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"FAITS DIVERS DE TOUT LE XXE SIÈCLE EN PAYS DE CORNOUAILLE,
DE CROZON À QUIMPERLÉ, EN PASSANT PAR LE CAP SIZUN, QUIMPER
ET LE PAYS BIGOUDEN.
Avec ce nouvel opus, Louis Gildas nous fait voyager dans un passé qu’il remonte tranquillement pour venir jusqu’à nous.
Il y a, dans les replis de ce passé, des histoires que l’on ne trouve pas dans les manuels, des vies minuscules que l’Histoire avec un grand H oublie trop souvent.
Et pourtant, ce sont elles qui forment la trame sensible et humaine d’un territoire, qui donnent chair à une époque, qui font battre le cœur d’un peuple, profondément enraciné en son âme.
Dans ce recueil de faits divers survenus en Cornouaille bretonne, du tournant du XXe siècle jusqu’à il y a peu. Louis Gildas redonne voix à ces récits enfouis, parfois tragiques, parfois cocasses, souvent troublants, mais toujours profondément humains. Ronan Corre, avocat au barreau de Brest"
À PROPOS DE L'AUTEUR
Louis Gildas est né il y a déjà joli temps à Lambézellec. L'âge venu, il a contribué à plusieurs titres de la presse quotidienne et à des magazines nationaux comme étrangers. Chroniqueur faits-divers sur les ondes de France Bleu Breizh Izel et de France Bleu Limousin, il a également tenu une même rubrique sur AQUITV en Dordogne, première télévision privée hertzienne de l'Hexagone.
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Seitenzahl: 225
Veröffentlichungsjahr: 2025
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BIBLIOGRAPHIE
Histoires des tramways de Haute-Vienne et de Limoges, CPE, 2001.
Brest, pays des Abers, Déclics, 2003.
Recettes bretonnes de mamm gozh, CPE, 2004.
Recettes périgordines de nos grands-mères, CPE, 2004.
Recettes limousines de nos grands-mères, CPE, 2004.
Recettes du Nord de nos grands-mères, CPE, 2005.
Recettes du Quercy de nos grands-mères, CPE, 2005.
Recettes normandes de nos grands-mères, CPE, 2005.
Recettes picardes de nos grands-mères, CPE, 2005.
Recettes aveyronnaises de nos grands-mères, CPE, 2006.
L’affaire Mis et Thiennot, BD, CPE, 2007.
Lorsque Brest était jeune fille, CPE, 2007.
Recettes pieds-noirs de nos grands-mères, CPE, 2007.
Le bonheur est en Limousin, CPE, 2009.
Langues et Chansons du Limousin, CPE, 2011.
Tonton, Nantes et moi, L’apart éditions, 2013.
Les Mystères de la Haute-Vienne, De Borée, 2013.
Un siècle de faits divers en Finistère, De Borée, 2014.
20 faits divers en Bretagne, chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions des Montagnes Noires, 2018.
Faits divers en Bretagne, 2e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions des Montagnes Noires, 2019.
C’est difficile de se dire adieu, chroniques brestoises 1950-1970, Éditions des Montagnes Noires, 2022.
Faits divers en Bretagne, 3e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions du Palémon, 2022.
Faits divers en Bretagne, 4e saison des chroniques radiophoniques de France Bleu Breizh Izel, Éditions du Palémon, 2023.
Faits divers brestois et léonards, Éditions du Palémon, 2024.
Faits divers en Cornouaille, Éditions du Palémon, 2025.
La Cornouaille en faits divers, on peut dire aussi e breizhoneg Kerne e darvoudoù liesseurt.
S’il y a un avant-propos, probab qu’il y ait à sa suite un après-propos, « probab » comme on dit à Brest. L’après, c’est que l’on va se pencher sur les chiens écrasés et autres faits div plus sanglants. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais nous autres, homo sapiens-sapiens, nous passons beaucoup de temps à nous pencher sur tel ou tel problème qui nous donne des soucis, et non pas l’inverse, comme voudrait nous faire croire l’usage actuel – et à tout bout de champ – du mot « souci ». « Y a pas d’souci », s’entend-on répondre à toute question concernant un quelconque problème. C’est parti et il vaut mieux, vous l’avez deviné, traiter le sujet avec une pointe d’humour. Cependant, il n’est pas bien de se gausser des malheurs de ses semblables… Enfin, avouons-le, ces dits semblables font l’impossible pour que l’on s’apitoie sur leur sort, mais on n’est pas obligé, on fait comme on veut, et on peut aussi s’amuser de tant de bêtise ou d’inconscience.
Voici donc, peut-être, l’ultime ouvrage, septième de la saga des faits divers en Bretagne. Ultime ? Allez savoir ! Mais il faut dire que j’ai bien nettoyé le sujet. Nettoyé, peut-être, mais dans une lessive de marin, c’est-à-dire : mouillé c’est lavé, sec c’est propre, comme il se dit sur les quais d’un grand port voisin. « Et roule ma poule », comme assure ma voisine, qui élève des poules… Je vous raconterai. Tout ça pour dire que ce présent bouquin traite des faits divers pour beaucoup à vocation correctionnelle et s’étant déroulés en pays de Cornouaille.
La Cornouaille et ses multiples pays : Pennsardin, Poher, Glazik, Tchou et d’autres encore, environ une vingtaine, et des délits tout aussi multiples sur environ un siècle, c’est de l’ethnologie délictueuse, en quelque sorte.
À leur lecture, souhaitons que vous ayez du goût, comme on dit, à l’ombre des flèches de Saint Corentin.
Ar Verouri sous le crachin,
Louis GildasJuin 2025
Avec ce nouvel opus, Louis Gildas nous fait voyager dans un passé qu’il remonte tranquillement pour venir jusqu’à nous.
Il y a, dans les replis de ce passé, des histoires que l’on ne trouve pas dans les manuels, des vies minuscules que l’Histoire avec un grand H oublie trop souvent.
Et pourtant, ce sont elles qui forment la trame sensible et humaine d’un territoire, qui donnent chair à une époque, qui font battre le cœur d’un peuple, profondément enraciné en son âme.
Dans ce recueil de faits divers survenus en Cornouaille bretonne, du tournant du XXe siècle jusqu’à il y a peu, Louis Gildas redonne voix à ces récits enfouis, parfois tragiques, parfois cocasses, souvent troublants, mais toujours profondément humains.
C’est d’ailleurs sa marque de fabrique : redonner vie à ces obscurs qui forgent le caractère de cette région.
La Bretagne, et plus particulièrement la Cornouaille, a toujours cultivé un lien intime entre la terre, la mer et les hommes. Entre les traditions solidement ancrées, les croyances populaires, et l’arrivée du « progrès », les premières décennies du XXe siècle ont été le théâtre de bouleversements sociaux et culturels majeurs. C’est dans ce contexte que surgissent ces faits divers : vols, drames familiaux, crimes passionnels ou accidents absurdes, autant d’histoires vraies, tirées des archives, qui éclairent d’un jour cru les réalités d’un quotidien souvent rude, mais jamais dénué d’émotion.
Ayant exercé comme notaire dans une de ces petites communes de Cornouaille, certes un siècle après, j’ai également été l’observateur discret de ce quotidien qui forge les âmes.
Louis Gildas aussi, à la manière d’un ethnographe de l’ombre, interroge les silences et exhume les traces. Il ne se contente pas de rapporter les événements : il les inscrit dans leur cadre géographique et humain, leur redonne profondeur, en respectant la pudeur des existences et en valorisant la mémoire collective. Son regard est à la fois celui du conteur et du documentaliste, du témoin respectueux et du passionné d’histoire locale.
Lire ces pages, c’est arpenter les ruelles d’un village oublié, c’est entendre le murmure d’un marché de jadis, c’est sentir la rumeur d’un tribunal de province ou la stupeur d’un café après une nouvelle sordide. C’est aussi, et surtout, se souvenir que chaque époque porte son lot de douleurs, d’injustices, de courage et parfois d’absurde – et que les faits divers sont, en somme, des miroirs de la société.
Ce livre est donc plus qu’un simple recueil : c’est un hommage aux oubliés, une plongée dans l’âme bretonne d’une époque pas forcément révolue, et une invitation à mieux comprendre notre propre présent à la lumière du passé.
Ronan Corre, avocat au barreau de BrestLe 4 juin 2025
Le samedi 22 septembre, vers une heure de l’après-midi, Madame Guéguen, cultivatrice au village Ty Eugène, entendant sa sœur Jeanne hurler près de la maison, se mit à la fenêtre et aperçut un taureau qui la piétinait. Presque aussitôt un toucheur (bouvier) se précipita et mit l’animal en fuite.
La bête, rendue furieuse par on ne sait quelle bestiole, avait mis en lambeaux les vêtements de la pauvre fille qui, par ailleurs, semblait sérieusement blessée à la jambe par un coup de corne.
Jean Feunteun, âgé de 26 ans, le toucheur, conduisait ce taureau d’une ferme voisine à une autre, mais après avoir à peine parcouru quelques centaines de mètres, la bête devenue subitement folle avait foncé sur lui. Elle était pourtant solidement entravée, mais ce ne fut qu’en s’allongeant par terre que le bouvier avait pu échapper à sa furie.
Le bovin s’était alors mis à divaguer. Cependant, à la course, le jeune homme avait fini par le rejoindre. Le taureau loin d’être calmé avait à nouveau chargé Feunteun, qui n’avait dû son salut qu’en s’allongeant une fois encore sur le sol. À ce moment-là, le taureau était reparti et avait rencontré la malheureuse jeune fille.
Jeanne Rivoal, femme Perrot, dite aussi « Jeannie mon cochon », une poissonnière âgée de 56 ans bien connue sur le carreau des halles n’avait vraiment pas de chance, on dirait même que la guigne la poursuivait !
Il faut avouer que cette matrone forte en gueule était également très susceptible et, comme si ce n’était pas assez, maintes fois, c’était son bagout qui la perdait. Ainsi, le 13 janvier, comme elle donnait une leçon de bavardages aux commères de sa confrérie, elle s’était imaginé d’adresser à un des agents qui passait à proximité un gracieux compliment… ordurier.
« Jeannie mon cochon » s’en alla faire des études préparatoires de politesse au casino pénitentiaire de Mesgloaguen pendant une durée de dix jours.
Le vendredi 12 septembre, vers 11 heures du matin, une nuée de fourmis volantes s’abattit sur Douarnenez. Dans toutes les rues, sur toutes les places, et même jusqu’à Ploaré, l’on ne voyait que ces insectes. De mémoire d’homme, de femme aussi, d’ailleurs, on ne souvenait pas avoir connu pareil phénomène.
Les personnes qui se trouvaient dehors en furent couvertes. Selon leur affirmation, cela n’était guère agréable, car les piqûres étaient assez douloureuses. Les commerçants, les habitants qui n’avaient pas pris soin de fermer leur porte ou leurs croisées en étaient littéralement empoisonnés. Chose étrange, dès que les insectes se posaient sur le pavé, toutes les fourmis volantes ou presque perdaient leurs ailes. Après avoir investi la ville une partie de la journée, le soir venu, elles avaient totalement disparu.
Mademoiselle Le D. tenait commerce de vin et de spiritueux place Saint-Guénolé. Depuis quelque temps, elle s’apercevait que des bouteilles de vin, de cidre et de liqueurs disparaissaient de sa cave ou étaient retrouvées brisées sur le sol. Mademoiselle Le D. ne savait que penser, d’autant plus qu’elle seule et sa domestique se rendaient régulièrement dans cette cave. La domestique, frêle jeune fille, en vint même à être soupçonnée, mais elle se défendit avec énergie et, d’ailleurs, elle ne buvait que de l’eau. Le mystère subsistait et il était grand !
Durant plusieurs semaines, les deux femmes exercèrent alors une rigoureuse surveillance. Las ! rien n’y fit, les bouteilles disparaissaient toujours.
Mais le 2 octobre, se rendant à la cave, la domestique remarqua une petite ouverture dans le mur de séparation d’avec un cellier attenant, qui appartenait au commerçant voisin. L’orifice semblait avoir été aménagé pour permettre à un chat de passer d’une cave à l’autre.
Mais ce jour-là, la jeune fille vit non point un chat, mais une main tenant un bout de manche à balai d’où pendait une corde terminée par un nœud coulant. L’ingénieux système permettait de happer les bouteilles dont le poids resserrait le nœud coulant. Si, par malchance, le nœud glissait, la bouteille tombait et se brisait. Le mystère était enfin percé. Fine observatrice, la petite bonne put, ce jour-là, apercevoir un bout de la chemise de l’opérateur.
Mademoiselle Le D. et sa bonne se précipitèrent alors chez le voisin pour lui conter leur découverte. Celui-ci écouta les deux femmes, puis décida de faire défiler son personnel devant la domestique et le gaillard amateur de boissons fortes fut rapidement démasqué.
Congédié par son patron, il poussa l’audace jusqu’à assigner Mademoiselle Le D. devant le juge de paix pour dénonciation calomnieuse. Cette dernière, dont le préjudice fut estimé à plus de 300 francs, déposa, de son côté, plainte à la gendarmerie.
Madame Guénolé, bouchère à Pont-de-Buis, se rendit le 15 avril dernier à la foire de Quimper. En descendant du train, elle s’aperçut de la disparition d’une somme de 700 francs qu’elle portait sur elle. Ce jour-là, elle avait voyagé en compagnie d’un marchand de chevaux de Commana, Monsieur Yves Le Bras.
À quelques semaines de là, rencontrant Monsieur Le Bras dans la cour de la gare de Quimper, elle lui demanda s’il avait entendu parler de cette disparition. L’idée n’était assurément pas bonne, car Le Bras entra en fureur et lui administra une paire de gifles.
Au tribunal, Le Bras fut condamné à 25 francs d’amende avec sursis, mais il n’y eut aucune nouvelle des 700 francs disparus !
Joseph-Marie Guillemot, en religion frère Duvian, âgé de 39 ans, directeur d’école congréganiste à Brest, était accusé d’avoir commis, tenté ou consommé, plusieurs attentats à la pudeur, apparemment sans violence, sur la personne de six enfants, tous âgés de moins de 13 ans. Les débats eurent lieu à huis clos et 15 témoins furent entendus. Le jury, après un délibéré d’une heure ayant rapporté un verdict négatif, Guillemot fut acquitté.
Cette affaire avait attiré un public considérable aux abords du palais de justice et une vive animation régnait dans la salle des pas perdus. Devant la grille et dans la rue du Palais, plus d’un millier de personnes attendait fiévreusement la décision du jury. Lorsque le verdict fut connu, des coups de sifflet et des huées retentirent dans la rue. L’agitation de la foule était si grande que l’on renonça à faire sortir le frère Duvian par la grande porte.
Après quelques tergiversations, le commissaire de police décida d’emmener Joseph-Marie Guillemot, sous bonne garde, en direction du jardin du Palais. Il lui fit franchir, à l’aide d’une échelle, le mur d’un jardin voisin, afin de gagner la place de la Tour d’Auvergne et, de là, la maison d’arrêt. Le frère acquitté passa la nuit en cellule… mais c’était à sa demande.
Jean-Louis Le Calvez, 28 ans, se disant marin-pêcheur, brisa nuitamment, à coups de sabot, les glaces des devantures des magasins de Monsieur Carichon, marchand de chaussures, et de Monsieur Villard, photographe.
Devant le tribunal, Le Calvez prétendit que, depuis cette nuit-là, il s’était engagé pour la campagne de pêche à Terre-Neuve et que seule l’ivresse l’avait fait agir ainsi.
Cependant, Monsieur Villard, cité comme témoin, déclara qu’ayant saisi Le Calvez au collet, celui-ci lui aurait affirmé qu’il n’aurait brisé les glaces que pour se faire ramasser. De ce point de vue, il avait tout gagné. Le Calvez écopa de 10 mois de prison et de 200 francs d’amende.
Jean Le Gall était charron, mais il vendait aussi de la margarine. Cependant, cette marchandise était soumise à la loi et ne pouvait être vendue sans être clairement annoncée comme étant… de la margarine. Cela afin que le client ne puisse se méprendre sur le produit qu’il achetait.
Fort de ce constat, Monsieur Le Gall se vit poursuivi pour l’avoir vendue sous le nom de beurre, en avoir conservé en dépôt et commercialisée dans un local dépourvu d’un écriteau spécifiant qu’il s’agissait bien d’un « dépôt de margarine ». De plus, le produit n’était pas renfermé dans des récipients portant sur toute leur face en caractères apparents et indélébiles le mot « margarine ».
Monsieur Le Gall prétendit que, si sa marchandise ne portait pas le mot « margarine », c’était parce qu’il la salait avant de la vendre. C.Q.F.D.
Néanmoins, il fut condamné à 15 jours de prison avec sursis et à 50 francs d’amende.
Le 20 mars, vers 16 heures, un homme poussa la porte de l’hôtel tenu par Madame veuve Querrien. Voyant l’hôtelière faire des crêpes dans sa cuisine, le client lui dit : « J’adore les crêpes, me permettez-vous d’en goûter ? »
Madame Querrien lui répondit affirmativement. L’homme se fit alors servir un bol de cidre et deux crêpes. Après avoir dégusté la première, il s’apprêtait à savourer la seconde, ce fut alors qu’il pâlit, chancela et s’écroula sur la table. La crêpière se porta à son secours, mais, à sa grande stupéfaction, elle constata que l’homme ne respirait plus.
Les secours alertés ne purent que confirmer le décès. On finit par apprendre qu’il s’agissait d’un ferblantier de Nantes arrivé la veille pour commencer la saison à la conserverie Rodel de Concarneau. Monsieur Le Coq, gérant de l’usine, se chargea des démarches et de l’inhumation qui dut se faire au compte de la société.
« Assurément, pour ne pas perdre une bonne habitude, on expulse toujours ! » titrait, en février, la presse hebdomadaire et bien-pensante du département.
Elle poursuivait : « Les pauvres gendarmes, instruments irresponsables des vilenies gouvernementales, ont ajouté les expulsions à la liste déjà longue de leurs obligations de service. »
La semaine précédente à Quimperlé, une centaine de gendarmes, à pied ou à cheval, entreprirent de cerner le couvent des Ursulines. Les sommations faites en présence du sous-préfet, du procureur, du commissaire de police et du liquidateur étant restées sans résultat, les forces de l’ordre furent contraintes d’enfoncer successivement six portes avant d’arriver au chœur de la chapelle réservée aux religieuses.
Après avoir entendu une protestation de la supérieure, le sous-préfet fit évacuer. Cependant, un accord intervint entre les autorités et les religieuses pour que huit d’entre elles puissent veiller sur les élèves présentes jusqu’à l’arrivée des parents.
Ne voulant céder qu’à la force, les religieuses obligèrent les gendarmes à leur faire mettre la main sur l’épaule. Cette formalité accomplie, elles sortirent du cloître sans autre résistance. Elles furent ensuite autorisées à se rendre devant le Saint-Sacrement, porté par leur aumônier, jusqu’à l’église Saint-Michel. La procession se déroula entre deux haies de gendarmes. Tout ce remue-ménage avait alerté la population qui criait : « Vive les sœurs ! »
Après la bénédiction, chacune des soixante-dix religieuses se retira dans sa famille. Elles y séjournèrent jusqu’au moment de leur départ pour Beaconsfield (Angleterre) où elles avaient acheté une propriété.
Et la presse conclut : « L’indignation est générale parmi la population et l’on s’interroge, à qui le tour maintenant ? »
Le 10 juin avait lieu à Ploaré le pardon annuel de la Sainte-Trinité et, comme souvent, il donna lieu à des débordements.
Tout commença dans l’après-midi. Les gendarmes Paoli et Faou de la brigade de Douarnenez faisaient une ronde dans le bourg lorsqu’ils apprirent que le nommé Guillaume Gourlaouen menait grand tapage dans les auberges et, plus encore, il venait de briser une bouteille de vin dans un débit de boissons.
Les deux représentants de la loi se hâtèrent vers l’établissement où régnait un grand tumulte. Après s’être frayé un chemin au milieu de l’assemblée, ils entreprirent de passer les menottes au perturbateur. Jusque-là, tout se passa sans trop d’incidents, Gourlaouen consentit à les suivre, mais, une fois dehors, il refusa d’avancer. Il faut préciser que l’individu (il mesurait 1 m 86) était doué d’une force prodigieuse. En hurlant tant que faire se pouvait, il se laissa donc traîner. La foule qui avait assisté à l’arrestation s’ameuta vite et entoura les gendarmes en vociférant : « Mort aux gendarmes ! »
Les militaires furent bousculés et frappés, un gendarme eut son képi jeté à terre et piétiné. Ils durent abandonner le captif et dégainer leur arme afin de sortir de ce mauvais pas.
Des témoins dignes de foi évaluèrent à plus de mille hommes l’escorte qui s’attaqua ainsi aux représentants de la loi.
Force devant rester à l’autorité, dès le lundi matin, toute la brigade sous les ordres du maréchal des logis Rouxel arrêta Joncour, marin-pêcheur, qui s’était particulièrement distingué la veille.
Après cela, ils se rendirent au port du Roz Meur pour s’emparer de Gourlaouen qui y avait trouvé refuge, avaient-ils appris. Mais l’affaire n’en resta pas là.
Furieux, huit cents pêcheurs au moins encerclèrent les gendarmes à la mer et menacèrent de les jeter à la mer. Une poussée formidable vers le bassin eut lieu si bien que les militaires étaient à deux doigts de se retrouver au fond du port.
Le maréchal des logis donna alors un ordre : « Rassemblement, hauts revolvers ! » Ils purent ainsi préserver leur existence et rentrer à la caserne suivis d’une colonne hostile. Il était certain que si les marins-pêcheurs qui se trouvaient dans la criée avaient réussi à ouvrir la porte arrière, les malheureux gendarmes, pris entre deux feux, eussent infailliblement été jetés à la mer. Mais la clé était restée introuvable. On ne sut ce qu’il advint de cette affaire croquignolesque, apparemment, Gourlaouen ne fut jamais inquiété.
Le facteur de Cléden en prenait un peu trop à son aise avec le service dont il était chargé. Les journaux qu’il devait remettre aux abonnés arrivaient invariablement en retard. Tantôt il les confiait à des enfants de l’école qui, n’ayant que faire des nouvelles du jour, les abandonnaient en chemin, tantôt le facteur les déposait chez des commerçants où ils faisaient poste restante indéfiniment, leurs destinataires n’ayant pas été prévenus.
Mais des voix s’élevèrent. Des abonnés, dans un courrier à la presse, s’insurgèrent et firent observer à cet honorable fonctionnaire des postes que, dans l’intérêt de tous, de pareilles combinaisons destinées à alléger son service – service à l’américaine selon l’intéressé – ne pouvaient être admissibles qu’avec l’autorisation expresse et poliment sollicitée des personnes intéressées. Et ils poursuivirent : « Service à l’américaine ou pas les journaux, comme les autres correspondances, doivent être remis à domicile en temps normal. »
Le rédacteur conclut : « Les journaux et le public paient pour cela, ils doivent être servis en conséquence ! »
Depuis quelque temps, les époux Piver, du bourg de Bannalec, ne s’accordaient plus très bien. La femme avait même signifié à son époux qu’elle ne voulait plus de lui.
Un soir, Piver, qui avait bu plus que de raison, voulut parler à sa femme, malade et alitée, mais il en fut empêché par sa belle-sœur, Joséphine Prigent. Furieux, Piver s’emporta, saisit un livre de cuisine sur le buffet et le lança à la tête de la belle-sœur. Elle fut blessée au visage et l’une de ses boucles d’oreilles brisée. Elles valaient tout de même 15 francs. Madame Prigent ne resta pas inactive devant l’agression, elle riposta et lança à la figure de son beau-frère aviné une soupière où trempait le potage du soir.
Bilan : une boucle d’oreille cassée, une soupière brisée, un œil poché et le visage de Piver entaillé.
La « foire des Vieilles », institution quimperloise multiséculaire, se déroulait chaque année à la Mi-Carême. Depuis toujours, elle attirait une foule considérable. On y venait de partout, et même de plus loin. Marchands, badauds, acheteurs de tout et de rien s’y pressaient ainsi que des aigrefins en quête de mauvais coups. Cette année-là, les 25 et 26 mars, elle n’avait pas failli à sa réputation. Des cambrioleurs, que l’on présuma être des Romanichels (ah, ces Romanichels, toujours sur la brèche !), avaient visité la villa « La Chaise à l’Évêque », qui appartenait à un rentier parisien, Monsieur Loth. Selon le constat des gendarmes, après avoir fait sauter les contrevents d’une fenêtre, ils avaient visité toutes les pièces, fracturant meubles et tiroirs avant de faire main basse sur tout ce qui leur semblait avoir de valeur.
Monsieur Loth était absent, les gendarmes ne purent connaître sur-le-champ le montant du fric-frac.
Par bonheur, le propriétaire était assuré contre le vol. Les limiers de la gendarmerie se mirent à la recherche des Romanichels qui n’avaient pas attendu leur reste et avaient pris le large depuis un joli temps.
Les désordres du carnaval prirent à Moëlan une forme particulièrement odieuse en ce 17 février. Vers 19 heures, une demi-douzaine d’énergumènes masqués, comme il se le devait, se réunirent en plein bourg devant la maison du pharmacien. Ils portaient une croix confectionnée par eux. Pour compléter leur acte, ils mirent le feu à la croix.
Cet acte sacrilège, selon la terminologie du temps, révolta tous les honnêtes chrétiens de Moëlan. D’aucuns invitèrent les fidèles à se prosterner et à demander pardon pour ces malheureux qui n’avaient pas compris l’inqualifiable de leur démonstration blasphématoire.
Un monsieur d’une trentaine d’années, un peu fort et endimanché de neuf, se présenta à la mi-avril devant le tribunal. « Il était fort embarrassé », soutinrent des chroniqueurs habilités.
Il se nommait Yves Le Bars, maire d’Audierne. Se croyant atteint dans sa majesté municipale, il vint s’en plaindre devant la justice de son pays.
Le 23 mai, vers 11 heures et demie du matin, il entra dans un débit avec des amis et se fit servir des apéritifs sur le zinc.
Dans le même établissement se trouvait, ce jour-là, un marin de Poulgoazec, quelque peu en goguette, Pierre Burel, surnommé « vieux Chinois ».
Ce personnage, assurément haut en couleur, avait l’habitude de traiter plaisamment et amicalement le monde de « petit Chinois » et parfois même de « bédouin ».
Il apostropha le maire en lui demandant de lui payer à boire. Celui-ci refusa tout net.
Burel l’appela alors naturellement « petit Chinois ». En substance, il aurait ajouté :
— Ce n’est pas parce que tu es maire qu’il faut faire le malin et, d’ailleurs, je t’emmerde.
Ces familiarités déplurent fortement à l’élu, ce dernier menaça même Burel de poursuites affirmant :
— Si vous êtes de mon côté, je ne vous dirai rien, sinon vous aurez un procès-verbal.
Mais le « vieux Chinois » n’était pas du bon côté et fut poursuivi pour outrage au premier magistrat municipal dans l’exercice de ses fonctions.
L’avocat de Burel s’employa à démontrer que le fait pour un maire de consommer des boissons dans un débit ne revêtait aucun caractère officiel.
— Monsieur le maire d’Audierne, officier de police judiciaire, n’était pas au café pour prélever des échantillons, pas plus que pour y faire la police, il y était en simple citoyen, sans plus, argumenta-t-il.
Il n’y eut donc pas outrage à magistrat municipal dans l’exercice de ses fonctions et l’avocat demanda purement et simplement la relaxe de Burel. Le tribunal se rangea à ces conclusions et, considérant qu’il n’était pas prouvé que les prétendus outrages s’adressaient au maire dans l’exercice de ses fonctions, acquitta le père Burel.
Quant aux épithètes « petit Chinois » et « bédouin », le tribunal jugea encore qu’il était entendu qu’elles ne devaient pas tirer à conséquence… surtout pour un élu du prolétariat !
On s’alarmait à Pont-l’Abbé, car, depuis plusieurs jours, l’horloge de la mairie battait la breloque !
Dans les débits et aux lavoirs, on invoquait l’incohérence de certains édiles. Que venaient faire les élus dans une affaire de pendule ? La question restait sans réponse, mais les faits étaient là, et comme on ne le savait pas encore, les faits étaient têtus.
L’horloge à toute heure du jour et de la nuit sonnait le couvre-feu, parfois c’étaient les quarts d’heure ou les demi-heures au lieu des heures, et vice-versa.
Cette situation n’était pas sans ennuyer nombre de Pont-l’Abbistes qui réclamaient tout bonnement au conseil municipal d’y apporter un terme.
Les élus tinrent conseil et décidèrent, après délibération, de prendre langue avec une maison de Quimper qui dut intervenir quelques jours plus tard.
Comme souvent, l’approche des fêtes était fatale aux poulaillers et aux clapiers.
À la mi-décembre, ceux de Louis Le Pélichaud, douanier à la villa Kerlouzan, reçurent la visite de ce qui semblait être des renards à deux pattes.
Après avoir nuitamment fracturé la chaîne, fermée à l’aide d’un fort cadenas, qui maintenait la porte, ils firent main basse sur un coq, quatre poules et trois lapins dans la force de l’âge. Leur valeur était estimée par Monsieur Le Pélichaud à 30 francs.
Des empreintes de sabots furent relevées sur le sol et, pour peu que les Sherlock Holmes de la brigade s’en mêlent, l’arrestation des voleurs ne saurait être qu’imminente.
