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Hyper : préfixe provenant du grec « huper », signifiant « sur ». Il est souvent utilisé pour marquer une forme d’intensité ou de supériorité dans l’espace.
Le but du jeu est simple : chaque saynète a pour thème un mot commençant par « hyper ». L’arbitraire décidera du sort de nos personnages.
Au fil du recueil, ceux-ci se croisent ou se manquent, les unions se nouent et se dénouent, dans un rythme effréné, celui de la surabondance, de l’hyperactivité, démultiplication des rêves, des ambitions, des espoirs et des besoins de conquêtes. Alors que Brunehilde, tout droit venue du Moyen-âge, se familiarise avec l’hyperespace et le voyage multidimensionnel, Manon et Marc errent dans un hypercube dont ils peinent à trouver la sortie. Hannah l’hypermnésique lutte pour sauver la mémoire collective, Rémi l’hyperlaxe cherche un but et Icare renonce à sa destinée. 3G, 4G, 5G, 3D, 4D… Chacun rêve en grand et occupe le plateau le temps d’une confidence.
Mais si le Destin de l’univers ne tenait qu’à un fil ? Ou, arbitrairement, si tout ne reposait que sur un hypercube, un orgasme et un plat de pâtes ?19 saynètes
19 personnages et une voix off
Distribution : à partir de 2 femmes et 1 homme
Décor : un canapé
Durée : environ 1h30
À PROPOS DE L'AUTEUREComédienne, metteuse en scène et autrice, Claire Poirson dirige la compagnie L’Extra théâtre à Bordeaux et intervient en tant qu’enseignante d’écriture théâtrale à l’école des 3M. Elle rejoint les Écrivain.e.s Associé.e.s du Théâtre en 2022. Quelques mois après Merde !, Hyper est son sixième ouvrage.
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Seitenzahl: 51
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Claire Poirson
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0679-5
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : mai 2023
© couverture Ex Æquo
©2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays
Toute modification interdite
Éditions Ex Æquo
(Marco et Brunehilde sont assis sur le canapé. Brunehilde est en train de lire un vieux livre jauni.)
MARCO
Pourquoi tu n’utilises jamais la tablette que je t’ai offerte pour ton anniversaire ?
BRUNEHILDE
(Gardant les yeux dans son livre.)
Le plaisir des choses simples et authentiques.
MARCO
Tu veux dire routinières, conformistes et rigides.
BRUNEHILDE
(Elle lit toujours et répond d’une voix distraite.)
Si tu veux.
MARCO
Tu sais, sans technologie, on ne se serait jamais rencontrés.
BRUNEHILDE
On aurait rencontré d’autres personnes. C’est la vie. Les aléas des rencontres.㬍
MARCO
Avoue que mon époque est quand même bien plus sympa que la tienne.
BRUNEHILDE
Tu parlerais en connaissance de cause, je t’écouterais. Tu ne viens jamais dans ma famille… Donc ton avis sur mon siècle ne m’intéresse pas.
MARCO
Une fois, je suis venu. Une fois. J’ai assisté à une pendaison de bienvenue et ton père a voulu me faire participer à une joute équestre.
BRUNEHILDE
Et alors ? Tu as de la chance. En tant que femme, je n’ai jamais eu le droit de participer. Ça, je te l’accorde, c’est quelque chose que j’apprécie dans ton époque. J’ai autant de droits que toi.
MARCO
Le droit de se faire embrocher sur un cheval au galop, tu parles d’un droit !
BRUNEHILDE
Vu ton petit corps chétif, tu as bien de la chance qu’il t’ait proposé de participer. Tu aurais dû le prendre comme un honneur. Chichiteux.
MARCO
Personne n’utilise ce mot !
BRUNEHILDE
MARCO
Bien moins longtemps que ça aurait dû, grâce à la technologie.
BRUNEHILDE
Oh, tu m’énerves, c’est pas possible d’être aussi buté !
MARCO
J’essaie de communiquer. Tu as tout le temps le nez dans tes livres.
BRUNEHILDE
(Levant enfin les yeux de son livre.)
Lire, ça m’occupe. Tu as mieux à proposer ?
MARCO
On pourrait aller voir un film. En Belgique ils viennent de sortir « Le Tour du système solaire en quatre-vingts secondes ». La Belgique ce n’est qu’à un pays d’ici, en quelques secondes on y est.
BRUNEHILDE
Bof. Je n’ai pas envie d’aller au cinéma. Et puis les reprises de Jules Verne, ça va bien deux minutes. On a déjà vu « Voyage au centre du multivers » et « Vingt mille années-lumière sous les trous noirs » … C’est lassant à la fin.
MARCO
Tu veux aller skier sur Mars ?
BRUNEHILDE
On ne pourrait pas simplement rester ici ?
MARCO
D’accord. Je vais commander le repas sur Univeroo. Tu veux manger Vénusien ? Solarien ?
BRUNEHILDE
Tu ne voudrais pas juste aller nous chercher des pâtes en Italie ? Ça fait longtemps…
MARCO
(Il sourit.)
Notre repas de noces… Notre lune de miel, sur la Lune.
BRUNEHILDE
(Elle sourit.)
Tu te souviens du civet de lapin sur la Lune aussi ?
MARCO
Comment l’oublier… Tu sais, quand je repense à tous ces souvenirs je m’en veux pour cette histoire de joute. Ta famille me déteste à cause de ça… Je n’aurais pas dû dénigrer leurs coutumes. Je n’ai pas simplifié les choses pour toi, mon amour. Je t’aime. Pour toi, je serais capable de tout, même de finir transpercé par une lance et de me vider de mes organes en mourant sur un cheval au galop.
BRUNEHILDE
Je ne suis pas toujours correcte non plus. Je rejette régulièrement ton époque.
(Tous deux se regardent avec amour.)
BRUNEHILDE
Passe-moi tes clés, c’est moi qui vais y aller dans ton hyperespace. Sans le pont d’Einstein-Rosen, nous ne nous serions jamais rencontrés.
MARCO
(Avec amour.)
BRUNEHILDE
Je vais aller les chercher moi-même, ces pâtes. Et après si tu veux nous irons sur HD 188753 AB, regarder le coucher des trois soleils.
MARCO
Tu t’es souvenue de ma planète préférée !
BRUNEHILDE
Passe-moi tes clés.
(Marco tend son trousseau de clés à Brunehilde, qui s’en saisit.)
MARCO
Tu vas t’en sortir ?
BRUNEHILDE
Je sais monter à cheval, ce n’est pas une paire d’hyperclés spatiales ou je-ne-sais-quoi qui va m’arrêter. Je sais bien que ce n’est pas mon époque, mais on a voyagé ensemble des tas de fois, je t’ai vu faire, j’y arriverai. Et puis, l’Italie, c’est juste à côté…
MARCO
J’ai de la chance de t’avoir.
BRUNEHILDE
(Elle sourit.)
On a de la science de s’avoir.
(Brunehilde sort. Marco s’assied, prend le livre de Brunehilde dans ses mains et caresse la couverture avec tendresse, le regard perdu dans ses pensées. On entend un léger « ploc » en coulisses, bruit de démarrage de la machine de Marco.)
(Une femme est assise, en scène, un gros livre fermé sur les genoux. Une de ses mains est posée sur la couverture du livre, comme s’il s’agissait d’une histoire qu’elle connaît tellement bien qu’elle peut maintenant la conter sans avoir besoin du livre.)
HANNAH
Petite, j’étais une excellente élève. Je retiens tout. Avec ma mémoire, j’aurais pu faire médecine, ou droit. Mais je préférais les arts. Enfant, déjà, j’aimais retenir les poèmes. J’avais toujours les meilleures notes en récitations. Mes parents étaient très fiers de moi. J’aurais pu être comédienne, j’aurais retenu chaque texte avec une remarquable simplicité. J’ai su lire parfaitement à l’âge de trois ans et huit mois, je m’en souviens encore. Je me rappelle le pull blanc que portait ma mère. Je me souviens, je m’exerçais à lire Le Club des cinq en vacances
