Le père prodigue - André Querton - E-Book

Le père prodigue E-Book

André Querton

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Beschreibung

Réhabilitation d'un personnage des Évangiles

L’épisode de la rencontre du jeune homme riche avec Jésus est cité dans trois Évangiles ; il apparaît comme l’un des rares interlocuteurs historiques du Christ qui soit clairement identifié et n’est donc pas le personnage imaginaire d’une parabole.
Saint Marc, toujours bref, précise même que, ayant regardé ce jeune homme, Jésus l’aima.

L’auteur a donc imaginé que Saint Luc rencontre le jeune homme riche au soir de sa vie pour découvrir où l’a conduit l’amour que Jésus lui portait.
Car, selon lui, nous sommes peut-être très nombreux, nous tous, les jeunes hommes riches...
Pour André Querton, les Écritures sont bien autre chose qu’un simple document historique ; elles constituent le socle d’un enseignement dont la pertinence reste intacte.
Au soir de sa vie, cet homme mesure combien la rencontre avec Jésus a marqué son destin. Il n’a certes pas choisi la voie du renoncement mais a en revanche accédé à une double plénitude vécue au travers du parcours de ses deux fils : celle du projet familial accompli et celle de l’aventure...
L’auteur réhabilite ainsi ce personnage peut-être un peu trop rapidement écarté voire méprisé dans les récits évangéliques et leur interprétation par une certaine tradition.

André Querton nous livre ici une remarquable digression littéraire et spirituelle sur le personnage du jeune homme riche, devenu un père prodigue.

EXTRAIT

Oui, j’ai rencontré le Maître. Plusieurs en ont été témoins. Tu me dis que tu les vois, que tu as parlé à ses disciples et à ceux qui l’ont croisé. Tu es bien jeune et tu viens de loin. On t’a envoyé vers moi et je ne comprends pas bien pourquoi. Qui donc peut se souvenir de moi ? Je ne vis le Maître qu’un court moment et tu dis qu’il ne m’oublia jamais… Moi non plus, je ne l’ai pas oublié.
Peut-être a-t-il compris que je l’avais suivi, avec ma faim.

À PROPOS DE L'AUTEUR

André Querton est un ancien diplomate belge à présent engagé dans les domaines de l’édition et de la philanthropie. Son premier roman, La chambre d’art, a été publié en 2014 aux éditions L’Âge d’Homme. En 2016, il a écrit Thomas Jefferson, vie, liberté et bonheur, paru aux éditions du Pavillon. Ces deux livres ont recueilli une excellente réception critique.

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Seitenzahl: 47

Veröffentlichungsjahr: 2017

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À la mémoire des deux Philippe

L’épisode de la rencontre du jeune homme riche avec Jésus est cité dans trois Évangiles ; il apparaît comme l’un des rares interlocuteurs historiques du Christ qui soit clairement identifié et n’est donc pas le personnage imaginaire d’une parabole.

Saint Marc, toujours bref, précise même que, ayant regardé ce jeune homme, Jésus l’aima.

Cet amour immédiat de Jésus, dont on ne peut croire qu’il puisse avoir été une sympathie passagère, a certainement marqué ce jeune homme tout au long de sa vie.

Or une certaine tradition, et les disciples peut-être déjà, ont jugé avec condescendance cet homme jeune, englué dans ses richesses matérielles, tristement incapable de répondre à l’appel du Christ. Il a été considéré comme un contre-exemple.

Mais voilà, avec le Christ, la pierre rejetée par les bâtisseurs peut devenir parfois la pierre d’angle.

J’ai donc imaginé que Saint Luc ait rencontré le jeune homme riche au soir de sa vie pour découvrir où l’avait conduit l’amour que Jésus lui portait. Car nous sommes peut-être très nombreux, nous tous, les jeunes hommes riches…

Puisque tu reviens me voir, je te reçois volontiers.

Tu me demandes de raconter à nouveau cet épisode ancien de ma vie ; soit. L’étranger et le voyageur sont depuis longtemps mes hôtes. Chez eux, je recherche un regard et je ne désespère pas de le trouver. Mais je les écoute plus volontiers que je ne parle.

Que cherches-tu dans les souvenirs de ma vie ?

Se ressouvenir est une illusion. Les choses du passé n’existent pas. Elles sont dispersées dans l’air, comme un vent qui est passé ; à peine la manière dont les feuilles mortes sont disposées, ici en tas plus compacts, là dans un semis presque invisible, laisse-t-elle des traces, certes, mais indéchiffrables.

Le souvenir est en vérité une activité du présent, un lent artisanat toujours recommencé, l’œuvre de ce jour d’hui qui choisit de créer de toutes pièces ce qui n’est pas. Le passé est une invention du présent et c’est pour cela qu’il change.

Pourquoi donc en ce moment ai-je pourtant ce désir, pour te répondre, de construire mon passé, ou ce que j’appelle tel ? Je pourrais me contenter du jour qui est le mien, comme je me réjouis de manger le pain qui sort du four, de le saisir brûlant, de goûter sa légère dureté ou le moelleux de sa mie plutôt que de chercher au fond du panier un quignon de la veille. Seule la faim pourrait m’y pousser.

Mais quelle est cette faim que ne rassasie pas le présent ? La faim n’est pas un manque ni un renoncement. C’est une quête. Un cadeau de la jeunesse que je m’enchante de conserver au creux du ventre.

Oui, j’ai rencontré le Maître. Plusieurs en ont été témoins. Tu me dis que tu les vois, que tu as parlé à ses disciples et à ceux qui l’ont croisé. Tu es bien jeune et tu viens de loin. On t’a envoyé vers moi et je ne comprends pas bien pourquoi. Qui donc peut se souvenir de moi ? Je ne vis le Maître qu’un court moment et tu dis qu’il ne m’oublia jamais… Moi non plus, je ne l’ai pas oublié.

Peut-être a-t-il compris que je l’avais suivi, avec ma faim.

La nuit cachait enfin ma honte. Mon âme vomissait. Mon corps était arqué de hoquets, soulevé de sanglots secs. Mes jambes ne me portaient plus. J’étais resté couché sur la terre tout au long du jour, indifférent au soleil triomphant, bien moins chaud que la rage qui brûlait en moi. Au couchant, le ciel devint écarlate et semblait refléter les dernières braises qui dévoraient le peu qui restait de moi.

Le repos ne venait pas. J’étais parcouru de cris muets, ma bouche s’ouvrant pour les libérer, mais je ne poussais que des gémissements d’enfant apeuré. Mon souffle alternait ses rythmes ; soudain lent, faible, soudain fébrile, haletant. Mon cœur en suivait le mouvement ; je ne l’entendais plus puis le sentait battre, affolé, dans mes mains, dans mes pieds ; mes muscles se durcissaient douloureusement. Je fus saisi d’angoisse mais cela ne dura pas, car même cette vague frayeur me devenait indifférente.

Et enfin, un grand cri se fraya un chemin dans ma poitrine, un flot de larmes et de bile m’emplit la gorge ; je fus submergé comme dans la vague d’un torrent fou et englouti dans un tourbillon, étouffant, le visage ruisselant de mes sanies, les narines et la bouche encombrées et bouleversées par les flux contraires de l’air, des humeurs et des larmes. Je sombrai dans le sommeil.

J’étais jeune et les choses étaient abruptes. Ce deuil soudain le fut.

Je venais de quitter une enfance heureuse, mais elle m’enivrait encore, ces mois-là. Parce que je commençais à maîtriser mon ânon, à porter mon fardeau de grains, à allumer le feu de la maison, à courir d’une traite vers la colline au bout des terres paternelles, ne ressentant que la joie d’un effort à peine entamé, à lire au Temple sans bafouiller, je vivais dans l’émerveillement de grandir.

Chaque jour m’offrait une liberté nouvelle. Ma mère ne surveillait plus anxieusement mes jeux, mon père ne me grondait plus pour que j’éteigne rapidement la lampe dans ma chambre. Je recevais d’eux bien plus de tendres conseils que de remarques péremptoires. Mes parents écoutaient mes propos et me répondaient ; les domestiques obéissaient à mes demandes au lieu d’en sourire en me gâtant. Mes joies et plaisirs enfantins, offerts à foison par la maisonnée, reçus avec