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Échanges inédits entre El-Sadate et Begin
La correspondance échangée entre le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin de novembre 1977 à octobre 1981, interrompue par l’assassinat de Sadate le 6 octobre 1981, couvre toute la période des négociations de paix officielles entre les deux dirigeants, avec les deux moments-clés que constituent la signature des Accords de Camp David sous la houlette du président Carter, le 17 septembre 1978, et celle du traité de paix entre Israël et l’Egypte, le 26 mars 1979 sur la pelouse de la Maison Blanche. C’est aussi la naissance d’une amitié réelle quoique difficile et improbable, nourrie par une aspiration à la paix et par une foi communes, que retrace ce livre, éclairant d’un jour plus personnel ces événements historiques et permettant de mieux cerner les personnalités des deux hommes d’Etat.
Revivez les différentes étapes qui ont mené aux accords de Camp David
EXTRAIT
Notre principal souci est d’éviter un nouveau conflit au Moyen-Orient. J’appelle le roi Hussein, le président Sadate et le président Assad à me rencontrer – que ce soit dans l’une de nos capitales ou en terrain neutre, en public ou loin des caméras – afin de discuter de l’établissement d’une véritable paix entre leurs pays et Israël. Beaucoup de sang juif et arabe, beaucoup trop, a été versé dans la région. Mettons un terme à ce bain de sang que nous abhorrons, asseyons-nous à la table des négociations avec sérieux et sincérité.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- "On y découvre combien volonté et connaissance mutuelle sont indispensables en diplomatie. Au fil des échanges, pourtant vifs et sans concession, se développent une confiance, puis une complicité, et enfin une amitié sincère."
(Jean-Marc Gonin, Le Figaro Magazine)
A PROPOS DES AUTEURS
Au moment de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1938,
Menahem Begin s’enfuit à Vilnius. Arrêté par les autorités soviétiques en 1940, il est libéré en 1941. Il rejoint alors l’armée polonaise libre et la Palestine mandataire. Après sa démobilisation, il prend la tête de l’Irgun et dirige les opérations contre les Britanniques jusqu’à la naissance de l’Etat d’Israël. Il fonde alors le mouvement de droite Herout, puis prend la direction du Likoud, et devient premier ministre. En 1978, il signe les Accords de Camp David avec Sadate, ce qui lui vaudra le prix Nobel de la paix. Il démissionne de ses fonctions en 1983 et meurt en 1992.
Anouar el-Sadate fonde en 1938, avec Gamal Abdel Nasser, un groupe d’officiers clandestins qui militent pour l’indépendance. En 1952, il participe au coup d’Etat militaire qui renverse le roi Farouk. En 1954, il est nommé Ministre d’Etat, puis vice-Président. A la mort de Nasser, en septembre 1970, il est élu Président.En 1973, il lance avec la Syrie une offensive surprise sur Israël et mène son pays dans la guerre du Kippour pour tenter de récupérer le Sinaï et le Golan. Après cette tentative militaire infructueuse, il surprend le monde entier en devenant le premier dirigeant arabe à se rendre en visite officielle en Israël, en 1977. Il s’engage alors dans des pourparlers de paix avec Israël et signe avec Menahem Begin les Accords de Camp David et reçoit le Prix Nobel de la paix. Il meurt assassiné le 6 octobre 1981 par des membres du Jihad islamique égyptien.
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Seitenzahl: 282
Veröffentlichungsjahr: 2015
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La paix n’est pas l’absence de guerre ; c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.
Baruch Spinoza (1632-1677)
Le 6 octobre 1981, le président égyptien Anouar el-Sadate mourait assassiné sous les balles d’un commando islamiste tandis qu’il assistait à une parade militaire commémorant le huitième anniversaire du début de la guerre du Kippour. Tous ceux qui avaient mis leurs espoirs dans les efforts de paix entrepris par Sadate depuis sa visite à Jérusalem, en novembre 1977, se souviennent de la tristesse et de l’abattement qui les ont saisis ce jour-là.
Le monde entier avait suivi avec étonnement la visite historique du dirigeant égyptien en terre ennemie, alors que l’Égypte et Israël étaient embourbés dans un conflit régional vieux de trente ans, d’autant que c’est Sadate lui-même, le successeur de Nasser, qui avait lancé l’offensive surprise sur Israël le 6 octobre 1973, jour du Kippour. Son allocution à la Knesset restera parmi les discours emblématiques du xxe siècle (« Je suis venu à vous pour qu’ensemble, nous puissions construire une paix durable et juste et éviter que soit versée une seule goutte de sang arabe ou israélien. (…) Vous voulez coexister avec nous dans cette partie du monde, et je vous le dis très sincèrement : nous vous accueillons avec plaisir parmi nous, dans la paix et la sécurité. »)
Les négociations de paix engagées par la suite entre les deux pays, sous l’égide du président Carter, furent couronnées par la signature des accords de Camp David en septembre 1978, l’attribution du prix Nobel de la paix au président égyptien et au Premier ministre israélien en décembre 1978 et la signature d’un traité de paix bilatéral en mars 1979.
Les images de Begin, Sadate et Carter à Camp David et à la Maison Blanche sont connues de tous, et peu de conflits auront été aussi médiatisés que celui du Proche-Orient. Mais rares sont ceux qui connaissent l’existence de la correspondance nourrie qu’ont échangée les dirigeants égyptien et israélien. Cet échange épistolaire s’est ouvert avec l’invitation du Premier ministre Menahem Begin au président Sadate, le 15 novembre 1977, à se rendre à Jérusalem, et s’est poursuivi jusqu’au 5 octobre 1981, veille de l’assassinat de Sadate.
L’idée de publier cette correspondance unique entre deux anciens ennemis avait été soumise à Begin par l’un de ses conseillers quelque temps après son départ du gouvernement en 1983, mais ne se concrétisera qu’un quart de siècle plus tard. Issues des archives personnelles de Menahem Begin, les vingt-cinq lettres publiées ici (celles de Begin ont été écrites directement en anglais, celles de Sadate ont été rédigées en arabe puis traduites en anglais par son entourage) sont accompagnées de quelques discours et couvrent toute la période des négociations de paix entre les deux hommes d’État, éclairant d’un jour plus personnel ce processus ardu que l’on voit s’ébaucher « de l’intérieur ». Pendant ce temps, Sadate et Begin se rencontrent à plusieurs reprises en Israël et en Égypte, leurs équipes négocient pied à pied, les Américains offrent leurs bons offices.
Au-delà de son intérêt historique, cette correspondance offre un éclairage inédit sur la personnalité des deux dirigeants et l’évolution de leur relation. On découvre deux hommes d’État ennemis mais déterminés à faire avancer la cause de la paix et qui, au fil du temps, vont nouer une relation de respect et de confiance malgré leurs différends. Lorsque les négociations se grippent et que le désenchantement guette, ils prennent la plume pour tenter de relancer la machine. Les lettres sont détaillées, précises, souvent tendues et sans concessions, véritables joutes épistolaires parfois, mais toujours empreintes d’une volonté inébranlable de parvenir à la paix et du sentiment partagé d’une responsabilité historique.
La mort prématurée du président égyptien a mis fin à cet échange. Dans le communiqué de presse rédigé en réponse à l’attentat et qui clôture l’ouvrage, Begin déplorait non seulement la mort d’un partenaire pour la paix, mais la perte d’un ami. C’est aussi la construction de cette amitié réelle quoique difficile et improbable, nourrie par une aspiration à la paix et une foi communes, que retrace ce livre.
Léa Drouet
Le 17 mai 1977, Menahem Begin remporte les élections législatives israéliennes à la tête du Likoud, la formation de droite. Le 20 juin, lors de sa première apparition devant la Knesset en tant que Premier ministre, il présente son nouveau gouvernement et son programme, déclarant notamment :
Notre principal souci est d’éviter un nouveau conflit au Moyen-Orient. J’appelle le roi Hussein, le président Sadate et le président Assad à me rencontrer – que ce soit dans l’une de nos capitales ou en terrain neutre, en public ou loin des caméras – afin de discuter de l’établissement d’une véritable paix entre leurs pays et Israël. Beaucoup de sang juif et arabe, beaucoup trop, a été versé dans la région. Mettons un terme à ce bain de sang que nous abhorrons, asseyons-nous à la table des négociations avec sérieux et sincérité. Si cet appel doit essuyer un refus, nous prendrons acte de l’intransigeance arabe. Ce ne sera pas nouveau. Cinq de mes prédécesseurs – David Ben Gourion, Moshe Sharett et Levi Eshkol, de mémoire bénie, ainsi que madame Golda Meir et Yitzhak Rabin, à qui je souhaite longue vie – ont fait la même proposition à plusieurs reprises. Il n’y a pas eu de réponse, ou plutôt ils ont reçu une réponse négative. Mais nous ne renoncerons pas à faire entendre notre appel, non pas à des fins de propagande, mais pour répondre au besoin vital de nos peuples et de nos pays.
Le passage suivant est extrait du discours prononcé par le président Sadate devant l’Assemblée du peuple, le parlement égyptien, au cours duquel il exprime pour la première fois en public sa disponibilité à se rendre en Israël.
Permettez-moi de faire une courte pause et de vous informer, ainsi que notre peuple et la nation arabe, des derniers développements relatifs à la conférence [de Genève]. Il s’agit d’une initiative proposée au niveau arabe et au niveau international non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen qui pourrait permettre d’arriver à cette fin. Si nous parvenons à utiliser notre force pour mettre Israël en demeure de choisir entre une paix fondée sur la justice et la légalité et une confrontation aux conséquences imprévisibles, ce sera une confrontation dans laquelle la nation arabe fera usage de l’ensemble de ses ressources, matérielles comme morales. Vous êtes au courant des efforts fournis ces derniers mois pour que la conférence de Genève puisse se tenir le plus rapidement possible (avant la fin de l’année), pour autant que des dispositions aient été prises au préalable pour s’assurer que les objectifs qu’on lui assigne puissent être réalisés. Ces préparatifs nous permettront de parvenir à un règlement pacifique juste et global dans un laps de temps raisonnable et d’éviter que la conférence ne se transforme en tribune rhétorique ou ne devienne le prétexte à des joutes verbales, des échanges d’accusations et des prises de position à des fins de propagande.
On peut dire que ce sont les États-Unis qui ont fourni la majeure partie de ces efforts, et le président Carter a consacré une grande partie de son temps et de son attention à la question et lui a donné la priorité sur beaucoup d’autres problèmes intérieurs et internationaux auxquels il est confronté. Nous apprécions énormément sa démarche, car elle dénote une vue pénétrante de la nature du conflit, de sa dimension régionale et internationale et des conséquences qu’il pourrait avoir dans le monde entier s’il devait se poursuivre. Il y a également la question de la responsabilité toute particulière qui est celle des États-Unis dans ce conflit du fait du soutien militaire, politique, économique et diplomatique qu’ils ont fourni et fournissent encore à Israël.
La réussite peut-être la plus remarquable du Président à cet égard est d’avoir compris le problème du peuple palestinien, ce problème qu’Israël, avec sa propagande mensongère et son influence notoire au sein de la société américaine, a réussi à occulter et à dénaturer pendant plus d’un quart de siècle. En quelques mois seulement, le président Carter est parvenu à ôter le voile qui empêchait les Américains de voir et à replacer le problème palestinien dans ses véritables dimensions.
Tandis que nous approchons de cette phase délicate, je veux vous soumettre, à vous et à la nation arabe, les principales lignes directrices que nous nous sommes fixées dans notre quête de libération. Tout d’abord, nous n’avons absolument pas peur d’une confrontation avec Israël, car nous apprécions l’importance de ce pays à sa juste valeur, sans exagérer sa force jusqu’à en faire une grande puissance capable de tout, ni le sous-estimer au point de penser qu’il s’agit d’une entité dénuée de pouvoir.
Deuxièmement, nous veillons à tout moment à préserver l’arme la plus solide et la plus efficace de la nation arabe : cette authentique solidarité qui est l’expression d’une foi dans un destin arabe commun, dans une ligne stratégique et des intérêts partagés, même si nous avons une vision différente des efforts et des circonstances nécessaires pour parvenir à cet objectif commun.
Troisièmement, avant de prendre la moindre mesure, nous devons nous concentrer sur la substance sans nous en laisser détourner par des questions de forme ou nous autoriser à être immobilisés par des formes rigides qui n’ont rien à voir avec l’essence du problème ni aucune incidence sur l’issue du conflit. L’histoire nous a appris que les véritables révolutionnaires sont ceux qui se fixent un objectif clair et s’efforcent de l’atteindre quels que soient les sacrifices que cela leur coûte, sans se préoccuper de la forme ou se laisser distraire de l’essence de la cause pour laquelle ils se battent par des formes et des formules qui n’ont rien à voir avec la question…
Nous sommes donc déterminés à ne pas passer plus de temps que nécessaire sur des questions de procédure et à empêcher ainsi Israël d’atteindre son but. Nous refusons de rentrer dans son jeu et insistons pour que les Israéliens se confrontent à la situation, de telle sorte que l’on entre immédiatement dans le vif du sujet et que l’on ne perde pas la moindre minute avant de discuter de la source et des racines du conflit, à savoir l’occupation israélienne d’un territoire arabe en violation des droits du peuple de Palestine. Nous devons insister sans relâche sur ce point. Personne ne pourra alors nous inviter ou nous obliger à faire quelque chose contre notre gré, et nous atteindrons notre objectif. Car lorsque nous avons défini cet objectif, nous n’avons pas exagéré ; tout le monde sera d’accord pour dire que nous avons respecté le droit international, les principes de l’État de droit et les normes en vigueur dans tous les pays civilisés pour distinguer le bien du mal.
Vous venez de m’entendre dire que nous n’attachons pas une grande importance aux questions de procédure. Je dis ceci en toute franchise, en votre présence, à notre peuple, à la nation arabe et au monde entier. Nous sommes prêts à aller à Genève et à nous asseoir au nom de la paix, malgré tous les problèmes de procédure soulevés par Israël dans l’espoir de ruiner nos chances ou de nous exaspérer à tel point que nous disions, comme nous l’avons fait dans le passé : « Non, nous ne voulons pas y aller et nous n’irons pas », de sorte qu’Israël puisse apparaître aux yeux du monde comme l’apôtre de la paix…
Je suis prêt à donner mon accord sur n’importe quelle question de procédure. Lorsque nous irons à Genève, nous refuserons d’abandonner le territoire, le territoire arabe occupé en 1967, et ni Israël ni aucune autre puissance ne pourra m’empêcher d’exiger les droits légitimes des Palestiniens, leur droit à l’autodétermination et à la création de leur État.
Je suis prêt à me rendre à Genève – et je ne vous le cache pas, à vous qui êtes les représentants du peuple, et je le dis devant notre peuple et devant la nation arabe. Vous m’avez entendu dire que je suis prêt à aller au bout du monde si cela peut éviter ne fût-ce qu’à l’un de mes officiers ou de mes soldats d’être tué ou blessé. Je suis vraiment prêt à aller au bout du monde et Israël va être stupéfait de m’entendre dire que nous ne rejetons pas leur offre : je suis prêt à aller chez eux, à la Knesset même, et à discuter avec eux.
Frères et sœurs, membres de l’Assemblée du peuple, il ne faut pas perdre de temps. C’est à nous de décider, et il ne peut y avoir de décision sans la permission du peuple ; et celui-ci veut que nous allions de l’avant pour rattraper le temps perdu, or nous en avons déjà perdu beaucoup. Le peuple demande des actes plutôt que des discours. Il veut que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir pour construire un avenir nouveau, et il ne sert à rien de se quereller sur un passé révolu, ou de pleurer ou verser des larmes de crocodile sur les débris qui se sont amoncelés et ont bloqué la route. Si la volonté de travailler est là, on pourra toujours paver la route, si des hommes sont prêts à consentir tous les efforts nécessaires, ils peuvent toujours déblayer les débris pour faire place à la construction.
Le 11 novembre, Begin enregistre un appel spécial en anglais adressé directement au peuple égyptien.
Citoyens d’Égypte, c’est la première fois que je m’adresse à vous directement, mais ce n’est pas la première fois que je pense à vous et que je parle de vous. Vous êtes nos voisins, et vous le resterez.
Cela fait vingt-neuf ans qu’un conflit tragique et totalement inutile se poursuit entre votre pays et le nôtre. Depuis ce jour où le gouvernement du roi Farouk a donné l’ordre d’envahir notre terre, Eretz Israël, pour étrangler notre liberté et notre indépendance nouvellement retrouvées, quatre guerres majeures nous ont opposés.
Beaucoup de sang a été versé de part et d’autre. Nombre de familles ont perdu un enfant ou un parent, en Égypte comme en Israël. Rétrospectivement, nous savons que toutes ces tentatives pour détruire l’État juif se sont révélées vaines, de même que tous ces sacrifices qu’on vous a demandé de faire – en termes de vie, de développement, d’économie, de progrès social – tous ces sacrifices superflus ont aussi été consentis en vain. Et permettez-moi de vous dire, chers voisins, qu’il en sera de même à l’avenir.
Vous devez savoir que nous sommes rentrés sur la terre de nos ancêtres, que c’est nous qui avons obtenu notre indépendance sur la terre qui est la nôtre, pour les générations à venir.
Nous vous souhaitons tout le meilleur. En réalité, il n’y a aucune raison pour qu’il y ait de l’hostilité entre nos deux peuples. Dans l’Antiquité, l’Égypte et Eretz Israël étaient des alliés ; de véritables amis et alliés contre l’ennemi commun du Nord. Oui, bien sûr, beaucoup de changements se sont produits depuis lors, mais peut-être que les fondements intrinsèques de cette amitié et de cette assistance mutuelle demeurent inchangés.
Nous, Israéliens, nous vous tendons la main. Comme vous le savez, il ne s’agit pas d’une main faible. Si nous sommes attaqués, nous nous défendrons toujours, comme nos ancêtres les Maccabées l’ont fait – avec succès.
Mais nous ne voulons pas d’affrontement avec vous. Promettons-nous mutuellement quelque chose, et que ce soit un serment silencieux pris par les deux peuples d’Égypte et d’Israël : finissons-en avec les guerres, avec le bain de sang et avec les menaces.
Ne nous contentons pas de faire la paix : engageons-nous aussi sur la voie de l’amitié, d’une coopération sincère et productive. Nous pouvons nous aider mutuellement. Nous pouvons donner à nos nations une vie meilleure, plus facile, plus heureuse.
Il y a deux jours, votre président a dit qu’il serait prêt à venir à Jérusalem, devant notre parlement, la Knesset, afin d’éviter qu’un soldat égyptien de plus ne soit blessé. Il s’agit d’une bonne déclaration. Je l’ai déjà saluée, et ce sera un plaisir que d’accueillir et de recevoir votre président avec l’hospitalité traditionnelle que vous comme nous avons héritée d’Abraham, notre ancêtre commun.
Quant à moi, je serai bien entendu disposé à me rendre dans votre capitale, Le Caire, dans le même but : qu’on en finisse avec les guerres – une paix, une véritable paix, et pour toujours.
C’est dans le saint Coran, à la sourate 5, que notre droit sur cette terre a été énoncé et sanctifié. Permettez-moi de vous lire cette sourate éternelle :
Souvenez-vous lorsque Moïse dit à son peuple : « Ô, mon peuple ! Rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous, lorsqu’Il a désigné parmi vous des prophètes (…). Ô mon peuple ! Entrez dans la Terre sainte qu’Allah vous a prescrite ».
C’est dans cet esprit de notre croyance commune en Dieu, en la Divine Providence, dans le droit et dans la justice, dans toutes les nobles valeurs humaines qui vous ont été transmises par le prophète Mahomet et par nos prophètes – Moïse, Josué, Jérémie, Ézéchiel –, c’est dans cet esprit humain que je vous dis du fond du cœur : shalom, sulkh (paix) !
Le jour suivant, Begin tient sa promesse. Le Premier ministre transmet une lettre d’invitation officielle à l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Samuel Lewis ; cette lettre sera ensuite remise au président Sadate par l’intermédiaire de l’ambassadeur des États-Unis en Égypte, Hermann Frederick Eilts.
Jérusalem, le 15 novembre 1977
Son Excellence Anouar el-Sadate
Président de la République arabe d’Égypte
Le Caire
Monsieur le Président,
Au nom du gouvernement israélien, j’ai l’honneur de vous inviter très cordialement à venir à Jérusalem et à visiter notre pays.
Nous avons pris note avec un vif intérêt de la disponibilité de Votre Excellence à entreprendre cette visite, comme vous en avez informé le Conseil du peuple égyptien, ainsi que du souhait que vous avez exprimé de vous adresser aux membres de la Knesset, notre parlement, et de me rencontrer.
Si, comme je l’espère, vous acceptez notre invitation, nous prendrons toutes les dispositions nécessaires pour que vous puissiez prononcer un discours à la tribune de la Knesset. Vous pourrez aussi, si vous le désirez, rencontrer nos différents groupes parlementaires, du côté de la majorité comme de l’opposition.
Pour ce qui est de la date de votre visite, nous serons heureux de vous rencontrer au moment qui vous conviendra. Il se trouve que je dois me rendre à Londres en visite officielle ce dimanche 20 novembre, à l’invitation du Premier Ministre Callaghan. Si toutefois vous me faisiez savoir, Monsieur le Président, que vous étiez prêt à venir à Jérusalem lundi 21 novembre, j’en appellerais à la compréhension du Premier Ministre et m’arrangerais pour reporter ma visite en Grande-Bretagne afin de pouvoir vous recevoir en personne et ouvrir avec vous des pourparlers de paix – cette paix à laquelle les peuples du Moyen-Orient aspirent, comme nous le savons tous les deux, et qu’ils appellent de leurs prières. Autrement, si votre visite a lieu jeudi 24 novembre ou après cette date, je serai de retour de Londres dès le mercredi après-midi et donc en mesure de vous accueillir à votre arrivée.
Soyez assuré, Monsieur le Président, que le Parlement, le gouvernement et le peuple d’Israël vous recevront respectueusement et cordialement.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes salutations distinguées.
Menahem Begin
Mercredi 16 novembre, à la première heure, Samuel Lewis câble l’invitation de Begin à Hermann Frederick Eilts, l’ambassadeur américain en Égypte. Le président Sadate est censé partir le jour même en visite à Damas. Hosni Moubarak, le vice-président égyptien, suggère à Sadate de ne pas répondre à l’invitation de Begin avant son voyage : il pense que si l’acceptation de cette visite était rendue publique alors qu’il se trouvait à Damas, Sadate serait en danger. Afin de donner aux Israéliens le temps de préparer la visite, Eilts obtient à grand peine la permission d’envoyer, via Lewis, le câble suivant au gouvernement israélien : « Si un certain président souhaitait se rendre en visite en Israël, à quelle heure, au plus tôt, devrait-il arriver samedi ? » Mais la réponse officielle de Sadate à l’invitation israélienne n’arrive que le jeudi 17 novembre, après son retour de Damas. Lors d’une conférence de presse dans sa résidence d’Ismaïlia, Sadate demande à Eilts de lui donnerl’invitation devant les caméras, comme s’il la lui transmettait pour la première fois. Mais la lettre a été égarée ; au lieu de quoi, Eilts tend à Sadate une lettre que Sadate lui-même lui avait adressée et le président égyptien, se positionnant de façon à ce que les caméras ne puissent pas en voir le contenu, se met à la lire et accepte publiquement l’invitation1. Par la suite, le président Sadate enverra au Premier ministre Begin la lettre officielle qui suit :
Monsieur le Premier ministre,
J’ai le plaisir d’accepter votre invitation à me rendre à Jérusalem et à m’adresser aux représentants de votre peuple pour aborder l’un des sujets qui nous tient à tous deux le plus à cœur : la question de la guerre et de la paix.
Je suis heureux d’apprendre que ma disponibilité à entreprendre cette visite a suscité un intérêt profond et positif de la part du gouvernement israélien.
J’espère que mon initiative, qui reflète notre désir sincère d’établir une paix juste et durable au Moyen-Orient, recevra une réponse positive de votre part non seulement aujourd’hui mais surtout à l’avenir, lorsqu’il faudra prendre des décisions historiques pour mettre fin à une ère de tensions et de conflits dévastateurs.
Comme convenu2, j’entamerai ma visite le 19 novembre. J’aurai le plaisir de m’adresser à la Knesset et de rencontrer ensuite vos groupes parlementaires, ainsi que d’autres responsables israéliens.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’assurance de mes salutations distinguées.
Mohammed Anouar el-Sadate
La visite est organisée sans délai. Samedi 19 novembre 1977, à 20 heures (après le shabbat), on assiste à une scène surréaliste : le président Sadate arrive à l’aéroport Ben-Gourion avec une délégation militaire et politique égyptienne. La tension est à son comble. Officiellement, l’Égypte et Israël sont toujours en guerre. En Israël, beaucoup de gens sont persuadés que la visite de Sadate n’est qu’un stratagème militaire et s’attendent presque à ce qu’un commando surgisse de l’avion. De leur côté, les membres de la délégation égyptienne doutent eux aussi de leur totale sécurité en débarquant sur le tarmac. Au lieu de quoi, les visiteurs seront reçus avec tous les honneurs et au son d’une fanfare militaire, même si aucun discours n’est prononcé. Le président Sadate et le président Katzir se rendent directement à Jérusalem, où Sadate rencontre Begin. Dimanche 20 novembre au matin, le président égyptien se rend à la mosquée al-Aqsa pour prier, puis visite l’église du Saint-Sépulcre ainsi que Yad Vashem. Sadate, Begin et le président du parti travailliste, Shimon Peres, s’adressent ensuite à la Knesset réunie en session extraordinaire. Sadate prononce son allocution en arabe. La traduction en anglais de ce discours a été fournie par le bureau du président égyptien.
Au nom de Dieu, le Bienveillant, le Miséricordieux,
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Paix à tous sur la terre arabe, en Israël et partout dans ce vaste monde, un monde tourmenté par ses conflits sanglants, foisonnant de contradictions aiguës, menacé périodiquement par des guerres dévastatrices menées par l’homme pour détruire l’homme, son compagnon. Mais au terme de ces affrontements, parmi les ruines de ce qui a été édifié par l’homme et parmi les cadavres, il ne pourra y avoir ni vainqueur ni vaincu. L’éternel vaincu sera l’homme, la suprême création de Dieu – l’être humain créé par Dieu, comme l’a dit Gandhi, l’apôtre de la paix, « pour marcher sur ses pieds, construire la vie et adorer Dieu ».
Je suis venu à vous aujourd’hui d’un pas décidé afin que nous puissions construire une vie nouvelle, afin que nous puissions établir la paix. Nous tous sur cette terre, la terre de Dieu – nous tous, musulmans, chrétiens et juifs – nous adorons Dieu et rien d’autre que Dieu, un Dieu dont les enseignements et les commandements sont l’amour, la sincérité, la pureté et la paix.
Je peux trouver une excuse à quiconque a accueilli ma décision avec surprise et saisissement, quand je l’ai annoncée au monde entier de la tribune de l’Assemblée du Peuple égyptien. Certains, ébranlés par cette violente surprise, ont imaginé que cette décision n’était rien de plus qu’une manœuvre verbale destinée à l’opinion publique mondiale. D’autres y ont même vu une tactique politique visant à camoufler mon intention de déclencher une nouvelle guerre.
Je peux même vous dire que l’un de mes adjoints au bureau de la présidence m’a appelé à une heure tardive, après mon retour de l’Assemblée du Peuple, pour me demander avec anxiété : « Et que ferez-vous, Monsieur le Président, si Israël vous lance effectivement une invitation ? » J’ai répondu calmement : « Je l’accepterai sur-le-champ ». J’ai déclaré que j’irai jusqu’au bout de la Terre, que j’irai en Israël, parce que je veux exposer tous les faits devant le peuple d’Israël.
Je peux trouver une excuse à tous ceux qui ont été choqués par cette décision ou qui ont nourri des doutes sur mes bonnes intentions. Personne n’imaginait que le chef d’État du plus grand pays arabe, sur les épaules de qui reposent la plus grande partie du fardeau et la responsabilité principale dans le problème de la guerre et de la paix au Proche-Orient, pourrait se déclarer disposé à aller sur la terre de l’adversaire alors que nous étions toujours en guerre. En réalité, nous sommes tous encore en train de souffrir des effets de quatre guerres en trente ans. Les familles des victimes de la guerre d’octobre 1973 continuent à vivre les tragédies du veuvage et des deuils provoqués par la perte de fils, de pères et de frères.
Comme je l’ai dit précédemment, je n’ai consulté au sujet de cette décision aucun de mes collègues et frères, les chefs des pays arabes ou des États de la confrontation. Ceux qui ont pris contact avec moi après l’annonce de ma décision y ont fait objection parce qu’une profonde suspicion et un manque total de confiance entre les États arabes et le peuple palestinien d’une part, et Israël d’autre part, perdurent dans tous les esprits. Je me contenterai de souligner que plusieurs mois au cours desquels la paix aurait pu être établie ont été gâchés dans des disputes et discussions futiles au sujet des procédures pour la convocation de la conférence de Genève – tout cela dénote une profonde suspicion et une absence totale de confiance.
Mais je dois vous dire en toute franchise que j’ai pris cette décision après y avoir mûrement réfléchi et conscient des immenses risques encourus. Si Dieu m’a donné comme destin d’assumer la conduite du peuple d’Égypte et de partager la responsabilité de l’avenir du peuple arabe et du peuple palestinien, mon premier devoir, dans le cadre de cette responsabilité, est d’épuiser tous les moyens possibles pour épargner à mon peuple arabe d’Égypte et à toute la nation arabe les maux d’une autre guerre tragique et destructrice dont les conséquences ne sont connues que de Dieu.
Après y avoir mûrement réfléchi, je suis arrivé à la conviction que ma responsabilité devant Dieu et devant le peuple exigeait que j’aille jusqu’au bout de la Terre, que j’aille même à Jérusalem pour m’adresser aux membres de la Knesset, représentants du peuple israélien, afin de leur exposer tous les faits qui me préoccupent. Je vous laisserai ensuite décider par vous-mêmes, et que la volonté de Dieu soit faite.
Mesdames et Messieurs, il arrive un temps dans l’histoire des nations et des peuples où il devient impératif pour ceux qui sont dotés de sagesse et de clairvoyance de s’extraire du passé, avec toutes ses complications et ses scories, et d’avoir le courage de donner un élan vers de nouveaux horizons. Ceux qui, comme nous, sont aux responsabilités doivent être les premiers à avoir le courage de prendre des décisions qui engagent l’avenir en adéquation avec les circonstances. Nous devons nous élever au-dessus de toute forme de fanatisme ou d’aveuglement et de ces théories dépassées d’une prétendue supériorité. Le plus important est de ne jamais oublier que l’infaillibilité est la prérogative de Dieu seul.
Si j’ai dit que je voulais épargner à tout le peuple arabe les maux d’une guerre tragique et destructrice, je déclare ici devant vous, avec la plus grande sincérité, que j’ai le même sentiment et porte la même responsabilité à l’égard de chaque homme sur terre, et certainement à l’égard du peuple israélien.
Toute vie perdue à la guerre est une vie humaine, qu’elle soit israélienne ou arabe. Une épouse devenue veuve est un être humain qui a le droit à une vie de famille heureuse, qu’elle soit arabe ou israélienne. Ces enfants innocents privés de l’affection et de la compassion de leurs parents sont les nôtres, qu’ils vivent sur une terre arabe ou israélienne. Nous avons la responsabilité de leur assurer une vie heureuse, aujourd’hui comme demain.
C’est pour eux, pour protéger la vie de nos fils et de nos frères, pour permettre à nos sociétés de travailler au développement et au bonheur de l’homme et à son droit à vivre dans la dignité, pour notre responsabilité envers les générations à venir, pour voir un sourire sur le visage de chaque enfant né sur notre terre : c’est pour tout cela que j’ai pris la décision de venir à vous, malgré tous les risques, et donner ce discours.
Je me suis acquitté et je continue à m’acquitter de responsabilités historiques. Cela m’a incité à déclarer il y a quelques années, plus précisément le 4 février 1971, que j’étais prêt à signer un accord de paix avec Israël. C’était la première déclaration de ce genre d’un dirigeant arabe depuis le début du conflit israélo-arabe.
Poussé par toutes les motivations dictées par les responsabilités d’un dirigeant, j’ai fait le 16 octobre 1973, devant l’Assemblée du Peuple égyptien, une déclaration dans laquelle je demandais une conférence internationale pour établir la paix avec Israël. À cette époque, je n’étais pas dans la position de quelqu’un qui mendie la paix ou quémande un cessez-le-feu.
Poussés par toutes ces motivations dictées par l’histoire et par notre rôle dirigeant, nous avons signé le premier accord sur le désengagement dans le Sinaï, puis le second. Nous avons ensuite frappé à toutes les portes, ouvertes et fermées, pour tenter de trouver la voie d’une paix durable et juste. Nous avons ouvert nos cœurs aux peuples du monde entier afin qu’ils puissent comprendre nos motifs et nos objectifs et se convaincre que nous sommes des avocats de la justice et des bâtisseurs de paix.
Poussé par toutes ces raisons, j’ai décidé de venir à vous l’esprit ouvert, le cœur ouvert, avec détermination, afin que nous puissions établir une paix durable fondée sur la justice.
Le destin a voulu que mon voyage, le voyage de la paix, coïncide avec la fête musulmane sacrée de l’Aïd Al-Adha, la fête du sacrifice, lorsque Abraham (que la paix soit avec lui), l’ancêtre des Arabes et des Juifs, a remis son destin entre les mains de Dieu et s’est soumis à lui, non par faiblesse, mais par force spirituelle, et dans une totale liberté, acceptant de sacrifier son propre fils, mû par une foi inébranlable dans des idéaux qui donnent à la vie une profonde signification.
Puisse cette coïncidence apporter un sens nouveau à nos esprits et une aspiration sincère porteuse de sécurité et de paix.
Mesdames et Messieurs, parlons franchement, sans tromperie, en utilisant des mots directs et des concepts clairs. Parlons franchement aujourd’hui, alors que le monde entier, à l’Ouest et à l’Est, observe ces moments uniques qui pourraient marquer un tournant crucial dans le cours de l’histoire de cette partie du monde, si ce n’est du monde entier.
Parlons franchement au moment où nous tentons de répondre à cette grande question : comment peut-on arriver à une paix durable et juste ?
Je suis venu à vous porteur de ma réponse, franche et claire, à cette grande question afin qu’on puisse l’entendre en Israël et dans le monde entier et qu’elle soit entendue aussi par tous ceux dont les prières sincères résonnent à mon oreille, ceux qui prient Dieu tout-puissant pour que cette réunion historique puisse déboucher sur les résultats désirés par des millions de personnes.
Avant que j’expose ma réponse, je voudrais vous donner l’assurance que je me fonde sur un certain nombre de faits que personne ne peut nier.
Le premier est qu’il ne peut y avoir de bonheur pour quiconque au prix du malheur d’autrui.
Le deuxième est que je n’ai jamais parlé et ne parlerai jamais un double langage. Je n’ai jamais traité et ne traiterai jamais sur la base de deux politiques. Je parle un seul langage, j’ai une seule politique, je ne suis pas un homme à double face.
Le troisième fait est que la confrontation directe, la ligne droite sont les méthodes les plus courtes et les plus fructueuses pour atteindre un objectif clair.
Le quatrième fait est que l’appel à une paix durable et juste, fondée sur le respect des résolutions des Nations unies, est désormais partagé par le monde entier. C’est devenu l’expression non-équivoque de la volonté de la communauté internationale, que ce soit dans les capitales officielles qui font la politique et prennent les décisions, ou au niveau de l’opinion publique mondiale qui influence l’élaboration de la politique et la prise de décisions.
Le cinquième fait, et peut-être le plus important, est que la nation arabe, dans sa recherche d’une paix durable et juste, ne part pas d’une position de faiblesse ou d’hésitation. Au contraire, elle bénéficie de tous les atouts de la puissance et de la stabilité, qui dénotent une volonté de paix sincère. Les intentions arabes sont nourries par l’héritage de toute une civilisation qui nous enseigne que si l’on veut éviter une véritable catastrophe pour nous, pour vous et pour le monde entier, il n’y a pas d’autre possibilité que l’établissement d’une paix durable et juste, inébranlable quels que soient les tempêtes, les doutes ou les mauvaises intentions.
Sur la base de ces faits tels que je les vois, et dont je voulais que vous preniez connaissance, je voudrais aussi vous adresser en toute sincérité une mise en garde contre certaines idées qui pourraient vous venir à l’esprit. Le devoir de franchise m’oblige à vous dire ce qui suit :
