La cabane dans les arbres - Steven Meyers - E-Book

La cabane dans les arbres E-Book

Steven Meyers

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Beschreibung

Dans les teintes grisâtres de Seattle, deux hommes, Steven et Scott, s’embarquent dans un voyage périlleux au-delà de la portée de la loi. Enchevêtrés dans un monde de braquages de banques et de loyautés éphémères, ils cherchent la rédemption dans une société implacable dans sa poursuite. Au milieu de fuites remplies d’adrénaline et de dilemmes moraux, leur lien se renforce, culminant en une connexion inattendue. L’histoire suit leur odyssée sur le fond impitoyable de la loi, se terminant par la fin tragique de Hollywood — un homme qui a vécu et est mort selon ses propres règles, laissant un héritage étroitement lié aux vies qu’il a touchées.

Steven Meyers n’est pas un chroniqueur extérieur du crime – il est l’une des figures centrales dont la vie a façonné cette histoire. Après des années à s’exprimer à travers la poésie, la sculpture et la peinture, il se tourne maintenant vers la prose pour raconter la vérité brute sur son long voyage avec Scott – une vie qu’il a partagée avec la police, des amis et d’autres personnes impliquées sur leur chemin. Alors que des documentaires comme la récente production de Netflix 48 Hours et plusieurs émissions de télévision ont présenté des fragments de leur saga, aucune n’a jamais saisi la réalité complète. Ce livre se présente comme le propre témoignage de Steven – un récit complet et intime de ce qui s’est réellement passé.

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Veröffentlichungsjahr: 2025

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Steven Meyers

La Cabane dans les arbres

Tous droits réservés

Copyright © 2025 par Steven Meyers

Toute reproduction, représentation, distribution ou transmission de tout ou partie de cette publication, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, y compris la photocopie, l’enregistrement ou d’autres méthodes électroniques ou mécaniques, est interdite sans l'autorisation écrite préalable de l'éditeur, à l’exception de brèves citations incluses dans des critiques ou d'autres utilisations non commerciales permises par la loi sur le droit d'auteur.

Publié par Spines

ISBN : 979-8-90002-339-7

LA CABANE DANS LES ARBRES

LA VÉRITABLE HISTOIRE DE HOLLYWOOD LE BRAQUEUR DE BANQUES

STEVEN MEYERS

CONTENTS

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Épilogue

LA CABANE DANS LES ARBRES

LA VÉRITABLE HISTOIRE DE HOLLYWOOD LE BRAQUEUR DE BANQUES

« Presque tous les criminels subissent une défaillance de la volonté et du raisonnement, causée par une insouciance enfantine et phénoménale, à l’instant même où prudence et la circonspection sont les plus indispensables.

Il était convaincu que cette éclipse de la raison et cette défaillance de la volonté attaquaient l’homme comme une maladie… »

~Dostoïevski

PROLOGUE

…son domaine était rare et singulier, et nombreux étaient ceux qui venaient dans cette forêt du Nord-Ouest en toutes saisons pour prêter main-forte dans ses entreprises et deviner ses méthodes. Et de cette forêt intacte émergea cette habitation, qui au fil des saisons et des ans devint élémentairement audacieuse et courageuse, telle une sorte de messager importé en hâte des bras infaillibles de la nature. Un navire vivant, pour lui-même et pour tous les autres, flottant haut sous les nuages capricieux et oscillant en rythme avec les grands arbres dont il faisait partie intégrante. Une cargaison échouée autour de sept cèdres géants, avec des passerelles sinueuses menant de l’habitation proprement dite à travers la forêt, vers des sanctuaires cachés où résidaient la puissance et le secret. C’était un refuge pour la grande faune vagabonde de la forêt, qui savait que cet abri n’était qu’une partie de tout ce qu’elle connaissait le mieux. Les écureuils volants s’introduisaient hardiment dans l’intérieur chaleureux pour leur repas matinal, leurs plaisanteries et leurs frasques, sans se soucier de la manière dont cette merveille était née, ni pourquoi, seulement qu’elle existait. Tout au long des étés, les colibris se rassemblaient, taquinant la flore suspendue pour son nectar comme des agents tribaux voyageant de fleur en fleur, leur nourriture toujours présente, introuvable ailleurs que dans cette forêt. Et à travers la brume tombante de l’aube, les corbeaux vaincus traquaient le ciel sans vent au-dessus de cette habitation cèdre, leurs croassements ressemblant à un chœur de devins dévoyés ou de migrants maraudeurs cherchant un territoire que seuls eux connaissaient. Quant à ses manières, il était perçu comme un refuge gravé pour l’âme et comme un hospice pour les voyageurs fuyant les dangers des voies défaillantes du monde, une maison qui reflétait peu le monde extérieur, car c’était un monde à part, un monde façonné par lui-même…

Il est prophétisé et gravé dans le temps que les forces du hasard et du destin ne sont que les préoccupations d’hommes engagés dans des entreprises audacieuses et téméraires, et c’est sous cette signature qu’il bâtit sa cabane dans les arbres, et de même il s’avança et parcourut ses sentiers, marquant de ses actes inopportuns son autodestruction. Et comme ce fut son cas, ainsi sera-t-il raconté dans cette histoire.

CHAPITRE1

« Maudit soit l’homme qui retira les liens cruels de mes jambes, alors que je gisais dans le champ. Il m’a volé de la mort et m’a sauvé, sans aucune bonté. Si j’étais mort ce jour-là, je ne serais pas un fardeau pour mes amis. »

~Sophocle

Veille de Thanksgiving… 27 novembre 1996… Seattle

Notre fourgon s’immobilisa dans un crissement de pneus suivi d’un choc brutal. Il était encastré contre un arbre, ses roues tournant dans le vide et creusant la pelouse devant une maison de quartier. Les roues grinçaient comme le cri perçant des mouettes en piqué avant que le moteur ne s’arrête en sursaut. Les essuie-glaces continuaient d’aller et venir dans leur ronron rythmique. Le sifflement du scanner, à l’exception des voix interrompues de la centrale, était devenu le vecteur de mon destin… voix, voix, toujours les mêmes voix ! J’ai réussi, je ne sais comment, à soulever mon corps couvert de sang et regardé devant moi : la portière conducteur était ouverte et Scott était parti. Il était parti… des flashs chaotiques de ma vie défilaient dans mon esprit—parti, parti, tout était parti ! Une branche sombre et détrempée de sapin recouvrait le pare-brise ; les essuie-glaces continuaient de battre l’air inutilement. Les gouttes de pluie formaient des motifs métalliques, semblables à des carillons creux frappant sur le fourgon. La pluie tombait en lames froides et d’acier, et un vent hurlant grondait comme un messager furieux du destin. À ma droite, la porte coulissante était encore ouverte, vestige de la dernière tentative de Scott d’arrêter la rafale de tirs des policiers de Seattle (SPD) et du FBI. Leur cible avait été touchée.

Mark gisait face contre terre au milieu d’une masse abondante de billets. Du sang, de la fumée et des armes jonchaient l’intérieur du fourgon. Son corps de 240 livres était immobile et muet. Un corps rempli d’années de bourbon, de cigarettes et de drogue. Après plusieurs jours d’angoisses et d’appréhensions, essayant de se convaincre qu’un tel destin ne pouvait arriver, il était maintenant inerte, peut-être sans souffle. J’aperçus du sang s’étendre sur son torse et des traînées rouge vif sur la pile de billets. Cette scène évoquait un tableau médiéval sombre, une vision que Jérôme Bosch aurait pu concevoir pour l’une de ses macabres représentations de l’homme entrant en enfer. Son corps de près de deux mètres ressemblait à un python inerte, étiré—une masse immobile livrée aux mains attendues de la justice.

Toujours accroupi, oscillant sur mes genoux, mon bras gauche pendait mollement d’un côté à l’autre. Ma main droite était crispée et fermée, tendons et chair sanglante sortant de mon avant-bras droit. Les deux bras avaient été touchés par balles et étaient inutilisables. Mon sang se répandait sur le chaos des billets de cent dollars éparpillés autour de moi. J’étais plongé dans une froid sentiment d’abandon, comme un coup de marteau frappant une enclume inflexible. Tout ce que j’étais venait d’être changé ; tout était fini. La mort me semblait alors si naturelle.

Engourdissement et confusion me laissaient nager dans une mer d’incertitude. L’odeur de la pluie froide et des sapins commençait à tenter mes sens ; d’étranges pensées de survie m’effleuraient même dans cet instant de mort. D’une certaine façon, tout cela était si confus. J’entendais l’écho de sons lointains en staccato. Les coups de feu continuaient, mais s’affaiblissaient. Le scanner sifflait, interrompu par des appels de la centrale de police. Des cris lointains, comme depuis une fosse profonde où résonnent des sons dispersés et creux, dont l’origine se perdait. Des voix frénétiques provenant de toutes directions ; des voix étouffées et brouillées qui répétaient de façon incohérente les mêmes mots. Ma vision devenait voilée, vitreuse, saturée par la fumée qui emplissait le fourgon. La lumière m’entourait soudain, magnifiques rayons perçant le fourgon—le sang, le sang, et la douleur de la défaite. Nous étions deux hommes ensevelis dans les entrailles de ce fourgon, avec pour ultime symbole de notre chute ce reliquat de billets maculé de sang.

Rien ne pouvait nous préparer aux rencontres qui se sont abattues sur nous cette nuit d’orage. Tout s’est achevé en un instant fugace, ultime résultat de quatre années de succès sans entrave. Tous nos plans et préparatifs n’ont servi à rien. Des erreurs dans la chaleur du moment et de mauvaises décisions tactiques ont conduit à cela. Nous étions devenus trop confiants de nos succès et sous-estimions nos adversaires—le SPD et le FBI. Nous avions tenté une dernière opération et nous avons perdu.

Perdu chèrement en plus. Quatre ans durant, nous avons malmené le système et voici que c’était leur jour de gloire !

L’odeur de poudre et de sang flottait telle un nuage, et les yeux de la mort le scrutaient. Souvent, dans ces moments d’échecs et de défaites futiles, l’on trouve une dernière poussée de volonté pour survivre et combattre à armes égales—mais ce ne fut pas le cas ce soir. La mort semblait appeler à bras ouverts, et j’étais plus que disposé à accueillir son sourire qui m’attendait. Les instants semblaient hors du temps, étrangement étrangers au cœur de ce chaos de défaite.

J’entendais des voix et des bruits lointains qui se rapprochaient sans cesse. La garnison d’agents approchait ; ils avaient enfin capturé leur proie tant attendue ; tous sauf un, à savoir Hollywood lui-même. Mark et moi étions maintenant dans leur monde dur et froid de la rétribution. Leur vengeance était en retard.

Par la porte coulissante ouverte, le vent soulevait les billets éparpillés et la voix gémissante de la pluie me fouettait le visage. Mark demeurait silencieux, figé sur place. Une voix stridente, lointaine, hurla :

« En voilà un… du côté conducteur… tirez-le avant qu’il ne s’échappe… tirez-lui dans le cul ! » Des voix paniquées hurlaient à travers le vent obstiné, m’apparaissant venir de toutes parts. Les phares des voitures zébraient l’obscurité nocturne. L’hélicoptère au-dessus balaya la zone avec son stroboscope, et son bourdonnement sourd pesait comme un poids lourd et oppressant. Puis les coups de feu… pop pop pop…pop ! Ils tiraient sur Hollywood—il était en fuite. Il était seul maintenant, avec la nuit froide et furieuse comme protectrice. Sera-t-il assez rapide cette fois-ci pour échapper à la rafale de balles et aux policiers à ses trousses ? Si quelqu’un le pouvait, c’était Hollywood ! Des pas couraient et dépassaient, s’éloignant rapidement à la poursuite de Hollywood. Cette nuit fragile favoriserait Hollywood plutôt que la police ; Hollywood connaissait bien les quartiers, assez pour échapper à ses poursuivants et redevenir en Scott. Notre destin était scellé—le sien pas encore. Soudain, un agent dehors hurla une menace avec autorité :

« Descends du fourgon… sors de ce putain de fourgon… maintenant, enfoiré ! »

J'ai hésité et regardé Mark sur le côté, qui restait immobile. Un cadavre ? Je me sentais paralysé sur l'instant—Ça ne peut pas arriver, pas à moi, pas après tout ça ! J'ai jeté un coup d'œil par la porte latérale sur la rue noire et mouillée—les éléments froids m'attendaient.

« Sortez de ce putain de fourgon… au sol… MAINTENANT ! »

« J’en ai deux ici ! » cria-t-il de nouveau ! « Sortez du fourgon… À terre, bande de fils de pute… Maintenant ! »

Je me suis extirpé en m’appuyant sur mon bras gauche et je suis tombé à genoux. À côté de moi, je voyais Mark glisser brutalement hors de la porte, rampant presque vers le sol dans un mouvement impuissant et un peu comique. Il est tombé face contre le bitume froid et mouillé, sans défense. Il restait silencieux et immobile, comme si une autre force vitale le guidait. Il ne semblait être qu’un corps lourd attendant son sort. Il était vivant—mais pour combien de temps ?

« Toi, allonge-toi à plat ventre… mains derrière le dos ! » ordonna-t-il en agitant son fusil à pompe vers moi. « Maintenant… Fais-le, bordel de merde… Maintenant ! »

Encore accroupi sur mes genoux, incapable de me mettre à plat ventre, j’ai fixé l’agent qui s’approchait, fusil braqué sur moi, avec son chien à ses côtés.

« À plat ventre… mains derrière le dos… Fais-le maintenant… Maintenant, bordel ! »

« Tire-moi dessus, tire-moi dessus et finis ce que tu as commencé ! » ai-je hurlé, le défiant. Qu’est-ce que ça pouvait me faire ? Je n’avais plus aucune prise sur ma vie, un but qui faiblissait… dénué de sens à jamais ! Cela me semblait à cet instant tellement absurde qu’il ne finisse pas ce qu’il et les autres avaient commencé quelques instants plus tôt. Ils avaient ouvert le feu sur nous en rafale, tirant sans but dans la camionnette pour tuer, et maintenant, face à face, il refusait d’exécuter ce qu’il désirait vraiment. Si j’avais eu mes bras, j’aurais avancé en faisant signe de tirer !

« La justice va vous achever… maintenant, mets-toi à terre ! »

« Calme-toi, mec ! » ai-je crié, « C’est fini, calme ta putain de merde… tu m’as tiré sur les deux bras. Je peux pas me mettre à terre sans mes bras ! »

Avec le museau de Rintintin près de mon visage et le détective qui se glissait à côté de moi, j’ai basculé en avant et frappé le bitume durement sur mon flanc droit. J’ai tourné mon corps face contre terre dans la rue froide et mouillée.

Justice, il dit, me suis-je mis à penser. La justice, que je connaissais peu, mais ce peu me déplaisait. Des gangsters et des escrocs qui dirigent ce cirque, toute cette bande de merde ! Je savais que j’allais avoir de sérieux ennuis une fois tombé dans leur fosse judiciaire sombre.

« Mains derrière le dos ! » ordonna-t-il.

« Je ne peux pas bouger mes bras, tu comprends pas putain ! »

« J’ai celui-ci au sol… j’ai besoin d’aide ici ! » cria-t-il à un de ses partenaires. Je pouvais maintenant voir clairement celui qui avait tiré fièrement. C’était un homme trapu, un peu en surpoids, à l’allure impressionnante, plein d’énergie et d’intention, sans doute porté par le succès de la soirée. Il avait l’air étrangement albinos avec ses cheveux blancs bouclés et sa peau rose pâle. Ses yeux étaient cobalt et creux. Il paraissait nerveux et tendu, comme sous amphétamines ou une autre drogue. Son regard était froid et affûté, tel le souffle d’un tueur. Il commença, prudemment et nerveusement, à marcher autour de moi avec Beethoven, son chien (j’entendis l’albinos appeler son nom en donnant des ordres), balayant mon corps du canon de son fusil à pompe. Il était agité et enragé par le sang de la nuit. Il se tenait au-dessus de moi, tel un guerrier triomphant exhibant sa proie. Beethoven restait proche de moi, son museau m’évaluant. Son embuscade avait atteint son but—deux à terre, il en restait un à tuer ou à capturer. L’officier Mike Magan du SPD (brigade des braquages de banque), comme je l’appris plus tard, était l’homme qui changea le cours de ma vie.

Un autre agent arriva en courant et m’a rapidement tordu le bras et me passant les menottes dans le dos.

Il s’est occupé de Mark et termina de le maitriser.

« On a les deux sous contrôle… appelez l’ambulance ! » ordonna-t-il. « Deux blessés par balle… l’un est inconscient, ça pourrait être critique ! » confirma l’agent Magan en criant vers la voiture de patrouille.

Tournant la tête, j’ai regardé la camionnette. Partout des lumières, scintillant dans la nuit noire. L’hélicoptère était toujours au-dessus, balayant la zone encerclée avec des stroboscopes. Lumières de police, torches, phares, et le reflet des lueurs rebondissant sur le macadam noir mouillé. J’ai regardé par la porte latérale ouverte du fourgon et j’ai été momentanément plongé dans une rêverie étrange et bizarre. Évidemment, provoquée par le traumatisme et la douleur. C’était comme s’il y avait des halos de lumière autour de la montagne de billets. Des faisceaux laser traversaient la camionnette et se mêlaient au nuage de fumée, formant une sorte de danse primitive en train de se créer. Des particules papillonnaient et tourbillonnaient avec une incroyable beauté solennelle. Je me suis mis à entendre la plus belle musique, une musique d’un autre monde—une chorale de voix angéliques chantant un Aria inconnu avec des couches et des couches de voix et d’harmoniques. C’était comme si je ressentais l’amour pour la première fois. Je gisais ainsi, transporté loin du sang et du chaos qui m’entouraient. Mais, comme un coup de tonnerre soudain, l’albinos posté, l’agent Magan, brisa ma transe.

« Qu’est-ce que ça fait d’être abandonné par son partenaire et de finir par porter la responsabilité de tout, mon pote, hein ? » ricana l’albinos, toujours debout au-dessus de moi.

Comment pouvais-je répondre à un commentaire aussi cliché ? Scott s’était enfui selon ses conditions. Quant aux amis… eh bien, d’une certaine façon j’avais toujours imaginé cette scène exacte. Au final, ce jeu n’a pas de règles. On apprend à ne jamais supposer ni espérer un résultat parfait. Une réalité froide. Nous laisser à terre, touchés par balle, dans les débris de cette réalité n’était pas le résultat parfait, mais que pouvait-il faire d’autre ? Scott ne se serait jamais rendu à la vie que nous affrontons désormais. S’il n’avait pas été touché, il aurait été difficile pour eux de le capturer ; il est beaucoup trop en forme pour ce genre de mecs que je vois ici. Scott n’est pas du genre à accepter leurs options. Au final, ils devront l’affronter avec ses propres options. Je le connais, il va gagner d’une manière ou d’une autre ce dernier affrontement.

De plus en plus de véhicules arrivaient. Des flics partout, dispersés dans le quartier. Whomp whomp whomp whomp… l’hélicoptère, au-dessus, continuait son survol. Un homme grand et maigre dans la trentaine, débordant d’énergie, aux yeux vifs et grands ouverts, cheveux courts et bouclés, portant une veste imperméable bleu ciel avec FBI inscrit en grosses lettres dans le dos, sortait précipitamment d’une voiture banalisée. L’homme était enfin là—l’allure parfaite en plus ! Même dans mon état, je l’ai immédiatement reconnu. Scott et moi avions été en contact avec lui, sans qu’il le sache. Il avait fait l’objet de notre surveillance environ un an auparavant.

Il courut vers moi en brandissant quelque chose dans la main.

« Je suis l’agent spécial Shawn Johnson du FBI, es-tu Hollywood ? Lequel de ces deux hommes es-tu ? » demanda-t-il en se penchant à mes côtés, les yeux écarquillés et excités, me montrant une affiche. « As-tu déjà vu ce poster ? » Un large sourire étira son visage tandis qu’il agitait un portrait de recherche de deux hommes pour que je donne mon avis. Son excitation était presque contagieuse.

Il venait enfin de mettre la main au moins sur l’un des hommes qu’il cherchait depuis plus de quatre ans. « Non, je ne suis pas Hollywood. On dirait qu’il s’est encore sauvé, hein ? J’ai jamais vu votre affiche avant. »

« Qui sont-ils ? » taquina l’agent Johnson.

« Aucune idée, je suppose que c’est un truc que vous avez inventé ! » Voilà où j’en étais—trempé de sang, mouillé et gelé, mon esprit tourbillonnant dans toutes les directions sans aucun équilibre mental et lui qui me pose ces putains de questions insensées ! Bon sang, quelle équipe de professionnels protège nos rues, pas étonnant que nos succès au fil des ans aient été ce qu’ils étaient.

« Qui es-tu, quel est ton nom ? »

« Steve, » dis-je à contrecœur.

« Le nom de famille aussi ! »

« Meyers. »

Johnson se mit alors à parler nerveusement à l’albinos. Un truc à propos de l’ambulance fut marmonné. Ils se tenaient tous les deux au-dessus de moi avec une assurance mêlée de satisfaction. Ils avaient Mark et moi, même si leur vraie préoccupation était Hollywood. L’échec de ne pas avoir tué ou capturé leur Hollywood se lisait lourdement sur leurs visages. Leur nuit venait à peine de commencer. Peu de chance qu’ils rentrent chez eux pour profiter du fameux dîner de dinde américain, pas avec Hollywood en fuite !

J’entendis une sirène approcher. L’hélicoptère revint, braquant sa lumière crue et aveuglante sur moi, et une bourrasque d’air descendait sur mon corps froid et mutilé.

« Meyers, quel est le nom de Hollywood ? » hurla Johnson.

« Aucune idée, » répondis-je, parlant au ralenti.

« Aucune idée, hein ! À qui sont ces armes, sont-elles à toi ? »

« Pas à moi, » marmonnai-je, « vous allez devoir les tracer, je suppose ! »

« Ouais, ouais, mais ça peut prendre du temps et on doit empêcher que d’autres soient blessés. Plus vite on connaît son nom, plus facile ce sera d’éviter d’autres blessures ! » continua Johnson, comme un enquêteur enragé prenant les commandes.

« Vous avez les moyens d'obtenir les noms que vous voulez. » dis-je doucement.

« Et Portland, vous avez braqué des banques là-bas ? »

« Quelles banques ? Je ne vois pas de quoi vous parlez. »

Il voulait clairement arracher un maximum d’informations, sachant que j’étais vulnérable, gisant blessé dans la rue froide et mouillée. Ces bâtards ne m’avaient même pas lu mes droits, et pourtant ils continuaient à poser leurs questions.

L’humeur de Johnson commençait à me gagner, cependant. Un type bien, d’une certaine façon. Probablement juste en train d’appliquer la technique du bon flic sur moi, cela dit. Il semblait si exalté, inspiré. Je suppose qu’après quatre années d’échecs, il méritait ce moment d’euphorie. Il passait en revue, de moi à l’albinos, puis se précipitait vers une autre voiture et revenait vers moi, toujours avec une sorte de sourire en coin, un genre de sourire néophyte et un peu geek. Est-ce que ce sont vraiment ces types qui nous ont attrapés ? Je m’étais toujours imaginé une force bien plus redoutable d’hommes. Ils me paraissaient presque des gamins — naïfs et d’une certaine manière immatures. Une bande d’hommes travaillant pour un système détraqué, dans un pays qui a perdu cœur et âme depuis des décennies, gouverné par des ultra-libéraux zélés qui mènent le tout à la ruine comme un virus contagieux.

« Hé Meyers, qu’est-ce que t’en penses ? Peut-être qu’une fois tout ça fini, on pourrait bosser ensemble sur un film ! »

« Quoi ? »

« Un film, on pourrait collaborer pour faire un film ! » répéta-t-il fièrement. « Ouais, n’importe quoi… » marmonnai-je, ne croyant pas ce que j’entendais. Cette soudaine poussée d’inspiration d’un agent du FBI qui venait de nous faire tirer dessus, Hollywood qui se planquait quelque part, Mark probablement en train de mourir, et moi, si las et incohérent, semblait totalement déplacée et carrément surréaliste. Il devait rêver de ce moment depuis longtemps, mais un film ! C’était devenu pour lui une mise en scène professionnelle, une performance pour jouer un rôle et, espérons-le, gravir les échelons bureaucratiques vers le succès. Je suppose qu’il méritait cette journée de gloire avec tout son sang et ses horreurs ; il y avait définitivement bossé — mais un film ! Quelles que soient ses raisons de m’approcher avec cette proposition, elles n’étaient pas faciles à comprendre.

Les sirènes s’arrêtèrent brutalement. Deux ambulances venaient enfin d’arriver. Plusieurs ambulanciers sautèrent rapidement des véhicules bien éclairés, avec tout le matériel nécessaire en prévision du pire. Ils étaient rapides, efficaces et professionnels, un vrai soulagement après avoir affaire à ces flics délirants et pompeux.

Deux ambulanciers s’agenouillèrent à mes côtés et commencèrent leur travail. Je me détendis, sachant que ces hommes étaient le début des réparations que je devais affronter désormais. J’étais brisé spirituellement, flottant, comme dans un vide sombre et lointain. Il ne restait rien de mon passé, rien que des souvenirs d’une vie soudainement amputée.

« Qui est l’officier en charge ici ? » demanda l’ambulancier.

« C’est moi, qu’est-ce que vous voulez ? » répondit l’albinos d’un ton vif en s’approchant de l’ambulancier.

« Enlevez ces menottes, s’il vous plaît, et aidez-nous à le retourner sur la civière. »

Je fermai les yeux, méfiant face à l’assaut de pensées qui me submergeaient. Il y avait bien trop à comprendre et à assimiler pour que j’y retrouve un sens. Je devais pourtant penser clairement, et vite. On me porta rapidement jusqu’à l’ambulance, et une fois à l’intérieur, un agent du SPD (Police de Seattle) et deux ambulanciers s’installèrent, préparant la civière et passant un coup de radio au chauffeur pour démarrer — vers où, je n’en avais aucune idée.

Centre d’urgence traumatique de l’hôpital Harborview – Quinze minutes plus tard…

Les portes arrière s’ouvrirent dans un claquement métallique et froid. Je fus accueilli par la pluie glaciale que je venais de quitter il n’y avait pas longtemps. Deux hommes en blouse blanche saisirent la civière, et nous nous dirigeâmes vers l’entrée du service des urgences, le bruit des portes battantes me menant à une nouvelle réalité, mais plus dans les rues de Seattle. Ils roulèrent le long d’un couloir où plusieurs agents du SPD et médecins attendaient, tenant ouvertes les portes d’une grande salle où ils me firent entrer. L’éclairage était tamisé et chaud. Ils arrêtèrent la civière au centre de la pièce. Une lampe suspendue éclairait toute la zone, créant une atmosphère étrange, presque digne d’un film d’horreur. Le sang qui couvrait mes bras commençait à sécher et à suinter, alors que je gisais sur la civière, attendant que le prochain épisode se déroule. À ma surprise, la salle était animée par des agents du SPD, l’agent Johnson et d’autres médecins avec leurs aides médicales. Je tournai la tête et fis lentement le tour des visages présents, scrutant les yeux des personnes rassemblées et redoutant ce qui allait suivre. À côté de l’agent Johnson se tenait un autre agent, une nouvelle recrue, apparemment.

Alors que les médecins et infirmières prenaient le relais, je fermai les yeux en silence et me mis à réfléchir à ce que j’allais devoir affronter à l’avenir. Mes pensées étaient chaotiques et incertaines. Des flashs…

Je sombrais presque dans le noir, tandis qu’on me tournait et retournait avec l’aide des infirmiers.

Scott était-il encore en vie ? Était-il planqué quelque part à attendre que la tempête retombe, ou avait-il traversé le quartier et trouvé la sortie ? Et Mark ? J’avais entendu dire qu’il était au bloc opératoire. Leur survie ne dépendait que de ça maintenant. Quant à moi, on contrôlait mon état.

Contrôlé ou pas, j’avais déjà assez de problèmes ici pour m’inquiéter d’eux.

Mon Dieu, ces rêves que j’ai faits dernièrement. Si seulement j’y avais prêté attention ! Un présage me prévenant d’une fin calamiteuse… et mon déni ensuite. Ce n’est que de la peur, m’étais-je dit !

Et Sheila, elle sera bientôt au domaine, à la cabane dans les arbres… un désastre en préparation !

Putain les armes de Scott, ce sera sa chute finale et peut-être celle de Sheila aussi. Le FBI les a maintenant en main et ne tardera pas à les relier à lui et à son adresse. Ces putains d’armes ! Combien de fois je l’avais confronté sur la logique de les trimbaler dans la camionnette. Et Sheila, tu n’as pas pu retarder son arrivée, hein ! Bon, Scotty mon gars, aussi pro qu’on ait joué ça, cette connerie ramène tout à un niveau amateur !

On me coupait et enlevait les vêtements. Le sang séché, les muscles et les tendons recouvraient mes bras. Je n’avais plus aucune sensation dans ma main droite, une griffe déformée. Je voyais maintenant à quel point j’étais vraiment foutu et leur pronostic n’était guère rassurant. Les yeux des agents du SPD restaient fixés sur moi. Leurs regards menaçants. Je pouvais voir que Johnson brûlait de m’interroger. Ses yeux étaient nerveux, agités. Il n’aimait pas perdre le contrôle, surtout avec l’équipe médicale toujours affairée. J’avais encore le temps de réfléchir à ce que je devais dire, pour couvrir nos arrières ou minimiser les dégâts. Et pour Sheila, que faire ! Il fallait que je trouve vite quelque chose pour la protéger d’un traumatisme injustifié. Mais quoi ?

« La salle d’opération ne sera pas libre avant environ deux heures », informa une infirmière qui apparut et repartit aussitôt.

L’agent Johnson la suivit et revint quelques minutes plus tard. Il tournait en rond comme un chat en cage.

Les médecins expliquèrent ce qui allait se passer en chirurgie et à quoi je pouvais m’attendre. Je signai les décharges de responsabilité avec ma main griffue. J’étais vraiment mal en point, ce fut tout ce qu’ils purent dire. Les radiographies n’étaient pas encore faites, donc tout restait possible, précisa-t-il. Dès qu’ils quittèrent la chambre, l’agent Johnson s’approcha rapidement de moi, le regard plein d’intentions, et commença son interrogatoire.

« Meyers, Hollywood est-il un certain William Scott Scurlock, qui habite à Olympia, Washington ? »

« Si vous avez le nom, pourquoi me le demander ? » dis-je lentement, me demandant si c’était Mark ou le traçage des armes qui leur avait donné son identité. Ça devait être le traçage des armes, Mark est en chirurgie…

« Coopère, Meyers ! On doit confirmer absolument que les armes appartiennent à Scurlock et que Scurlock est Hollywood ! Ce sont bien ses armes ? » me martela-t-il.

D’une façon ou d’une autre, ils allaient perquisitionner le domaine, et avec Sheila là-bas maintenant, Dieu seul sait ce qui allait se passer. Il fallait que je minimise la situation pour elle, maintenant que Scott l’avait laissée venir ce soir sans aucune hésitation. Je lui avais dit, ce salaud… Putain Scott, pourquoi ?

« D’accord, d’accord ! Mais on a un très gros problème. Vous devez me garantir une chose, sinon c’est fini pour vous, vous comprenez ? » dis-je en forçant la main.

« Je ferai ce que je peux, pas de promesses ! »

« Pas suffisant, dans ce monde, il n’y a pas de promesses ! »

« Tu as ma parole, tant que c’est légal. »

« D’accord alors. Sa copine est arrivée ici ce soir. Elle n’a rien à voir avec ça, ni avant, ni maintenant ! Vous devez me promettre qu’elle ne sera ni blessée ni arrêtée ! Ce ne sera pas facile pour elle, vous comprenez ! Mais oui, vous avez l’homme et son adresse. Il ne sera pas chez lui, de toute façon, ça n’arrivera jamais ! »

« Je comprends… on coopérera sur ce point. Elle ira bien si on s’assure qu’elle est innocente. L’adresse est-elle bien à Olympia, sur la Route Overhulse ? » continua-t-il.

« Oui, c’est exact. »

« On a toujours cru qu’il habitait dans le secteur de Bellevue. » dit-il, me regardant avec un peu de suspicion.

« Pourquoi Bellevue ? »

« Notre profilage nous y a menés. »

« Je suppose que vous avez bien bossé alors, non ? » Il ne répondit pas, s’excusa et dit qu’il reviendrait, se précipitant vers la sortie avec ses informations confirmées. Je jetai un œil aux agents du SPD, qui déambulaient en marmonnant. Mes pensées retournèrent à Sheila ; elle devait être installée à présent dans la cabane dans les arbres. Elle attend Scott, heureuse de sa nouvelle vie. Elle ne mérite pas ce qui va arriver. Dès qu’ils fouilleront le domaine, qui sait ce qu’il en sortira. Ces agents sont nerveux et fatigués, fatigués de nous après toutes ces années ! Je dois insister auprès de Johnson pour qu’il la protège, mais c’est sans doute peine perdue.

Johnson entra dans la pièce en heurtant la porte, un sourire trop enthousiaste illuminant son visage. Comme s’il tenait enfin son homme… mais il ne savait pas ce qui l’attendait !

« Meyers, tu peux me donner plus d’infos sur son domicile… est-ce une location ou est-il propriétaire ? » demanda-t-il précipitamment.

« Il est propriétaire. »

« Décris-moi ce à quoi nous allons devoir faire face. »

« Il habite sur 20 acres de terres boisées. La maison principale est devant, d’un gris bleuté, juste au bord de la route en entrant. Il y a une grande grange avec un atelier attenant à une cinquantaine de mètres derrière la maison. À environ cinq cents mètres, en suivant le sentier derrière la grange, se trouve son habitation... sa cabane dans les arbres. C’est là que sa copine sera, alors faites gaffe ! »

« Cabane dans les arbres ! Qu’est-ce que tu veux dire par cabane dans les arbres ? » demanda Johnson, sceptique.

« Je veux dire, cabane dans les arbres ! C’est une très grande cabane dans les arbres, à environ dix-huit, vingt et un mètres du sol, au niveau de la terrasse. »

« Comme je l’ai dit, il y a un sentier qui mène dans la forêt jusqu’à la cabane dans les arbres. Vous verrez aussi d’autres dépendances dispersées autour. »

« On a besoin du nom de sa copine ! »

« Sheila ! »

« Son nom de famille ? »

« Je ne sais pas, enfin je veux dire, j’ai oublié. Ce n’est pas vraiment important, vous l’aurez de toutes façons ! »

« D’où elle arrive, où elle habite ? »

« Elle vient juste d’arriver ce soir de l’Arizona, de chez ses parents, je crois. Maintenant, elle habite chez Scott, du moins c’était censé se passer comme ça. Mais elle n’est pas venue depuis des mois. D’après ce que j’ai compris, c’est un nouvel arrangement. » dis-je, essayant de faire en sorte qu’elle n’apparaisse en aucune façon comme une complice.

« La propriété est-elle clean ? » demanda Johnson.

Il semblait enchaîner les questions avec fièvre, comme si le temps jouait contre lui.

« Que voulez-vous dire par clean ? »

« Y a-t-il des bombes, des pièges, ou quelqu’un d’autre qui nous attend là-bas ? »

« Non, rien de tout ça ! Je vous garantis que c’est complètement clean. Elle sera la seule là-bas, à la cabane dans les arbres. »

« Ton partenaire, Patrick Flanagan, c’est bien son vrai nom ? »

« Patrick Flanagan ! C’est ce qu’il vous a dit ? » Je riais.

« Ouais, ce n’est pas son nom ? »

Je ne comprenais pas pourquoi Mark donnerait de fausses informations comme ça, mais je devinais qu’il avait ses raisons. Il n’avait évidemment pas bien réfléchi, vu que son arme était enregistrée à son nom. Une fois qu’ils t’attrapent sur un mensonge, c’est dur d’être crédible sur des choses importantes. Ils avaient déjà son nom ou l’auraient bientôt, que je le leur donne ou pas. Je devais trouver un équilibre entre ce que je pouvais dire et ce que je devais taire. Conserver ma crédibilité avec eux était ma préoccupation immédiate, une partie d’échecs qui pourrait nous aider d’une façon ou d’une autre sur le plan légal.

« Un bon nom, hein ! Il a toujours aimé les Irlandais ! Mais non, il s’appelle Mark Biggins. » lançai-je en riant à moitié.

« Où habite-t-il ? »

« Quelque part en Californie. »

« Où en Californie ? »

« Je ne sais pas... demandez-lui ou allez sur l’ordinateur. Putain, vous voulez tout avoir sur un plateau ! » dis-je.

« Tu habites aussi à Olympia ? »

« Non... je viens de la Nouvelle-Orléans. »

« La Nouvelle-Orléans ! Quelle est ton adresse et depuis quand y habites-tu ? » demanda-t-il, regardant son partenaire avec suspicion.

« Environ deux ans, » dis-je. « J’habite au 1521 rue Constance, dans le quartier Lower Garden. »

« Quelle est ta profession ? »

« Je suis travailleur indépendant, sculpteur et designer, depuis la majeure partie de ma vie, pourquoi ? »

« Alors pourquoi braquer des banques ? »

« Des banques ! Ça fait plus d’une, ça, » répliquai-je.

« Allez, Meyers, tu sais bien qu’il est recherché pour de nombreux braquages de banques. Vous en avez fait combien ensemble ? »

« Juste celle-là... il m’a appelé il y a quelques mois pour faire le coup. »

Je savais que je ne devrais pas me mettre en danger comme ça, mais n’ayant pas encore été informé de mes droits, il pourrait y avoir des failles dans la bataille judiciaire qui nous attendait. J’étais trop anxieux et pas mentalement alerte. Mes blessures étaient encore fraîches, j’étais à vif et épuisé ! Tout cela me rendait complètement vulnérable à cet interrogatoire. Tout se passait trop vite pour que je puisse réfléchir clairement. Johnson poursuivit, inlassable. Je devais maintenir une ligne fine entre coopérer et éluder. Sheila me trottait aussi dans la tête. Elle a déjà dû faire un feu dans le salon de la cabane dans les arbres. L’eau doit être en train de bouillir pour le thé. Vue d’en bas, la cabane dans les arbres doit être une lueur scintillante, mystérieuse et ancienne pour des yeux non familiers. Son empreinte sur la cabane apportait toujours une chaleur accueillante. Mais ce soir serait différent pour elle, Scott ne viendrait jamais et la vie telle qu’elle la connaissait était finie.

« Pourquoi aurais-tu voulu venir ici braquer une banque avec lui, alors que tu ne l’as jamais fait auparavant ? »

« Parce que c’était faisable ! Il y avait beaucoup d’argent ce soir-là. Mais pour être honnête, je ne voulais pas braquer cette banque... les balises étaient trop problématiques avec autant d’argent à gérer. »

« Des balises ! Comment vous saviez pour les balises ? » cria-t-il, surpris.

« Vous savez comment on savait ! Vous avez fait fuité l’info aux journaux en septembre. »

« Ce braquage à Madison Park commis par un de leurs employés. » Il ne savait pas que nous étions au courant bien avant la fuite éditoriale indiquant que le FBI avait placé des balises électroniques dans tous les coffres des banques Sea First et First Interstate de Seattle. Il avait fallu des années aux banques avant qu'elles ne soient disposées à payer l'argent nécessaire pour cette sécurité.

Johnson me lança un regard intrigué puis baissa la tête, la secouant de gauche à droite, me révélant qu’il reconnaissait à sa façon qu’ils avaient effectivement merdé sur cette faille de sécurité. D’une certaine manière, il admettait ce qu’il avait toujours suspecté : que nous avions probablement récupéré cette info grâce aux journaux. Ça ne lui plaisait pas non plus.

« Vous savez que vous avez juste eu de la chance de nous choper ce soir, hein ? » dis-je, le regardant avec d’étranges ombres projetées au sol par la lumière suspendue au plafond.

« Que veux-tu dire par là ? » demanda-t-il.

« Je veux dire que si on avait trouvé les autres balises restées dans l’argent, le résultat aurait été différent. » Il me regarda, sachant probablement que ce que je disais était vrai.

« Tu crois ça, hein ? »

« J’en suis sûr, et vous aussi vous le savez ! C’était une course, et vous avez finalement gagné. Vous avez juste eu de la chance, c’est tout ! »

« Est-ce que Scurlock a dit où il irait ou ce qu’il ferait si ça tournait mal pour vous ce soir ? »

« Pas vraiment. Il a dit qu’il viendrait à l’hôpital pour nous faire évader si ça se passait comme ça.

Qui sait où il ira, sûrement pas chez lui, ça c’est sûr ! Il quittera probablement le pays. »

« Y a-t-il quelqu’un d’autre dehors prêt à l’aider ? »

« Je ne sais pas, en tout cas il ne m’a jamais dit un truc pareil. » Je savais que Scott n’aurait jamais la capacité de nous faire évader, mais je voulais injecter un peu de paranoïa dans l’équation. Ils méritaient un supplément de confusion et d’appréhension sur ce qu’ils avaient à gérer et couvrir concernant leur protocole. Quant à quitter le pays, qu’ils surveillent les frontières et les aéroports, Scott ne partirait jamais avant que plusieurs mois de calme soient passés.

Johnson continuait, sans fin. Je faisais de mon mieux pour répondre aux questions qu’il découvrirait de toute façon et pour faire l’ignorant, éluder ou mentir sur les sujets que je savais décisifs. Ce n’était pas facile de rester concentré dans ces conditions. J’étais fatigué, lent et engourdi dans mes paroles et ma réflexion. Biggins était sous le scalpel, tout reposait donc sur moi. Johnson leva les yeux de ses notes vers les officiers, faisant signe qu’il partait. Il me fit savoir qu’il reviendrait bientôt avec deux détectives du SPD (Police de Seattle).

Les yeux fermés, j’essayais d’assimiler tout ce qui venait de se passer. Mauvaises décisions, malchance, manque de préparation, ou erreur impulsive de Biggins ou Scott qui aurait négligé les balises dans l’argent. Nous avions eu l’occasion d’abandonner pendant la fuite, mais nous étions restés inflexibles. Notre excès de confiance et l’argent en jeu nous avaient empêchés de renoncer. Nous avons commencé ce coup en connaissant nos chances de réussite, même si les risques avaient radicalement augmenté par rapport aux opérations précédentes. L’argent joue des tours à la pensée rationnelle et à la prise de décisions éclairées. Une fois que l’on lance une telle entreprise, une force indomptable semble prendre le contrôle. Le libre arbitre semble être supplanté par une force dominante de la nature — une force qui ne permet ni libre arbitre ni discernement dans l’acte même entrepris.

La spontanéité et l’instinct deviennent retardés ou affaiblis. C’est crucial quand on vit et ose aux marges de la société comme nous l’avons fait pendant ces années.

Et tout ça pour de l’argent ! L’argent était le principal moteur, mais les raisons étaient multiples.

Cependant, chacun pour ses propres raisons, des raisons qui, au final, paraissent maintenant creuses et même naïves. Peu importe que l’on accumule de l’argent légalement ou illégalement, le phénomène est toujours le même.

Notre société entière se nourrit et s’alimente des trois piliers que sont la politique, la religion et l’argent. Cette trinité marque notre chemin dans la vie. Les yeux grands ouverts, nous voyons tout, le bon comme le mauvais. Le mensonge bien mérité de la démocratie : des dirigeants transformés en stars porno dirigeant la Maison Blanche, des assassinats politiques déguisés en suicides, des gamins qui s’entretuent, des chiens obtenant la liberté d’expression, un avortement légal mais pas de chaise électrique pour les animaux meurtrières. L’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles) dans sa mission suicidaire, des victimes hurlant leur crédo mensonger pour toujours plus d’aides sociales au nom de la justice — on veut notre part ! Ensuite, les pervers qui arpentent les couloirs du Congrès et les drogues qui suinte des poches des élus et se répandent dans tout le pays. Et les braqueurs de banques n’osent même pas toucher à leur fric, alors qu’ils nous volent quotidiennement, non seulement de l’argent mais de notre essence même d’hommes ! Nous avons laissé une mascarade de lois, règles et fadaises religieuses pénétrer notre existence et nous convaincre de comment et pourquoi vivre, et même de comment et pourquoi mourir !

Telles étaient mes pensées, sous l’emprise de l’adrénaline en cette heure de folie. Sans doute une forme de choc qui me tenait dans son emprise. Il est difficile de justifier des actes quand le résultat est si sombrement évident. Nous savions ce que nous faisions et pourquoi. Attaquer l’artère carotidienne du système, et cela devient une question de vie ou de mort.

Rien de ce que nous aurions pu faire n’aurait pu les empêcher de sauver la dignité et la vie de leur système. L’argent et le sang vont de pair quand la survie d’un système est en jeu.

Shawn Johnson, accompagné de deux autres hommes, fit irruption par la porte. Hollywood était toujours en cavale, sinon pourquoi tant d’urgence ? On me présenta l’inspecteur Maning et l’inspecteur Mixsell. J’ai finalement reçu la lecture de mes droits, mais ils voulaient toujours des réponses, et vite. Maning commença à mener l’enquête. Il était rapide et sec. Je n’avais plus rien à leur dire ni à quiconque, j’en avais fini avec eux tous. J’avais été passé au broyeur ces deux dernières heures, j’étais épuisé et excédé.

C’est était assez ! Ils avaient l’air furieux et agacés par mon manque de coopération.

Le médecin fit irruption avec ses assistants. Ignorant les supplications de Maning, ils s’approchèrent de moi avec des nouvelles rassurantes, me disant qu’il était temps de passer à la chirurgie et que j’allais être transféré immédiatement en salle d’opération. Johnson et sa bande rassemblèrent leurs notes, marmonnèrent entre eux et quittèrent la pièce à contrecœur. On m’emmenait enfin pour l’opération. Si j’avais eu toutes mes facultés, je sais maintenant que j’aurais fait bien des choses différemment. Cette nuit-là fut comme une thérapie choc, brusquement projeté d’une réalité à une autre, perdant tout repère.

Les portes coulissantes et la lumière aveuglante du couloir m’accueillirent. Je me demandais ce qu’était devenu Sheila, quel sort l’attendait. Les lumières au-dessus de moi tourbillonnaient tandis que je roulais dans ce couloir froid. Les médecins, les infirmières, l’odeur de l’hôpital ! Je sombrais dans la conscience et en ressortais. Je vis la cabane dans les arbres, puis une île grecque… là où l’horizon unit ciel et mer, où le bleu rencontre le bleu… C’était si parfait !

Le lendemain

Je me réveillai dans un état d’épuisement total et immobile. La pièce baignait dans une brume tamisée, tandis que j’essayais de focaliser du regard avec des yeux amblyopes sur mon environnement. L’air était vicié et immobile, chargé de l’odeur du formol, ce parfum des malades. Tout près, j’entendais des voix marmonner et le claquement d’instruments métalliques. Mes sens étaient anormalement hypersensibles, surtout aux odeurs et aux sons. J’essayai de bouger le corps, mais des sangles aux jambes me retenaient au lit, et un cathéter collé sur mon bras diffusait la morphine. Le tumulte de la veille revenait à la charge comme un lourd marteau. Ce n’était pas facile d’être dans cet entre-deux incertain, et avec le choc initial encore présent, je devais me recentrer et commencer à planifier les gestes nécessaires, si tant est qu’il me restait encore des mouvements à envisager. Tout autour de moi tanguait entre netteté et flou. Images étrangères et insolites. J’étais vidé, à bout. Je savais qu’il me fallait rassembler la force indispensable pour affronter ce qui m’attendait. C’était essentiel. Le murmure des deux agents de la SPD postés devant ma chambre me mettait profondément mal à l’aise ; ma position semblait et était sans espoir.

Faisant irruption dans la pièce avec une énergie fraîche et pleine d'entrain, l'infirmière responsable est apparue. Femme d’âge moyen, au visage simple mais amical, aux traits exprimant une gentillesse sincère. Elle me frôla et se précipita vers la fenêtre pour lever les stores, laissant entrer une douce lumière grise de mi-journée.

« Bonjour, Monsieur Meyers ! Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? » me demanda-t-elle chaleureusement, un sourire inhabituel depuis notre chute illuminant son visage.

« Bonjour, » répondis-je à voix basse. « Je me sens horriblement mal. Suis-je mort, ou est-ce cela qu’ils appellent vivre ? »

« Eh bien, ça aurait pu être pire, hein, vous savez ! » dit-elle en arrangeant le plateau-repas fixé au lit. « Vous avez de la chance de ne pas être mort ! L’opération s’est bien passée, d’après ce que le docteur a dit. Il viendra vous voir aujourd’hui pour parler de ce qui s’est passé. »

« Merci. Je suis sûr qu’il a fait de son mieux… J’étais dans un état lamentable la nuit dernière. Désolé pour tous les ennuis, je vous serai redevable toute ma vie. » murmurai-je à peine audible, mais avec sincérité.

« Vous avez quand même fait pas mal de bruit la nuit dernière avec tout ce que vous avez fait ! Un peu fou, non ? » me lança-t-elle en souriant comme une mère se moquant de son enfant.

« Juste un peu, » dis-je. « Malheureusement, les choses se sont passées ainsi, je suppose pour nous tous. »

« Voici la télécommande si vous voulez regarder la télé, » elle la posa près de ma main sur le lit.

« Merci. Quelle heure est-il, d’ailleurs ? »

« Plus de midi, vous avez dormi longtemps ! » Elle se tourna calmement vers moi, un air calme et intrigué traversant son visage, puis interrompit son activité pour me demander : « C’est vrai que vous avez braqué toutes ces banques comme on le dit ? »

« Qui dit toutes ces banques ? » répondis-je, agacé.

« Les infos, c’est partout à la télé. »

« On sait ce qu’il y a dans les infos, hein ? Alors pourquoi me poser une telle question, de toute façon ? »

Sans doute avait-elle été mandatée par le FBI pour essayer d’en apprendre plus, aussi étrange que cela paraisse.

« Juste curieuse, désolée. Votre déjeuner arrive bientôt, alors appuyez sur ce bouton si vous avez besoin d’aide, » dit-elle en se dirigeant vers la porte.

« Excusez-moi, mais est-ce que Biggins s’en est sorti après l’opération ? Est-ce qu’il va bien ? »

« Il va bien, apparemment il n’y a pas eu de complications. Il n’est plus en état critique, » me répondit-elle avec un sourire rassurant, puis quitta la pièce aussi aisément qu’elle y était entrée.

Je pensais en moi-même combien nous avions eu de la chance jusqu’à présent, comment les choses s’étaient arrangées pour nous. Que Biggins soit encore vivant signifiait au moins que je n’avais pas à m’inquiéter davantage des accusations de meurtre causées par notre ami albinos, Magan, et l’embuscade tendue par l’équipe de la SPD. Certes, nous nous étions mis nous-mêmes dans cette situation mortelle, mais jusqu’ici, leur version des faits ne correspondait pas à la réalité de ce qui s’était passé.

Il devenait pénible de devoir écouter la cacophonie des agents discutant discordamment à l’extérieur de la chambre. Mes gardes du corps débitaient leurs opinions et fausses hypothèses sur ce qui s’était passé la veille, alors qu’ils n’avaient évidemment pas assisté à l’ultime affrontement. C’est drôle comme l’information se déforme et se ternit si vite quand elle circula dans la fourmilière. Je tournai lentement la tête dans leur direction, mais la vue de policiers, avec leur regard hautain et leur manière vantarde, ne faisait que me rendre plus malade qu’avant. Je saisis la télécommande, fis défiler les chaînes et songeai à Scott — était-il toujours en liberté en ville ou loin de leur emprise ? Avec toute cette couverture médiatique, il serait impossible de trouver un refuge durable.

Nos noms et nos photos étaient partout dans les médias, probablement à l’échelle nationale aussi. C’était dur à accepter que Scott nous ait vraiment laissés tomber comme il l’a fait, nous abandonnant au chaos de la nuit dernière. Le stress complet et la confusion générés par un tel chaos suffisaient à faire agir n’importe qui de manière anormale. Aussi étrange que cela paraisse, nous avions discuté précisément de ce scénario et de ce que nous devrions faire si un truc pareil arrivait. Notre conclusion était que chacun devait faire ce qu’il fallait pour gérer au mieux la situation. Nous allions être livrés à nous-mêmes, et il serait idiot de croire que si l’un de nous était capturé, les autres ne seraient pas rapidement démasqués. Il y avait trop de preuves nous reliant tous. En tout cas, il nous avait laissés mourir ou affronter les conséquences de vivre sous la main sauvage de la loi.

Les trois jours suivants furent remplis de douleur, de morphine et d’incertitude. On ne me donna aucun moyen de contacter un avocat. Mais après ce que nous avions fait ce soir-là, c’était un miracle que j’aie reçu toute cette aide jusqu’ici. J’entendis un agent dire qu’un avocat était venu me voir et avait laissé des papiers et une carte de visite. Son collègue s’assura qu’il comprenait bien que je ne devais voir personne, pour aucune raison, ni juridique ni autre. Lorsqu’il y avait la relève, l’un ou l’autre entrait dans la chambre pour papoter. Certains posaient des questions anodines, d’autres me félicitaient du courage dont nous avions fait preuve pour accomplir une mission aussi impossible, et d’autres encore tentaient de me soutirer des informations stupides. Pour eux, tout était aussi simple que noir ou blanc. Mais pour moi, c’était tout sauf noir ou blanc. Ma vie s’était effondrée et effondrée cruellement !

Par les infos, j’entendis enfin ce qu’il s’était passé avec Scott une vingtaine d’heures après son abandon. Hollywood était mort. Je fus à la fois triste et soulagé. Une sorte d’engourdissement prit mon esprit, comme si je ne l’avais jamais connu auparavant. Le jeu était fini, la vie était finie !

Nous étions devenus de proches amis et avions bien travaillé ensemble au fil des ans. Pourtant, cette dernière année avait montré des signes d’usure. Les choses n’étaient plus aussi simples qu’elles l’avaient été entre nous.

La tension et la frénésie de nos vies avaient d’une certaine façon modifié notre comportement les uns envers les autres.

Aussi peu préparés que nous fussions aux changements émotionnels qu’a connus notre vie, nous avons quand même réussi à nous unir et à avancer vers cet objectif réel et ésotérique, qui nous mena à cette fin. Scott était un homme complexe, une sorte de comète, et je me suis élancé pour attraper sa queue et devenir une partie de sa lumière enflammée !

Je fus réveillé tôt, un dimanche, seulement trois jours après mon arrivée, avec la nouvelle qu’on devait me transférer immédiatement à la prison du comté. Cela semblait presque impossible, étant donné que j’avais à peine la force de marcher et que j’étais drogué, incapable de me débrouiller seul. Peu importe, on me détacha rapidement du lit et chaque agent me saisit sous les bras pour me conduire aux marshals fédéraux en bas. Je fis signe d’adieu à l’infirmière et fus lentement emmené par les agents de la SPD.

CHAPITRE2

« Guerrier, geôlier, prêtre — la trinité éternelle qui symbolise notre peur de la vie. »

~Henry Miller

Prison du comté de King

C’était une journée d’hiver typiquement humide à Seattle. La pluie fine tombait froide et glaciale, imprégnant un froid humide jusqu’aux os. Une journée que personne ne voudrait jamais se rappeler ; c’était juste une autre trace d’hiver sur le visage de Seattle. La monotonie du ciel gris me regardait avec son indifférence habituelle, avec la nudité maigre et austère des arbres bordant les rues abandonnées, tels des sentinelles à moitié mortes. Un sentiment d’isolement complet m’enveloppait fermement dans ses bras en ce dimanche matin. Je contemplais la ville qui défilait avec un mépris brisé. Ce n’était plus le Seattle que j’avais appris à aimer et à apprécier pendant tant d’années. J’étais désormais son captif, un renégat en soumission. L’œil vitreux et déséquilibré, j’étais escorté par deux US Marshals vers ma nouvelle maison—la Prison du comté de King.

Comme toutes les prisons des comtés à travers ce pays, King County ne faisait pas exception ; certaines sont meilleures, d’autres pires. C’est la procédure et l’attente qui caractérisent ces domiciles. L’odeur de la décomposition et les regards de misère étaient partout. J’ai obéi aux ordres et ai suivi le long processus, faible comme j’étais, jusqu’à ce qu’on me mène à ma cellule et à mon lit.

La cellule était vide de vie, toute vie excepté un vieil homme profondément endormi, la couverture remontée jusqu’aux oreilles. Un froid glacial et un air fétide et stagnant remplissaient la cellule. Je me suis glissé dans le lit avec la grâce d’un estropié, me convainquant ; ça ne peut pas être pire que ça ! Les paupières lourdes, il ne m’a pas fallu longtemps pour sombrer dans le sommeil—un sommeil lourd, induit par un narcotique. J’avais besoin d’une journée de repos et de sommeil avant d’affronter la guerre juridique qui m’attendrait demain. J’étais désarmé et mal équipé pour imaginer ne serait-ce que comment combattre ce qui m’attendait, mais combattre je devais. C’était l’heure de la revanche pour mes geôliers ; le temps de contrôler mon propre destin à Seattle était terminé. Seul et faible, je quittai ce jour et tombai profondément dans un sommeil profond.

Debout de travers, au pied de mon lit, se tenait un vieil homme hirsute au visage râpé par la barbe naissante, courbé et tordu comme un tronc d’arbre desséché, tripotant nerveusement les boutons de la télévision. Un vacarme résonnant de rires enregistrés et de bavardages insensés sortait du poste tandis qu’il regardait vers le haut avec un sourire rauque. La scène aurait pu être tirée d’un chapitre d’un asile de fous. Le vieil homme riait des rires, sautant et applaudissant Bob Barker et ses mannequins Barbie plantureuses, qui distribuaient des prix aux chanceux dans l’émission Les Juste Prix. Comme c’est merveilleux, pensais-je, de se réveiller devant ce spectacle de célébration enthousiaste !

« Hé, pépé ! Tu pourrais baisser le volume un peu, s’il te plaît ? » suppliai-je, essayant de me faire entendre par-dessus le brouhaha des voix et de la musique qui rebondissaient d’un mur à l’autre.

« Ouais, d’accord... mais attends une seconde, il a presque fini, » cria-t-il. Sa voix était un étrange mélange entre un steak poêlé crépitant et le gargouillis des sons tourbillonnants et vides d’un vieux bouchon de baignoire. Le vieil homme est visiblement habitué à être seul dans cette cage, me dis-je, alors peut-être vaut-il mieux aborder son monde avec un peu de diplomatie, après tout, il a l’air jovial, alors pourquoi gâcher la fête !

« Ha ha ha, hohoho hee hee... par Jésus, elle est sacrément jolie, t’en penses quoi ? Juste à la regarder, mon gars, si j’étais plus jeune, je lui montrerais de quoi je suis fait ! Bon sang, ce que je donnerais pour lui sauter dessus ! Alors, ça va comme ça... c’est toujours trop fort pour toi ? » fit-il en gesticulant, baissant le volume, sans jamais détourner son regard étoilé de l’écran où les nanas souriantes excitaient ses parties génitales en délire.

« Non, ça va très bien, merci, » bredouillai-je.

« Hé, au fait, ils m’appellent Olaf ! Fais gaffe à ces infirmières, elles aiment beaucoup te commander, alors te laisse pas faire, tu vois ce que je veux dire ! »

« Ouais, sûr, » répondis-je, imaginant trop bien ce qu’il voulait dire. Il devait sûrement causer plus de grabuge que tout le monde sur ce foutu étage, et très probablement il faisait tout ce qu’on lui disait, comme un gamin. Être à l’infirmerie du 4e étage de la prison devait attirer toute sorte de personnages, lui n’étant qu’un des assortiments macabres.

« Moi c’est Steve. Je suppose qu’on va passer un moment ici ensemble, hein ? Désolé, je t’ai appelé pépé tout à l’heure, c’était pas pour te manquer de respect. » dis-je, le regardant avec une stupéfaction totale.

« Oh, bon sang, t’en fais pas, on m’appelle de toutes les façons ici. Tu peux m’appeler pépé si tu veux, ça me va ! » grogna-t-il, son visage gris, barbu et rougi se déformant avec l’air d’un vieux chercheur d’or perdu dans une faille temporelle.

« Bon sang, quel jour et quelle heure on est ? J’ai l’impression d’être resté dans le coma pendant des années... est-ce que je me suis réveillé hier soir au moins ? » demandai-je, confus.

« Putain, il faut que j’appelle l’avocat, comment on se sert de ce téléphone ? » lançai-je, sans attendre sa réponse.

« C’est lundi matin, mon vieux. Cette infirmière est venue te faire une piqûre la nuit dernière, tu t’en souviens pas ? »

« Non, pas du tout, » dis-je, incrédule.

« Ouais, putain de merde ! » s’écria-t-il ; pointant le téléphone comme s’il s’agissait d’un objet animé. « J’ai jamais utilisé ce truc, j’ai plus personne à qui téléphoner. T’as le droit d’appeler uniquement en mode « appel en PCV », pas moyen d’y échapper, » dit-il en se grattant le sommet du crâne dégarni. Il avait l’air un peu énervé contre la boîte téléphonique fixée au mur, comme si c’était un jouet dont il n’avait pas encore compris le fonctionnement.

« Dis donc, t'es pas un d'ces gars-là du braquage de banque que j'ai vu à la télé ces jours-ci ? » demanda-t-il, avec une incertitude timide, comme s’il ne devrait pas me poser cette question. « Oui, c’est moi, » balbutiai-je. Je n’avais pas de courage pour entrer dans les détails, pas maintenant en tout cas. « Oui, ils nous ont bien niqué... y’a pas à tourner autour du pot, » dis-je, espérant que la conversation s’arrêterait là.