Musc - Claire Poirson - E-Book

Musc E-Book

Claire Poirson

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Beschreibung

Un recueil de poèmes sur les hommes, la rencontre avec ces derniers et l'amour.

Quel est le masculin de « muse » ? Il n’y en a pas. La muse est nécessairement femme ; c’est ce que nous inculque la langue française. Et depuis Pétrarque, c’est ce que l’histoire poétique a choisi de garder.
L’histoire de la poésie a été écrite par des hommes et avec des hommes. Les femmes sont les objets de l’amour, les muses, celles qui attendent patiemment leurs poèmes, sans fournir trop d’efforts si ce n’est celui d’être belles et bien parées. Mais où sont donc Sappho, Marceline Desbordes-Valmore, Rosemonde Gérard et Louise Michel ? Des femmes qui écrivaient l’amour et la liberté, des vivantes, pas des objets sur une étagère. Et si nous refusions de jouer le jeu ?
Quel est le masculin de « muse » ? J'ai opté pour « musc » : le musc est un parfum animal, entêtant, curatif, excitant. Ce recueil est un ensemble de textes dédiés à quelques-uns des hommes qui ont jalonné ma vie : de la rencontre d’un soir à l’amour passion, de l’érotisme brut à l'amour doux, j’ai voulu y témoigner de mon histoire de femme. Je remercie mes muscs de m'avoir prêté leurs plumes.

Découvrez la plume délicate de Claire Poirson et laissez-vous porter par ses mots.

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Seitenzahl: 32

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Claire Poirson

Musc

Recueil de poèmes

ISBN : 979-10-388-0185-1

Collection : À L’En-Vers

ISSN : 2606-1716

Dépôt légal : juillet 2021

© couverture Ex Æquo

©2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Éditions Ex Æquo

Le premier

Parfois, au fond des nuits, je discerne tes traits

Que mes yeux ont croqués il y a tant d’années

Ton visage en sépia revient à ma mémoire

Comme un fantôme au loin penché sur un miroir

Ton portrait translucide éblouit mon passé

Et mes yeux éperdus t’ont perdu dans le temps

Les ombres de ton corps, gommées par le présent

Inconditionnel

Nous nous serions frôlés, tu m’aurais embrassée

Je t’aurais accepté entier, sans condition

Je t’aurais tout donné, je me serais donnée

Tu m’aurais embrasée, le corps en combustion

Nous nous serions souri, nous aurions deviné

Que le soir durerait jusqu’à l’aube nacrée

Je t’aurais embrassé, nous nous serions étreints

Tu m’aurais parcourue de tes si belles mains

Le soir aurait duré jusqu’à la mort sacrée

Nous nous serions aimés sans compter les années

Je t’aurais tendrement enlacé par la taille

Te regardant dormir parmi les draps qui bâillent

Nous nous sommes frôlés. Nous nous sommes ratés.

Le métronome aveugle a manqué le tempo

Je te suis, tu me tournes la tête et le dos

Il est déjà trop tard : nous nous sommes gâchés

Le soir perdurera, longtemps, mais sans ton corps

Un autre meublera mes jours jusqu’à la mort

Tu ne m’étreindras pas, je ne te verrai plus

Dans un éphéméride au loin je t’ai perdu

La Nécropole lascive

Mon amour, je te tiens. Tu seras ma babiole.

Ton exuvie rognée à coups de vitriol

Baigne jovialement dans un bain de formol.

Et moi, tout exaltée, j’y trempe mes guiboles.

Tandis que ma baignoire devient ta nécropole,

Que mes bras enflammés te piègent dans ma geôle,

J’enlève ma nuisette et rejoins ta chair molle

Dans ce bain putrescent de nos amours frivoles.

Ta bouche sent l’humus et la mienne l’alcool.

Croupissant macchabée, je t’enjambe et cajole.

Ta rognure en charpie, ton amas de bestioles.

Du rouge de mes lèvres et de mes yeux de khôl,

Lascive et languissante, entre deux cabrioles,

Transe

Mania gaîment fredonna

Eudemonia l’entendit

Dans sa couche il l’étendit

Eudemonia et Mania

Fascination, attirance

L’un à l’autre ils se donnèrent

Jusqu’au dernier rai lunaire

Long passé

En cette triste année où René Char est mort

Mon cœur s’est éveillé. Battements solitaires.

René Char n’était plus, tu n’étais pas encore

Et livide j’errais parmi les trous de vers.

Et Guillevic est mort. Tes yeux se sont ouverts.

Et j’ignorais ton nom. Et tu ne parlais pas.

Battements décalés. Le temps va pas à pas.

Je cherche ton regard, tapie dans le ciel vert.

Et Deleuze, et Senghor, et Bonnefoy s’en vont.

Verbes évaporés, livres vides, mots blêmes.

Un cahier s’est ouvert. Soudain nous nous trouvons.

Arquebuse

Dans nos baisers fiévreux s’arque le ciel de lit

Brusquement je te busque et débusque l’envie

Jaillie de son fourreau, dressée, impétueuse

Elle s’embusque en moi, me déforme et me creuse

Le musc épand ses ailes et ondoie dans nos corps