Faits divers en Bretagne - Volume 3 - Louis Gildas - E-Book

Faits divers en Bretagne - Volume 3 E-Book

Louis Gildas

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Beschreibung

"Toutes ces affaires qui ont fait la Une, qui ont effrayé, qui ont choqué. Et toutes ces affaires que, curieux et malsain paradoxe, nous avons tant de plaisir à redécouvrir sur France Bleu Breizh Izel. Louis Gildas titille le côté obscur de notre humanité. Mais il le fait avec humour et énormément de talent." Gurvan Musset, directeur de France Bleu Breizh Izel



À PROPOS DE L'AUTEUR

Louis Gildas est né il y a déjà joli temps à Lambézellec. L'âge venu, il a contribué à plusieurs titres de la presse quotidienne et à des magazines nationaux comme étrangers. Chroniqueur faits-divers sur les ondes de France Bleu Breizh Izel et de France Bleu Limousin, il a également tenu une même rubrique sur AQUITV en Dordogne, première télévision privée hertzienne de l'Hexagone.

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Seitenzahl: 184

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Couverture

Page de titre

PRÉFACE DE JEAN FAILLER

Lorsque j’ai reçu ces chroniques de Louis Gildas, j’ai commencé par me demander si la publication du récit de telles horreurs s’imposait. Car, qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas là-dedans quelque fiction d’un esprit pervers, mais bien le témoignage d’un journaliste qui fait vraiment son métier qui est, comme chacun le sait mais comme certains l’oublient, le devoir de rapporter des faits aussi précisément que possible.

J’ai souvent eu des remarques acerbes à ce sujet de la part de lecteurs qui me disaient : « vous exagérez, vous poussez trop loin le vice ». Je voulus en avoir le cœur net et je sollicitai un ami psychiatre en lui demandant jusqu’où on pouvait aller en matière de forfaits criminels.

Il me répondit : « si loin que tu ailles, il y aura toujours quelqu’un pour te dépasser. La perversité de certains humains n’a pas de limites. »

Effectivement, notre ami Louis en a vu bien plus que je n’aurais pu imaginer.

Ses témoignages sont donc âpres à lire, insoutenables parfois, mais il n’est pas mauvais que nous connaissions le danger pour mieux nous en prémunir. Comme dit le proverbe, « un homme averti en vaut deux » et, citant Georges Brassens,

C’est pas seulement à Paris, que le crime fleurit,

Nous, au village, aussi, l’on a de beaux assassinats.

Hé oui, ça se passe quelquefois ainsi dans notre belle Bretagne, hélas !

PRÉFACE DE FRANÇOIS LANGE

On ne devient pas journaliste ou policier, par hasard… et encore moins par nécessité.

C’est évident ! Même si, parfois, les intérêts sont divergents, voire opposés, ces deux métiers-là se ressemblent bigrement car ils procèdent d’une attirance (on pourrait même parler d’une vocation) qui prend racine dans la petite enfance.

C’est, sans doute, parce que j’ai exercé, pendant près de trente années, le métier d’inspecteur, puis d’officier de police, que Louis Gildas m’a amicalement proposé d’écrire quelques lignes en préambule de son dernier ouvrage : Faits divers en Bretagne. Peut-être, aussi, parce qu’au fil de nos discussions, il a intuitivement ressenti que j’avais, comme lui, une inclinaison particulière pour « le matériau humain » et, par voie de conséquence, pour ses dérives occasionnelles… fussent-elles irréparables.

Biberonné au lait des faits divers, puisque je crois savoir que sa grand-mère était très friande de ce type de littérature, Louis, comme la majeure partie des enfants de sa génération (moi y compris) a baigné toute sa jeunesse dans l’esprit de ce genre journalistique hérité des gazettes de la fin du XIXe siècle, une époque que l’on qualifia de « belle », mais où la presse populaire se faisait un point d’honneur de mettre le crime à la Une.

Ah ! Les couvertures en noir et blanc de Détective, dessinées par Angelo Di Marco… Quel pouvoir de suggestion, quel impact sur nos imaginaires d’écoliers lorsque nous les découvrions, punaisées en grand, sur le kiosque à journaux du quartier. Le reste de notre journée en était tout chamboulé, plus encore si l’on avait pris le temps de lire les gros titres… qui suintaient le sang et la violence.

Gaston Gallimard, le prestigieux éditeur qui avait osé lancer ce journal, n’hésitait pas à proclamer : « Les faits divers font vendre, même si personne n’avoue aimer les lire. Schizophrénie hypocrite des médias et des lecteurs ». Tout est dit dans cette phrase qui pose, d’emblée, les caractéristiques essentielles des faits divers, et de leur prolongation naturelle… Les chroniques judiciaires. De la commission du crime au verdict des juges, c’est tout le déroulé de la chaîne pénale qui est offert au public, avec un luxe de détails glanés lors des enquêtes sur le terrain et dans les salles d’audience. Par le talent du journaliste ou du chroniqueur judiciaire, souvent la même personne, le lecteur devient alors un acteur du drame, tour à tour témoin de l’indicible et juré potentiel face à l’inexcusable.

Car le fait divers est le reflet flouté de la vie en société, un révélateur des failles des individus qui la composent, de leurs doutes, de leurs envies, de leurs passions… et de leurs pulsions. Soudainement, au travers d’un article, aussi lapidaire que dérangeant par le glauque et le sanglant des détails, voilà que le lecteur se trouve plongé dans un univers qui lui paraît familier… tellement familier.

La banalité du profil des auteurs et des acteurs de ces « faits divers », l’apparente normalité qui environne le drame, l’étroite proximité de la vie de tous les jours dans tout ce qu’elle possède de trivial et d’ordinaire, plonge d’un seul coup le lecteur dans un monde qui ressemble étrangement au sien et, de fait, qui pourrait effectivement devenir le sien. En prise directe avec la réalité de son quotidien, le lecteur, immergé en pensée dans l’horreur et la violence, se rassure d’être simplement le spectateur du « roman du réel », se contentant de vivre par procuration les sentiments des meurtriers et les angoisses des victimes et, devant le malheur des autres, de profiter encore plus sereinement de sa situation privilégiée… avant de passer à autre chose.

Car, ce qui fait la force et tout l’intérêt du faits divers et de la chronique judiciaire, son corollaire incontournable, c’est qu’aucun déterminisme socio-économique ne préside à la commission d’un crime de sang… fut-il perpétré dans des conditions épouvantables Toutes les classes sociales sont représentées, et la sombre énumération que nous fait Louis Gildas des accusés ayant eu à répondre de leurs crimes, devant les « robes rouges » et les jurés d’assises, comporte des profils aussi différents qu’atypiques. Ingénieur, S.D.F, agriculteur, propriétaire terrien, serveuse, chômeur, nouveau riche, surveillant de collège, trimardeur… le crime exerce toutes les professions et l’auteur de Faits divers en Bretagne, méthodiquement, égrène pour nous le macabre chapelet de ces existences banales, interrompues brutalement sur fond d’alcool ou de stupéfiants, de sexe ou d’argent, d’envie ou de jalousie… cette « sale bête qui bouffe les plus belles histoires d’amour ».

Ce ne sont pas moins de vingt chroniques que Louis Gildas passe ainsi en revue, toutes plus terrifiantes les unes que les autres. J’en extrais, en un loto morbide, l’horrible affaire de « La disparue de la Gouesnière » ; une mère de sept enfants, tuée et enterrée avant d’être exhumée, dépecée puis brûlée par son ex-conjoint. Celle d’Aurélie, assassinée en Ille-et-Vilaine par un compagnon accro aux congés maladie, perfusé aux allocs et gavé d’Internet. Le quintuple homicide de Saint Didier sera, lui, le fait d’un nouveau riche, alcoolique, ne supportant pas le départ de sa maîtresse. Il tuera successivement, dans son délire assassin, sa compagne, les parents de celle-ci et les deux gendarmes venus l’interpeller. Et puis, le drame de Yohann, massacré à Paimpol par ses compagnons de beuverie au terme d’une tragique troménie horriblement alcoolisée. Celui de Stéphanie, serveuse dans un pub de Pontivy, dont le corps sera découvert au fond d’un fossé avant qu’un routard, se prétendant la réincarnation d’un habitant de l’Atlantide, n’avoue, plusieurs mois plus tard, l’avoir tuée pour 300 euros. Enfin, parce que ce faits divers me touche particulièrement, puisque résidant à un jet de caillou de la scène de crime, le double meurtre de Saint-Yvi, commis par deux frères, des traîne-savates du crime venus de Paris. Ils furent les derniers condamnés à mort par les assises du Finistère… C’était en 1955.

Tout au long de ces vingt chroniques, Louis Gildas ne relâche pas la pression. Il nous livre les faits, dans toute leur brutalité, en conservant le regard froid et clinique du journaliste, certes, mais en y ajoutant toute l’humanité dont il possède une réserve inépuisable. De fait, l’exercice auquel il se livre se révèle éminemment périlleux. Qu’on en juge, il se doit, en tant que journaliste, de manier le sensationnel pour rester attractif et captiver ses lecteurs, mais, dans le même temps, ne jamais se départir de la rigueur juridique qui sied à l’habitué des prétoires tout en conservant, parce que cela lui est intrinsèque, l’empathie et la compassion ressenties pour les victimes de ces abominables tragédies du quotidien.

À l’heure des chaînes en continu, des scoops instantanés et des catastrophes en direct, faire frissonner le public en relatant par écrit des chroniques primitivement destinées à être racontée sur les ondes radios relève de la gageure. Pour difficile qu’il soit… l’exercice est réussi.

En ce début de XXIe siècle, tout laisse malheureusement à penser que le grand théâtre de la vie et de la mort n’est pas près de baisser son rideau écarlate. Nul doute que Louis Gildas continuera à en être un spectateur assidu et passionné… j’ai envie de dire : « tant mieux pour nous autres ».

Louis Gildas est attiré par les empoisonneuses, les escrocs, les égorgeurs et les lettres anonymes. Il aime à analyser, dans son tréfonds, la complexité de l’âme humaine et tenter de comprendre les mécanismes qui mènent, un triste jour, « monsieur ou madame tout le monde » à commettre l’irréparable et l’inexcusable.

Mais, je ne peux m’empêcher de penser qu’il ressent aussi, parfois, de la compassion, et pourquoi pas de la sympathie, pour certains de ces accidentés de la vie devenus les tragiques héros du quotidien.

Je ne crois pas me tromper sur ce coup-là… n’est ce pas, Louis ?

À Alex et Loulou, pour tout ce temps volé

1Aurélie tuée dans son arrière-cuisine

Le Val d’Izé, une commune de deux mille cinq cents habitants située près de Vitré en Ille-et-Vilaine, quelques jours avant Noël 2012. Sur le coup de 8 heures, trois enfants de quatre, huit et dix ans découvrent leur mère baignant dans une mare de sang sur le seuil d’une porte donnant sur l’extérieur de l’arrière-cuisine. Les trois petits hurlent de peur : « Maman, maman, réveille-toi, dis quelque chose, maman ! » Mais non, maman ne dit rien, maman ne dira plus rien, maman est morte tuée d’un coup de fusil tiré à bout portant. Alertés par les cris des petits, les voisins appellent les secours qui ne peuvent que constater le décès d’Aurélie. Aurélie, âgée de vingt-neuf ans, était en instance de divorce. À l’autopsie, le légiste découvre qu’elle a été tuée d’une seule balle, à la tête. Dans une main, elle tient un briquet ; dans l’autre, une cigarette. Appelée sur les lieux, Marie-Christine, la mère d’Aurélie, n’y va pas par quatre chemins pour désigner le coupable : « C’est Sébastien quil’a tuée », sanglote-t-elle. Sébastien, le futur ex-mari d’Aurélie. Selon Marie-Christine, il n’y a que lui qui aurait pu commettre un tel crime. « Il connaissait ses habitudes, il savait que tous les matins, avant de lever les enfants, elle fumait une cigarette sur le pas de la porte de l’arrière-cuisine. » Mais c’est Marie-Christine, la mère d’Aurélie, qui le dit, sans preuve. Aurélie et Sébastien sont mariés depuis dix ans, enfin l’étaient, puisque Aurélie est morte et qu’ils étaient en instance de divorce. Auparavant, le couple habitait Taillis, une petite commune de la proche banlieue de Vitré. Lorsque Sébastien s’est retrouvé en invalidité, la situation à la maison est vite devenue intenable pour Aurélie et les enfants. Elle a alors demandé le divorce et déménagé. Depuis le début de l’été 2012, Aurélie s’était installée avec ses enfants dans ce pavillon HLM du Val d’Izé.

Sébastien est mécanicien, mais ne travaille plus : un mal de dos persistant l’a éloigné des ateliers. Depuis, il vit dans un monde qui n’est pas celui d’Aurélie ni des enfants. Il joue sur Internet, vit la nuit et dort le jour. Et il est violent. Aurélie n’en peut plus et ses collègues de la déchetterie où elle travaille l’ont vue plusieurs fois arriver en pleurs au travail. En juillet, elle s’est décidée à demander le divorce, mais la séparation est loin d’être simple. Sébastien veut avoir la garde des enfants, alors qu’il ne s’en occupe pas… Mais il y a les « allocs », alors ! Sébastien harcèle Aurélie, lui fait peur lorsqu’elle va chercher les petits à l’école, et menace sans cesse de la tuer. Aux gendarmes qui viennent lui annoncer la mort de sa femme, Sébastien manque de se trouver mal et, se tenant à un mur, lâche : « C’est pas moi qui l’ai tuée. » Il dit ça spontanément alors que les gendarmes ne lui ont pas révélé qu’elle était décédée de mort violente. Ceux-ci lui passent les menottes et commencent la perquisition de son domicile et de sa voiture, dans le coffre de laquelle ils découvrent un pistolet 9 mm et des munitions. Dans la maison, les gendarmes tombent aussi sur une lettre adressée à Aurélie dans laquelle Sébastien laisse entendre l’issue dramatique. Les enquêteurs relèvent de la poudre sur les mains de Sébastien. Mis en garde à vue, il nie imperturbablement les faits qui lui sont reprochés. « Je suis innocent ! » clame-t-il. L’arme découverte est un pistolet d’alarme, au sujet duquel il explique : « J’ai été plusieurs fois cambriolé. Ce matin, j’ai acheté ce pistolet que je suis allé essayer sur un parking. » D’où les traces de poudre. Après vérification à l’armurerie, les enquêteurs confirment que le pistolet a effectivement été acheté le matin même, bien après le crime. Sur le parking, ils trouvent également une douille percutée. L’enquête de voisinage révèle que Sébastien est un bon père et qu’il s’occupe bien de ses enfants lorsque ceux-ci viennent passer le week-end chez lui.

Bien sûr, le pistolet n’est pas celui qui a tué Aurélie, mais demeure la lettre. De plus, il n’a pas d’alibi pour l’heure du crime, estimée par le légiste entre 5 h 30 et 7 h 30. La juge d’instruction inculpe donc Sébastien pour meurtre. Incarcéré à la prison de Rennes, il ne cesse de clamer son innocence et entame une grève de la faim. Examiné par un expert psychiatre, ce dernier met en avant « un risque important » de suicide, il est donc interné à l’hôpital psychiatrique.

Quelques semaines plus tard, sur un banc du tribunal de Rennes, une enveloppe est découverte portant pour adresse : À remettre à la juge qui instruit l’affaire du Val d’Izé. La juge lit cette curieuse missive et n’en croit pas ses yeux. Cette lettre est signée d’une seule initiale, madame G, laquelle s’accuse du meurtre d’Aurélie. Cette mystérieuse madame G y livre tous les détails que seuls les gendarmes connaissent : la cigarette et le briquet, l’heure du crime, 6 h 30. Les gendarmes interrogent les enfants de la victime ; l’aîné raconte : « J’ai entendu une femme crier en bas, elle disait à ma Maman : “Tu vas crever.” » Le garçon de dix ans dit avoir regardé son réveil, il était 6 heures, puis qu’il a entendu sa mère crier. Il a cru à un cauchemar et s’est rendormi. C’est donc une femme qui aurait tué Aurélie.

Les gendarmes interrogent de nouveau Marie-Christine, la mère d’Aurélie, pour savoir si sa fille comptait dans son entourage une femme qui lui aurait voulu du mal. La mère répond qu’elle ne sait pas, mais confirme que sa fille avait un amant, un collègue de travail, marié. Les gendarmes s’orientent vers cette piste qui, rapidement, tombe à l’eau.

Quelques jours plus tard, dans une autre lettre, madame G se manifeste auprès de la mère d’Aurélie en s’accusant du meurtre. Premier coup de théâtre : l’ADN de Sébastien est trouvé sur les enveloppes. Mais celui-ci continue de nier. Autre coup de théâtre : deux mois après les premières lettres, une troisième missive est reçue par la voisine de Sébastien dans laquelle il lui demande de lui fournir un alibi pour le matin du crime. Choquée par les termes scabreux employés, la voisine se précipite à la gendarmerie. À nouveau, les enquêteurs perquisitionnent la maison et trouvent dans le garage l’outillage nécessaire pour transformer un pistolet d’alarme en arme létale. Un pistolet acquis avant le crime. Après le meurtre, Sébastien se serait rendu à Rennes acheter un autre pistolet d’alarme, celui trouvé dans le coffre. Le crime presque parfait.

Le procès d’assises s’ouvre à Rennes le 25 novembre 2016 avec comme chef d’inculpation : « assassinat ». Sébastien risque donc la perpétuité. Chose exceptionnelle, l’accusé refuse d’assister à son procès. Ses avocats plaident l’acquittement, un sacré challenge pour la défense, en mettant en avant l’absence de tache de sang sur ses vêtements, mais aussi les lettres de la fameuse madame G. Ils essaient de créer le doute dans la tête des jurés. En vain. Ces derniers suivront les réquisitions de l’avocat général : vingt-cinq ans de réclusion.

Sébastien fait appel, et le 28 mai 2018, le procès se tient à Saint-Brieuc. Cette fois, l’accusé est dans le box. Un accusé qui nie le crime, qui nie l’évidence et qui se tait. De nombreux témoins viennent à la barre raconter qu’Aurélie avait peur de Sébastien qui avait installé un système de surveillance vidéo dans la salle à manger, devant la porte du pavillon, ainsi qu’un boîtier de pistage sous la voiture de sa femme.

« Un manipulateur, un pervers ! » tempête l’avocat général qui réclame trente ans de réclusion assortis d’une peine de sûreté de vingt ans. La défense a beau se raccrocher aux petites zones d’ombre, en tentant, pareillement au premier procès, d’instaurer le doute, rien n’y fait. Comme en première instance, Sébastien est condamné à vingt-cinq ans de réclusion.

2Barbarie à Paimpol

Il s’appelait Yohann, avait vingt-sept ans, et est décédé au CHU de Brest le 20 octobre 2008. Un drame comme il en arrive souvent en fin de week-end animé. Accident de voiture, fatigue, alcool, et pour faire bonne mesure, produits stupéfiants. Ça aurait pu être ça, en effet, et la presse aurait alors relayé l’info en brèves de faits-divers ordinaires. Malheureusement « ordinaires ».

Eh bien, non, ce n’est pas « que » cela, c’est pire encore ! Dans la violence, l’extrême violence, dans la barbarie, l’homme est capable d’aller jusqu’à l’inimaginable. Ce fait-divers en particulier peut être comparé aux sévices infligés par les nazis. Mais nous ne sommes plus dans les geôles allemandes des années sombres : nous sommes à Paimpol en 2008.

Paimpol, port hauturier, port de terre-neuvas, c’était hier, avant-hier même. La Glycine, une fière goélette morutière, est rentrée définitivement au port en 1935 pour y être désarmée. Il existait aussi l’Hydro, l’École des Officiers de la Marchande qui faisait vivre la ville, mais qui a fermé ses portes en 1986. Depuis, il ne se passe plus rien si ce n’est la Fête des chants de marins, celle du camarade Pierre Morvan, un « Udebiste » de stricte observance. Un vrai Paimpolais.

Pas besoin des Chants de marins pour faire la fête ; à Paimpol, on fait toujours la fête le week-end. Des week-ends qui commencent parfois le jeudi comme ici, ce 16 octobre 2008. Ce jour-là, Yohann et sa compagne écument les bars du port et de la ville. Pour eux, c’est whisky, glace ou Coca, selon. Mais ça descend bien. Au cours de leur troménie pistarde, ils rencontrent Christian, Mickaël et Steven dans un des cafés du port. Des potes de rencontre, des potes de bistrot, des potes de galère et l’on continue à boire ensemble. Mais les finances s’amenuisant, à dix-huit heures, l’équipe décide de poursuivre la fête chez Yohann et sa copine qui louent en centre-ville, rue des Patriotes, un studio de vingt mètres carrés. Tous les cinq se retrouvent dans le petit appartement. Ils continuent à boire : whisky, bière, rosé et tutti quanti. Et là, ça se met à déraper… pour quelles raisons ? Apparemment pour des violences de Yohann sur sa compagne. Violences qui auraient agacé Christian et Mickaël. Enfin, c’est ce que tous deux déclarent. Pendant trois heures, Yohann va subir une avalanche de coups et d’actes de torture. Inconscient, dans un sale état, il est traîné dehors, sur les pavés face au numéro 8 de la rue des Patriotes. Le trio continue à le frapper, et l’abandonne, agonisant, devant la porte de l’immeuble.

Découvrant cet homme en sang allongé par terre, des passants appellent les secours et mettent aussi en fuite quatre jeunes également bien avinés, n’ayant rien à voir avec l’affaire, mais qui à leur tour frappent Yohann et lui écrasent le corps avec une palette en bois. Avant de prendre la fuite, ils lui font aussi les poches. Grâce à la télésurveillance, ils seront arrêtés, déférés en correctionnelle et condamnés.

Les pompiers et le SAMU arrivent sur place à 23 h 30. Yohann est dans le coma. Le SAMU décide de son transfert au CHU de la Cavale-Blanche à Brest où les médecins constatent, outre de nombreux hématomes, un important traumatisme crânien avec lésions neurologiques irréversibles, une fracture de la mâchoire et de multiples plaies. Blessures dont il ne se relèvera pas ; il décédera trois jours plus tard.

Le procureur parle de faits d’une extrême sauvagerie. Ce qu’a enduré Yohann est inimaginable. Il a été battu à coups de poing, de pied, de latte de sommier, de manche de marteau, et comble de monstruosité, Yohann a eu trois dents arrachées. Une barbarie sans nom.

Après leur crime, Mickaël et Steven sont allés tout simplement tailler la bavette avec un de leurs copains, serveur dans un café. Christian est rentré à Saint-Brieuc en voiture avec la copine de Yohann. L’homme et la femme se sont arrêtés dans un pub où Christian a clamé à qui voulait l’entendre : « J’ai mis une branlée à Yohann. » Christian, qui vient de massacrer Yohann, emmène la jeune femme chez lui et ils font l’amour. Comme s’il ne s’était rien passé. La vie normale, quoi !

Les gendarmes débarquent au 8 rue des Patriotes et découvrent un spectacle de désolation : l’appartement est totalement dévasté ; il y a du sang sur les murs, sur le sol, et que l’on a tenté de nettoyer à l’eau de Javel. La porte d’entrée est défoncée, les chaises et le lit sont brisés. Pourtant rompus à des scènes de violence, les gendarmes en restent sans voix.

Les suspects sont rapidement identifiés et interpellés. Le parquet ouvre une information judiciaire pour « tortures et actes de barbarie ». Mais l’instruction requalifie le crime « en coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».