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Je suis née dans un environnement familial violent, j'ai subi la maltraitance. Comment se construire dans un climat de folie destructrice ? Devenue mère à mon tour, je prend conscience qui'il me revient de réparer les liens toxiques transmis de génération en génération. Je dois sauver mon fils de cet engrenage héréditaire. Je le confie à une famille d'accueil. Ce livre retrace mon cheminement personnel et spirituel. Un chemin initiatique pour dépasser ma colère, retrouver ma dignité, faire la paix avec mon histoire et tous les personnages qui l'ont traversée, en même temps que de maintenir un lien aussi ténu soit-il entre mon fils et moi. Ce livre est un livre de résilience et de pardon. C'est aussi une histoire d'amour. La maltraitance, la violence, l'abandon ne sont pas une fatalité. Il nous appartient de rebattre les cartes du jeu que la vie nous a donné pour en faire un jeu gagnant.
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Seitenzahl: 154
Veröffentlichungsjahr: 2022
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La Réparation
Josette Kalifa
© Josette Kalifa, 2022. Tous droits réservés.
Plus que de mon histoire, j’ai voulu témoigner d’un cheminement personnel, psychologique, philosophique et spirituel. Le chemin n’est pas linéaire, encore moins une longue ligne droite et les réponses ne sont pas au bout du chemin.
Reste d’avoir cheminé, pris tel sentier plutôt qu’un autre, être revenue sur mes pas, bifurqué encore, mais toujours marcher.
Il est des rencontres qui marquent une vie. Des signes du destin. Un échange entre deux portes, un engagement mutuel, une aventure qui commence. L’aventure d’un livre, le récit d’une vie. Et quelle vie !
J’ai la conviction que chaque personne porte en elle une histoire à raconter. Une histoire singulière, riche et protéiforme, une histoire qui mérite d’être partagée pour aller toucher cette part de nous qui crie : moi aussi. Moi aussi j’ai traversé des peurs, des souffrances, j’ai mené mes combats et ce témoignage éclaire mon chemin d’un nouvel éclat, d’une lumière plus douce ou plus crue, mais peut-être salvatrice.
L’histoire de Josette est l’histoire d’une grande dame. L’histoire d’un courage et d’une détermination à toute épreuve. Je l’ai vu plonger, oser aller regarder au plus profond, s’autoriser à écrire et transformer toute cette matière brute en un récit sincère et touchant. Je l’ai vu briser ses résistances, dépasser ses croyances et accueillir la lumière de J’Ose Être.
Je souhaite que son histoire, son témoignage, telle une chanson de Piaf ou de Ferré, soulève votre cœur d’une bouffée de joie, du bonheur que procurent les mots qui vibrent et nous élèvent.
Merci, Josette, d’ouvrir la voie de ta voix si unique.
Merci de ton courage et de ta générosité.
Merci de ta confiance et de ta lumière.
Merci et chapeau bas !
Françoise Pelissier
16 janvier 2021
À mon fils
Je n’ai pas su être une mère tout-en-un. Je n’ai pas su être une mère du quotidien. Pour toi, j’ai renoncé au modèle dont je ne voulais pas, sans avoir le temps d’en mettre un autre en place. Il y avait trop à faire. L’urgence a guidé mes actions. Trente-deux ans plus tard, je regarde le chemin accompli. J’ai suffisamment de recul pour faire les comptes. Et je m’autorise aujourd’hui à dire ce que cela m’a coûté.
Le prix est élevé, très élevé. Le résultat à la hauteur de mon engagement, de ma persévérance, de mon aptitude à la résilience.
Pour te sauver toi, j’ai pris le risque de te perdre à jamais. Le risque que tu oublies qui était ta mère, celle qui t’a mis au monde. Oui, il m’a fallu aller jusque-là. Tout cela était tacite entre Gérard, Désirée et moi, mais c’était là. Pas de contrat d’éducation, pas de déclaration d’abandon, mais une fois que tu serais chez eux, passée cette période d’essai de trois mois, il n’y aurait plus de retour en arrière possible. Je pourrai venir en Hollande quand bon me semblerait. Je serai toujours la bienvenue, mais la chose était entendue : les parents c’était eux. Je devais donc rester à ma place, la place qui m’était assignée. J’étais toujours ta maman, mais je n’en avais plus les prérogatives. C’était eux qui prenaient les décisions au quotidien et pour cause, je n’étais pas là. C’était eux qui détenaient l’autorité. Moi, je venais un week-end par mois. À l’époque, je ne pouvais pas faire mieux. Je ne devais pas perturber ton rythme, ton équilibre émotionnel par ma présence. Tu avais tes habitudes, tes copains de jeux, tes frères et sœurs d’adoption, ton rythme au sein de cette nouvelle famille. Les règles étaient strictes, claires et sans dérogations possibles. Ainsi, quand je venais, cela ne changeait rien pour toi. J’étais là pour garder le lien.
Là-bas, on me disait où m’asseoir à table, à quelle heure prendre ma douche, à partir de quelle heure me lever le matin, à quelle heure prendre mon petit déjeuner avec tout le monde. J’obéissais aux règles, au même titre que les enfants. Bien sûr, on me parlait de temps en temps, quelques mots : « Comment ça va en France, tu as bien dormi, tu repars quand ? » Et tout ce temps passé, assise sur ce canapé devant la télévision allumée quasi en permanence, dans une langue que je ne parlais pas. J’étais posée là, invitée étrangère, à attendre simplement que le temps passe. Heureusement, il y a toujours eu ce soutien indéfectible de la part de Gérard et Désirée quant à la situation. Combien de fois ont-ils dit que j’avais posé le seul acte d’amour vrai qu’une mère puisse poser ? Ils m’ont soutenue lorsque tu étais en colère contre moi. Ils ne t’ont pas inculqué une image néfaste de moi. Au contraire. Ils t’ont souvent répété que tu pouvais être fier de ta mère. Oui, c’est ce soutien sans failles qui m’a permis d’accepter le carcan dans lequel j’entrais à chacune de mes visites. J’étais reconnue pour mon courage. Sans cela, tout aurait été beaucoup plus terrible.
Oui, je suis allée jusque-là. J’ai pris le risque de ne plus être la mère de mon fils. Et c’est cela qui a nourri toutes les questions que je me suis posées depuis ton départ pour la Hollande, il y a trente-deux ans de cela. Suis-je légitime ? Toutes ces années où j’étais à cette place assignée, sans pouvoir exprimer ce que je vivais vraiment, ni en Hollande ni chez moi. Impossible de parler de ce qui me terrorisait : et si j’échouais ? Et si je te perdais définitivement ? Rien ni personne ne pouvait m’assurer que je réussirai. Ce qu’il m’a fallu d’abnégation, de confiance absolue dans la vie, à une époque [une éternité] où je sentais que le lien m’échappait, que quelque chose se délitait alors même que, en apparence, le lien était présent. Car oui, après tout, je te voyais même si c’était de loin, parfois de très loin. Tous les mois, être confrontée encore et toujours à cette situation de handicap : trop petite, pas capable. Comment pouvait-il en être autrement ? Une naine au pays des géants. Gérard, deux mètres et plus de cent kilos, suivi de près de Désirée, immense, énorme, menant son monde à la baguette ; et ses colères monumentales, ses cris qui résonnent dans toute la maison. Des mastodontes ! Moi, face à Tao l’éléphante. Mais je n’ai pas peur. Je me soumettais pour mieux m’enraciner et creuser mon chemin jusqu’à toi. Quelle ténacité ! Je me félicite de ce courage et je m’accorde aujourd’hui toute la gratitude que je mérite.
Je suis une étrangère dans cette famille à la culture autoritaire, un peu comme une meute de loups où chacun a sa place. Pas de violence, non, pas d’injustice non plus. Une place pour chacun, un chef, des règles et tout cela tourne parfaitement. Un jour en plaisantant, je dis à Gérard : « C’est vrai que vous n’aimez pas les enfants, vous qui en avez élevé près de quarante. » Le plus sérieusement du monde, il me répond : « Élever un enfant c’est d’abord et avant tout un travail. L’amour, c’est en plus. S’il y en a, tant mieux. » Cela m’a beaucoup fait réfléchir. Dans ma culture judéo-arabe, on aime ses enfants plus que tout, on se sacrifie pour eux, on leur doit tout, absolument tout… bref on vit pour eux et à travers eux. Tout est dit. Longtemps, j’ai été impressionnée par cette super structure, cette organisation millimétrée, de laquelle se dégageait incontestablement un sentiment de sécurité pérenne. C’était tout ce qui m’avait manqué dans mon enfance et qui m’avait conduite à cette conviction terrible que, dans ce contexte, t’élever, te garder auprès de moi, revenait à te mettre en danger.
Et puis, il y a eu tout ce travail de réappropriation de moi-même, de mon histoire, de mes origines, de mes valeurs. J’ai mieux mesuré le fossé qui me séparait de ta famille d’adoption. Là-bas, on ne parle pas de ses émotions. La vie est une direction que l’on prend et que l’on suit jusqu’au bout. Un monde de certitudes, d’habitudes, un monde où l’on considère la fantaisie comme dangereuse, un monde où les spécificités de chacun sont gommées ou du moins réduites à ce qu’il apparaît. Les enfants sont ce qu’ils sont et héritent de leurs origines. Certes, on rétablit, on redresse, mais au fond rien ne peut vraiment changer. On enferme l’enfant dans son carcan de naissance. Il vaut mieux parfois réduire la voilure pour privilégier la sécurité et l’intégration à son environnement social et professionnel. Tout le contraire des valeurs les plus enracinées en moi : nous ne sommes pas que notre histoire. C’est cette croyance qui m’a fait me dresser, me battre contre mes propres démons, pour devenir qui je suis aujourd’hui. Je n’ai rien à jeter de ce que Gérard et Désirée t’ont transmis : structure, rigueur, endurance, travail, honnêteté, respect et la liste n’est pas exhaustive. J’aurais juste aimé que la toile soit un peu plus flexible, pour y insuffler de la spiritualité, du questionnement. Quel choc le jour où j’ai remis à Désirée le livre de Thomas Gordon « Parents efficaces », en hollandais, et que, le mois suivant, elle m’a déclaré que ce livre était un ramassis d’aberrations et qu’elle l’avait mis au feu ! Après tout ce que j’avais fait pour le trouver en hollandais… Alors même que c’était ce livre qui avait été à l’origine de tout ce qui me constituait désormais et que, bien sûr, je n’étais pas en mesure de mettre en application à l’époque. Je l’ai reçu comme un camouflet, un déni de moi. Ce sont ces valeurs qui ont nourri mon amour pour toi, qui m’ont appris la patience, l’écoute et la capacité à te reconnaître comme un être à part de moi, à accepter jusqu’à l’idée que tu puisses ne plus vouloir m’appeler maman. Et ce jour béni où tu m’as dit : « Maman, c’est rien de tout ça. Je t’aime. » Première vraie victoire depuis tant d’années.
Je suis tellement fière de toi, sans pour autant m’attribuer le rôle de vainqueur. Les ingrédients de ce qui te constitue sont bien trop complexes pour ne venir que de moi. Certes, j’ai nourri le lien, à l’instar d’une Pénélope des temps modernes. J’ai tissé et recommencé chaque fois le même ouvrage, pour parvenir à notre relation d’aujourd’hui, et l’ouvrage est loin d’être terminé. Mais j’ai confiance en toi, en moi, en la vie. Pour mieux te cerner, il me faut aussi remonter jusqu’à tes origines paternelles. Ce lien de sang que tu ne t’es jamais résigné à renier, malgré la monstruosité de certains des comportements de ton père, malgré ses abandons, malgré les injonctions de ta famille d’adoption, sa condamnation sans appel. Tu as une capacité d’adaptation phénoménale, depuis toujours. D’où vient-elle ? De la multitude de tes cultures d’origines pourrait être la réponse. Dès l’âge de six ans, tu parles hollandais. Tu es l’un des enfants de cette grande famille recomposée, pendant les vacances d’abord, puis pour toujours après tes dix ans. Tu y as tes attaches, de par ton frère Bradley.
De moi, ta mère, tu as hérité de cette culture française, mêlée de celle de l’Algérie, du Maghreb en général et de la culture juive. Cette part de ma culture qu’il m’a fallu combattre pour ne pas sombrer. Soumission et fatalisme, seules facettes véhiculées au sein de ma famille maternelle et paternelle. Soumission à un Dieu donneur de récompenses et de punitions. Culture du deuil et des pleurs. Culture d’interdits, de tabous.
De ton père, Jimmy, tu as hérité de la culture américaine. Il est américain, son grand-père est Irlandais. Il en a les cheveux roux flamboyant. Une autre culture, imprégnée de puritanisme, de protestantisme, à l’instar des Hollandais.
Et c’est là ta force. De ces multiples cultures, tu as puisé ta formidable capacité d’adaptation, cette audace tout américaine d’entreprendre, de quitter le connu, de rebondir en ne partant de rien, de te lancer des défis. Et de réussir ! Pour nous adultes, fini la tranquillité d’esprit de te savoir sur des rails, en sécurité. Certains nomment cela instabilité. Moi, je le vois comme l’expression d’une flexibilité, d’une capacité à être dans l’action, une confiance en la vie et en toi. Oui, tu réussis, tu ne tombes pas dans la déchéance, comme ton père.
T’aurai-je transmis cette croyance que l’on n’est pas obligé de rester sur les mêmes rails si l’on n’est pas heureux ? Que le bonheur est une quête toujours recommencée ? J’aime à m’en convaincre et cela me tient chaud au cœur de retrouver un peu de moi en toi. Tu as su faire le choix, pour toi, de qui tu es. Tu t’es marié, tu as pris la nationalité hollandaise, tu n’as pas renoncé à ton rôle de père après le divorce et les difficultés dans ta relation avec la mère de ta fille.
Je pense aussi à Bradley, ton frère. Grâce à moi, il a pu échapper à l’orphelinat aux États-Unis et vous vous êtes retrouvés. Que serait-il devenu si j’avais laissé ton père signer le formulaire ? Avec des si… chacun de vous, à votre manière, vous avez réparé le lien d’abandon que vous aviez en commun. Vous êtes des pères formidables, chacun avec ce qu’il est, son système de valeurs, ses possibilités. Bravo, les enfants ! Alors je me dis que dans mon incroyable talent pour la vie, j’ai été capable d’être un terreau nourricier, alors même que le terreau de base était, pour le moins, stérile. J’ai semé ailleurs les graines pour vous permettre de grandir en dehors de moi, et devenir les magnifiques plantes que vous êtes aujourd’hui. Merci la vie.
Sonnerie stridente. Il est 4 h 23. Ah oui j’oubliais, je m’envole aujourd’hui pour Bangkok. Cela fait des mois que je me prépare à ce voyage. Je n’ai jamais voyagé aussi loin. J’ai la trouille. Douze heures de vol avec escale. Est-ce que je vais supporter le voyage ? Je me suis décidée comme ça, sans réfléchir. Nous étions chez un ami et voilà que Sylvie parle du stage avec les éléphants. Il reste une place. Et là, de manière quasi incontrôlée, je lève la main « je viens » ! Et voilà c’est décidé, je ne peux pas reculer. Moi ce qui m’angoisse dans les voyages c’est le trajet d’abord et puis aussi les bagages. Du fait de ma taille, je m’oblige à avoir des valises pas trop grandes pour pouvoir les transporter, pas de sac à dos trop lourd non plus, et pas plus de deux valises. J’ai pris quelques T-shirts et deux pantalons de jogging. Je me dis que c’est bien suffisant. Je n’ai absolument pas conscience de la chaleur moite qui m’attend. Je serai obligée de m’acheter des vêtements adaptés sur place. 5 h 25 c’est parti. Huit jours de stage en Thaïlande pour « aller à la rencontre de sa puissance grâce aux éléphants. » Il fait nuit. Il crachine sur Paris. Arrivée à CDG. Embarquement porte 37 Hall 1. Seat 49C – Airbus 380 double pont. Énorme l’avion. C’est la première fois que je prends un avion double deck ! Il y a un escalier, on dirait l’entrée d’un cabaret spectacle avec rideau rouge et tout ! C’est l’espace de classe affaires. Changement d’avion à Dubaï. Un petit avion beaucoup moins confortable. Puis arrivée à Bangkok. On se répartit dans les voitures qui nous attendent pour nous conduire à BaanMama. Plusieurs heures de route. Je suis crevée, je ne supporte plus les blablas des occupants de la voiture. Arrivée à BaanMama à 11 h 30, enfin. Brigitte, qui tient le refuge, est belge. Elle a tout quitté pour venir ici s’occuper des éléphants. C’est une petite bonne femme un peu rondelette, avec un franc-parler un peu titi parisien. Elle nous expliquera plein de choses sur le travail des mahouts, c’est comme cela que l’on appelle les cornacs en Thaïlande. La relation toute particulière qu’ils ont avec l’éléphant dont ils ont l’entière responsabilité. Elle nous parlera de la condition des éléphants réservés aux touristes. Elle nous dira comment certains ont la colonne vertébrale brisée par la nasse qui porte les touristes. Elle nous expliquera pourquoi le dagot, considéré par certains comme une arme qui blesse l’éléphant, est indispensable à la sécurité du mahout pour se faire obéir en cas de danger. Elle est très investie dans sa mission auprès des éléphants et elle nous parle des difficultés qu’il lui faut surmonter pour tenir. Rencontre avec Cheng Raï, un bébé mâle de deux ans et demi, six cents kilos et Tao, femelle de cinquante-sept ans, deux tonnes cinq. Extraordinaire. C’est avec elle que nous allons travailler. Elle est venue tout près. Je me tiens un peu en retrait, pas terrifiée non, comme une distance de respect.
