Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Un homme s’en alla dans son champ pour semer du grain, écrivent les évangélistes. Mais d’où vient le grain qu’il sème?
D’une moisson précédente dont il a prélevé une partie et rangée au sec dans un grenier. Cette réserve est le gage de moissons futures.
Elle est ce qu’il reste de la mémoire d’un passé qui en assure le renouveau.
Jésus a parcouru villes, villages et champs durant son enseignement. Il a semé à vive voix. Comment préserver ces multiples récits, les témoignages de tant d’adhérents. La mémoire est ce grenier où nous pouvons venir chercher les semences qui nous nourriront.
À PROPOS DE L'AUTEUR
André Querton est un ancien diplomate belge, actif depuis plus de dix ans dans les domaines de l'édition et de la philanthropie caritative. Il en est aujourd'hui à sa cinquième publication de textes para-évangéliques, avec des récits inspirés de personnages secondaires des Évangiles : "Le Père prodigue" (2017), "Simon à la croisée des chemins" (2019), "Les deux amis" (2020), "Sur notre route" (2021) et "Sur le figuier" (2022)
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 54
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit.
Matthieu 28, 20
L’agriculture consiste à inhumer les plus beaux fruits de l’année précédente.
Pascal Quignard
Comment donc m’as-tu trouvé ? Ou plutôt, pourquoi m’as-tu cherché ? Qu’attends-tu de moi ? Ton salut m’indique clairement que tu voudrais parler du jeune Maître, mais pourquoi le ferais-tu avec moi ?
Mais je suis une fois de plus trop vif ; allons d’abord nous asseoir dans cette grande salle que j’appelle la Tente. J’y ai aménagé quelques divans et coussins confortables, car j’apprécie beaucoup les échanges paisibles. Oui, bien sûr, c’est un capharnaüm ici, mais ne t’y trompe pas, tout y est parfaitement à sa place ; plus loin se trouvent mes greniers qui furent ceux de mon père ; chacun de ces sacs contient des merveilles, autant de trésors que des hommes de savoir et de patience sélectionnent avec soin depuis des années.
Mes serviteurs vont nous apporter des boissons et quelques fruits ; tu n’en auras guère mangé de meilleurs là-bas à Jérusalem. J’ai choisi moi-même les arbres qui les ont portés, je connais le nom des ouvriers qui les ont taillés et ce sont mes serviteurs qui les ont cueillis et lavés. Tout le monde croit qu’il suffit de tendre le bras pour cueillir un bon citron au bord d’un jardin, mais ce n’est pas vrai ; tout dépend de la qualité de l’arbre et donc de son éleveur. Et puis aussi du soleil, de la pluie, du terrain, mais c’est l’œil et la main de l’homme qui sont essentiels.
Mais je parle, je parle. C’est mon métier qui veut cela ; je passe mes journées à parler avec mes clients et avec mes fournisseurs, flattant les premiers, faisant volontiers la leçon aux seconds, qu’il faut sans cesse conseiller, corriger et guider. Ces discours et mon bon bavardage de commerçant volubile m’évitent de devoir parler d’argent ; on accepte mes prix rapidement parce que je séduis ou fais un peu peur par une certaine autorité intransigeante.
Regarde cette pomme grenade que t’apporte mon fils Ephraïm, comme elle est belle ! Laisse-le l’ouvrir avec habileté, sinon elle va répandre son jus sur tes vêtements. Et dis-moi, qui viens-tu voir ? Le marchand que tout le monde connaît, ou mon passé lointain ? Mais si tel est le cas, il nous faut être aussi patients qu’en incisant ce fruit, adroits et prudents ; le passé nous échappe parfois et peut nous blesser. Une vie est un long chemin.
C’est donc le neveu d’André que tu voulais voir ? Le petiot ? Mais regarde-le donc ! Crois-tu le reconnaître en moi ? Dans cet homme fait, Samuel, qui marche avec cette canne qui claque à chaque pas ? Moi-même j’ai peine à m’en souvenir. Mais j’en ferai l’effort, avec une certaine émotion. Comme beaucoup d’enfants, j’ai été entouré d’affection, celle de mes parents, celle de ma fratrie puis celle des compagnons de ce Jésus qui est toujours pour moi le gentil Maître, tel que je l’ai vu les premières fois.
J’étais à peine un adolescent et j’étais petit et un peu chétif pour mon âge ; on me prenait encore pour un petit garçon parce que je n’avais même pas de moustache, mais j’avais lu déjà l’Écriture à la synagogue. André était un jeune cousin de mon père ; il avait comme moi un caractère spontané et joyeux, toujours prêt à rendre service, à prendre la parole et à répondre même s’il n’était pas interrogé. Son esprit était vif et pratique. Il était pêcheur au bord du lac avec son frère mais, encore bien libre, sans femme, il se laissait volontiers distraire par ses idées inhabituelles. Il était volubile, très sociable et curieux de toutes choses. Si on lui parlait d’une belle synagogue, d’un taureau particulièrement puissant, d’une diseuse de bonne aventure, d’un arbre remarquable ou bien sûr d’une jeune femme charmante, il laissait là ses filets et y allait voir sans hésiter, prenant la route, une besace sur le dos. Ce côté touche-à-tout, ouvert, chaleureux m’enchantait parce qu’il me traitait comme un petit frère, à la fois protecteur et me faisant ouvrir les yeux sur cent choses ; c’est lui qui a favorisé ma débrouillardise. Il ne manquait jamais de proposer à mon père de m’entraîner avec lui dans une visite ou une autre escapade et mon père y consentait avec confiance.
André était un homme simple, un juif pieux respectueux de la Loi mais un peu lassé par le manque de flamme de certains prêtres, leurs sermons habituels, si répétitifs et souvent austères, leurs remarques tatillonnes sur les prescrits de la Loi ; il recherchait autre chose, il voulait retrouver la jubilation qui avait été celle de David, il rêvait de psaumes nouveaux qui chanteraient la tendresse du Tout-Puissant. C’est ainsi qu’il m’emmenait parfois voir Jean, car on disait beaucoup de bien de cet homme étrange qui vivait au bord du Jourdain, dans un endroit désertique ; nous y allions en groupe, avec le frère d’André, Simon, leurs amis et je devenais pour eux tous comme un petit frère, souvent espiègle et toujours heureux. J’avoue que Jean me fit d’abord assez peur, avec sa maigreur, ses gestes brusques, ses discours parfois violents et difficiles à comprendre, ses vêtements si négligés, ses véhéments reproches aux puissants. J’aimais plutôt les moments où il se rendait au bord de la rivière. Il semblait alors s’y apaiser. Ses adeptes, dont André était devenu proche, le laissaient tranquille pendant de longs moments et moi, assez fasciné par ce comportement, je le regardais de loin, accroupi sur une pierre, jouant avec des petits morceaux de bois que le courant emportait. Jean avait en ces moments le regard perdu au loin puis soudain plus précis, balayant le rivage et les visiteurs qui se regroupaient, comme à la recherche de quelqu’un, de quelqu’un en particulier. Puis enfin il se levait, laissait venir les gens auprès de lui, leur parlait un moment, les aspergeait avec l’eau qui courait entre ses jambes maigres et les renvoyait en les bénissant.
