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Une place publique, n’importe où. La vie citadine dans toute son effervescence. Des personnes traversent d’un pas plus ou moins pressé. Parmi elles, Lucie. Sans crier gare, celle-ci s’effondre au sol. Qui l’aidera à se relever ? Une galerie de caricatures contemporaines voit progressivement le jour. Tantôt drôles, tantôt profondément agaçants ou touchants, chaque badaud se pare de ses préoccupations pour ne pas aider Lucie.
Et quand les media décident de s’emparer de l’affaire, ne manquant pas d’imagination pour inventer à cette femme une vie trépidante, que va-t-il advenir d’elle ? Pourquoi, étrangement, d’autres personnes se mettent-elles à s’allonger volontairement au sol ? Solidarité, contestation ou simple effet de mode ?
Lucie, c’est la première femme, le seul personnage nommé, l’humaine entourée d’êtres désincarnés, de media et de réseaux sociaux qui préfèrent relayer l’information de son accident plutôt que d’agir, dans un monde envahi par un langage performatif dans lequel la parole virtuelle occupe la place de l’acte politique. Au-delà de l’accident individuel, cette pièce nous invite à regarder autour de nous et à voir le vivant, tant qu’il en est encore temps.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Comédienne, metteuse en scène, autrice de théâtre et poétesse, Claire Poirson dirige la compagnie L’Extra théâtre à Bordeaux. Un an après "Hyper", "La Foule" est sa cinquième pièce de théâtre.
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Seitenzahl: 47
Veröffentlichungsjahr: 2024
Claire Poirson
La Foule
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0867-6
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : mai 2024
©couverture Ex Æquo
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Je voue une véritable passion à l’œuvre de Molière. Parmi ses pièces, l’une, méconnue, m’a toujours amusée : Les Fâcheux. Cette comédie met en scène un défilé de pénibles (les fameux « fâcheux »), qui tiennent la jambe au jeune premier et l’empêchent allègrement de rejoindre sa maîtresse, avec qui il doit s’entretenir de manière urgente. Alors, je me suis demandé qui seraient les « fâcheux » de notre époque. Le racoleur d’ONG qui veut absolument nous faire adhérer et qui nous bloque la route jusqu’à nous pousser à bout ? Le représentant de secte qui sonne à la porte et ne veut plus partir ? L’enfant bruyant accompagné de son parent laxiste qui nous impose les crises existentielles de son bambin ? Le dragueur de comptoir qui ne lâche pas l’affaire et ne comprend vraiment pas pourquoi son comportement est malvenu ? Et si les savoirs illusoires, le verbiage et les faux-semblants du XVIIème siècle étaient retranscrits au prisme du XXIème siècle ? Mais, surtout, si les plus agaçants étaient finalement ceux qui, au lieu de nous tenir la jambe, nous enjambaient pour passer de l’autre côté ?
Évidemment (sinon, ce ne serait pas drôle), nous sommes tous et toutes le fâcheux ou la fâcheuse de quelqu’un. Ces personnages sont nourris par ce qui m’agace au quotidien, mais aussi par ce qui me fait sourire et par mes propres travers. Je suis plusieurs d’entre eux : astrographe à mes heures, homme-grenouille parfois, femme loquace très souvent… Et vous, qui pensez-vous être ?
Le défaut de fond que je souhaite souligner chez tous ces personnages, c’est l’égoïsme, dû en partie au glissement de l’espace social de la place publique aux réseaux sociaux et aux media. Ce même glissement déplace la politique (étymologiquement du grec polis, la cité) vers une multitude d’espaces virtuels isolés, d’où l’on débat sans se regarder.
La seule personne « réelle » de cette pièce est Lucie, c’est pourquoi elle est la seule à avoir un prénom. Lucie, clin d’œil à la première femme de l’humanité, la femme encore humaine parmi les pixels et les illusions. Lucie, symboliquement, la Terre en train de dépérir.
Dans cette pièce, j’ai voulu effacer la notion de genre, afin que les rôles soient passés au féminin, au masculin ou au neutre selon les besoins. Je me refuse de penser un défaut de société au prisme du genre. Certes, l’éducation peut créer des « tendances », mais je ne veux pas reproduire ces stéréotypes et j’ai essayé de les gommer le plus possible dans mon travail d’écriture.
Le titre, vous l’aurez reconnu, j’imagine : je l’ai emprunté à Édith Piaf. J’ai voulu répondre à sa foule anonyme et trop dynamique par ma foule de caractères, identifiables et totalement passifs. Et j’aime cette chanson. Quelle meilleure raison pour appeler ma pièce ainsi ?
Ensuite, j’ai voulu tenter une originalité : Lucie est mon personnage principal, elle est tout le temps présente en scène et pourtant elle ne dit pas un mot ; elle passe 95% de la pièce immobile et allongée au sol. Quelle comédienne saine d’esprit voudrait passer 1h30 couchée par terre, sans pouvoir quitter le plateau, à « jouer la morte » ? À quelque niveau que ce soit, aussi bien dans mes pratiques du théâtre amateur que maintenant en tant que professionnelle, j’ai fréquenté beaucoup de cabotins et cabotines. Ce choix d’un personnage principal totalement muet mais aussi presque totalement passif, c’est une petite espièglerie voulue car, pour moi, deux des plus belles qualités d’une comédienne ou d’un comédien sont la générosité et l’humilité. Générosité de passer toute la pièce sur scène même si l’immobilité est difficile à tenir ; humilité de laisser les autres cabotiner – parler, émouvoir, amuser, en faire des tonnes s’ils le souhaitent – et de s’effacer, avec la satisfaction d’œuvrer pour le collectif : message écologique sous-jacent, là encore ?
Je souhaite tout de même terminer cette préface sur une note positive : ici, je n’ai cherché qu’à présenter une galerie de fâcheux, mais de très belles personnes savent me montrer, au quotidien, que si Lucie tombait au coin d’une rue il y aurait du monde pour l’aider à se relever !
À partir de 10 comédiens
Par ordre d’apparition :
LUCIE : rôle muet
LA FEMME LOQUACE
L’HOMME PRESSÉ
LE JOGGER
LA FEMME TENDANCE
L’HOMME TENDANCE
L’HOMME PERSPICACE
LA THÉORICIENNE
L’HOMME MÉLANCOLIQUE
LE SÉDUCTEUR
LE PÈRE
L’ENFANT
L’HOMME AU Q.I. INCROYABLE
LE SPÉCIALISTE DE TOUT
POKEFAN 1
POKEFAN 2
LA PENSEUSE
L’HOMME CONNECTÉ
LA FEMME BRANCHÉE
L’HOMME-GRENOUILLE
LA FEMME EN COLÈRE
L’HOMME EN COLÈRE
L’HOMME PERDU
LA PHILOSOPHE
LA GUIDE
TOURISTE 1
TOURISTE 2
LES JOURNALISTES
L’ASSOCIATION DES HABITANTS DU QUARTIER :
LA PRÉSIDENTE
LE SECRÉTAIRE
LA POINTILLEUSE
LE CONTESTATAIRE
LE CHICHITEUX
LE COMITÉ LAÏQUE DES GENS QUI TOMBENT DANS LES POMMES :
LE PRÉSIDENT
LA SECRÉTAIRE
LE PÉNIBLE
LA CHICHITEUSE
LA MAIRESSE
LE PREMIER ADJOINT (rôle muet)
(Une grande place publique. Non loin, on entend des bribes de conversations et des bruits de voitures. Des badauds traversent la place d’un pas plus ou moins pressé. Certains sont sur leurs téléphones, d’autres le nez en l’air. Quelques minutes s’écoulent ainsi.
