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Elle saisit l'instant et se consume tandis que lui ne veut pas bousculer sa vie pour elle.
Cela se passe de nos jours. Entre elle et lui. On ne sait presque rien d’eux. On est dans un lycée, sur les bords de la Loire. Ils sont profs, sans doute. L’histoire débute par leur attirance, si vive. On ne sait rien d’autre sinon qu’elle tombe amoureuse de lui, passionnément. Elle sait qu’elle ne doit pas. Elle sait déjà l’échec, mais c’est plus fort qu’elle. Elle saisit l’instant et se consume.
Lui ? Il ne vit pas la même histoire. Il ne veut pas bousculer sa vie, même s’il a envie d’elle. C’est elle la narratrice, même si elle n’ose pas dire je. Elle nous emporte au cœur de l'émotion et nous conduit aussi au livre à venir. Le livre de l’histoire entre elle et lui quand l’histoire finira, si jamais elle finit.
Découvrez un roman sentimental qui emporte son lecteur au cœur de l'émotion et le conduit au livre à venir : celui qui de l'histoire entre elle et lui quand l'histoire finira.
EXTRAIT
Ils étaient assis l’un à côté de l’autre, l’un tout près de l’autre, trop près peut-être. De temps en temps, elle se penche sur lui pour lui murmurer quelque chose. Leurs têtes se rapprochent. Leurs sourires sont prêts à se joindre. Comme une envie de ce contact charnel, en suspens, sans cesse au bord du gouffre. Ils ne se pressent pas. A chaque fois que l’un ou l’autre sort de la pièce, leurs regards s’agrippent avec le goût sucré de la malice.
Sensation d’attente. Presque certitude. Lui ? Il la fixe, disant silencieusement avec une sorte de sourire qui plisse le pourtour de ses yeux, sa joie de la savoir là.
Elle ? Le silence révèle la douceur incendiaire de ses pensées. Ses mèches blondes à elle et sa barbe de trois jours à lui, barbe rousse. Y frotter la paume de sa main. Sa main glacée à lui, sur sa joue à elle, pour lui montrer qu’il fait froid dehors. Il va neiger peut-être, neige fine et fluide en souvenir du blanc trahi.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Patricia Levy enseigne à l’Université d’Orléans. Elle écrit depuis 1995. La Galante, son septième ouvrage, nous propose une échappée vers les replis tourmentés du désir. L’auteur esquisse, en touches légères, le portrait d’une femme d’aujourd’hui, éprise d’absolu, en proie à une réalité qu’elle transfigure avec toute la force de ses illusions. La Galante rejoint la cohorte brillante des héroïnes dédaignées, insoumises et qui brandissent comme unique étendard, la force sans faille de leur sentiment. On pense parfois à Emma Bovary, à Madame de Clèves, on perçoit le cœur qui palpite comme unique viatique. Il faut avoir vécu les affres de l’attente et du manque, avoir éprouvé la sublime douleur pour comprendre la passion qui, tout à tour, unit et sépare les amants dépeints par l’auteur. Patricia Levy nous offre ici une superbe fresque où les cœurs et les âmes se disputent la primauté sur les corps...
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Seitenzahl: 93
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
LA GALANTE
Du même auteur
PATRICIA LEVY
Dépôt légal avril 2010
ISBN : 978-2-35962-043-6
ISSN : en cours
Du même auteurparus sous le nomde Patricia Ferlin:
Femmes d’encrier, Éditions de Bartillat, 1995.
Les Clandestines, Éditions Boubée, 1997.
Gyp, Portrait Fin de siècle, Éditions Indigo et côté femmes, 1999.
La Gueule en biais, Éditions L’aile et la plume, 2007.
Soleil Touchant, Edilivre, 2009.
PATRICIA LEVY
LA GALANTE
Roman
Une femme galante veut qu’on l’aime ; il suffit à une coquette d’être trouvée aimable et de passer pour belle.
Celle-là cherche à engager ; celle-ci se contente de plaire.
La première passe successivement d’un engagement à un autre ; la seconde a plusieurs amusements à la fois.
Ce qui domine dans l’une c’est la passion et le plaisir ; et dans l’autre, c’est la vanité et la légèreté.
La galanterie est un faible du cœur, ou peut-être un vice de la complexion ; la coquetterie est un dérèglement de l’esprit..
La femme galante se fait craindre et la coquette se fait haïr.
La Bruyère
Les Caractères
A l’instant saisi, passionnément,
Ils étaient assis l’un à côté de l’autre, l’un tout près de l’autre, trop près peut-être. De temps en temps, elle se penche sur lui pour lui murmurer quelque chose. Leurs têtes se rapprochent. Leurs sourires sont prêts à se joindre. Comme une envie de ce contact charnel, en suspens, sans cesse au bord du gouffre. Ils ne se pressent pas. A chaque fois que l’un ou l’autre sort de la pièce, leurs regards s’agrippent avec le goût sucré de la malice.
Sensation d’attente. Presque certitude. Lui ? Il la fixe, disant silencieusement avec une sorte de sourire qui plisse le pourtour de ses yeux, sa joie de la savoir là.
Elle ? Le silence révèle la douceur incendiaire de ses pensées. Ses mèches blondes à elle et sa barbe de trois jours à lui, barbe rousse. Y frotter la paume de sa main. Sa main glacée à lui, sur sa joue à elle, pour lui montrer qu’il fait froid dehors. Il va neiger peut-être, neige fine et fluide en souvenir du blanc trahi.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, le quart de lune frappa en plein son regard. L’air était comme une lame mais elle se sentait bien, tiède et lasse. Les lèvres se touchaient à peine, douces à douces. Envie de rester là. Les sourires se dessinaient dans la pénombre glacée. A tâtons, leurs bouches se perdaient en retrouvailles. Corps serrés. Corps déliés. La langue glissait le long du cou. Frissons. Sourires. Fermer les yeux. Perdre l’équilibre.
***
Elle apercevait le bout de sa chaussure de tennis et la manche de son anorak, posé sur une chaise. Ils se souriaient de loin en loin, lorsque les têtes, devant eux, se déplaçaient. Elle parlait aux visages qui lui faisaient face, mais les yeux, par instants, se détournaient et erraient, au-delà, saisissant un fragment de sa silhouette. Ils s’étaient placés de telle sorte qu’ils pouvaient se distinguer sans trop d’efforts.
Il lui a embrassé la main, puis l’a quittée promptement, dans la nuit froide. Cela avait été une belle journée de décembre. Ciel bleu. Sur les bords de la Loire, ils ont promené leur tendresse. Avant, devant un café, puis deux, il avait parlé. Sensation bizarre. Exceptionnel. Remords. Ne pas prévoir…
Sur le chemin du retour, seule, les mots surgissent et se bousculent. Elle les mettra en forme cette nuit-là.
Un peu déçue, désappointée, désemparée, désenchantée.
Au-delà de l’exceptionnel et du quotidien, il y a l’envie, une envie fraîche et ronde, comme cette pomme qu’ils venaient de croquer, ensemble. Elle ne veut pas de lui comme d’une faveur. Elle veut l’envie. Son envie à lui. Envie de son envie. C’est le plus précieux. Alors elle va sourire et s’efforcer de ne rien proposer même si les mots lui brûlent les lèvres. Elle ne va pas les lui dire mais les écrire peut-être, si elle l’ose. Se voir mardi ? Se voir pendant les vacances ? Se voir ? Savoir ? Non, ces mots qui lui brûlent les lèvres, elle les taira. Peut-être qu’un baiser chasserait la brûlure.
***
Malaise. Durant tout le week-end. C’était peut-être le même que celui dont il lui avait parlé la veille. Elle avait un jour de retard, c’est tout. Mais d’où venait-il ce malaise ? De ce qu’il lui avait dit ou de ce qu’elle ressentait ? Ou bien les deux. Elle l’ignorait. Prendre une douche. S’occuper des enfants, rire avec eux. Mais l’esprit vagabonde.
Est-ce cela qu’il voulait lui dire ? Qu’ils ne devaient pas penser autant l’un à l’autre. Ne plus se poser de questions. Vivre l’instant présent. Accepter ce qui vient ou ce qui ne vient pas. Ne rien attendre de précis. Ne rien attendre du tout. Survoler sa vie en quelque sorte ? Est-ce cela qu’elle veut ? Elle n’était sûre que d’une chose : elle irait au bout du chemin, parce qu’au bout, il y avait l’autre, sa présence, ses deux bras qui l’entouraient, sa bouche dans son cou, sa main qui caressait sa joue. Elle avait envie de ça. Intensément.
Ne plus écrire peut-être, du moins ne plus écrire pour lui, car c’est pour lui qu’elle écrit. Elle ne devrait pas, mais c’est plus fort qu’elle. Les mots, même si elle sait les manier, peuvent devenir des ennemis quelquefois. Elle voudrait lui dire encore que ce qui la gêne, douloureux euphémisme, c’est l’attente. C’est lui le maître du jeu. C’est lui qui décidera d’arriver en avance ou juste à l’heure, au moment fatidique où la sonnerie retentira. Elle se sent si impuissante.
Le soir enfin, sa tempête intérieure s’apaisa. L’esprit redevint plus serein, mais le cœur se mit à battre plus fort, comme à l’approche d’un événement important.
Sensation bizarre, resurgie d’un monde ancien. Sensation oubliée, lancinante. Tourner. Tourner. Perdre l’équilibre. Elle acceptait ce risque. Elle avait l’impression que sa vie était là, dans ce tourbillon nacré. Fermer les yeux. Les lèvres sourient, douces à douces. En dépit de tout, choisir les chemins de traverse.
***
Elle ne lui avait pas donné ses quelques notes. Elle n’avait pas osé. Peur d’accélérer les choses. Peur de prendre l’initiative, de choquer, d’être déplacée.
Envie encore. Elle en avait parlé. Il paraissait d’accord avec elle. Oui, l’envie était là. L’accepter. La rendre belle.
Se quitter d’un regard. Attendre demain. Espérance trop violente.
***
Il ne quitte pas son esprit. Elle voudrait ne plus penser à lui. Son image virevolte devant ses yeux. Lorsqu’elle les ferme, l’image se stabilise et elle a l’impression, fugace et vive, qu’il est là, devant elle. Les heures vont s’étirer jusqu’à demain. La peur lui noue l’estomac. Une angoisse sourde. Elle sent qu’elle s’emballe.
Ils ont parlé de leur week-end respectif. Tu ne voulais pas venir ce matin ? Si ! Au contraire, lui a-t-elle répondu. Puis, il a ajouté : j’attends les vacances avec impatience. Toute la journée elle songea à cette phrase. Ne pas s’emballer. Surtout pas.
La dernière heure de la matinée prenait tout son temps, lentement. Elle irait déjeuner, puis boire son café, corriger quelques copies.
Elle sentait son cœur tressaillir, rater un battement. Et s’il n’arrivait pas avant l’heure ? Elle espérait l’inverse. Elle savait qu’elle savourerait l’instant, intense et brusque, où il ouvrirait la porte et s’avancerait vers elle. Quand viendrait-il ? Cette question, qu’elle essayait de chasser de son esprit résonnait en elle de plus en plus fort. Un cheval au galop, essoufflé mais victorieux. Le galop, le galop. Elle avait tort, elle avait tort, elle le savait. Mais elle avait l’impression de vivre, de saisir chaque instant, de se délecter des émotions qui se bousculaient en force à la porte de ses chimères. Elle avait envie de tomber amoureuse. Elle avait envie de s’exalter un peu. En toute inconscience. En toute impunité.
Envie de l’aimer lui, envie d’être aimée de lui. Envie d’aller au bout du chemin, envie de lui murmurer viens.
Fermer les yeux. Poser ses mains à plat sur le bureau pour éviter qu’elles ne tremblent. Penser à autre chose. Essayer. Attendre en fin, en vain, peut-être.
***
Sa montre ne fonctionnait plus. Malaise qui s’amplifie. Envie qu’il ouvre la porte. Attendre encore. L’espoir s’amenuise.
Il a précédé la sonnerie de quelques minutes à peine. Il est arrivé. Toussant. Malade. Elle lui en voulait. Elle a essayé de ne pas le montrer, mais elle croit qu’elle n’y est pas parvenue. Il a répondu aux collègues qui lui reprochaient ses microbes, qu’il n’avait pas envie de s’arrêter. Pourquoi avait-il dit cela ? Elle se sent mal. Elle voudrait lui dire, mais elle se raisonne.
Elle était trop sentimentale. Il lui fallait freiner l’élan. Sourire, lui montrer qu’elle se sent bien, qu’elle est bien avec lui. C’est tout.
La journée suivante, elle avait vu d’autres gens. Les heures avaient passé une à une sans trop de langueur. Elle sentait, inexorablement, que le lendemain se rapprochait. Il lui avait dit qu’il viendrait à midi.
À l’heure dite, il était là, souriant, une bouteille de Sancerre pour fêter son inspection. Ils s’assirent non loin l’un de l’autre. Leurs jambes pouvaient se toucher. Elles se touchèrent très vite d’ailleurs, comme attirées. Les yeux brillaient les uns dans les autres. On lui en fit la remarque à elle. On lui dit que ses yeux clairs brillaient et que ça lui allait bien, et on le prit pour témoin, lui, qui acquiesça et la regarda encore davantage. Puis on déjeuna. Ils s’étaient rapprochés et leurs jambes de nouveau, se pressaient. Langoureusement. On rit. On sourit. On était bien.
Chacun prit son plateau et repartit. Ils restèrent seuls. Lorsqu’ils se levèrent à leur tour, il s’approcha d’elle et l’embrassa, entre deux portes. Elle sentit, aiguisé, s’élever en elle, le désir, son désir de lui. Elle ferma les yeux encore une fois et savoura le baiser.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle des profs, les regards glissèrent autour d’eux. Il prit son mazagran à elle et alla lui chercher un café. Elle aimait qu’il s’occupât d’elle ainsi. Elle aimait que les autres vissent qu’il prenait son mazagran à elle et lui apportait son café.
A l’intercours, seuls, il l’embrassa encore.
***
Lorsqu’elle rentra chez elle, cet après-midi-là, elle flottait littéralement, sensible au moindre tremblement de l’air.
Le lendemain, dernier jour de classe de l’année. Elle arriva avant lui dans la salle des profs, comme presque toujours. A chaque fois qu’il y pénétrait, elle ressentait l’envie de s’approcher de lui et de l’embrasser. Elle ne l’avait fait qu’une fois.
Se regarder. Se sourire à peine. Léger pétillement des sens. Partir ensemble boire un café. Il était bien, disait-il. Il était parvenu à compartimenter. Elle aussi était bien, mais parce qu’elle était avec lui. Elle ne lui dit rien de ses difficultés à gérer la perturbation qu’il avait apportée à sa vie.
Froid vif. Bords de Loire ensoleillés. Caresses. Baisers. Sa main à elle sur sa joue à lui, joues rousses. Ses mains à elle qui s’enfilent sous son pull. Peau douce. Envie d’aller plus loin.
