Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Le destin de Faustino.
Faustino a trente ans : il aime Lucie, mais ne peut plus vivre avec elle. Il a du mal à comprendre qui il est, et à accepter ce qu’il est en train de devenir. Issu d’une cité, il en aime les codes, les musiques, les couleurs. Adolescent, il fait les quatre cents coups avec ses « potes » : Jaoued, la terreur de la cité, Mouss, son frère, et Bienvenue, le plus violent. Parallèlement, Faustino suit des études avec Raza, jeune Malgache très intelligent, qui se convertit à l’Islam. Faustino découvre les plaisirs sexuels dans une cave : dégoûté, il s’enfuit. Mais Faustino est un jeune passionné par la littérature, qui supporte mal ce monde de violence. A dix-huit ans, il entre en hypokhâgne ; il espère rencontrer des gens comme lui, mais est très vite déçu par les personnes qu’il rencontre, bornées et hypocrites. Seule Lucie, qui va partager sa vie, trouve grâce à ses yeux. Lorsqu’il veut revoir ses anciens amis, il se rend compte que quelque chose est cassé : ils ont changé, il a changé. Faustino devient professeur de français et se trouve confronté aux élèves dont il faisait partie. Une nouvelle fois, il ne se trouve pas à sa place : il s’est embourgeoisé. Lucie lui demande alors de devenir écrivain. Faustino écrit une nouvelle, qui laisse son amie sceptique. Faustino essaie alors d’écrire sur ses parents, ne cherchant plus à plaire, mais à écrire pour lui. Lucie et Faustino ne cessent de s’éloigner, de s’abîmer, et Faustino, rejoignant le personnage de son roman en construction, décidera de partir seul.
Découvrez le parcours de vie d'un jeune homme qui a du mal à comprendre qui il est et à accepter qui il est en train de devenir.
EXTRAIT
« Et c’est pour cette raison que les hommes écrivent mieux que les femmes ».
Lucie le regarda, ahurie.
« T’es vraiment un pauvre misogyne, comme tous les hommes d’ailleurs, c’est un autre moyen de vous sentir supérieurs. Depuis toujours, on a fait croire que seuls les hommes pouvaient créer, et les femmes étaient au mieux tenues au rôle de créature idéale. Pygmalion, c’est exactement ça, un homme génial qui crée une femme magnifique. Le contraire, dans la littérature, ça n’existe pas. »
Faustino sourit, car encore une fois, Lucie n’avait pas compris ou voulu comprendre (c’était une tête de pioche) ce qu’il avait voulu dire, et encore une fois, elle lui avait donné malgré elle une magnifique idée : en effet, elle ne se rendait pas compte que c’était elle sa Pygmalionne, elle qui avait transformé la matière stupide de Faustino en quelque chose d’assez intelligent, et fier de son intelligence, pour créer.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 116
Veröffentlichungsjahr: 2017
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
FAUSTINO
Gianni BIGOT
Dépôt légal septembre 2010
ISBN : 978-2-35962-094-8
Collection Entr’actes
ISSN : en cours
© éditions Ex Aequo
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Éditions Ex Aequo
PREFACE : ________________________________4
Chapitre 2 : FAUSTINO ET LUCIE 8
Chapitre 3 : JAOUED 12
Chapitre 4 : FAUSTINO ET LUCIE 32
Chapitre 5 : AURELIEN 34
Chapitre 6 : FAUSTINO ET LUCIE 40
Chapitre 7 : LUCIE 42
Chapitre 8 : FAUSTINO ET LUCIE 44
Chapitre 9 : LE PROFESSEUR 47
Chapitre 10 : FAUSTINO ET LUCIE 50
Chapitre 11 : LE CHRIST AMER 52
Chapitre 12 : LE BON ECRIVAIN 57
Chapitre 13 ou chapitre 1 : FAUSTINO 60
Chapitre 14 : MAMAN 61
Chapitre 15 : FAUSTINO ET LUCIE 63
Chapitre 16 : PAPA 65
Chapitre 17 : FAUSTINO ET LUCIE 67
Chapitre 18 : JUSTINE 69
Chapitre 19 : FAUSTINO ET LUCIE 72
Chapitre 20 : FAUSTINO ET LUCIE 74
Chapitre 21 : FAUSTINO 75
DOSSIER PEDAGOGIQUE 76
Au commencement… 77
Le projet théâtral 78
Le projet d’édition 79
Bilan 80
Photographies du spectacle 81
Il m’a demandé d’écrire sa préface. Submergée par l’émotion, les larmes me montent aux yeux. Bien sûr, je vais essayer, je vais tout faire pour qu’il en soit fier, pour qu’il ne soit pas déçu. Car ce roman c’est un peu de sa vie. Tout roman est un tant soit peu autobiographique, on ne peut, lorsque l’on écrit, se détacher totalement de sa propre vie. Les paysages viennent de nos flâneries, les visages de nos connaissances aimées ou détestées, de nos fantasmes aussi.
Ce livre représente des heures de travail, la volonté de livrer sa conception de la littérature. La volonté, l’envie et le besoin d’écrire, de coucher sur le papier une idée qui revient, qui obsède. Le désir aussi d’être reconnu, d’être. De susciter l’intérêt et l’émotion, de faire naître par ce récit un écho dans l’histoire de votre vie. Car ne pas s’identifier à Faustino, sa femme et ses amis, ou à ses expériences de vie, est impossible.
C’est une histoire, c’est une vie romancée. Chaque livre est une vie, chaque vie est un livre. Nos choix créent les lignes, nos aventures les chapitres. Faustino aujourd’hui est adulte, mais pour comprendre ses opinions, ses révoltes, sa manière d’appréhender le monde, il nous convie à son introspection.
Son enfance fut difficile, tout l’est. A chaque pas, les obstacles et les chocs fusent, de la cité à l’université, en amour et en amitié. On ne peut pas décevoir, on ne veut pas décevoir, mais nous devons nous construire, nous, notre avenir propre, pas celui que l’on nous impose pour notre bien, pour leur fierté, mais celui que le destin nous dicte, auquel notre âme aspire. Rien ne doit nous abattre, ni les humiliations, ni le suicide d’un être cher, ni la guerre que se livrent en notre cœur nos différents moi. Ces âmes d’enfant et d’adulte, pleines de quiétude et de tourment, de spleen et de joie. Ces âmes qui s’entrechoquent, qui cherchent à nous dominer. L’état dans lequel nous sommes au fil d’un jour n’est que l’inégal équilibre de nos sentiments intérieurs.
Ce roman que vous vous apprêtez à lire est donc une histoire inventée petit à petit dont les idées ont germé dans la nuit ou au beau milieu de l’après-midi pour enfin être le soir couchées sur le papier par une main avide de mots, de phrases, de rythmes. Mais cet assemblage de chapitres est également le fruit de la ténacité de l’auteur qui malgré les doutes n’a jamais abandonné. Étrangement, réaliser un de ses rêves quand l’occasion nous en est offerte n’est pas si facile. La pression nous assaille, notre fierté, notre ego aussi.
L’écrit qui suit met en lumière ce parallèle entre histoire et réalité. L’auteur veut nous montrer que seul un voile existe entre la vie et la fiction. Mais ne vous perdez pas, gardez à l’esprit la densité d’une vie, des souvenirs. Les faire revivre pour les écrire, les romancer amènent à la confusion, ou à la volonté de l’auteur de montrer que rien n’est fixé, que dans l’écriture l’histoire et la réalité se mêlent, s’embrassent. Cette réalité peut n’être d’ailleurs qu’une autre fiction, deux inventions qui s’assemblent. Ce n’est pas une lutte mais une symbiose d’où naît l’assurance de repères vrais, touchants.
Lucie et Faustino, ensemble, avec leurs blessures propres, malgré les traumatismes de leur enfance, malgré les déceptions qu’amène la vie. Ensemble malgré tout, car l’amour est plus fort, car quand elle pleure, toujours il la consolera.
Avec l’amour d’une femme, avec l’amour d’une mère. D’une mère. Mais quand celle-ci brouille les cartes, révèle sa sexualité, où partent nos repères ? Comment notre réel et fantasque Faustino peut-il faire pour remodeler un morceau de son monde, qui maintenant n’est plus qu’une image vacillante ?
Avec l’amour d’un père aussi. Le modèle qu’on suit enfant, les limites qu’on a peur de franchir adolescent. L’être qu’on veut rendre fier une fois passé dans l’âge adulte.
Avec les amis à la ZUP. Les amis de galère, les amis de toujours, ceux qui soutiennent, cette famille du cœur, celle qu’on choisit. Faustino n’est pas vraiment comme eux, lui il aime lire, comprend le sens de tous ces mots qu’il rencontre, s’émeut en lisant Faust. Dans sa famille, déjà, on parle français. C’est étrange, d’ailleurs, tous ces jeunes, fils d’immigrés, qu’on dénigre alors qu’à neuf ans, ils sont bilingues. Mais, malgré les différences, ce sont eux ses soutiens, ses repères dans l’enfance.
Son enfance s’est écoulée. Cette période pendant laquelle on rêve d’être « grand » et qu’on aimerait ensuite ne jamais avoir quittée. L’université ensuite, la fierté de faire des études supérieures quand on a grandi dans un milieu cosmopolite et défavorisé. Mais aussi la déception, les désillusions d’un univers qui n’est intéressant qu’en apparence. Et les drames, le drame, la mort, le suicide d’un ami, les remords. La vie dans ce qu’elle possède de plus cruel. Elle, entière avec ses tourments et ses joies.
Faustino, à moitié roman, à moitié réalité, est né, plus rien n’est facile. Mais il a la rage de vivre. C’est un livre de vie.
De son enfance, Faustino a tiré la soif de réussir ; de la mort de son ami, de la culpabilité, il a tiré le courage de tout surmonter ; de sa mère, la tolérance ; de l’amour de Lucie, le moyen de tout accomplir. Mais cette Lumière se révèlera peut-être maléfique, Lucie, véritable Lucifer dans le pacte d’amour de Faustino…
Le petit Faust a grandi, il sait désormais la difficulté d’être Homme.
Margaux Gaillard
A mes sœurs et à mes frères
Quand Faust dit le mot fameux, si populaire parmi les maîtres d’école, admiré avec un frisson par les philistins : « Deux âmes, hélas ! habitent en ma poitrine ! », il oublie le Méphisto et toute la foule d’autres âmes que sa poitrine héberge également.
Le Loup des steppes, Hermann Hesse.
« Et c’est pour cette raison que les hommes écrivent mieux que les femmes ».
Lucie le regarda, ahurie.
« T’es vraiment un pauvre misogyne, comme tous les hommes d’ailleurs, c’est un autre moyen de vous sentir supérieurs. Depuis toujours, on a fait croire que seuls les hommes pouvaient créer, et les femmes étaient au mieux tenues au rôle de créature idéale. Pygmalion, c’est exactement ça, un homme génial qui crée une femme magnifique. Le contraire, dans la littérature, ça n’existe pas. »
Faustino sourit, car encore une fois, Lucie n’avait pas compris ou voulu comprendre (c’était une tête de pioche) ce qu’il avait voulu dire, et encore une fois, elle lui avait donné malgré elle une magnifique idée : en effet, elle ne se rendait pas compte que c’était elle sa Pygmalionne, elle qui avait transformé la matière stupide de Faustino en quelque chose d’assez intelligent, et fier de son intelligence, pour créer.
Elle l’avait fait écrire.
Lui s’était toujours refusé au concret, il comblait le vide par les mots, le rire, des réflexions pertinentes qu’il ne fixait jamais dans le marbre. Avec les femmes, c’était pareil : il était séduisant, drôle, mais lorsqu’il avait les moyens de conclure, il préférait se suicider sexuellement en se rabaissant volontairement, et offrir sa conquête à ses amis. Il était un peu con, en somme. Lucie était la seule à s’être « accrochée », à avoir cherché ce qui se cachait derrière ce masque de pudique vulgarité. Il était pris dans les filets, et plus il se débattait, plus les liens des sentiments lui serraient le cœur. Un soir, ils avaient fait l’amour, il l’aimerait toujours.
« Je ne dis pas que les hommes sont ontologiquement supérieurs aux femmes dans la littérature, mais que l’Histoire, la contingence historique, a créé ce phénomène. On a interdit aux femmes d’écrire, donc les femmes, lorsqu’elles écrivaient, se plaçaient dans une posture de combat. George Sand a pris un nom d’homme pour se faire lire. Je ne dis pas que c’est bien, je dis que l’Histoire s’est déroulée ainsi. Une femme écrit le plus souvent en tant que femme, alors que les hommes, faisant partie de la classe dominante, écrivent en tant qu’êtres humains. Pas tous assurément, car Houellebecq, et cela fait partie de son génie, écrit en tant qu’homme sexué, sexuel, et surtout sexuellement frustré. Mais en général ! En revanche, je te concède qu’il existe quelques femmes géniales qui ont dépassé ce sexisme originel pour atteindre l’essence de l’Homme. Woolf, Toni Morrison, c’est sûr mais il doit y en avoir d’autres que je ne connais pas… C’est un peu le même antagonisme qui sépare Zola de mon cher Proust. Si on prend le matérialisme historique marxiste (il aimait bien utiliser des adjectifs pompeux et les aligner) comme valeur heuristique, c’est-à-dire comme vérité du monde, Proust apparaît comme un nanti déconnecté des problèmes réels. Or, si le matérialisme historique, et par extension sexiste, n’est qu’un hasard de l’Histoire, Proust apparaît comme le véritable découvreur (c’est pas joli comme mot, j’aurais dû en employer un autre) de vérités partielles. »
Faustino s’arrêta, fier comme toujours de son érudition précieuse. Il pensait que Lucie serait contente d’avoir un petit ami aussi intelligent. Elle pensait qu’elle n’avait pas de chance de sortir avec un être aussi borné. Il avait tort, elle avait raison. Il parlait avec un air supérieur, le même qu’il exécrait chez les gens suffisants qui avaient suivi les mêmes études que lui. Parfois, il détestait ce qu’il disait et la façon dont il le disait, mais son orgueil masculin l’obligeait à parler. L’orgueil précède la chute, il le savait mais continuait à tomber.
Ce qu’il n’avait pas compris, c’est qu’il comprenait mieux les livres que la femme qu’il aimait le plus au monde. Aussi ses analyses littéraires ou cinématographiques témoignaient-elles d’une sensibilité rare et fine, alors qu’il était incapable d’interpréter correctement un simple sourire ou les yeux humides de sa bien-aimée. Inadapté au monde, donc inadapté à la vie, donc inadapté au bonheur : parfois, la lecture de Thomas Mann lui procurait le sentiment de supériorité propre aux gens faibles et vaniteux. « Je suis intelligent, et là est ma malédiction ». Non, le bonheur, on se le crée, le malheur n’est qu’un état dans lequel on se complaît. Faustino avait toujours pensé que tout ce qui nous arrivait en bien ou en mal ne pouvait être évité. Si ça arrive, c’est que ça doit arriver. Ce déterminisme simpliste lui permettait de se dédouaner de toutes les situations difficiles dans lesquelles il se trouvait. Ne pas choisir, laisser faire le destin. Mais souvent, le destin a bon dos, et Faustino était passé à côté de bons moments de sa vie par manque de volonté.
Justine.
Le jour où il avait failli perdre Lucie, il décida de prendre sa vie en main. Le destin, c’est l’âme, mais je peux infléchir mon destin car je contrôle mon âme. Je ne peux vivre heureux que si je le décide, il me faut le courage, la force de gagner le bonheur.
« C’est parce que ta mère est lesbienne que tu es misogyne. Ou parce qu’elle t’a…
— Vas-y, ferme ta gueule, tu vas m’énerver. Essaie pas de me psychologiser, c’est des conneries. »
Faustino venait de rire à une plaisanterie misogyne. Et là, ce fut le drame.
— Non mais explique-moi. Tu dis que tu n’es pas raciste, et tu rigoles à des blagues racistes. Tu dis que t’es pas misogyne, et tu es mort de rire avec les blagues sur les blondes.
— Excuse-moi, mais l’humour n’est drôle, pour moi, que lorsqu’il est méchant. L’humour tarte à la crème, ça ne me fait pas rire, putain.
— Arrête de dire des gros mots, tu n’es plus dans ta banlieue. Tu te prends pour qui ?
Elle voulait l’énerver. Il restait calme.
— Mais tu n’es qu’un bourgeois, un réac qui a peur pour son portefeuille quand il croise des jeunes à casquette.
Toujours aucune réponse. Ca énervait encore plus Lucie.
— Tu critiques les bien-pensants, les socialistes, les tièdes comme tu dis. Tu dis que la société est injuste, raciste, qu’elle ne favorise que les riches. Tu veux une révolution pour faire « cramer les bourges » ? Mais ce que tu ne comprends pas, c’est que tu en es un, le pire peut-être parce que tu ne t’en rends pas compte. Tu es bien installé dans ton confort bourgeois, et rien ne t’intéresse à part les causes éloignées. Tu parles, tu parles, mais tu n’as jamais rien fait pour rien. Tu critiques tout, la société, le système, la politique, mais tu es le plus bourgeois de tous les bourgeois, car chez eux, ils font exactement comme toi. »
Faustino ne dit rien. Elle n’avait pas tort.
