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L’enfer du milieu infirmier décortiqué au scalpel !Ces chroniques agitées décrivent, avec un humour révolté et parfois empreint de dérision, l’univers d’une catégorie particulière de soignants indépendants : les infirmières et infirmiers libéraux.Ce sont des billets d’humeur acides et spontanés, d’une vivante acuité, qui dépeignent le quotidien des divers acteurs de la profession : patients, soignants, médecins, administration. Ils offrent au lecteur un panorama intime et personnel, issu du vécu d’une infirmière libérale professionnelle, humaine et engagée, le tout illustré de façon humoristique par un fin connaisseur du monde médical.À l’heure où cette profession souffre d’un certain déficit de reconnaissance, les mots de Corinne Régulaire sont salutaires par leur lucidité et leur intelligence. Ils contiennent les germes d’un manifeste porté par de fortes convictions et appellent à la mobilisation des infirmières et infirmiers libéraux soucieux de l’avenir d’un métier auquel ils sont tous profondément attachés.Les articles rédigés par Corinne Régulaire et illustrés par Félé mêlent à la fois humour, dérision, lassitude, abattement, spontanéité et esprit de révolte.EXTRAITDevenir soignant ne s’improvise pas, cela s’apprend et c’est un métier. La vocation et le dévouement font encore partie des sempiternels clichés que les infirmiers traînent tels des casseroles derrière leurs blouses. L’infirmier d’aujourd’hui est avant tout un professionnel compétent et expérimenté, doté d’une part d’autonomie. Il est à même d’évaluer des situations cliniques et d’établir des diagnostics infirmiers. Il est capable de concevoir et de conduire des projets de soins infirmiers. Il accompagne une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens. Il réalise des actions à visée diagnostique et thérapeutique. Il initie et met en œuvre des soins éducatifs et préventifs. Il analyse et évalue la qualité des soins en vue d’améliorer sa pratique professionnelle. Il organise et coordonne des interventions soignantes. Il informe et forme des professionnels ou intervient auprès de personnes en formation. Tel un robot culinaire, l’infirmier est multifonctions et multitâches, fiable et polyvalent.CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE Chroniques sans concession, à l'humour corrosif mais toujours plein d'humanité, d'une profession à la croisée des chemins de choix cruciaux de société. Bouée de sauvetage de professionnels livrés à eux-mêmes et souvent mis à l'index, ce livre fait du bien. Il met des mots sur des non-dits et nous met face à nos responsabilités. - Chabel, éditions Marie BConstruit sous forme de billets d’humeur acides et spontanés, empreint de révolte mais aussi d’humour, cet ouvrage dresse un état des lieux sans concession des difficultés de l’exercice au quotidien du métier d’infirmier(ère) libéral(e). Vous y trouverez les portraits caustiques et réalistes des acteurs de cette profession : médecins, patients, collègues, administration, législateurs (Urssaf, Cour des comptes, Carpimko). - Infirmiers.comÀ PROPOS DES AUTEURSCorinne Régulaire vit et travaille en Guyane. Infirmière en néonatalogie pendant 7 ans, elle s’installe en libéral en 2005. Préoccupée par les difficultés grandissantes de la profession, elle s’est engagée auprès de plusieurs associations infirmières pour faire avancer la cause de ses collègues. L’écriture rejoint cette démarche à la fois empathique et revendicative. Dessinateur et infographiste résidant dans la plus belle ville du monde, Félé illustre principalement la presse professionnelle de la santé sans négliger la presse hebdomadaire régionale, et intervient dans les colloques ou événements par le dessin en direct.
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Seitenzahl: 262
Veröffentlichungsjahr: 2016
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La seringue atomique
Chez le même éditeur
La révolution de l’emploi
Marie-Thérèse Bertini
Novembre 2014
La Fabuleuse Histoire du drapeau français
Raphaël Delpard
Janvier 2016
Éditions Marie B
7 place des Martyrs de l’Occupation
92583 Clichy Cedex
France
www.editions-marieb.com
Direction : Cyrill Vachon
Suivi éditorial : Camille Berne-Smith
Illustrations : Félé
Création graphique et mise en pages : Macha Publishing
© Éditions Marie B — février 2016
Née en France métropolitaine, Corinne Régulaire vit et travaille aujourd’hui en Guyane, après un périple en Amérique du Sud. Elle entame une carrière d’assistante dentaire, puis devient infirmière en néonatalogie. En 2005, après une transition vers l’indépendance via l’autodialyse, elle s’installe en libéral. Dix ans plus tard, elle partage ses humeurs sur son blog « La Seringue atomique », avec des réflexions graves ou humoristiques sur les aléas du métier. Aujourd’hui, elle est engagée auprès de plusieurs associations infirmières pour faire avancer la cause de la profession et continue d’alimenter son blog au rythme des remous qui agitent le monde infirmier.
La santé est l’affaire de tous. Les acteurs du secteur médical de notre pays voient se profiler à l’horizon des bouleversements susceptibles de mettre à mal l’équilibre déjà précaire du paysage sanitaire français.
Le présent ouvrage se veut une fenêtre sur le travail quotidien des infirmières et infirmiers libéraux, à destination de la profession, mais aussi de tous ceux et celles qui ont croisé, croisent ou croiseront leur chemin.
Nous avons sélectionné et agencé ces chroniques de manière à offrir plusieurs degrés de lecture, mêlant humour, gouaille naturelle et sérieux. Corinne Régulaire s’adresse aussi aux hommes, insuffisamment représentés dans cette profession, à ses collègues confrontés/ées à un vécu semblable, mais également aux potentiels patients que nous sommes ou que nous pourrions être un jour. La Seringue atomique agit ainsi comme un exutoire, verbalisant avec force, conviction et humanité l’univers que côtoient chaque jour les soignantes et les soignants en charge de la santé de leurs concitoyens.
–Thucydide
Derrière chaque caducée, il y a un homme ou une femme qui, un jour, a pris la décision de s’occuper des autres, de soigner et d’en faire son métier. Cette inclinaison à vouloir devenir soignant n’est pas anodine. Elle est le résultat de facteurs multiples, de circonstances particulières, de désirs conscients ou non, de hasards ou de destins.
Devenir soignant ne s’improvise pas, cela s’apprend et c’est un métier. La vocation et le dévouement font encore partie des sempiternels clichés que les infirmiers traînent tels des casseroles derrière leurs blouses. L’infirmier d’aujourd’hui est avant tout un professionnel compétent et expérimenté, doté d’une part d’autonomie. Il est à même d’évaluer des situations cliniques et d’établir des diagnostics infirmiers. Il est capable de concevoir et de conduire des projets de soins infirmiers. Il accompagne une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens. Il réalise des actions à visée diagnostique et thérapeutique. Il initie et met en œuvre des soins éducatifs et préventifs. Il analyse et évalue la qualité des soins en vue d’améliorer sa pratique professionnelle. Il organise et coordonne des interventions soignantes. Il informe et forme des professionnels ou intervient auprès de personnes en formation1. Tel un robot culinaire, l’infirmier est multifonctions et multitâches, fiable et polyvalent.
Le mode d’exercice libéral est, quant à lui, le fruit d’une longue maturation, d’un parcours initiatique qui prend sa source bien au-delà des années de formation en soins infirmiers. Il résulte d’un désir d’indépendance, d’autonomie dans le travail et accessoirement, de fantasmes de liberté.
La littérature existante relative à la profession d’infirmier libéral est la plupart du temps consacrée aux aspects techniques, législatifs, juridiques, historiques et administratifs de ce métier. Les portraits de soignants sont rares. L’infirmier libéral comme sujet d’un récit s’efface souvent au profit du patient ou de la maladie.
L’écriture de ce livre est née du désir de mettre en perspective tout ce que nous sommes, tout ce qui fait de nous des soignants à part entière avec nos vies, nos convictions, nos interrogations, nos choix, nos regrets, nos rêves, nos espoirs et nos doutes. Le but recherché est de faire de chaque infirmier libéral le héros d’une histoire partagée. Cette volonté implique de créer un « nous » commun, une identité qui nous ressemblerait et nous rassemblerait au travers de « mots-pansements », de « paroles-cataplasmes » ou de « messages-cicatrisants » capables d’agir sur les maux de cette profession afin de la réinventer. L’infirmier libéral consacre son temps à prendre soin de l’autre sans que l’on se préoccupe de son existence.
Ce « nous » commun est ici l’occasion de décliner une palette d’histoires et d’anecdotes oscillant entre fiction et réalité. Le lecteur y trouvera pêle-mêle un esprit caustique, des situations fleurant bon le vécu, des portraits quelquefois délibérément caricaturaux, cousus et fabriqués à partir d’un matériau quotidien fait de patients, de médecins ou professionnels qui participent au maintien de la santé jour après jour auprès de leurs malades. On y rencontre des hommes et des femmes pétris d’humanité, de qualités ou de défauts, vivant des situations dramatiques ou cocasses, des histoires truculentes, empreintes de dérision. Le rire, les larmes, l’attention ou la colère d’êtres en quête d’affection et d’amour sont omniprésents.
Il se dégage aussi de ces chroniques un profond besoin de reconnaissance fondé sur la réciprocité, laquelle appelle à fournir un effort, un engagement, du réconfort, des soins en échange d’une rémunération et de gratifications telles que l’estime, la sympathie ou l’affection, afin de donner du sens à son travail et à sa vie.
Dans ce « nous » commun, le désir de voir naître une conscience de soi et de son avenir côtoie le souhait affiché d’une indispensable union afin de se préparer ensemble à affronter la déferlante qui menace notre corporation, telle une vague annonciatrice de la fin programmée d’un savoir-faire. Réussir à faire face à l’adversité malgré les dispersions et les clivages.
Les affaires concernant diverses fraudes et escroqueries à la caisse d’Assurance maladie retentissent régulièrement dans la presse et les médias depuis maintenant quelques années. Une Nomenclature générale des actes professionnels à géométrie variable a déjà fait tomber de nombreux innocents et sans nul doute quelques coupables. La chasse aux sorcières est ouverte et la mise au pilori de toute une catégorie professionnelle par les caisses d’Assurance maladie a des répercussions terribles sur notre domaine d’activité. Le rapport de la Cour des comptes de septembre 2015 relatif au coût de l’exercice infirmier libéral pour la société a écorné quelque peu l’image angélique que le public pouvait avoir de la profession. D’utile et respecté, l’infirmier libéral est soudainement devenu futile et dispendieux.
Aujourd’hui, ce dernier a bien des difficultés à reconnaître dans son miroir le soignant qu’il rêvait d’être. La profession est malade de ses attentes inassouvies. Telle une enfant en quête d’affection et de reconnaissance, elle sombre peu à peu dans le renoncement, le manque d’estime de soi, le fatalisme, la résignation. Tous ces sentiments barrent le chemin vers l’accomplissement de soi, l’épanouissement et plongent parfois certains d’entre nous dans les affres du burn-out.
Dans une France où le nombre de personnes âgées ne cesse de croître, la nécessité de soins en ambulatoire ou relevant de pathologies chroniques s’amplifie et les perspectives de travail ne manquent pas. Cependant, il est question aujourd’hui de faire des économies drastiques en matière de santé et le gouvernement teste de nouvelles formes de prises en charge, des solutions moins onéreuses.
Qu’il s’agisse de plateformes téléphoniques destinées à suivre les patients à distance, d’objets connectés capables de faire un check-up, de soigner et de transmettre les données à un ordinateur ou à un smartphone, l’heure est désormais à l’émergence de la télémédecine et de la robotique. Le Japon, par exemple, dépassé par son déclin démographique, a mis au point des robots-soignants capables d’effectuer certaines tâches jusqu’alors dévolues à des êtres humains.
Le rêve absolu de remplacer l’homme par la machine est à nos portes. Il va sans doute falloir reconsidérer la profession d’infirmier libéral, qui pourrait devoir assumer une pleine mutation d’ici à quelques années et se repositionner. Le changement viendra par les innovations thérapeutiques, la découverte de nouvelles molécules qui modifieront ou simplifieront sans doute la prise en charge de pathologies lourdes comme le diabète ou le cancer par exemple.
Toutes ces révolutions technologiques sans doute salutaires ne sauraient remplacer le soin relationnel, fer de lance de la profession infirmière. Ces nouveaux modes de prise en charge auront sans doute l’inconvénient de majorer des problématiques déjà bien installées chez les personnes âgées, comme la solitude ou l’isolement.
Ce serait alors l’occasion pour les infirmiers libéraux de devenir les interlocuteurs privilégiés du soin relationnel, d’en faire une spécialité à part entière, et, grâce à leurs compétences, de créer une nouvelle forme de suivi et d’accompagnement médical de type coaching basé sur la relation d’aide, le soutien et l’écoute. Néanmoins, cette renaissance de notre profession ne saurait avoir lieu sans la mobilisation de tous les soignants impliqués. Il est impératif de nous unir si nous voulons revendiquer un statut et conserver une place légitime dans le futur paysage sanitaire français. Cette place se fera sans doute au prix d’inévitables concessions, cependant des combats seront aussi à mener pour maintenir ce mode d’exercice que nous aimons tous.
1. Arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’État d’infirmier, annexe II, « Les dix compétences infirmières », disponible sur http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020961044&categorieLien=id, consulté le 14 décembre 2015.
Le métier d’infirmier libéral s’apparente à du grand art, à de la dentelle ciselée, conçue pour et adaptée à chaque patient. Des heures que l’on ne compte plus, des kilomètres que l’on avale par tous les temps, du lever aux aurores jusqu’au coucher tardif. Une relation à deux, faite de moments intenses qui peuvent durer dix minutes comme plusieurs années. Ce sont les tourments, les pleurs, les colères, les angoisses d’hommes et de femmes confrontés à la maladie que l’on tente d’apaiser, mais aussi les peines, les souffrances et parfois la mort que l’on accompagne. Ce métier requiert la capacité de faire face et de s’adapter à toutes les situations, de se projeter dans le vécu de l’autre sans pour autant qu’il nous étouffe. Ce savant mélange est une douce alchimie, une recette de cuisine compliquée et généreuse.
Pour faire un infirmier à domicile compétent, efficace et responsable, prenez un récipient de très grande contenance. Quand je dis grand, c’est vraiment très très grand, un contenant trop petit risquerait à tous les coups de nuire à la réussite de votre recette. Soyez donc vigilant.
Incorporez doucement trois années d’études, laissez infuser entre 18 et 24 mois selon que vous choisissiez d’effectuer des remplacements ou de vous installer seul ou en cabinet. Ajoutez quelques louches d’endurance et de persévérance pour affronter le nombre d’heures que vous accomplirez chaque jour, ne soyez pas pingre sur les quantités car c’est l’une des clés de votre succès. Ne laissez pas reposer, ce n’est pas nécessaire, point de répit dans ce métier. Additionnez sans modération aucune, une avalanche d’organisation, une pluie de réactivité et d’adaptabilité, une kyrielle de motivation, un déluge d’écoute et d’empathie, une nuée de relationnel, quelques pelletées de polyvalence et pour finir, assaisonnez avec énormément de tolérance et de respect.
Infirmier, ce n’est pas un métier, c’est un sport qui parfois ressemble à une course contre la montre. Nous passons notre temps à monter et descendre de voiture. Nous affrontons en vrac la canicule, le froid polaire, le blizzard, le verglas, les tempêtes, les embouteillages du mois d’août, les folies commerciales de Noël ou de la Saint- Valentin, les grèves, la rentrée des classes, le dépeuplement des campagnes qui nous fait parcourir des kilomètres pour nous rendre d’un patient à l’autre, les escaliers ou les ascenseurs en panne. La mauvaise humeur des automobilistes, les exigences des patients, la personnalité changeante des médecins, le dérèglement climatique, le trou dans la couche d’ozone, le trou de la Sécurité sociale… et la liste est loin d’être exhaustive.
L’organisation permet de gérer son temps, et vous allez vite vous rendre compte que vous en manquez. Pour trouver un équilibre entre votre vie professionnelle et votre vie privée, il va falloir parfois jouer au funambule. De plus, l’obligation de mettre en place une organisation rigoureuse vous aidera à jongler avec vos revenus lorsqu’il faudra vous acquitter de vos charges. Donc, exit le négligent qui laisse l’empreinte de son passage partout où il va. Les paniers percés qui n’ont aucune idée de la signification du mot épargne, économie ou thésaurisation seront recalés eux aussi. Vous vous retrouverez très vite débordé avec un sentiment de noyade administrative et bancaire si vous lâchez du lest. Infirmier vous êtes mais aussi comptable, secrétaire, standardiste et pilote de votre navire.
La motivation, ce sont les chevaux sous le capot de votre moteur qui vous permettent de tenir la distance, de vous lever chaque matin aux aurores avec le sourire et de l’énergie. C’est ce qui vous permet de rentrer chez vous à la nuit tombée avec la force nécessaire pour prendre soin de vous et des vôtres. La motivation doit être là pour faire en sorte que vous vous releviez quand vous êtes abattu ou simplement fatigué, ou lorsque votre tournée ne s’est pas tout à fait passée comme vous l’espériez parce qu’aucun jour n’est semblable à l’autre.
Réactivité et adaptabilité permettent de faire face à l’urgence, de ne pas paniquer et de réagir de manière professionnelle, mais aussi de gérer des plannings sans stress et de rester rationnel.
L’empathie consiste à percevoir avec acuité les raisonnements et émotions de votre interlocuteur, sans jugement et sans y adhérer. Vous êtes confronté chaque jour à la maladie, à la douleur, au chagrin et parfois à la mort. Votre présence, votre capacité à écouter, entendre, voir et comprendre l’autre, autrement dit la relation d’aide, est un soin à part entière qui permet aux patients de s’exprimer sur leurs maux. Il s’agit du soin que nous pratiquons sans doute le plus chaque jour. Il faut être rôdé à cet exercice pour ne pas s’approprier les souffrances de l’autre et se laisser déborder émotionnellement, l’idée étant d’apprendre à se protéger.
Par le respect, l’infirmier libéral reconnaît la dignité et la valeur de l’humain qu’il a en face de lui. Il l’appréhende comme étant une personne unique, libre et capable de prendre ses propres décisions, même si parfois, cela nécessite l’aide d’un tiers. Le respect, c’est manifester de l’estime, user de politesse et d’égards avec l’autre. C’est accepter sa différence et la prendre en considération.
La tolérance permet d’éviter les écueils qui nous conduisent à la peur et à l’exclusion de l’autre. Elle nous incite à prendre du recul, à avoir un esprit critique et à raisonner en termes éthiques. La diversité des nombreuses religions, langues, cultures et caractéristiques ethniques ainsi que les disparités sociales, économiques ou intellectuelles que nous côtoyons ne doivent pas être un prétexte à exclusion, discrimination ou racisme ; elle est au contraire un trésor qui nous enrichit tous chaque jour.
Comme le dit la Déclaration de principes sur la tolérance2 de l’UNESCO, la tolérance n’est ni complaisance ni indifférence. C’est le respect et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. La tolérance est la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d’autrui. Les peuples se caractérisent naturellement par leur diversité ; seule la tolérance peut assurer la survie de communautés mixtes dans chaque région du globe.
L’infirmier Homo paramedicalis est un petit être qui court et s’agite beaucoup. C’est un animal organisé qui travaille le plus souvent en solitaire de l’aube à la tombée de la nuit. Il exerce aussi bien en ville qu’à la campagne, on le retrouve aussi en montagne et dans les départements d’outre-mer. Son alimentation est souvent frugale. Par manque de temps, il déjeune parfois dans sa voiture en écoutant la météo des plages où il ne met jamais les pieds. La bête avale les kilomètres et affronte les intempéries avec bravoure. Elle supporte les embouteillages et doit faire face aux aléas des transports avec philosophie. C’est un être social, qui sourit même à ceux qui font la gueule, accomplit les tâches les plus ingrates parce que tous les grincheux, taciturnes et consorts le valent bien. Si j’osais, je dirais que l’infirmier Homo paramedicalis est un être doué d’humanité et d’empathie mais là, je vais peut-être trop loin, je finirais par soutenir qu’il a une âme et provoquer ainsi un débat digne de la controverse de Valladolid…
Selon le rapport3 de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), nous étions 98 249 infirmiers libéraux en France métropolitaine au 1er janvier 2014. Une profession féminine à 83,7 %. La moyenne d’âge des infirmiers en exercice est de 44 ans. La densité moyenne pour 100 000 habitants est de 149 infirmiers libéraux (France + DOM-TOM). 55,7 % d’entre nous exercent en cabinet individuel. Les actes réalisés au domicile des patients couvrent 93 % du total, ce qui représente en moyenne trois heures de déplacement par jour.
Un infirmier libéral voit en moyenne 30 à 40 patients par jour, la durée moyenne de ses interventions est de 18 minutes. Il travaille en moyenne 12 à 15 heures par jour en incluant les temps de déplacement et réalise environ 241 actes par semaine. Près de 600 millions d’actes de soins sont effectués par les infirmiers libéraux chaque année.
Le budget moyen pour la création d’un cabinet est de 25 000 euros, le chiffre d’affaire annuel moyen d’un infirmier libéral est de 80 000 euros.
Plus de 89 % des infirmiers libéraux télétransmettent régulièrement leurs feuilles de soins électroniques, simplifiant ainsi le travail des caisses d’Assurance maladie.
Le dernier rapport de la Cour des comptes publié en septembre 2015 montre une augmentation des effectifs. Nous sommes à présent 103 393 à exercer ce métier dans l’Hexagone et 5 431 en outre-mer.
Si l’on considère qu’un infirmier effectue en moyenne 241 actes par semaine, qu’il travaille 52 semaines par an et gagne 80 000 euros par an, il fera en moyenne 12 532 actes par an (241 x 52) soit une moyenne de 6,38 euros brut de l’acte.
Déduisons 45 % de charges en moyenne, on arrive à 3,51 euros net l’acte.
Ce calcul ne tient pas compte des périodes de congés ou de repos et se base sur une année entière. En résumé, il faut réaliser beaucoup d’actes pour gagner décemment sa vie…
– 65 % des patients ont plus de 65 ans et 67,3 % des dépenses de soins infirmiers concernent des patients de 70 ans et plus.
Les troubles cognitifs ou psychiques sont importants ainsi que le degré de dépendance :
– 5 % des patients sont quasiment autonomes à l’exception de l’alimentation.
– 30 % des patients sont relativement autonomes, ils se déplacent seuls et sont indépendants en ce qui concerne l’élimination, seules les fonctions de toilette et d’habillage sont en partie déficientes.
– 37 % des patients présentent une perte d’autonomie prononcée, en particulier pour la toilette et l’habillage, même si les fonctions d’alimentation et d’élimination, de même que les transferts et déplacements, sont en partie préservés.
– 28 % des patients sont presque totalement, voire totalement dépendants4.
L’infirmier est habilité à pratiquer deux types d’actes professionnels : les actes relevant de son rôle propre et les actes qu’il réalise sur prescription médicale ou en application d’un protocole établi par un médecin. Au sein de ces deux catégories, la Nomenclature générale des actes professionnels5 (NGAP) distingue trois types d’actes :
− les actes médico-infirmiers (AMI) qui sont des actes médicaux délégués réalisés uniquement sur prescription médicale ;
− les actes infirmiers de soins (AIS) qui correspondent aux actes relevant du rôle propre de l’infirmier incluant nursing, démarche de soins infirmiers, éducation à la santé, prévention ;
− la majoration de coordination infirmière (MCI) pour des soins palliatifs et plaies complexes ou chroniques6.
Il est nécessaire de définir la notion de soin pour déterminer les motivations qui nous poussent à vouloir devenir infirmier.
Le mot « soin » vient de l’ancien français bisunnia, qui se traduit par souci, chagrin, nécessité, besoin. Prendre soin, c’est se préoccuper de l’autre et veiller à ses besoins, c’est pénétrer dans la sphère de l’intime7. C’est assurer l’entretien et le maintien de la santé en abordant des domaines aussi différents que la prévention, l’éducation, la réhabilitation ou les soins pal- liatifs. C’est tenir compte de l’âge, du sexe, de la culture, de la religion, du langage, de l’environnement, des émotions, des connaissances de l’autre et de la perception qu’il a de la maladie.
Le professeur Jacquard, célèbre chercheur et essayiste français, parle d’humanitude pour définir la relation qui se crée avec l’autre lors de ces liens physiques, émotionnels, affectifs ou spirituels.
Les motivations conscientes qui nous amènent à faire le choix de devenir soignant sont propres à chacun d’entre nous. Les perspectives financières ou d’évolution de carrière, la passion pour le domaine médical, l’intérêt pour l’humanitaire font partie des aspirations qui nous poussent à vouloir exercer cette profession. Ce sont ces motivations qui nous élèvent, magnifient et idéalisent notre pratique.
Le pouvoir : Endosser le rôle de soignant demande l’acquisition d’un savoir auquel le soigné n’a pas forcément accès. Ces compétences donnent un pouvoir à celui qui soigne. Ce sentiment de toute-puissance permet d’avoir confiance et de s’affirmer dans sa pratique quotidienne. Il est d’ailleurs matérialisé par le port de la blouse, qui telle une médaille évoque un grade et une position sociale.
Le désir de réparation : Soigner, c’est aussi vouloir réparer, raccommoder, recoller, reconstruire quelque chose que l’on croit brisé. La relation soignante peut être l’expression d’une culpabilité que l’on porte en soi de manière inconsciente en rapport avec des fantasmes sexuels ou œdipiens. Elle peut aussi être le symbole d’une blessure narcissique personnelle, d’une altération de l’estime de soi, d’une identification à un membre de sa famille, d’un sentiment de n’avoir pu sauver un proche, réellement ou de manière fantasmée.
Le sexe et la mort : La profession de soignant permet de s’approcher des deux tabous de l’humanité que sont la mort que l’on côtoie et qui fascine, et le sexe que l’on voit, que l’on touche et qui est source d’interdits.
Il faut connaître son histoire pour pouvoir se défendre8.
–Charlotte Goldberg, dite « La guêpe », enfant juive rescapée de la Shoah
J’ai tout d’abord le regret de vous annoncer, Messieurs, que vous ne serez que très peu, voire pas cités du tout lors du traitement de ce volet. Je m’en excuse par avance, eu égard à la parité. Mea culpa.
Remontons un peu le fil du temps et consultons les ouvrages sur l’histoire de la profession infirmière. Une chose est frappante, il n’y a que des nanas (sic) et tous ces écrits retracent une même quête, celle de la reconnaissance sociale d’un corps professionnel.
Dans un discours de distribution de prix9 en 1905, voici comment l’infirmière idéale était présentée par le corps médical :
« Nous la choisirons autant que possible parmi ces vaillantes filles du peuple qui, à force d’intelligence et d’énergie, sont parvenues à s’instruire. […] Nous la désirerions mariée et mère de famille, car il est des délicatesses de sentiment pour les faibles et les enfants qui ne s’épanouissent complètement que dans les cœurs des mères[…] ».
On remarquera que l’image de l’infirmière est en fait marquée par les traits de la femme au foyer de l’époque, qui doit être une bonne ménagère soumise et dévouée. Maréchal nous voilà, on sentait poindre l’ombre de 14-18 et nous étions déjà prises pour des gourdes.
Le diplôme d’État est créé par décret en 1922, donnant ainsi naissance à la profession d’infirmière. Les religieuses forment alors le personnel de prédilection dans la spécialité et resteront actives encore de nombreuses années. Elles s’occuperont notamment de la formation des nouvelles infirmières auxquelles elles inculqueront le sens du dévouement et de la morale. Le médecin est seul détenteur du savoir technique, l’infirmière lui étant attachée corps et âme.
Le rôle de l’infirmière pendant la Première Guerre Mondiale va subir des changements radicaux. Le pays manque d’hommes puisqu’ils sont tous en train de périr sur le front et les blessés arrivent par wagons dans les hôpitaux de campagne. Les infirmières assistent les chirurgiens, participent activement aux soins et deviennent alors des héroïnes rompues à la discipline militaire.
La Seconde Guerre Mondiale voit naître de nouvelles techniques de soins et de nouvelles thérapeutiques. Les médecins, débordés, vont peu à peu déléguer certains actes comme les piqûres intraveineuses ou les prises de sang aux infirmières. Ainsi naîtront les soins infirmiers qui, peu à peu, seront codifiés10.
Les années 60 voient monter la contestation, pour aboutir en mai 1968 à la crise que tout le monde connaît. Les infirmières participent aux manifestations aux côtés des autres professions. Les courants libertaires de cette époque incitent ces femmes à s’affranchir des poncifs qui leur collaient à la peau. Fini la soumission, le dévouement et l’obéissance, elles seront professionnelles ou elles ne seront pas.
« Cette crise de 68 a permis aux soignants de s’intégrer au monde du travail, avec les mêmes moyens de pression : grèves, revendications, etc., […]. Surtout, elle nous a fait prendre conscience que, sans faillir à notre tâche, nous pouvions avoir les mêmes avantages que d’autres professions et que le temps des bénévoles ou assimilées était révolu11. »
Dès lors, les infirmières ont dû apprendre à se débarrasser des clichés qu’elles portaient en elles et véhiculés par la société. Il leur a fallu apprendre que leur travail n’était pas une vocation, qu’elles étaient en droit d’avoir une vie privée en dehors de leur vie professionnelle, qu’elles pouvaient être tout à la fois femme, épouse, mère et travailler. Il leur a fallu aussi faire le distinguo entre le rôle féminin et le rôle professionnel12.
On comprend alors aisément les barrières incons- cientes qui se dressent chez la plupart d’entre nous lorsqu’il faut défendre ce que nous sommes. Nous avons dû briser des mythes fondateurs de notre société pour nous construire une nouvelle identité. Les clichés de la sainteté, la douceur, la bravoure, l’héroïsme, le dévouement de l’infirmière ressurgissent encore parfois mais nous luttons encore.
Bravo à toutes celles qui ont un jour combattu, bravo à celles qui ont dit non, merci à celles qui luttent, encore merci.
Ce matin, à demi éveillée et d’humeur chafouine, plantée devant mon expresso, une immense culpabilité m’a soudain envahie. J’ai alors revêtu ma robe de bure, les sandales de Mère Teresa dont j’ai hérité et la cornette des veillées d’antan. J’ai ressorti le cilice du placard à balais et je me suis flagellée maintes fois afin de faire pénitence en psalmodiant à tout-va notre prière d’autrefois. Car oui ma fille, tu t’es éloignée du droit chemin et il te faut dès à présent remédier à ce trouble qui t’envahit. Oui, tu as eu des velléités de rébellion et tu as entraîné ton prochain dans cet abîme. Oui, il faut te ressaisir, au nom du ciel ! Et retrouver le sens commun. Reviens à la maison, pauvre brebis égarée que tu es !
Vous trouverez ci-après une petite prière du soir à chantonner sans modération, parce qu’il faut que cela rentre de gré ou de force, en douceur ou à coups de gourdin.
Infirmier je suis, dévoué je serai,Serviable et discipliné, corvéable à merci, je deviendrai,Soumis à l’autorité, jamais je ne contesterai,Généreux et disponible, toujours je sourirai,Désintéressé et charitable, modestement je vivrai,Infirmier je suis, d’humilité et de piété je me remplirai.
J’ai ensuite repris mon bâton de pèlerin pour apporter la bonne nouvelle. Non, les infirmiers ne seront pas des rebelles. Ils ne mettront pas le système de santé en péril en creusant le trou de la Sécurité sociale. Ils ne revendiqueront aucun droit et se plieront à leurs devoirs. Il n’y aura pas de révolution, pas d’esclandre, pas de supposées grèves qui n’aboutiront à rien, pas de luttes, pas de revendications. Rien, black-out total ! Ils demeureront ce qu’ils ont toujours été et ne feront pas de vagues. Ils paieront leur tribut comme ils l’ont toujours fait, seront des citoyens modèles et continueront à faire tourner la machine bien huilée qu’est notre si belle société en pleine décrépitude. Ils se maintiendront dans un statut d’exécutants et ne se poseront aucune question.
Le cauchemar fut éprouvant et le réveil forcément brutal. J’attends notre réveil à tous avec impatience.
Il est des jours funestes qui s’écrivent dans le marbre ou dans la pierre que l’on n’oubliera jamais ! Je voudrais, auprès de tous les lecteurs, oui, je dis bien lecteurs parce que je m’adresse à vous, messieurs, et parce que dans un pays où l’on ne lit plus, même Hara-Kiri ou Playboy prennent des allures de littérature. Je voudrais donc rétablir la vérité sur un mythe qui a la peau dure, à savoir le fantasme de l’infirmière qui concernerait, selon Cosmopolitan, près de trois hommes sur dix (28,1 %).
Alors, j’ai le regret, messieurs les 28,1 % concernés, de vous annoncer que ces femmes n’existent pas. C’est un constat somme toute expéditif mais qui a le mérite d’être thérapeutique ! En résumé, les bottes de drag queen avec les talons qui vont bien, il faut être raisonnable, c’est uniquement pour la Gay Pride ou sur certaines chaînes cryptées le soir très tard ! Il est donc inutile de vous fracturer un tibia dans le but de voir Barbarella venir vous chouchouter à domicile, on vous a menti.
L’infirmière lambda met des Crocs, des baskets ou des sabots à ses pieds. Elle porte des bas de contention couleur chair, ce qui est tout sauf sexy, parce que l’insuffisance veineuse et les varices sont considérées comme le fléau du soignant. Elle coupe ses griffes de panthère parce que les ongles longs peints en rouge carmin, ce n’est pas hygiénique. Elle ressemble parfois à un schtroumpf qui aurait déteint au lavage avec sa blouse stérile jetable bleu azur et la charlotte qui l’accompagne. Elle attache souvent ses cheveux s’ils ne sont pas courts pour les mêmes questions d’hygiène. On oublie donc de suite la chevelure de lionne qui montre ses griffes en ronronnant et on évite de se faire un film.
Chaque jour, l’infirmière est confrontée à des sentiments ambigus. Elle navigue entre toute-puissance et impuissance, fantasme de guérison, maîtrise, quête de sens, renoncement, distanciation et humilité. La représentation que l’on a d’elle est source de fantasmes les plus divers, elle représente la figure maternelle, l’intime, elle a les attributs de la technicienne, celle qui entreprend et qui initie le soin, la piqueuse. Les médecins, quant à eux, incarnent la figure paternelle et l’autorité.
L’infirmière est aussi soumise à l’autorité. Dans les années 60, le psychologue américain Stanley Milgram a réalisé une expérience dans un hôpital auprès des infirmières. Un homme inconnu se présentant comme médecin a téléphoné aux infirmières et leur a demandé d’administrer à un patient un médicament à une dose qu’elles savaient trop élevée. 95 % des infirmières contactées ont accepté d’administrer ce produit nocif pour le patient. Le seul titre de médecin évoqué par téléphone a été suffisant pour influencer leurs décisions. C’est ce que Milgram appelle l’étatagentique ou être l’agent d’un autre et lui être soumis. C’est l’abandon du sens de responsabilité d’un individu qui se soumet à l’autorité sans qu’il n’y ait aucune menace ou gain à espérer13.
Pour affronter ces sentiments ambigus et ces représentations d’elle-même, l’infirmière doit s’adapter à chaque situation en alliant humilité, effacement de ses propres besoins, attitude bienveillante et attentionnée envers la personne qu’elle soigne.
