Faux-semblants - Valérie Laporte - E-Book

Faux-semblants E-Book

Valérie Laporte

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Beschreibung

Cette œuvre relate le parcours courageux d’une petite fille. Dans la grande maison de sa nounou, elle a appris à lire, à compter, à pleurer et à mentir. Lorsqu’elle a neuf ans et demi, à la rentrée des classes, tout lui semble parfait et bien organisé aux côtés de ses parents. La fillette connaîtra le bonheur. Pourtant, des évènements glaçants l’attendent.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Dans ce livre, Valérie Laporte partage son témoignage à tous, tel un accompagnement. Elle se sert de l’écriture pour sensibiliser les lecteurs aux fléaux qui minent inlassablement la société.

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Seitenzahl: 108

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Valérie Laporte

Faux-semblants

© Lys Bleu Éditions – Valérie Laporte

ISBN : 979-10-377-9083-5

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Maman essaie désespérément de me coiffer sans succès, mes cheveux blonds sont bien trop raides. Ils cachent parfois mes yeux bleus, mais pas mes taches de rousseur. Riante et intrépide, maman me surnomme souvent « Fifi Brindacié », personnage principal des romans pour enfants, écrits à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En mille neuf cent soixante, mes parents se sont dit « oui » le seize juillet. J’ai pointé le bout de mon nez peu après Pâques six années plus tard. Papa aurait bien aimé que je m’appelle Marina comme l’actrice qu’il admire. Il en a été décidé autrement et maman a choisi le même prénom que l’héroïne nommée « la vipère » du roman-photo qu’elle lisait chaque semaine en m’attendant patiemment.

Ma mère est née en mille neuf cent quarante et un, quelques semaines avant Noël. Son père était un bel homme grand et fort au verbe un peu haut, sans doute pour ne pas dévoiler le gros nounours qu’il était. Sa mère était une femme particulièrement belle à l’allure majestueuse. Ses parents ne sont pas riches, mais maman dit que sa sœur et elle n’ont jamais manqué de rien. Une enfance et une adolescence entourées de grands-parents. Des vacances avec les cousins et cousines dans une maison de campagne d’Arnouville. Maman vit chez ses parents, rue Dautancourt à Paris. Elle n’a jamais déménagé. Petite, elle dormait dans l’alcôve de la salle à manger. Souvent, elle aimait me raconter les colères de son père qui coursait sa grande sœur dans les escaliers parce qu’elle avait un peu trop abusé sur le maquillage.

Papa est né un quinze juillet, cinq années avant maman, dans un tout petit village de l’Île et Vilaine. Il est le septième de dix enfants, cinq filles et cinq garçons. Sa mère, une femme digne et si douce, est son plus beau souvenir. Il se remémore toutes ses nuits dans les étables, blotti dans les bras de cette maman qui le protégeait de la violence de son père. Il voue un amour inconditionnel pour celle qui l’avait mis au monde. Il évoque très peu son père, un homme méchant et difficile, décédé en mille neuf cent quarante-cinq.

Papa vit avec ses frères et sœurs dans une petite ferme entourée de dix hectares. Chaque jour, leurs souliers ne parcourront pas moins de six kilomètres pour se rendre à l’école. Ce ne sont pas leurs devoirs qu’ils feront en rentrant, mais ils aideront leur mère aux tâches quotidiennes. Cette maman qui veillera sur eux et leur petite sœur du mieux qu’elle le pourra avant d’être emportée par la maladie. Orphelins malgré leurs jeunes âges, aidés par leurs oncles, leurs tantes et voisins, ils sont restés dans cette ferme durant une année entière avant d’être séparés, placés, déchirés.

À quatre-vingt-cinq ans passés, papa essaie encore de comprendre pourquoi son père ne l’aimait pas ? Et puis, chaque année, il aime nous raconter les mêmes souvenirs, ceux que l’on conte à des enfants. Le jour de Noël avec l’attente de son orange dans sa pantoufle, ou bien lorsqu’il cachait les légumes de sa soupe dans les rainures de la table en bois. Il n’a pas changé. Il n’aime toujours pas les morceaux dans son potage, il ne mange pas beaucoup d’oranges, mais apprécie les chocolats qu’il trouve dans sa chaussette après minuit.

Papa vit à Paris dans un hôtel avec son pote de toujours, Dédé. Tous deux atteints de tuberculose, ils se sont rencontrés en sanatorium. Papa travaille rue Dautancourt et sourit chaque matin à maman lorsqu’elle part à Gennevilliers. Ils se sont mariés le lendemain de l’anniversaire de papa et deux jours après la Fête nationale de l’année mille neuf cent soixante. Malgré son mariage, maman se souvient qu’elle avait dû donner l’ensemble de son salaire à ses parents.

Pour leur voyage de noces, papa et maman sont allés en Normandie chez le frère et la belle-sœur de papa. Balades sur le port, dégustations d’huîtres et de fruits de mer étaient leurs rendez-vous quotidiens. À leur retour et par manque de moyens, ils se sont installés dans une petite chambre d’hôtel. Durant cinq années, maman a organisé ce premier nid. Puis ils vont déménager en région parisienne dans le Val-de-Marne, dans un appartement, puis un deuxième et enfin dans leur maison. Un pavillon qui a été gardé pendant dix-sept ans par leur chien Vostok, un fidèle husky et son compagnon de treize années Pignouf le chat. Une vie avec beaucoup d’amour et de tendresse. Un chemin rythmé aussi de coups durs, de tristesse, de pleurs, d’amertume et peut-être de regrets.

Bientôt une nouvelle année qui va commencer. Le soleil tente de percer à travers la fraîcheur du matin. Toujours réveillée de très bonne heure, je chante dans les bras de mon père jusqu’à la porte de chez ma nourrice. Papa est inquiet ce soir. Il est venu me chercher et tous les enfants de tata avaient la tête revêtue d’un foulard.

— Monsieur, désolé je ne peux plus garder votre fille, avait annoncé froidement tata.

— Pourquoi ? avait demandé mon père.

— Je n’ai rien à vous dire, monsieur.

Mon oncle qui travaille à l’Hôpital Saint Louis a très vite informé papa et maman que les enfants de ma nourrice avaient la pelade. Maman m’avait déjà gardé sept mois avant de reprendre son travail. J’étais restée presque trois années chez cette première nounou, une femme pas très grande aux cheveux noirs collés et brillants.

Je me retrouve chez Monsieur et Madame Lelièvre, des personnes adorables qui me garderont quelques jours. Ils sont les gardiens de la résidence des Acacias. C’est ici que papa et maman ont acheté leur premier appartement. Et je reprends mon refrain « tu es le chou chou le chou chou de mes rêves tu es le chou chou le chou chou de mon cœur » comme tous les matins. Insouciante mon doudou dans les bras, un petit ourson en fourrure marron et au petit nez rouge. Rassurés, mes parents partent travailler à Paris.

Mes souvenirs avec ce gentil couple qui prend soin de moi sont très loin. Je ne me souviens plus de leurs prénoms. Lui était un grand monsieur un peu maigre et elle une très petite femme aux cheveux courts. Tous deux étaient très attentionnés à ce que je ne manque de rien, comme si j’étais leur propre enfant. Chaque matin, j’entrais avec plaisir dans leur petit appartement situé au rez-de-chaussée. Une petite entrée qui à gauche menait dans la salle à manger et à droite dans la cuisine. C’est tout ce dont je me souviens. Malheureusement, leur travail de gardiennage ne leur permettra pas de m’accueillir très longtemps. C’est ma marraine, la sœur de maman qui va se proposer pour me garder. Je suis allée chez elle et mon oncle quelques semaines. Ils habitaient à Neuilly-sur-Marne et papa et maman venaient me chercher chaque vendredi soir.

Tout se passe bien chez ma marraine, même si mon oncle lève le coude un peu trop facilement, ce n’est pas grave. Il est gentil tonton Pierrot. Il aime tant faire plaisir et pourtant peu de gens y prêtent attention. Il faut dire que marraine n’est pas une femme facile, elle ne parle pas, elle crie. Alors souvent on s’amusera de leurs chamailleries. Marraine et tonton ont déménagé quelque temps plus tard à La Celle-Saint-Cloud. Après les grandes vacances, papa et maman espèrent retrouver rapidement une nouvelle nourrice.

Souvent, les dimanches, nous déjeunions chez ma tante et mon oncle. Marraine préparait généralement un couscous, puis nous allions voir mon arrière-grand-mère qui était maintenant dans une maison de retraite à Vaucresson.

Mémère c’est la maman de Mémé, ma grand-mère. C’était un petit bout de femme au caractère bien trempé qui habitait au premier étage de la rue Dautancourt. Lorsqu’elle était encore valide et bien sur ses jambes, c’est chez elle que nous déjeunions presque tous les week-ends. Je ne précise pas le midi, ces déjeuners étaient à la fois des goûters et des dîners. Des repas interminables où chaque invité se sentait encore plus fatigué qu’après une semaine de travail. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs. Un oncle amusait tout le monde alors que sa femme, la sœur de Mémé, tentait de calmer les tensions et l’impatience des enfants.

Mémère a eu une longue vie. Pour ses quatre-vingt-dix-sept ans, je lui avais préparé un spectacle. Je chantais et dansais sur la chanson du « Lundi au soleil » de Claude François. J’étais habillée en maillot de bain comme les Clodettes, avec des franges en papier d’aluminium aux poignets, aux chevilles et à la taille. Mémère avait été heureuse de cette attention, les larmes aux yeux, elle m’avait longtemps applaudi. Lorsque je m’approchais de son lit, elle me prenait tendrement dans ses bras. Puis un jour de sa fenêtre de chambre, les arbres se sont doucement courbés pour lui dire un dernier au revoir.

Bientôt le retour à l’école et je dois rencontrer ma nouvelle nourrice. Dimanche matin, je vais connaître tata. Mardi, c’est la maternelle pour une nouvelle année. Papa et maman se sont donné du mal pour trouver cette femme que je verrai en fin de compte plus qu’eux. J’ai fait la connaissance de tata, de tonton et de leurs cinq enfants.

C’est dans leur haute et grande maison rue de l’Égalité, derrière ses fenêtres sans rideaux que je vais apprendre à lire, à compter, à découvrir, à pleurer, à mentir.

Dring ! Ça y est, c’est ma première vraie journée chez ma nourrice. Elle semble plus gentille que la première, même si je trouve sa figure un peu sévère. Ma nouvelle tata a des cheveux courts grisonnants, des yeux un peu bleus et des lunettes. Papa et maman disent souvent qu’il est difficile de s’occuper des enfants des autres. C’est une personne qui semble très bien avec une belle famille, avaient-ils dit à Mémé.

C’est mon premier matin. Nous poussons la porte du petit portail en fer. Avec maman, main dans la main, nous montons les quelques marches du perron. La porte s’ouvre et tata m’accueille en m’embrassant. Impressionnée, je dépose vite un baiser sur la joue de ma mère, je fais un signe à mon père resté dans la voiture et je rentre dans cette grande maison. Mon cœur est un peu serré. Pourtant, la rencontre de la veille s’était bien passée, je voulais même y rester l’après-midi. Tata referme la porte.

À droite j’aperçois le petit salon avec un canapé, une petite table basse et un écran de télévision. À gauche le coin repas avec au fond un grand buffet où se mêlent des photos de mariage, des portraits d’enfants, leur vie en quelque sorte. Au centre, une immense table rectangulaire entourée de ses chaises aux grands dossiers en bois et aux assises en velours. Tata me prend par la main et nous entrons dans une immense cuisine. Autour d’une table imposante recouverte d’une toile cirée blanche avec de toutes petites fleurs orangées, tonton est en train de prendre son petit déjeuner. Leur fils Roger est assis à sa gauche.

— Chaque matin, il faudra dire bonjour à tout le monde, me demande tata.

Je m’avance et j’embrasse chacun l’un après l’autre. Tata dépose mon manteau sur une chaise.

— Ta place est ici, ajoute-t-elle en me montrant ma chaise. Chaque jour en arrivant, tu déposeras ton manteau dans la véranda. Ta maman doit me ramener tes chaussons, tu devras laisser tes chaussures dans cette petite corbeille pour ne pas salir les autres pièces.

Stéphane est déjà là. Il arrive un peu plus tôt que moi. C’est un autre enfant que garde tata. Je m’assois près de lui, il me sourit avec son regard presque cristal. Tonton est en train de déjeuner des sardines avec du pain beurré et Roger trempe ses tartines dans son chocolat. Tata me donne un bol de lait sucré par une cuillère à café de miel et deux tartines de beurre.