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Dans ce livre inédit en français, Golda Meir raconte son enfance en Russie et en Amérique et son installation en Eretz Israël et ses premières années au kibboutz. Outre son intérêt historique, ce récit offre un aperçu saisissant de la personnalité de la "dame de fer" d'Israël, troisième femme au monde à devenir Premier ministre.
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Seitenzahl: 86
Veröffentlichungsjahr: 2022
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À Judith
Préambule
La maison de mon père
Mes premiers jours au kibboutz
Trois rencontres
Bibliographie
Les fragments autobiographiques qu’on lira ici ont été publiés en Israël en 1972. Golda Meir était alors Premier ministre depuis plusieurs années. Trois ans plus tard, après sa démission et son retrait de la vie politique, elle rédigera une autobiographie plus complète, sous le titre Ma vie1. Le texte ici publié en français pour la première fois ne couvre en effet qu’une partie de la vie de l’auteur – celle qui s’étend de son enfance à son séjour au kibboutz Merhavia, dans les années 1920. On y découvre, outre l’autoportrait de celle qui allait devenir la première femme Premier ministre de l’État d’Israël, la description fidèle et sans fioritures d’une génération tout entière, celle des pionniers de la Troisième Alyah2 (1921-1924).
Dans une contribution à un ouvrage collectif consacré à la Troisième Alyah, paru en 1964, Golda Meir décrira ainsi l’apport de sa génération au mouvement sioniste : “La Troisième Alyah n’a rien ajouté aux fondements du mouvement. Le travail juif, la défense juive, le choix de l’hébreu, la vie collectiviste, le travail de la terre, la volonté de maintenir l’union des ouvriers ; telles étaient les valeurs que nous ont transmises les hommes de la Deuxième Alyah. [...] L’acte déterminant de la Troisième Alyah a été d’accepter les valeurs qui nous ont été transmises par nos camarades… et que nous avons appliquées”3.
Ce sont précisément ces valeurs fondatrices du sionisme travailliste que l’on retrouve ici exposées, non pas dans un ouvrage programmatique ou théorique, mais à travers le récit d’un itinéraire sioniste. Dans les pages de ce récit, Golda Meir rappelle ce que fut l’engagement de ces jeunes Juifs venus de Russie, qui avaient souvent abandonné la foi de leurs pères pour adopter une nouvelle foi, tout aussi exigeante, celle en la valeur régénératrice du travail de la terre et de la vie en collectivité. On a peine à se représenter aujourd’hui ce que furent l’engagement et la force des convictions de ces jeunes pionniers, qui renoncèrent à une vie plus facile et confortable pour devenir des paysans et des travailleurs.
La jeune Golda Meir est un exemple parlant de cette foi d’airain. Les pages qui racontent les débuts de son engagement sioniste sont révélatrices. Quand elle s’oppose à ses parents pour étudier au lycée, quittant le domicile pour échapper à leur autorité, on devine déjà le caractère volontaire et rebelle de la future femme politique. Cette même volonté de fer se manifeste lorsqu’elle décide de partir à Merhavia, pour y adopter le mode de vie collectiviste (celui de la “kvoutsa”, ancêtre du kibboutz), au lieu de rester à Tel-Aviv près de sa sœur aînée.
La description de la vie au kibboutz est intéressante tant pour ce qu’elle révèle de la personnalité de Golda Meir, que pour ce qu’elle nous apprend des contraintes matérielles : les conflits avec les “anciennes”, le caractère spartiate de la vie quotidienne et la religion du travail, etc. Sur tous ces aspects, l’auteur dépeint la vie au kibboutz sans chercher aucunement à l’embellir. Mais son enthousiasme sioniste n’est nullement atteint par les difficultés de l’existence pionnière ou par la dure réalité économique du Yishouv – la collectivité pré-étatique avant 1948 – à cette époque. Au contraire, écrit-elle en conclusion de la deuxième partie de ces fragments : “Je n’ai jamais eu l’impression de sacrifier quelque chose pour notre pays”.
Sur un sujet tout autre, ce récit autobiographique permet de dissiper certaines idées préconçues, largement répandues aujourd’hui : celui de l’attitude des pionniers de l’époque envers la tradition juive. Quand Golda Meir évoque les souvenirs du shabbat chez ses parents et, bien plus tard, ceux du shabbat à Merhavia, ce n’est certes pas la même manière de célébrer le jour de repos hebdomadaire. Pourtant, dans la description des tables recouvertes de draps blancs et décorées de fleurs au kibboutz, on sent bien qu’il reste quelque chose de la tradition dans laquelle la plupart des membres ont grandi.
Ce récit, nous l’avons dit, s’interrompt dans les années 1920. Il y manque donc toute la carrière politique de Golda Meir, qui la mènera aux responsabilités les plus hautes 4 . En 1928, elle est nommée Secrétaire générale du Conseil des ouvrières au sein de la Histadrout, la toute puissante centrale syndicale unifiée, véritable “État dans l’État” en voie de formation. Quelques années plus tard, elle entre au comité exécutif, avant de devenir chef du département politique de la Histadrout. Entre 1932 et 1934, elle est envoyée aux États-Unis pour y collecter des fonds, prélude à sa future carrière de diplomate.
En 1946, elle remplace Moshé Sharett à la direction politique de l’Agence juive, poste qui équivaut à celui de “chef du gouvernement” du Yishouv. En 1948, elle est de nouveau envoyée aux États-Unis pour collecter des fonds. Ben Gourion dira d’elle qu’elle a “réuni les sommes qui ont rendu possible la création de l’État”. Le 10 mai 1948, quelques jours avant la proclamation de l’Indépendance de l’État d’Israël, elle se rend secrètement en Jordanie, déguisée en femme arabe, pour y rencontrer le roi Abdallah 1er de Transjordanie et l’enjoindre de ne pas attaquer Israël. Abdallah lui conseille de ne pas se hâter de proclamer un État indépendant, ce à quoi elle rétorque : “Nous attendons depuis 2000 ans, vous appelez cela se hâter?”
Elle fait partie des signataires de la Déclaration d’Indépendance, le 14 mai 1948, puis devient ministre plénipotentiaire à Moscou. En 1949, elle rentre en Israël pour rejoindre la Knesset, où elle siègera jusqu’en 1974. Elle devient ministre du Travail la même année, fonction qu’elle occupera jusqu’en 1956. A ce poste, elle est notamment chargée de l’intégration des centaines de milliers de nouveaux immigrants qui affluent en Israël et de la construction de dizaines de milliers d’appartements, mais aussi d’infrastructures, d’écoles et d’hôpitaux. Elle participe également à la fondation du système d’assurance nationale.
En 1956, elle devient ministre des Affaires étrangères, au moment de la crise de Suez. Elle participe à la planification et à la coordination des opérations militaires avec le gouvernement français. Accompagnée de Moshé Dayan et de Shimon Pérès, elle se rend à Paris pour y rencontrer le Premier ministre Guy Mollet et son homologue français, Christian Pineau, ainsi que le ministre de la Défense Bourgès-Maunoury. Malgré les succès sur le terrain de l’opération conjointe franco-anglo-israélienne, celle-ci tourne court, sous la pression conjointe des États-Unis, de l’URSS et des Nations unies, qui imposent un cessez-le-feu.
En février 1969, après le décès du Premier ministre Levi Eshkol, Golda Meir est désignée par le parti travailliste pour lui succéder, devenant ainsi la première femme à occuper cette fonction en Israël, et la seule à ce jour. Elle occupera ce poste pendant plus de cinq ans, jusqu’à sa démission en juin 1974. Son mandat est marqué par la guerre d’usure le long du canal de Suez (1967-1970) et surtout par la guerre de Kippour, qui sera une des causes de sa démission. Selon l’explication communément admise, Golda Meir aurait manqué de clairvoyance, en ne tenant pas compte des avertissements des services de renseignement, l’informant de l’imminence du conflit et en s’abstenant de mobiliser les réservistes et de lancer une attaque préventive contre l’Égypte et la Syrie.
En réalité, l’erreur d’appréciation a été partagée par l’ensemble de l’establishment militaire et politique, à de rares exceptions près. Ainsi, le 5 octobre 1973, veille du début de la guerre, le chef d’état-major Dado Elazar se prononça en faveur d’une attaque préventive, pour réagir aux mouvements de troupes massifs à la frontière égyptienne et syrienne, mais cette option fut écartée par le ministre de la Défense, Moshé Dayan. Ce dernier fut pourtant épargné par les conclusions de la commission d’enquête dirigée par le juge Shimon Agranat, créée au lendemain de la guerre pour faire la lumière sur les erreurs commises par l’échelon politique et par l’échelon militaire.
Golda Meir, qui ne fut pas directement mise en cause par les conclusions de la commission Agranat, choisit pourtant de démissionner le 11 avril 1974, entraînant la fin de son gouvernement. Épuisée par cinq années au poste de Premier ministre et déjà atteinte depuis plusieurs années du cancer qui devait l’emporter, elle démissionna également de la Knesset deux mois plus tard et se retira de la vie publique, pour se consacrer à la rédaction de ses mémoires. Le récit qu’on lira ici fut publié en 1972, donc avant la guerre de Kippour, qu’elle aborde dans son second livre autobiographique, publié en 1975 sous le titre My Life. Elle décéda le 8 décembre 1978. Les phrases qui suivent constituent en quelque sorte son testament politique : “Je crois que nous trouverons la paix avec nos voisins, mais je suis sûre que personne ne fera la paix avec un État d’Israël faible. Si Israël n’est pas fort, il n’y aura pas de paix”. Près d’un demi-siècle plus tard, ces mots restent tout aussi valables.
Ce récit, nous l’avons dit, ne couvre qu’une partie de la vie de son Golda Meir. Outre sa carrière politique, que nous avons retracée succinctement, il y manque aussi la vie familiale de l’auteur, et notamment la façon dont elle a réussi à concilier celle-ci, tant bien que mal, avec son activité publique. Cet aspect important révèle une facette intéressante de la personnalité de la “dame de fer d’Israël”. Dans des pages éclairantes de son livre autobiographique plus tardif, elle y explique notamment sa conception du féminisme, qui demeure actuelle et présente sans doute un intérêt pour le lecteur d’aujourd’hui. C’est pourquoi nous la citons ci-après longuement.
“Je ne suis pas une grande admiratrice de cette forme particulière de féminisme qui se manifeste par les autodafés de soutiens-gorge, la haine de l’homme ou les campagnes contre la maternité ; mais j’avais le plus grand respect pour ces femmes énergiques, qui travaillaient dur dans les rangs du mouvement travailliste – telles Ada Maïmon, Beba Idelson, Rachel Yanait-Ben-Zvi5, pour ne nommer que celles-là – et qui réussirent à fournir à des douzaines de jeunes filles, nées à la ville, les connaissances théoriques et la formation pratique qui leur permirent de tenir leur place (et souvent plus que cela) dans l’œuvre en cours parmi les colonies agricoles de l’ensemble de la Palestine. Cette sorte de féminisme constructif fait vraiment honneur aux femmes et a beaucoup plus d’importance que de savoir qui balaiera la maison et mettra le couvert”6.
