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Ne jamais sous-estimer les conséquences de la phobie administrative...Lorsque Tony attrape une administrite aiguë, maladie due à une overdose de documents administratifs, son mari, Marc, essaie de l’aider. Mais l’Administration française n’a pas dit son dernier mot… Codes à 10 chiffres dont trois majuscules et deux caractères spéciaux, redirections de plateformes téléphoniques en plateformes téléphoniques, dossiers perdus entre les services, la grande machine administrative redouble de créativité pour les pousser à bout. Tony, dont la maladie empire, se transforme progressivement en document Cerfa. Marc devra combattre vaillamment pour sauver son mari.
Qui ne s’est jamais énervé devant un document Cerfa au point de sentir ses poings se serrer, les larmes monter et une violente envie de déménager sur une île déserte où il n’existe aucune administration ? Qui n’a jamais envisagé une formation dans un temple de maîtres zen en voyant dangereusement arriver le moment des déclarations fiscales de fin d’année ? Si ces simples évocations vous crispent, tapez 1. Si vous êtes toujours serein.e, tapez 2. Sinon, merci de revenir au menu principal.
Un intermède léger et désopilant sur les pires absurdités de l'Administration française.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Formée au conservatoire de théâtre de Mérignac, Claire Poirson est titulaire d’un master en lettres modernes et d’un master en mise en scène et scénographie. Elle est directrice artistique et metteuse en scène de la compagnie L’Extra théâtre (Bordeaux), professeuse d’écriture théâtrale et comédienne.
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Seitenzahl: 54
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Claire Poirson
Imprimé, déprimé
(Suivie de Traits d'Union)
Comédie en quatre actes
Illustrations : Marie-Christine Poirson
ISBN : 979-10-388-0203-2
Collection : Entr’Actes
ISSN :2109-8697
Dépôt légal : Septembre 2021
© couverture Ex Æquo
© 2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
Tony
Marc
N°1 : gratte-papier
N°2 : gratte-papier
Dominique Roubier : doctoresse/docteur
Michel.le : une agrafeuse
Deux exorcistes
Un salon sobre, ni trop coloré, ni trop décoré, ni trop éclairé, ni trop grand, ni trop luxueux, ni trop en désordre. Un canapé ni trop neuf ni trop usé. Les personnes vivant dans cet appartement n’aiment apparemment pas les « trop ». Marc, ni trop calme ni trop joyeux, traverse la pièce avec empressement, tandis que Tony est immobile au milieu du salon, semblant chercher quelque chose du regard.
MARC
Tu es sûr que je l'ai récupéré ?
TONY
Ah oui, sûr et certain. Tout ce qui est banque c'est toi. C’est forcément dans tes affaires.
MARC
J’ai légèrement l’impression de me faire avoir…
TONY
(Sur la défensive.)
Moi j’ai les assurances, la sécu et nos mutuelles… Tu peux bien gérer les papiers de banque et les feuilles de paie, non ?
MARC
Un jour il faudra quand-même qu'on range tout au même endroit... Ce serait beaucoup plus simple. Là on ne retrouve rien.
TONY
Et qu'est-ce que j'y peux ? Je veux bien t'aider à chercher, maintenant si c'est perdu je n'y suis pour rien.
MARC
C’est forcément un de nous deux qui l’a rangé… Je vais voir pour la troisième fois dans le bureau.
TONY
Ça marche. Et moi en haut du placard du couloir. On devrait vérifier aussi le tiroir où on stocke la paperasse en attente. Ce n'est pas censé être rangé là, mais dans le doute... Et au point où on en est…
(Tony sort.)
MARC
(Continuant à chercher.)
Tu te rends compte ? Maintenant pour valider ses congés d'été il faut fournir un an de relevés bancaires. Bientôt ils voudront notre acte de mariage pour nous autoriser à prendre nos congés en même temps et les coordonnées GPS de notre hôtel en cas de besoin. C'est quand-même fou... On marche sur la tête.
(On entend un bruit de chute, des classeurs et des feuilles qui tombent, puis un cri de douleur…)
(Le salon. Tony est allongé sur le canapé. Marc se tient à ses côtés. Tony se tient les côtes. Sa souffrance est manifeste. Dominique Roubier, leur médecin, quinquagénaire apathique ne dénotant clairement pas par son sourire radieux, achève de l'examiner tranquillement.)
DOMINIQUE ROUBIER
(À Tony.)
Pour les côtes ce n’est pas trop grave, juste quelques contusions mais je ne pense pas que ce soit fêlé. Par contre, vous vous êtes bien abîmé le dos... ça m'a tout l'air d'une hernie discale.
TONY
Je dois aller travailler demain, je serai en état ?
DOMINIQUE ROUBIER
Ah non, certainement pas. Vous en aurez pour au moins une semaine de récupération.
TONY
Je vais me faire tuer par mon patron...
DOMINIQUE ROUBIER
(Sans trop de compassion.)
Je vais vous faire un arrêt d'une semaine pour commencer, on verra d'ici là si vous êtes remis. Vous travaillez dans quelle branche ?
TONY
Je suis jardinier.
DOMINIQUE ROUBIER
Alors votre patron comprendra. Hors de question que vous jardiniez quoi que ce soit dans cet état. Je vous conseille de vous reposer, de vous forcer à bouger un peu pour maintenir les muscles de votre dos, et surtout d’éviter de prendre la voiture : les vibrations pourraient aggraver votre hernie. Si dans une semaine la douleur persiste rappelez-moi.
(Marc tend à Dominique Roubier la carte vitale de Tony.)
DOMINIQUE ROUBIER
Je regrette mais je ne peux plus faire le tiers payant : nouvelles directives nationales. Je vais vous donner une feuille de soins, il faudra la remplir et la communiquer à votre centre de sécurité sociale.
(Dominique Roubier sort de son sac une feuille de soin et la donne à Marc. Celui-ci, après avoir jeté un œil à la feuille de soin, prend son chéquier et paie.)
MARC
Bien, merci.
(Un bureau tristement décoré : un cadre, contenant très certainement une photo de famille ou un dessin d’enfant. Une tasse colorée avec un gros dessin. Probablement une de ces tasses un peu ringardes que s’offrent les collègues qui ne se connaissent pas très bien mais cherchent à « marquer le coup » malgré tout pour les anniversaires. Marc et N°2 sont assis autour d’un bureau. N°2 porte une tenue classique, BCBG sans excès, sobre. Il/elle lit des documents posés devant lui/elle.)
N°2
Bien. Votre dossier dit que vous avez une hernie discale. Pourtant vous semblez en parfaite santé...
MARC
Ah non, ce n'est pas moi qui ai une hernie.
N°2
Vous n'êtes pas M. Marticello ?
MARC
Si, mais je suis Marc Marticello, pas Tony. Je ne suis pas celui qui a eu l'accident. Ça, c'est mon mari. (Un temps.) Nous portons le même nom.
N°2
D'accord. Et pourquoi votre mari n'est-il pas venu ?
MARC
Le médecin lui a déconseillé de monter en voiture, les secousses risqueraient d’être mauvaises pour son dos.
N°2
(Un temps.)
Mais, vous, vous allez bien ?
MARC
Oui.
N°2
Alors pourquoi êtes-vous là ?
MARC
Pour mon mari.
N°2
(Répondant à Marc d’une voix distraite.)
Je comprends... Mais, pourquoi n'est-il pas venu ?
MARC
Parce qu'il a une hernie discale.
N°2
(Distrait.e par ce qu’elle/il est en train d’écrire.)
Et vous êtes ?
MARC
(Retenant son agacement.)
Son mari.
N°2
Oui, ça, je sais, mais votre nom ?
MARC
Marc Marticello.
N°2
Et que faites-vous là ?
MARC
(Essayant de se contrôler.)
