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Découvrez l'histoire de Zachée et son rapport au don à travers cet ouvrage.
Zachée, un simple spectateur, est interpellé à Jéricho par Jésus qui lui demande de loger chez lui. Immédiatement, Zachée s’en réjouit et organise un dîner improvisé.
L’Évangile se contente de dire qu’à l’issue de cette soirée, Zachée décide de donner la moitié de ses biens aux pauvres.
Rien ne suggère que Jésus lui en ait fait la demande.
Le même matin, Jésus avait guéri un aveugle qui réclamait sa guérison à grands cris.
L’ancien aveugle a recouvré le don de la vue. Et Amos verra dorénavant très loin en avant.
Zachée découvre en lui-même le désir du don. Comment l’a-t-il entendu ?
Un talent neuf lui est confié.
Donner, est-ce se défaire de ce que l’on possède ? Ou le partager et le multiplier ?
André Querton, une fois de plus, nous offre un récit spirituel des plus pertinents !
À PROPOS DE L'AUTEUR
André Querton est un ancien diplomate belge, actif depuis plus de dix ans dans les domaines de l’édition et de la philanthropie caritative. Il en est aujourd'hui à sa cinquième publication de textes para-évangéliques, avec des récits inspirés de personnages secondaires des Évangiles : Le Père prodigue (2017), Simon à la croisée des chemins (2019), Les deux amis (2020), Sur notre route (2021) et Sous le figuier (2022).
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Seitenzahl: 60
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Aux clairvoyants qui nous épaulent et nous affermissent dans nos projets
Marchons un moment, les coussins viennent d’être disposés sous le figuier. Choisis ta place au soleil ou à l’ombre ; je vais préférer le soleil. À mon âge, le soleil est mon médecin ; il réchauffe mes os et mon sang coule plus vite dans mes veines lorsqu’il est réchauffé par ces rayons si doux, encore doux à cette heure de la journée.
On nous apportera un vin léger dans quelques instants et quelques figues fraîchement cueillies de cet arbre, bien plus vieux que moi ; il porte généreusement ses fruits et cela me réjouit.
Pour toi, je dois être l’homme qui un jour lointain monta sur ce sycomore ; et je te connais de réputation, moi aussi, parce que ta réputation t’a précédé, même à Jéricho. Tu veux entendre de tes oreilles les récits anciens concernant le jeune Maître, que tu appelles le Christ ou le Messie ; pardonne-moi si ces mots ne me viennent pas naturellement aux lèvres parce que, pour ma part, je suis bien ignorant des grandes questions de la religion et je ne puis lui donner un autre nom que celui de Nazaréen. Dans ma mémoire, il reste cet homme jeune, plus jeune que moi en tout cas, de cinq à dix ans, je ne sais, et qui bouleversa ma vie, à ma grande surprise. Son mode de vie au grand air, continuellement sur les chemins, sa frugalité lui avaient conservé une allure d’adolescent élancé qui contrastait avec son visage, souriant et confiant le plus souvent, mais dont le regard toujours grave était comme fixé sur un ailleurs un peu lointain, au-delà des collines.
Ce sont les cris de l’aveugle qui attirèrent mon attention ce matin-là, parce qu’ils dominaient le brouhaha habituel de la petite foule qui venait des portes de la ville. Des cris curieux, aigus, semblables à des appels au secours mais modulés d’un ton à la fois amusé et impatient. Ils rappelaient ceux d’un enfant dont un compagnon de jeu a chipé le jouet préféré et qui le réclame, redoutant de le perdre mais sachant bien tout à la fois que son ami le lui rendra. Et comme devant une petite bagarre de gamins, les rires de spectateurs se mêlaient aux cris de l’aveugle. Tout le monde chez nous connaissait cet aveugle de naissance, né juste au-dehors de la ville, dans un bourg où il vit toujours ; chaque matin, il se plaçait à l’entrée de la ville, toujours dans le même coin à moitié effondré des murailles, où il pouvait s’abriter de la chaleur ou de la pluie. C’était « notre » aveugle, que nous saluions à chaque rencontre, qui le plus souvent nous reconnaissait directement au son de notre voix ou à notre démarche plus ou moins légère ou pesante. Nombreux étaient ceux qui lui glissaient une piécette ou une petite part de leur provende ; c’était un peu le cousin de chacun et nul n’aurait songé à l’agiter ou à le faire tourner en bourrique. Et lui-même nous saluait avec vivacité et sympathie.
Je montai à la terrasse de ma maison par pure curiosité ; dans une petite ville, le moindre incident est souvent presque un événement et une distraction est toujours intéressante, surtout dans ma fonction. Un collecteur d’impôts doit d’abord collecter des informations, aussi anodines soient-elles. Ma maison était parfaitement située pour me permettre de voir et d’entendre tous les bruits et les rumeurs et savoir si des nouveaux marchands venaient au marché, quels paysans avaient terminé leurs récoltes, pressé leur huile ou leur vin et remarquer qui le leur achetait.
Mes concitoyens ont avec moi une relation particulière puisque je viens souvent prélever un petit quelque chose sur leurs biens ; ils n’aiment pas mes visites, ce que je comprends bien, mais m’offrent cependant un visage à demi souriant et en tout cas complaisant, redoutant qu’une légère inimitié me conduise à me montrer plus sévère, plus exigeant. Comme je suis de la ville, que tous me connaissent, que j’ai grandi avec eux, je tiens à leur sympathie, à leur amitié, et eux aussi, réciproquement. Quiconque revêt une fonction publique ressent par moment une légère fêlure de confiance dans ses contacts quotidiens. Je m’efforce pour ma part d’y remédier par une bonhomie spontanée et tous m’en savent gré. S’ajoute une touche de méfiance de leur part, je l’avoue, parce qu’en fin de compte, on se dit autour de moi que je suis au service de César et des Romains, ce qui est vrai, mais peu convaincant. Il n’y a pas de Romains dans notre ville et les impôts que je collecte sont envoyés à Hérode, qui est notre roi même s’il est l’ami des Romains. Reste que quelques personnes proches de la synagogue contestent ou méprisent mon mode de vie. Certains sont des rêveurs qui rejettent tout métier où l’on manipule de l’argent, d’autres, plus politiques, le fait que je travaille pour le roi et donc ses amis, qu’ils jugent par définition impurs et illégitimes. Je ne crois pas être sensible à leurs jugements. Les puits, les routes, les marchés, dont tous nous profitons, ont toujours été construits par nos maîtres avec les impôts recueillis ; quant à la collaboration avec les Romains, elle me semble avoir surtout pour effet de garantir la tranquillité de nos vies, ce dont nous devons être reconnaissants.
Ma vie ne semble pas sans tache à certains ? Que m’importe, en vérité. Car ces mêmes gens méprisent sans doute aussi notre ami l’aveugle, puisqu’ils attribuent son malheur à une juste rétribution des fautes de ses parents. Je n’aime guère ces jugements qui condamnent si facilement.
Découvrant le petit charivari de l’attroupement dans la rue, je vis rapidement que nul ne s’avisait de tourmenter l’aveugle ; il n’y avait qu’un groupe d’étrangers à pied, marchant paisiblement, entouré de gens de la ville qui semblaient se réjouir de leur passage. Et le plus réjoui, malgré ses cris, le plus excité était bien l’aveugle. Je ne le comprenais pas bien, car c’était un jeune homme calme, résigné sans doute à sa condition, jamais revendicatif ou agressif, acceptant l’aumône avec un curieux mélange de reconnaissance mais aussi le sentiment que cette aumône lui était naturellement due. Or, ce matin-là, il criait, gesticulant, jouant des bras pour se frayer un chemin. J’entendais l’incantation « Fils de David », répétée de manière haletante ; on tentait de le faire taire.
« Fils de David ». Cet appel me fit regarder de plus près et je finis par discerner les propos et exclamations de la foule ; c’était le groupe qui accompagnait ce jeune maître de Nazareth dont j’avais vaguement entendu parler ; me penchant, je crois que je le reconnus, à la fois cerné par la foule mais séparé d’elle par un étrange respect. Il dit à son tour d’une voix forte : « Faites-le venir ». Il y eut un embarras, le cortège s’arrêta, le jeune maître regardant en arrière. Notre aveugle arriva enfin, un peu hagard, sans son manteau, perdu dans la cohue. Le Maître et l’aveugle échangèrent quelques mots, mais à voix basse que je ne pouvais saisir du haut de ma terrasse. Et soudain, la foule s’exclama : « Il voit, il voit. Alléluia. Dieu visite son peuple. » Des clameurs, des youyous se prolongeaient. Je pestais, ne voyant quasi rien de mon étage et je décidai de me précipiter dehors.
