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Un journal retrouvé dans les affaires de notre père et grand-père quand il nous a quittés. Il ne nous en avait jamais parlé. Il nous parlait en revanche de ses vieux copains Nono et Dédé retrouvés à l'occasion du trentième anniversaire de la 9ème DIC. Et on avait bien senti que le guerre d'Indochine avait laissé une trace indélébile, le "mal jaune" l'avait à jamais envahi. Cet ouvrage est la retranscription exacte de son journal de route agrémenté de poèmes et de quelques souvenirs retrouvés.
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Seitenzahl: 132
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A notre père et grand-père,
Enfants des durs frimas, fils des nuits boréales,
J’ai rêvé des pays du soleil éternel,
Et mon cœur évoqua loin du toit paternel,
L’essor harmonieux des palmes tropicales.
Attentif aux échos d’étranges élégies,
J’ai voulu le rivage où le Mékong s’endort,
Et des temples d’argent et des pagodes d’or,
Mirage inspirateur d’antiques nostalgies.
Alors les noirs sanglots de l’exil ont fait trêves,
Et mon cœur assouvi s’est penché sur mon rêve,
Comme son trésor prédestiné.
Et c’est de ce pays dont je parle avec flamme,
De ce royaume Khmer où naquit en mon âme,
L’instinct d’avoir vécu même avant d’être né.
Indochine, Novembre 1945
Allemagne, 1945
Par un matin brumeux de septembre, la Compagnie embarquée sur des remorques à betteraves est enfin prête pour le grand départ. Deisslingen fait ses adieux. En effet, de discrètes ovations de la part des villageois venus des quatre coins du bourg, nous apportent un peu de chaleur. Nous ne sommes plus en pays conquis mais en pays ami. Pendant cinq mois, nous avons vécu ensemble, une confiance réciproque est née. Chacun de nous connaissant pour le moins une famille pour avoir logé chez elle. Ainsi, mélangés à cette population rurale, la haine ancestrale que nous éprouvions des deux côtés s’était dissipée dès les premières semaines qui suivirent l’armistice. De plus « ils » savaient que nous partions en E.O 1et cela augmentait notre crédit. Enfin, le convoi s’ébranle vers Spaichingen, lieu de rassemblement du bataillon. Cahin-caha, nous roulons à toute allure de 10 km/h sous une pluie fine gelant tous les membres. La campagne déroule son manteau vert et, après deux heures bien sonnées, le convoi fait son entrée, assez remarquée d’ailleurs, dans la ville, en chantant couplets guerriers et … chansons obscènes. Débarqués à la gare nous attendrons le train comme il se doit. Petit à petit les unités arrivent et s’entassent sur la place de la gare. Ici aussi la population est des plus chaleureuses. Bon nombre avait fait une conquête (sur le plan sentimental) et l’heure était touchante, les pleurs attendrissant. Sans doute on se quittait avec de belles promesses ? Avec l’espoir d’un retour ? Vers 15h, l’embarquement dans le train commence. Peu à peu une foule s’entasse sur le quai et au grand étonnement de tous, sur un coup de sifflet du chef de gare en grande tenue, le train démarre. La bonne humeur est à son comble. Adieu Spaichingen sans doute nous ne te reverrons plus ?... La Forêt noire dans toute sa splendeur défile sous nos yeux. 1h, nous franchissons la frontière à Kehl et nous marquons un temps d’arrêt à Strasbourg. Dans le wagon tout est calme, bon nombre dorment. Sur le matin, nous nous réveillons à Belfort. Dans cette ville, quelques manœuvres nous rongent les nerfs. Le voyage se poursuit vers Montbéliard et Besançon où nous arrivons à 17h. Arrêt très court, et nous roulons sur Lyon que nous toucherons le lendemain vers 15h. Lyon, 2h d’arrêt. Tous en profitent pour faire le plein. Au départ, beaucoup le seront comme des barriques. Le dernier tronçon du parcours est des plus lancinants, il faut une nuit entière pour arriver à Valence et c’est seulement le lendemain matin que nous atteindrons Cavaillon, première étape du grand voyage. Dans cette ville, le bataillon au grand complet débarque et se disloque. Notre compagnie se voit attribuer comme lieu de cantonnement « Les Taillades » situé à 4 km. C’est un village bien minuscule. Un château moyenâgeux sera notre gîte, en attendant l’embarquement pour l’Indochine. Pendant une quinzaine de jours, le temps sera réparti entre la garde, les patrouilles en ville et les corvées de quartier bien entendu. Les permissions sont distribuées largement, chacun en profite pour visiter Cavaillon. En cette mi-octobre, nous jouissons d’un temps splendide. La maraude dans les vignes avoisinantes est une distraction prisée de tous.
21 octobre, averti par téléphone de l’arrivée de Maman et d’Yvonne, ma sœur, je me rends aussitôt à Avignon où ces dernières m’attendent au bureau de la place. Hélas nous sommes en pleine période de référendum et si les oui oui et les non non battent leur plein, moi je suis obligé de taper 30 km à pieds, aucun moyen de transport ne fonctionnant. Quant à l’autostop, n’en parlons pas, je n’ai pas de jupon… Alors, il ne me reste plus qu’à effectuer les 18 km à pieds. Trois heures de perdues, il ne reste guère de temps à passer ensemble. De retour à Cavaillon, le départ se précise.
25 octobre, rassemblement du bataillon à Cavaillon où nous embarquons dans un bon vieux train de marchandises. Toute la nuit, entassés comme des sardines, nous roulons vers Marseille où nous arriverons le lendemain à 7h. Aussitôt le train est garé sur une voie de garage à l’intérieur même du port. Conséquence inévitable… défense absolue de sortir. Nous sommes consignés jusqu’à l’embarquement. Journée interminable où les belotes tuent le temps. Cet emprisonnement dure jusqu’à 23h. A cette heure, l’instant fatidique est sonné. A travers les quais encombrés, en file indienne, nous allons vers notre destin ? La marche d’approche dure 30 minutes, quand une masse imposante obstrue le bout du quai. Comme il se doit, l’attente est encore des nôtres. Ce n’est seulement qu’à trois heures du matin que nous embarquons sur le SS Pasteur2.
26 octobre, journée d’attente. L’appareillage est prévu pour 17h mais en réalité, il ne s’effectuera que le lendemain matin à 7h
27 octobre, 7h, il n’y a pas de contre ordre cette fois, ça y est, nous levons l’ancre. Par trois fois, la sirène du navire lance son cri annonçant l’appareillage. Les remorqueurs tirent le Pasteur, le décolle du quai. Adieu France, à bientôt te revoir… Sur les ponts, plus de quatre mille hommes saluent la Terre de France aux accents de la Marseillaise, le chant du départ et l’hymne de l’infanterie de la Marine. Sur le quai, quelques gendarmes, quelques militaires, très peu de civils. Lentement le navire glisse vers le large. Les remorqueurs nous quittent, c’est la grande bleue à l’infini. La matinée est radieuse, pas un nuage ne voile le ciel d’azur. A bord, nous comptons le 6ème R.I.C3, un détachement de la 2ème D.B4, une partie du 23ème R.I.C et du 5ème R.I.C, la 7ème Compagnie de Q.G5 et quelques fonctionnaires civils soit en tout 4000 hommes. Sortant du port de Marseille, nous apercevons à tribord l’îlot rocheux et le Château d’If. En arrière, le port de Frioul entre les îles de Ratonneau et de Pomègues. Au large, le phare de Planier, tour haute de 65 mètres portant un foyer lumineux visible jusqu’à 50 milles. Marseille s’éloigne rapidement, le navire fait route au Sud-Est, les côtes de Provence restant en vue pendant 80 km. A bâbord, on aperçoit le phare de la Ciotat, le phare du Cap Sicié, puis la rade de Toulon. En arrière de la ville se dessinent les hauteurs du Mont Faron et du Coudon de Porquerolles, au-delà desquelles le littoral de France s’estompe peu à peu. Nous faisons route vers le détroit de Bonifacio. Vers 15h le phare des îles sanguinaires, puis les côtes découpées de Corse sont en vue. 17h, nous passons le détroit de Bonifacio. A bâbord se dressent les falaises de calcaire, la ville de Bonifacio dominant son havre naturel. Bientôt, nous perdons de vue les côtes arides de Sardaigne et le bateau fendant la mer Tyrrhénienne poursuit sa route vers la Sicile. La nuit est tombée. Après le dîner, chacun se retrouve sur le pont, assis sur sa ceinture de sauvetage, se remémorant déjà ses souvenirs de France. La nuit est d’une limpidité sans pareille, le songe est roi sous le ciel constellé d’étoiles. Rien ne peut arrêter la rêverie… l ’Orient vient à nous.
28 octobre, le microphone annonce vers 9h les côtes d’Italie et de Sicile. Le détroit de Messine va être franchi. Le Stromboli fumant se dresse majestueux et nous le croisons avec une certaine crainte. Messine est proche. Le Cap Faro sur la côte de Sicile et le Cap Vaticano sur la presqu’île de Calabre commandent le Détroit. Long de 42 km et 3 à 18 km de large, nous sommes favorisés par un tableau inoubliable. A droite la Sicile ondulée verte et souriante, à gauche la Calabre montagneuse, ravinée, desséchée. Au sud, se dresse longtemps au regard l’Etna. L’Occident n’est plus. 11h, nous assistons à la grand-messe sur le pont des sports. L’ADU6 divisionnaire officie. Notre pensée va vers ceux que nous avons laissés le long de notre route.
30 octobre,grande houle à l’approche de Port-Saïd. Porte de l’Orient. Nous sommes un peu émus dans ce port cosmopolite et notre curiosité est grande. L’escale est de courte durée (2h), aussi aucune permission n’est accordée pour descendre à terre. Mais nous ne perdons rien. Tout autour du navire, des cris jaillissent, des barques montées par des indigènes vendant des incroyables choses. Spectacle curieux et surtout fort attrayant. Soudain, rassemblement sur le pont en tenue correcte, dans quelques instants, le Croiseur Emile Bertin nous croisera. De leur bord, les marins, dans un alignement impeccable, rendent les honneurs. Plus loin, c’est un sous-marin français que nous croisons aussi. 10h30, nous entrons dans le canal de Suez. Le navire glisse lentement pour ne pas détériorer les rives. Le canal longe le lac Menzaleh pendant 43 km, vaste nappe d’eau peuplée de pélicans et de flamants roses. Cette allée d’eau tracée au milieu des sables est séparée de la lagune par une forte digue sur laquelle ont été établis la route de terre et le chemin de fer allant à Isma’iliyyah et au Caire. De temps en temps, notre bateau passe devant une de ces petites stations de guet qui bordent le canal. Dans l’après-midi, nous entrons dans le lac Timsah où une halte d’une heure environ nous est imposée. Bientôt nous voyons arriver un colossal cuirassé en l’occurrence « le Nelson ». Celui-ci croisé, nous continuons notre route laissant à tribord Isma’iliyyah. Sans fin, le canal rectiligne s’enfonce dans le désert et semble toucher l’horizon. Au coucher du soleil, le désert est tout rose, les sables rejoignent une brume orangée. Le ciel s’irise de vert, de mauve, de grenat, de rose. Tard dans la nuit, nous restons sur le pont. Les 160 km que compte le canal sont franchis en 29h. Nous laissons Suez et mouillons en rade. Les pilotes qui nous ont conduits depuis Port-Saïd sont débarqués. L’escale sera assez longue, là non plus nous ne pourrons descendre à terre. Le Pasteur fait le plein de mazout et d’eau douce. La chaleur est étouffante. A 8h30, messe reconnaissance pour les morts de D.I.C et de la D.B. 9h45, exercice d’alerte et inspection des compartiments. La température semble progresser, aussi, les ponts découverts sont désertés.
1er novembre, 11h départ de Suez.
Nous nous engageons dans le golfe du même nom, antichambre de la mer Rouge. L’Egypte à tribord et la presqu’île du Sinaï à bâbord où se niche au pied le petit port de Tor. On entre dans la mer Rouge où règne une chaleur torride. Le soir, on peut admirer les bandes de poissons volants, s’élançant des eaux comme des flèches d’argent. Les méduses, collées à la coque du navire, envoient des feux étincelants. Nous jouissons aussi du spectacle de la phosphorescence de la mer due à la présence de myriades d’animalcules d’une réfringence spéciale.
3 novembre, nous entrons dans le Golfe d’Aden. Pas d’escale prévue, sans doute le temps presse. Maintenant nous mettons le cap sur Colombo. L’océan par excellence. Pendant quatre jours, pas une terre en vue, une chaleur écrasante, chacun de dormir sons la moindre ombre pouvant exister sur les ponts. Les nuits sont fort belles et nous pouvons découvrir la merveilleuse Croix du Sud.
7 novembre, 20h, l’horizon est constellé d’étoiles et au fur et à mesure que nous avançons, celles-ci deviennent plus nombreuses et plus brillantes, nous arrivons à Colombo. Hélas, ici non plus personne ne descendra à terre, de ce paradis de verdure, nous ne verrons rien. Le lendemain, dans la matinée, le Pasteur lève l’ancre pour Singapour. Pendant quelques heures, le navire longe la côté de Ceylan avec comme toile de fond le Pic d’Adam avec son sommet taillé en forme de pied. Et c’est de nouveau la monotonie accentuée plus encore par la longueur de ce voyage interminable.
11 novembre, nous apercevons un long chapelet d’îlots entre Sumatra et la Basse Birmanie. Avant l’arrivée à Singapour, nous sommes rassemblés sur les ponts supérieurs car nous devons nous considérer comme en état d’alerte. En effet, l’entrée de la rade est infestée de mines, seul un chenal a été ouvert à la navigation. La passe demeure dangereuse, il faut prévoir le pire. L’alerte dure jusqu’au mouillage. La rade est parsemée d’îlots innombrables, au loin le port, avec comme toile de fond de grands buildings. Comme à Port-Saïd, le navire est entouré par une multitude de barcasses montées par des chinois, malais, indous, vendant noix de coco, ananas et objets de toutes sortes. Le Pasteur fait son plein de mazout, eau, fruits et légumes frais. Au matin, nous levons l’ancre pour la dernière étape. Nous naviguons au nord de l’équateur. La température est en hausse, une chaleur moite paralyse tous nos mouvements. Heureusement, le navire vire bientôt au nord. Passant à l’est des îles Poulo Condore, le bateau arrive dans les eaux françaises devant le promontoire du Cap Saint Jacques. Nous sommes le 14 novembre. Sitôt le mouillage, les corvées pleuvent de tous les côtés. On ignore où nous serons dirigés. Certaines unités embarquent sur les L.C.I7 et prennent le chemin de Saigon. Le matériel est embarqué sur des chalands japonais. En fait, comme le bataillon est désigné pour une destination inconnue, c’est lui qui se charge de toutes les corvées. Toute la nuit, nous sommes occupés à rassembler sur la plage sacs marins, matériels légers et munitions. A l’aube une jonque japonaise est amarrée au Pasteur. Alors commence le transbordement de tout le matériel. A midi, nous apprenons notre embarquement sur le Richelieu qui mouille à quelques milles au large. 14h, nous nous transbordons sur une grosse jonque qui doit nous mener jusqu’au cuirassé. Lorsque nous accostons le majestueux navire de ligne, notre étonnement est grand et c’est avec une certaine fierté que nous foulons le pont. Les marins très accueillants nous souhaitent la bienvenue et savent nous mettre à l’aise. Bon augure, espérons que tout ce qui suit et nous attend sera de même. Car déjà, on parle, et ceci sans bobard, qu’à terre les commandos appartenant à ce navire rencontrent une résistance non négligeable, des bandes Vietminh embusquées leur causent des pertes sensibles. Pour le présent, nous ne sommes que des passagers. A bord, rien à faire. La journée s’écoule en visite dans les différentes parties du navire. Le soir, sur la plage, une séance de cinéma nous est offerte.
18 novembre, par une chaleur accablante, le Richelieu glisse silencieusement sur une mer d’huile laissant derrière lui le cap Saint-Jacques et Saigon. Nous allons vers une destination encore inconnue. Les bruits parlent d’un port du Sud Annam ? En vérité, personne ne sait rien. Pour le moment, nous cherchons refuge contre cette chaleur étouffante malgré le vent du large qui se fait à peine sentir. La journée s’écoule dans le calme et le repos le plus complet. On oublierait presque que nous sommes des marsouins en
