L'enfant étoilé - Pascal Faivre-Rossi - E-Book

L'enfant étoilé E-Book

Pascal Faivre-Rossi

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Beschreibung

Souvenirs de l'enfance, de la jeunesse et de l'adolescence de mon frère, surnommé « cacal » par ses soeurs ; Les douloureux racontés avec une distance pleine de pudeur, les heureux avec une grande innocence. Adulte, il est resté le même, revendiquant sa candeur, toujours montrant son optimisme et, avant tout, humaniste. Pascal, tu m'as fait, parfois découvrir avec curiosité, parfois revivre avec émotion des souvenirs d'enfance avec une grande sensibilité, que l'on devine si on s'en donne la peine, et que tu t'efforces de cacher sous un abord provocateur. Enfant étoilé, frère plein d'amour de la vie, je t'aime et j'aime ce que tu es. Il nous a quittés, mais la connexion demeure...

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Seitenzahl: 156

Veröffentlichungsjahr: 2022

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« Tu n'es plus là où tu étais mais tu es partout où je suis.»

Victor Hugo

À mon grand-père.

Nous sommes le 11 juin 1952, il fait très beau sur Paris, le mercure flirte avec les 26 degrés.

Que s’est-il passé cette année 1952 ? À part la naissance de l’enfant étoilé bien sûr.

Ah oui ! On se souviendra de quelques faits comme le décès du roi George VI d’Angleterre en février, laissant son trône à sa fille Élisabeth II.

Antoine Pinay forme son gouvernement le 6 mars et le 16 de ce mois le beau village de Tignes est sacrifié à la demande de la fée électricité. Cette année-là nous avons les naissances de : Jean Roucas, Christophe Malavoy, Jean-Paul Gaultier, Christian Clavier, du chanteur Renaud et sûrement d’autres enfants car il en est né beaucoup, un toute les deux secondes je crois. Je n’ai jamais eu trop de mémoire pour les noms.

Il y a aussi quelques malheurs comme la construction du rideau de fer par la RDA.

Des prouesses techniques comme le premier vol d’un avion à réaction avec des passagers (le Comet 1) et aussi la super trouvaille du cœur artificiel qui permet à un homme en Pennsylvanie de rallonger sa vie de 80 minutes.

Il y avait un homme Marcel et sa femme Micheline qui étaient nés à un jour d’intervalle de la même année, le 28 et 29 juillet 1928, l’une à Paris dans le quatorzième, l’autre à Montfermeil dans ce « célèbre » département du 93… Ils se marièrent en juillet 1948 à tout juste 20 ans dans la mairie du onzième et se souhaitèrent beaucoup d’enfants comme tous les amoureux de la planète, c’est fou comme l’amour peut déclencher notre « instinct » de reproduction.

Marcel s’était juré de poser ses fesses sur le siège pilote d’un avion peut-être parce que l’un de ses frères avait posé les siennes dans un Halifax du groupe Tunisie en Angleterre durant la dernière guerre ou peut-être tout simplement parce qu’il était né sous le signe le plus royal du zodiac ; le lion.

Donc Marcel et Micheline subissaient en 52 la crise du logement, ils « habitaient » boulevard Victor dans une petite chambre de l’hôtel Aviatic.

Ce jour du onze juin, Micheline vers les 6 heures fit comprendre à Marcel qu’il était temps d’y aller.

À cette époque cela ne l’avait pas trop dérangé car mon père était matinal et surtout ils n’avaient pas de télévision.

Car maintenant lorsque ce genre de situation urgente se profile à l’horizon, c’est souvent pendant un match de foot, de rugby ou un grand prix automobile.

La clinique choisie portait le nom de Cognac Jay rue des mouettes dans le 15e.

Micheline n’étant pas à son premier essai dans le domaine « je donne la vie », il fallait donc faire vite. La précipitation commença à gagner l’esprit de Marcel car à l'époque il n’avait pas de voiture. Qu’à cela ne tienne, la première qui passerait, serait arrêtée. Vu l’heure matinale le « choix » du véhicule fut assez restreint et Micheline dut se contenter d’un camion de livraison.

Au mois de juillet de cette année, mes parents et un couple d'amis avaient loué un petit trois-pièces dans une ferme de la campagne normande. La journée ils participaient aux activités agricoles ce qui leur permettait d'avoir une location à un prix abordable. Ce changement d'environnement les faisait fuir l'exiguïté de leur chambre et le rythme de la vie parisienne. À la fin de leur séjour, pour leurs travaux effectués et leur bonne intégration au pays du cidre et du camembert, ils furent conviés à faire la «tournée des grands-ducs» dans les fermes avoisinantes.

J'avais tout juste deux mois et leur escapade se termina en angoisse parentale. Je vous raconte. En fin d'après-midi, sur les sentiers, me ballottant dans une poussette plate, ils commencèrent leur tournée dégustation. Passant du cidre au calva et du calva au cidre, vers les vingt-trois heures, tout ce petit monde était assez éméché. Torches électriques en main, cherchant parfois le bon chemin, leur retour s'effectua en chansons grivoises et la démarche mal assurée. Ils regagnèrent enfin leur gîte dans cette nuit d'encre noire.

Arrivés au domicile, ils allumèrent la pièce, rentrèrent la poussette plate mais sans bébé à l'intérieur. Cette panique justifiée les dessaoula instantanément. La bande de lurons n'était plus joyeuse du tout. Armés de lamparos de poche, les voilà partis à la recherche de l'enfant perdu quelque part sous la voûte céleste. Dans la montée d'un chemin qui était en fait une descente à l'aller, j'avais glissé de la poussette et personne ne m'avait marché dessus. Après une bonne demi-heure, ils me trouvèrent dormant comme un charme dans un petit fossé. La nuit était fraîche, mais l'emmaillotage des bébés à l’époque, ce n'était pas de la rigolade. Mes jambes étaient bandées pour éviter de futurs membres arqués, et l'on mettait le tout dans une espèce de sac à jambon molletonné pour bébé et l'on rajoutait un bonnet sur ce qui dépassait.

Ma première «bêtise» qui m’a été comptée se déroula dans l'hôtel du boulevard Victor, quelques mois après leur séjour normand. Ma mère m'avait posé sur une chaise haute le temps de préparer mes agapes. Cette chaise avait eu la malencontreuse idée d'être placée à côté de la table, ce qui semble logique. La table, elle, était plaquée sur le mur ajouré d'une fenêtre. Grave erreur, car sur le rebord de l'embrasure, ma mère n'ayant pas de réfrigérateur, une bouteille de lait prenait le frais et à cet âge-là, on aime le lait.

Ma mère me tournant le dos, J'en profitais pour manipuler de façon empirique ma tablette «air-aviatic» et réussi à la soulever, puis, je ne sais pas par quelles contorsions, je réussis à grimper sur la table de cette chambre-cuisine. Après deux quatre pattes, j'atteignis la précieuse bouteille de verre. Ma mère se retourna et poussa un cri. Effrayé, je retirais la main de cette bouteille de lait devenue bancale. Elle roula sur le rebord de la fenêtre et tomba dans le vide, il était dix-huit heures et le trottoir était noir de monde. Après d'interminables secondes,

3 étages plus bas, le bruit d'une bombe se fit entendre.

Ma mère m'avait déjà pris dans ses bras et n'osait se pencher par la fenêtre pensant que j'avais tué quelqu'un. Ce quelqu'un aurait pu être mon père car celui-ci rentrait du travail et était sur les lieux du drame.

Ma mère empoigna son courage et osa se pencher. Le monde s'était arrêté ; nul ne bougeait et entre les jambes des passants indemnes était dessinée une grande étoile blanche.

Notre premier périple débuta avec la mutation de mon père à Salon de Provence. Nous habitions à Grans, petit village du midi. Cette année 53-54 fut une année décisive pour l'avenir de mon père, car il devait préparer son concours pour accéder au grade d'officier. Pour lui commençait également une période boy-scouts car il fut interne durant 3 mois avec ses potes potaches et ne voyait sa femme qu’en fin de semaine.

Durant toutes les années qui suivirent, les souvenirs que j’ai laissés à ma mère furent éphémères, répétitifs et intenses, car maintenant, je marchais… .

J’étais un garçon aimant l’aventure et ne tenant pas en place, le genre d’enfant que l’on qualifierait aujourd’hui «d'hyperactif». Ces enfants de notre moderne société «bénéficient» d'un suivi psychologique et une attention toute particulière pendant leur scolarité, bref, il doit s'agir d'une pathologie infantile nouvelle.

Quoi qu’il en soit, à dix mois je marchais allègrement et j’ai vite eu une aversion pour les poussettes si bien que lorsque ma mère se promenait avec moi, j’étais en laisse mais pas autour du cou, c’était interdit. Celle-ci, toute blanche me bardait la poitrine comme une caille. Ce harnachement n’était pas un signe ostentatoire d’esclavagisme infantile mais cet accoutrement était nécessaire à ma sécurité.

Mais ne dit-on pas « il n’y a pas de sécurité sans risque zéro » ; aussi un jour au bout de la laisse, ma mère n’aperçut qu’une bouche d’égout. J'avais disparu dans un caniveau, le long du trottoir, dans lequel je m’étais infiltré, sorte de boyau qui me donnera sans doute plus tard le goût pour la spéléo. J'avais réussi à avoir ma première concentration de fans. La nouvelle se répandit très vite dans le village et jusqu'à la mairie. Quelques instants plus tard un brave employé municipal retira la plaque d'égout et m'extirpa de ce cloaque.

Ayant vite appris les défauts de ma cuirasse en cuir tressée, de temps en temps, pour assouvir quelques curiosités, je m’en débarrassais discrètement et prenais grand plaisir à voir les braves gens me courir après comme l’on court derrière un canard. C’est ainsi que sur la place du marché, endroit où l’on papote, j’avais échappé à la vigilance de ma mère et me suis retrouvé sous les quatre jambes d’un immense cheval. Le charretier avait beau user du fouet pour faire avancer sa bête de trait, rien ni faisait, Equus caballus n’avançait plus et pour cause, ce brave cheval ne voulait pas me blesser. Ce jour de marché resta dans la mémoire collective et le héros quadrupède de la matinée eut sans doute une double ration de picotin.

Avec ses premiers galons d'officier mon père nous amena en Afrique qui deviendra plus tard mon continent de prédilection.

Marrakech !.… mais juste pour un an juste assez de temps pour accueillir ma sœur Jocelyne native de cette belle contrée. Je n’ai pas de souvenirs concrets de cette époque si ce n'est des souvenances sensitives telles les odeurs et les couleurs, la langue du pays que mon cerveau a toujours en mémoire, aussi mes parents m'évoquèrent plus tard l'histoire de la disparition de l'enfant étoilé durant une bonne demi-journée.

J'avais suivi en début d'après-midi un jeune pâtre de dix ou onze ans avec son petit troupeau qu'il surveillait dans les rocailles entourant la ville. Le soir venu, après avoir rentré ses moutons le berger était rentré seul en ville sans trop se poser de questions. À la façon dont certains enfants restent prisonniers d'un placard lorsqu'ils jouent à cache-cache dans une maison moi, je préférais faire des blagues en plein air, j'étais resté enfermé avec les brebis dans la bergerie. Tout le quartier était à ma recherche. La police locale, les pompiers, tous étaient sur le pied de guerre car le crépuscule pointait à l'horizon. Quelques heures de recherche plus tard, des militaires me retrouvèrent errant à l'extérieur de la ville et me ramenèrent chez mes parents. Ce fut mon premier tour en Jeep.

Mon encéphale a dû s'imprégner des odeurs colorées de cette ville car J’y suis retourné bien plus tard, après l’an 2000 et j'ai eu le ressenti de déjà-vu.

Notre séjour avec ma seconde épouse commença sur le parking de l’aéroport avec la rencontre d’un chauffeur de taxi. Et là, un climat de confiance irréfléchi s’installa. Il devait nous conduire à l’hôtel Bordj où nous avions retenu une chambre mais il était vers les midis et mon ventre prit rapidement la place de mes hémisphères cérébraux et Dieu merci, ce jour-là mon estomac avait bien fait de réagir. En route vers l’hôtel je lui demandai : « où emmènerais-tu ta famille manger, avec tes moyens, dans Marrakech ? ». Il me répondit : « on y va ».

Nous lui avons offert le repas dans un endroit comme je les aime. Repas simple sur une terrasse où les cannisses zèbrent le soleil, où la nourriture est familiale. Dès ce moment, j’ai su que nous allions passer un séjour inoubliable. Tous les matins, il était là au bas de l’hôtel avec son taxi pour partir en promenade et cela pendant une semaine. Il était notre guide, notre conteur.

Marrakech dort-elle ? Il parait que non, belle cité qui donna son nom au Maroc. Elle n’en est plus la capitale mais elle a gardé tout son prestige et reste « la perle du sud ».

Sa médina moyenâgeuse et la mosquée de la Koutoubia sont ses repères urbains.

La place Jamâa El Fna tout comme « la mamounia » est sûrement aussi connue dans le monde que la tour Eiffel. Cette place est l’organe vital de la ville et tout comme la tour Eiffel, elle ne dort jamais. Le jour, elle est animée d'une vie intense où le misérable et le sublime se mêlent pour offrir un spectacle hallucinant. Badauds, musiciens, boutiquiers, danseurs, vendeurs d’oranges, charmeurs de serpents, mendiants, guérisseurs… forment une foule hétéroclite et bigarrée. À la nuit tombée, les gargotiers s'installent et la place se métamorphose alors en un vaste restaurant en plein air où l'on peut déguster pour un prix modique toutes les spécialités locales.

Marrakech abrite de nombreux joyaux où fontaines, mosaïques et jardins côtoient le vert, le bleu et l’ocre.

La médersa ben Youssef, école coranique aux 132 cellules dont les fenêtres, faits inhabituels, donnent sur sept petites « courettes » intérieures dont certaines ouvertures regardent la médina. C’est dans cet endroit que pierres, bois de cèdre, zelliges et stucs embellissent le monument.

Autres merveilles de cette ville à la couleur ocre : le musée de Dar Si Saïd renfermant la quintessence des arts marocains, et faisant scintiller les ornements d’or et de marbre sans oublier la Ménara, magnifique bassin bordé de fleurs.

On ne peut contourner la visite du palais de la Bahia, qui servit de décor naturel à de nombreux films. Ce palais est une succession désordonnée de luxueux appartements secrets ouvrant sur des patios.

Cet inventaire de beautés est loin d’être exhaustif. Mais surtout, il ne faut pas quitter cette ville sans s’asseoir sur un banc dans le jardin de Majorelle et fermer les yeux quelques instants pour écouter l’eau de la fontaine et s’imprégner des odeurs de ce minuscule paradis. Ce jardin enchanteur fut créé par le peintre français Jacques Majorelle qui s'y établit à partir de 1922. Racheté en 1962 par le couturier Yves Saint-Laurent, le jardin a été depuis entièrement réhabilité. Bougainvillées, cyprès, cocotiers, palmiers cactées, papyrus… créent un étonnant décor floral. L'ancienne villa bleu vif du peintre est devenue un petit musée d'art islamique où l'on peut admirer tapis et céramiques de différents villages du sud.

Mais revenons au passé et arrêtons-nous de rêver, nous sommes en 1956 et mon père est muté sur la prestigieuse base aérienne d’Avord : « Georges Mandon » et enregistrée sous le numéro 702.

C’est en 1912 que commence l’histoire aéronautique de la base d’Avord avec l’implantation d’une école de pilotage. Elle formera tous les « As » » de la guerre 14/18, tels que Fonck, Guynemer, Georges Madon qui fût un des dix premiers pilotes affectés à Avord. Il terminera la guerre avec 41 victoires homologuées, se classant quatrième sur la liste des as français. Plus tard Mermoz et St Ex y rentreront aussi.

De 1920 à 1940 Avord poursuit sa mission de formation des pilotes et des équipages tout en modernisant ses équipements.

Durant la seconde guerre mondiale, la base est occupée par les Allemands. En 1944, elle est bombardée par les Alliés puis évacuée par les Allemands après la mise en œuvre d’un plan systématique de destruction. La base est reconstruite en 1946 et reprend sa mission.

Naissance, au joli mois de mai, de ma sœur Catherine, mes souvenirs ne sont que des flashs à la chronologie incertaine, laissons donc remonter le temps qui éclaircira le passé.

Nous retraversons la Méditerranée pour nous retrouver à Fort de l’eau, à l’ouest d’Alger. Tant de lumière traversait mes yeux qu'ils ne pouvaient que rester entre ouverts à la moindre photo en extérieur.

Réverbération du sable, des maisons et de la mer j’étais envahi par la lumière et la liberté. Notre séjour dura deux ans, de 1956 à 1958 ; deux ans de vacances pour cet espiègle garçon.

Nous avions une maison plus petite que la terrasse percée d’un escalier de dix marches qui s’arrêtait sur une plage brûlante. Elle était notre terrain de jeu sans cesse sous surveillance.

Mon père était souvent en mission durant des semaines laissant ma mère dans un climat incertain avec 3 enfants à s’occuper et j’en donnais de l’occupation à ma mère… .

Nous avions comme voisin des pieds noirs qui se retrouvèrent quelques années plus tard rue de la convention à Paris. Le mari était dentiste, ses enfants furent mes premiers amis dans la vie. Leur mère était la caricature de la femme Méditerranée généreuse, brune, bronzée et sachant cuisiner les bons plats de là-bas. Je connus l’école pour la première fois qui elle aussi était au bord de la plage. Nous n’avions qu’une centaine de mètres, peut-être, à faire sur le sable avec mes deux compères pour la retrouver. Il nous en fallait du temps pour aller nous instruire jouant à cache-cache parmi les barques se reposant sur la grève. Nous avions des claquettes ou des chaussures de toiles remplies de sable. Parfois des chaussures de plastiques translucides et ajourées nous protégeant sur la plage des innombrables boulettes de goudron et dans l’eau des oursins.

Nous avions une institutrice qui me paraissait bien vieille avec ses 24 ans mais très attirante, comme la plupart des femmes. Je me trouvais au fond de la classe sous un grand ventilateur, accoudé sur le pupitre incliné. J’ai dû ces années-là connaître mes balbutiements avec l’orthographe et la grammaire mais je n’étais pas un Champollion et n’attendais qu’une chose, l’heure de la sortie.

Pour m’occuper on m’envoyait souvent au coin debout ou à genou suivant l’humeur de madame.

La pire des humiliations résultant de ma conduite et de mes résultats était de me promener dans toutes les classes, accoutré d’un bonnet d’âne aux grandes oreilles avec une langue de carton rouge tenue par un élastique passant autour de mes oreilles. Ce carnaval était hebdomadaire pour moi.

Le célèbre photographe Robert Doisneau (1912-1994) aurait pu m’avoir dans sa collection s'il était passé par là.

Mais j’avais quelques vengeances dont une que j’appréciais tout particulièrement car je pensais qu’à l’époque ce n’était pas bien d’avoir des pensées si osées. J’appris bien plus tard qu’elles étaient tout à fait naturelles. Cette institutrice en jupe avait pour habitude de s’asseoir sur son bureau, quoique de plus naturel mais, face à la classe, étalant ses jambes sur le premier pupitre de la première rangée.

Quand je voulais aller aux toilettes, pour gagner la porte de sortie il fallait passer par cette chaise longue humaine et madame ne dédaignant pas retirer ses jambes, m’invitait à passer sous ce pont enjuponné. Et là bien sûr, à 4 pattes, tout en ne ralentissant pas ma course, mes yeux furtifs virent pour la première fois d'énormes cuisses ornées d'une culotte de coton. Premier trophée pour mes yeux, première culotte de femme non familière, une culotte étrangère inspirant mon imagination. Par la suite, tous les jours je retardais ma miction en attendant que madame reprenne sa pose très décontractée pour demander à aller aux toilettes. Plus tard, je me suis demandé lequel de nous deux prenait le plus de plaisir.