants une lande à défricher. Ça partait d’un bon sentiment, mais, en revanche, on ne leur prête pas d’outils. Qu’ils se débrouillent ! Et c’est ce qu’ils vont faire. Ils ont l’idée d’aller demander deux tranches à Émile Texier, un ancien fossoyeur qui a renoncé au métier. Il était payé au client et, comme il n’y a pas beaucoup de décès, il a démissionné, depuis, il tresse des paniers.

Ce soir du samedi 30 janvier dans le penti de Texier, des amis et des voisins sont venus lui donner un coup de main. Autour de la cheminée, ils façonnent l’osier, tricotent, papotent. Les paniers d’Émile sont appréciés. Malgré la réputation sulfureuse de Saint-Perreux, les gens viennent de loin lui en acheter. En plus des paniers, Texier est aussi journalier agricole. Autour de l’âtre, on chante en gallo des complaintes interminables et on raconte des histoires du temps passé. C’est une veillée comme celles qui se pratiquaient autrefois.

Le lendemain, le dimanche 31, au matin, un parent de Texier, voyant la porte du penti à demi ouverte, la pousse et voit Émile allongé sur le sol en terre battue, la tête entre les pieds d’un banc coffre et le corps presque entièrement brûlé. Ces brûlures ont fait éclater les chairs et les vêtements sont carbonisés. Il n’y a pas de doute à avoir, Texier est mort. Le parent, au comble de l’affolement, se précipite chez le directeur d’école et lui demande de l’accompagner chez Émile. Arrivé au penti, le directeur examine calmement le corps et se pose la question de savoir si c’est un accident. Émile serait-il tombé dans la cheminée et aurait-il ensuite rampé jusqu’à se ficher la tête sous le banc coffre ? Un peu compliqué quand même ! Alors, un crime ? Mais pourquoi ? Pas pour l’argent, Texier n’en possède pas, peut-être une vengeance, mais on ne lui connaît pas d’ennemis. Le directeur d’école fait prévenir le médecin du bourg et ce dernier, après avoir examiné le corps, refuse de signer le permis d’inhumer. Pour le médecin, c’est vraisemblablement un crime. La victime a été battue, il relève des traces de coups sur le visage. Ils préviennent les autorités municipales. En 1926, il n’y a pas de téléphone à Saint-Perreux, on ne sait même pas ce que c’est, donc on rédige un courrier aux gendarmes pour expliquer la situation. Ils ne sont pas très loin, la brigade est à Peillac à dix kilomètres, on écrit aussi à la justice de paix à Allaire, qui est à sept kilomètres. Nous sommes dimanche, mais avec les PTT, à l’époque, on est certain que les destinataires auront leur courrier dès le lendemain matin. Dans la journée du lundi, les gendarmes de Peillac sont sur la scène de crime. Magistrats et légiste ne seront présents que le mardi. La justice de paix d’Allaire n’est pas compétente pour les crimes de sang, c’est Vannes qui a la main.

L’enquête des gendarmes n’est pas facile, les Pérusiens, les femmes comme les hommes, ne parlent pas ; ici, on est taiseux surtout avec la force publique, autant par nature que par crainte de représailles. Les gendarmes persévèrent et finissent par apprendre que le samedi soir a eu lieu une réunion amicale chez Texier et aussi que la veillée a été troublée par l’arrivée de trois individus : Boyer, Briend et Giquel. Intéressant, se disent les pandores, qui, plus futés qu’il n’y paraît, vont voir non pas Boyer et Briend, des personnages de sac et de corde1, mais celui qui semble à leurs yeux le maillon faible du trio. Ils connaissent un peu ce Giquel, un demi-sel2, un bon ouvrier, mais qui fréquente de mauvaises personnes. « On va lui faire peur et il va parler », se disent les militaires. Et c’est ce qui va se passer, ils lui promettent le bagne à perpétuité, autant dire la mort. Alors, Giquel raconte ce qu’il a vu, ce qu’il a fait. Il explique qu’après leur première visite pour emprunter des outils où ils ont été mal reçus, tous trois sont revenus. En effet, dans l’assemblée, Boyer a vu un homme qui lui a fait du tort et il veut lui mettre une tripotée. Ils retournent donc tambouriner à la porte en promettant de la casser tout en proférant des menaces. Après plusieurs minutes, lorsque Texier ouvre enfin, il est seul, les invités, sentant le vent tourner, ont pris le large. Boyer frappe le premier, lui assenant un violent coup de poing à la figure. L’homme tombe à terre et ils le frappent encore. Texier ne bouge plus, il est assommé ou bien mort. Le trio s’en va jusque chez Boyer qui habite à deux pas et ils boivent plusieurs bouteilles de cidre. Mais Boyer et Briend sont inquiets pour la suite des événements. Ils ont l’idée de retourner chez Texier pour masquer leur crime en accident. La meilleure solution pour eux est de le faire brûler dans la cheminée. Mais Émile n’est pas tout à fait mort. Il bouge encore. Qu’importe, ils raniment le feu avec du pétrole et flanquent Texier dans les flammes. Il hurle, mais ils le font le taire à coups de bûches.

Forts des aveux de Giquel, les gendarmes courent mettre la main au collet de Boyer et de Briend.

Que se passe-t-il dans le penti après le départ du trio infernal ? Malgré ses brûlures, malgré les coups de bûche, Émile est toujours en vie. Il arrive à s’extraire de l’âtre et rampe jusqu’au milieu de la pièce, il appelle, mais personne ne semble l’entendre. À Saint-Perreux, on ne veut pas d’histoires. C’est là, sur la terre battue, que le lendemain on le retrouvera bien mort cette fois. Boyer et Briend sont faits, se disent encore les gendarmes. Mais les deux meurtriers nient toute implication.

L’affaire arrive devant les assises du Morbihan en octobre 1926. Les trois accusés sont sur le banc de l’infamie, d’un côté Boyer et Briend et de l’autre Giquel. Boyer et Briend sont accusés de crime avec préméditation. Ils risquent la mort. Giquel est poursuivi pour ne pas avoir empêché le crime.

À la question du président : « Étiez-vous ensemble pendant la nuit du crime ? », les trois prévenus répondent oui.

« Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? » Boyer et Briend répondent non, seul Giquel reconnaît les faits.

Boyer et Briend sont décrits comme des brutes, ivrognes et querelleurs. Ils sont la terreur de la localité. Giquel, c’est autre chose, il n’est pas mal considéré dans le village, mais c’est quelqu’un d’influençable. Sous la menace, il a participé au crime et il a aidé à mettre Texier dans le feu. Le légiste vient dire que Texier a été brûlé vif, ce qui n’est pas tout à fait exact, mais c’était l’objectif. Briend se défend mollement, mais Boyer, retors, jure qu’il n’y est pour rien. Le procureur de la République est sans pitié et réclame un verdict sans indulgence pour Boyer et Briend. Cependant, il concède des circonstances atténuantes à Giquel. Les avocats de Boyer et Briend tenteront sans grand succès d’instiller le doute. La tâche est plus facile pour celui de Giquel. Boyer et Briend sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité. Giquel est acquitté. En mars 1933, la presse nous apprend que Boyer s’est évadé du bagne de Cayenne et a définitivement disparu.

1. Personnes peu recommandables.

2. Personne ne faisant pas complètement partie d’un milieu donné.

2Crime sur le parking du Shopi à Caudan

En ce 26 avril 2004, il est 7 h 45 lorsqu’une jeune femme de 24 ans, qui se nomme Gwenola, s’apprête à prendre son service à la supérette Shopi de Caudan dans le Morbihan. Un homme fait les cent pas sur le parking de la supérette. Il attend celle qui était il y a encore peu sa compagne. Gwenola travaille au supermarché depuis dix jours et, lui, Timothée, agent de sécurité, est un solide Africain de 37 ans. Gwenola l’a quitté et Timothée veut une explication. Cette malheureuse affaire est l’histoire d’un couple mal assorti, un couple toxique qui se déchire.

En 2004, cela fait six ans que Gwenola et Timothée sont ensemble. En 2002, de cette union est née une petite fille. Ce devrait être le bonheur. Pourtant, après cette naissance, le couple qu’elle forme avec Timothée part a-dreuz3. Entre la jeune femme et son compagnon, plus rien ne va… Mais, d’ailleurs, est-ce qu’un jour l’harmonie a régné entre la jeune femme et son compagnon ? On peut en douter. En effet, leur union, si l’on peut dire, est faite de séparations et de réconciliations. On aurait pu penser que la naissance aurait stabilisé le couple, il n’en fut rien.

Ça va si mal qu’en janvier 2004, dans une lettre de trois pages, Gwenola explique à son compagnon : « Tu m’as toujours prise pour une conne, je suis la bouffonne de service, je n’en peux plus de souffrir de cette manière-là, je t’aime, mais je pars avec notre fille. » Dans sa tête, lorsqu’elle dit qu’elle s’en va, c’est au meurtre de sa fille et à son suicide qu’elle pense. La mère et la fille y échappent et, quatre mois plus tard, elle est poignardée à mort sur le parking de la supérette où elle travaille.

Timothée est originaire de Côte d’Ivoire, il vit à l’africaine, une femme à la maison et une autre un peu plus loin, « le ministère des Affaires étrangères », comme on dit dans son pays. Ça, c’est l’Afrique avec son art de vivre sauf qu’en Bretagne, ce n’est pas le même régime et Gwenola ne veut pas de cette double vie. Elle veut partir, mais Timothée ne le supporte pas. Pour lui, ce n’est pas audible ! Il la harcèle, il la menace. Il la surveille, il veut qu’elle reste.

L’histoire est lourde, Timothée est né d’un droit de cuissage. Il n’a pas connu son père. Pour sa mère, il est la honte, la marque du déshonneur et elle l’abandonne. Timothée est la souillure, elle ne peut le supporter. Mais cette mère, il veut la retrouver. Garçon intelligent, à l’adolescence, il a tout compris. En Côte d’Ivoire, il n’a aucun avenir. Il retrouve la piste de sa mère ; elle est en France. Il la harcèle et finit par la convaincre de le faire venir. Tant bien que mal, ils tentent de vivre ensemble, mais elle le rejette. Il va en déduire qu’aucune femme ne peut l’aimer.

Pourtant, il va tout de même arriver à s’insérer professionnellement, il est agent de sécurité, sa carrure en impose. Il vit en couple ou plutôt en trio et fait vivre l’enfer aux deux femmes. Pour lui, la femme est par nature infidèle et il développe une jalousie maladive. Gwenola ne peut que le tromper selon lui. Il la surveille, lui interdit de sortir, lui interdit de travailler, fait du chantage pour la garde de la petite fille si la jeune femme le quitte. Gwenola n’en peut plus. Après sa tentative de suicide, elle se réfugie chez sa mère. Elle est embauchée par la supérette Shopi et retrouve goût à la vie. Mais Gwenola vit dans la crainte. Timothée a menacé de la tuer si elle ne reprend pas la vie commune et elle ne veut pas. Arrive ce 26 avril, Timothée l’attend aux portes de la supérette, il porte sur lui une arme de chasse, un couteau doté d’une lame de 20 cm.

Aux assises qui se déroulent à Vannes en juin 2007, lorsque la présidente du tribunal lui demande pourquoi il avait ce couteau sur lui, Timothée répond : « Je l’ai toujours sur moi, c’est un bon couteau, je n’ai jamais eu de problème avec. » De la salle, un « oh » d’indignation s’élève. Timothée hésite, puis se reprend : « Enfin, aucun problème avant celui que j’ai eu avec ma femme. » Pour Timothée, c’est Gwenola qui est venue s’empaler sur la lame. Un stupide accident. Au fil des audiences, il finira par reconnaître que c’est lui qui a porté les coups, « mais c’est involontaire », pleurniche-t-il.

Cependant, sa version est démentie par un témoin, agent d’entretien au supermarché. Il a tout vu à travers la porte vitrée du magasin. L’homme décrit la femme à terre, Timothée au-dessus de la victime. « Au début, j’ai cru qu’il la tapait. Après, j’ai vu qu’il la poignardait, il y avait du sang sur la lame. »

Puis c’est autour du légiste de venir mettre à mal la version de Timothée. Voici ce qu’explique le médecin : « J’ai relevé cinq traces de coups de couteau sur le corps de la victime, dont deux mortelles dans la région du cœur. De telles blessures sont toujours fatales. »

La présidente demande alors à Timothée ce qu’il peut dire sur les déclarations du médecin. L’homme n’a rien à répondre, il a oublié : « Tout est allé si vite, je ne me souviens plus de rien. » Et voilà qu’il se met à se plaindre : « J’ai perdu ma femme, je ne vois plus mes enfants. Plus rien n’a d’importance, j’assume ce que j’ai fait, je sais que ma place est en prison. Mais Dieu m’a pardonné et, moi, je pardonne aux autres. » Les autres ? Quels autres ? Mais les amants imaginaires de sa compagne, des amants fantômes qui lui pourrissent la vie et abîment encore plus son cerveau pas très fini. Il en devenait fou lorsqu’il imaginait Gwenola entourée d’hommes lubriques. Qu’aurait-on pu faire ? Elle n’a jamais porté plainte. Alors, la fatalité ?

Timothée, par ailleurs père de deux autres enfants, nés de précédentes unions, parle de lui et se décrit comme un homme fidèle, un homme aimant et un père attentionné.

« Ça devait arriver », vient dire une jeune femme à la barre. Elle est le double de Gwenola. Comme elle, elle croyait être la seule. Comme Gwenola, elle a subi la violence, la jalousie maladive de Timothée. « Il l’a tuée, ça aurait pu être moi », sanglote-t-elle à la barre. Elle décrit un individu manipulateur et tyrannique.

Ses ex-compagnes sont à peine plus tendres, elles décrivent un homme impulsif, violent et jaloux. Sa mère déclare : « C’est de ma faute, tout ce qui est arrivé. C’est parce que je ne lui ai rien dit. Ça lui a monté la tête. » Il apprend incidemment, quelques jours avant le drame, le nom de son père et voilà que Gwenola le quitte. C’en est trop pour lui. Il passe un stade, il sombre dans une sorte de schizophrénie extrême. Schizo ? Il l’est certainement. Cet homme est capable de se montrer charmant, il séduit, il est courtois. C’est son côté bon docteur Jekyll, mais mister Hyde tapi dans un coin de son cerveau attend son heure. Timothée se met en ménage et là tout change. Hyde a pris le pouvoir et le drame est en marche. Bien sûr, l’accusation n’en tient pas compte. L’avocate générale s’emporte : « Un tyran domestique, devenu bourreau. Puisque Gwenola ne voulait plus de lui, il s’est dit qu’elle ne serait plus jamais à personne. Voilà pourquoi il a commis ce crime. Il ne peut pas admettre qu’une femme soit libre sans lui. Il traîne depuis l’enfance cette peur d’être abandonné. » Elle réclame dix-huit ans de réclusion assortis de douze ans de sûreté. La défense tentera de plaider l’accident et l’altération du discernement au moment des faits, mais sans succès. Au bout de trois jours de procès, Timothée est condamné à seize ans de réclusion. Il est incarcéré à Rennes et, moins d’un an plus tard, il est condamné à quatre mois de prison supplémentaires pour agression sur un gardien de la prison.

3. De travers.

3Cupidité mortifère

En 1896, à Plougoulm, une petite commune léonarde à cinq kilomètres de Saint-Pol-de-Léon, une jeune trentenaire enceinte va être massacrée par son mari pour son argent. C’est une histoire de cupidité sordide, d’avarice mortifère.

Le 5 février 1896 au village de Kervasdoué, dépendant de la commune de Plougoulm, il est huit heures du matin lorsque Marie Bizien, une veuve de 70 ans entend crier son voisin : « Marie… Marie… Elle est tuée. » Le voisin en question se nomme Ollivier Floch, il a 26 ans, il vit chez ses parents dans la plus grosse ferme du village. Il est marié et son épouse Marie-Louise est âgée de 33 ans. Ollivier Floch n’est pas un homme facile, c’est un faiseur d’histoires, tout comme son père Joseph et sa mère, Anne-Marie. Puis il y a l’argent. Chez les Floch, on aime l’argent. Ah, l’argent, le bel argent, que ne ferait-on pas pour en avoir toujours plus ? Pour cela, on fera tout, jusqu’à tuer. Chez les Floch à Kervasdoué, on est cupide, méchant et bientôt criminel.

Au printemps 1895, Ollivier Floch épouse Marie-Louise Péron. C’est vrai, elle n’est pas très jolie, elle n’est plus très jeune non plus, mais elle a de l’argent. Marie-Louise est une pennhêrez4, pas la plus riche du canton, non, mais une héritière avec un joli capital, l’équivalent de 12 000 euros d’aujourd’hui. C’est l’oncle Marcel, le frère du père d’Ollivier qui a arrangé ce mariage. Il a joué le rôle de bazh valan, d’entremetteur. Chez les Péron, on n’était pas plus enthousiaste que ça de voir Marie-Louise se marier avec le fils Floch. Les Floch sont des personnes avares au-delà de toute raison. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : Marie-Louise avec ses trente ans passés n’est plus une perdrix de l’année. Même avec son argent, elle aura beaucoup de mal à se marier. La négociation entre les deux familles n’est pas facile. Un sou est un sou et, chez les Floch, rien ne sort, tout juste la fumée, et encore après être passée sur les andouilles, malgré cela le mariage est célébré en l’église de Plougoulm.

En se mariant avec Ollivier Floch, Marie-Louise Péron ne sait pas qu’elle signe son arrêt de mort.

Ollivier Floch n’aime pas sa femme, il ne l’a épousée que pour son argent et, dans la famille Floch, on lui réserve les tâches les plus dures. Les 3 600 francs de l’époque, une jolie somme, sont consignés chez le notaire au nom de Marie-Louise Péron, la pennhêrez. Le père Joseph et la mère Anne-Marie exigent que la jeune femme leur fasse une donation. Marie-Louise s’y oppose, alors, on la bat. D’ailleurs, depuis son mariage, elle est régulièrement battue. La mère Floch, vraie langue de vipère, fait courir dans le village des bruits désagréables sur Marie-Louise, elle prétend que sa belle-fille a une maladie honteuse.

En août 1895, Ollivier Floch, à force de coups sur la malheureuse Marie-Louise, la traîne jusque chez le notaire et elle cède. En récompense, elle est encore plus maltraitée. C’est elle qui va au lavoir, où elle se plaint auprès d’autres laveuses des mauvais traitements qu’elle subit dans cette famille.

Le 5 février 1896 au matin, Ollivier Floch alerte par ses cris les voisins. Dans l’écurie, ceux-ci découvrent Marie-Louise, étendue sur la dalle, elle est en sang et ne bouge plus. Pendant ce temps, Floch s’occupe de ses chevaux et raconte : « C’est le cheval qui lui a donné un coup de pied, elle est tombée. J’ai essayé de calmer la bête et j’ai appelé. »

On prévient le maire qui découvre le cadavre de la malheureuse. Elle a reçu un coup important à la tempe, ses yeux sont tuméfiés. Elle porte des traces de griffures sur le visage, on a tenté de l’étrangler. Décidément, le cheval a bon dos. Le maire constate tout ça et estime qu’il s’agit d’un crime. Il décide donc de prévenir les autorités.

Le légiste réfute catégoriquement le coup de pied de cheval. Ollivier Floch est conduit à la gendarmerie, il s’en tient à la ruade. Il est incarcéré et voilà que tombe le rapport d’autopsie qui révèle que la victime a succombé à une fracture du crâne ayant entraîné une hémorragie cérébrale et provoqué la mort. Il révèle aussi qu’il y a eu tentative d’étranglement.