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« Le sentiment de l’exil, toutes les poétesses, tous les poètes le connaissent. Il est leur nature profonde. » Leur écriture, aussi singulière soit-elle, exprime alors une douleur bien commune. Parmi les sujets les plus brûlants d’aujourd’hui, celui de l’exil n’est-il pas universel tant le monde est rongé partout par le malheur et l’espoir d’un ailleurs plus clément ? Ce livre aborde ainsi depuis l’enfance jusqu’au seuil de la mort tout ce qu’un poète peut ressentir à propos de l’exil. Comment il peut avoir connu l’exclusion, enfant, comment le voyage est pour lui une errance et les îles, terres isolées ou protégées, terres de misère ou d’espérance pour les migrants, des lieux privilégiés où chercher un refuge comme un sens à son déracinement. Le dernier exil n’est-il pas aussi celui du grand âge qui fait perdre à nos anciens leurs repères et les isole ? Mais le poète, dans ce recueil où il se met totalement à nu, sait trouver dans tous ces exils différents un chemin où la lumière et la joie finissent par triompher.
« Les îles sont des berceaux où s’endorment nos rêves. »
À PROPOS DE L'AUTEUR
Poète, romancier, auteur de théâtre, Joël Mansa vit à Bordeaux. Ses derniers livres chez Ex Aequo : un roman, "La terrasse des égarés" en 2023 et une comédie, "Le Complexe de Janus" en 2024. Dans la collection À l’En-vers, il a publié "De toutes les solitudes" en 2021. Dans "Le Dernier Exil", toute l’originalité de sa poésie s’exprime.
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Seitenzahl: 77
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Joël Mansa
Le Dernier Exil
Recueil de poésies
ISBN : 979-10-388-0957-4
Collection : À l’En-Vers
ISSN : 2606-1716
Dépôt légal : décembre 2024
©couverture Ex Æquo
© Illustration de couverture : Catherine Mansa
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
« Le poète est en exil »
Maurice Blanchot, L’espace littéraire.
« Ma gloire est dans les sables (…)
Ce n’est point errer (…) que de convoiter l’aire la plus nue pour assembler aux syrtes de l’exil un grand poème né de rien, un grand poème fait de rien. »
St John Perse, Exil,
À mes chers petits Anatole et Margot, avec tout mon amour.
Les îles sont des berceaux où s’endorment nos rêves.
Depuis toujours, la poésie est ma patrie. Elle est tout à la fois ma terre d’origine, mon refuge, ma raison d’être, mon combat et mon horizon.
Enfant, je voulais tout lire. Et, ayant découvert au hasard de mes recherches, sur une étagère jamais visitée de la bibliothèque improbable du collège où je m’ennuyais profondément, les poèmes de Guillaume Apollinaire, d’Anna Akhmatova, d’Emily Dickinson, de Paul Éluard, de Louise Labé et de Paul Verlaine, poèmes dont je ne comprenais à vrai dire que très peu de choses, j’ai senti toutefois qu’ils dessinaient pour moi un paysage si familier qu’il m’est apparu comme celui d’un pays perdu dont la nostalgie m’envahissait avec bonheur, tout comme un exilé, dans son errance et sa désolation, dans ses efforts surhumains pour essayer de vivre là où il a échoué, peut rêver encore, rêver toujours de son lieu de naissance.
Le sentiment de l’exil, toutes les poétesses et tous les poètes le connaissent. Il est leur nature, et je ne sais pas de sujet plus brûlant que celui de l’exil tant le monde est rongé par le malheur et l’espoir d’un ailleurs plus clément.
Comme l’a écrit si bien le poète Mourid Barghouti : Il n’y a pas un exil. Ce sont toujours des exils. En voici quelques-uns, dont le dernier sera, pour ceux que le destin aura fait vivre vieux, le nôtre, à tous.
Enfant, j’avais déjà tous les stigmates de l’exilé. Une forme singulière de tristesse qu’on ne voit que chez les réfugiés, et une nostalgie infinie qui alors se trouvait être sans fondement. Seule la lecture des poètes semblait pouvoir nourrir d’un paysage imaginaire mais possible cette absurde nostalgie, comme un lieu d’origine dont je pouvais avoir le regret. J’avais aussi cette passion douloureuse de vivre qui va avec le sentiment de l’errance au quotidien dans un univers où l’on ne trouve pas sa place, une maladresse tout à fait compulsive, une façon d’être au monde particulière faite d’attentes interminables d’évènements qui ne se produisaient jamais, muré dans le plus profond silence, ou, tout au contraire, une suractivité fébrile, accompagnée d’une volubilité épuisante, pour s’obliger à finir ce que l’on a à faire bien avant tout le monde, et, enfin, j’avais cette irrépressible envie d’être un autre pour ne plus désespérément errer. On disait de moi que j’étais étrange. J’étais surtout étranger.
Je suis un exilé. Je sais très bien que je suis un exilé. Je cherche ainsi, inlassablement, depuis l’enfance, où me poser, me reposer, où trouver le repos. En vain. Ce sentiment n’est en rien une attitude complaisante maintenant que je suis vieux, une pose, une suffisance où se réfugier pour jouer à l’incompris. Ce serait bien ridicule. Je sais comme j’aime intensément ceux que j’aime. Mais je suis toujours un étranger, un égaré, un vagabond, même près des miens, comme lorsque j’étais un enfant perdu dans une famille qui n’en était pas une. Je suis comme au dehors du monde qui m’entoure, comme derrière les vitres des fenêtres de la maison où je vis, loin dans une solitude sans limite. C’est une errance qui m’entraîne toujours hors de toute intimité partagée, et pourtant je cherche à me fondre dans mes murs, à ne faire qu’aimer vivre et donner mes jours et mes nuits au présent et à l’amour. J’ai cette chance d’avoir pu surmonter beaucoup d’obstacles, d’avoir traversé beaucoup d’épreuves, et, sans avoir rien fait d’extraordinaire, d’avoir toutefois réussi à vivre de mon travail. Mais le sentiment de l’exil ne m’a jamais quitté. Alors, j’écris pour vivre encore ou, c’est une autre manière de le comprendre, j’écris pour affronter cet effrayant sentiment que je ressens toujours de n’être qu’un exilé.
À celle que j’aime.
C’est le sentiment de l’errance qui m’est le plus insupportable. Je voudrais ne pas le ressentir, n’être pas ce que je suis : un égaré. Je crois que je marche toujours sur du sable. Il n’y a rien de solide en moi ni autour de moi. Tout se dérobe dans mon esprit, la plus grande confusion règne en moi le plus souvent. J’ai appris à donner le change et, la plupart du temps, rien n’y paraît. Je vaque, comme la majorité des gens, à mes occupations qui ressemblent beaucoup et seulement, quand on y réfléchit un peu, à du tri, du classement, du transport d’objets d’un point à un autre, du déplacement, de la mastication, de la digestion, de l’épuisement. Nous sommes tous comme des chiffonniers sur un tas d’ordures, comme les éboueurs de nos propres déchets, comme les gardiens du troupeau de nos biens accumulés quand on en a. Nos meubles sont devenus souvent notre seule raison de vivre. Mais c’est la solitude que je ressens qui me pèse, cette impression d’être à côté du monde qui est le mien, pas dedans. Je suis peut-être voué à cette solitude. Mais c’est aussi ma chance et ma joie. Étrange et étranger, je suis curieux de tout, prêt à chercher partout où trouver une nouvelle raison de vivre. Une mésange fait mon bonheur à passer près de moi. Un simple coup de vent, une pluie vont me réjouir. Un sourire, un regard est plus qu’une promesse. C’est une insouciance qui glisse dans mon cœur et piège un instant mes inquiétudes. Je m’aimerais tellement désinvolte. C’est pourquoi, sans jamais me lasser, j’espère toujours m’émerveiller, et chaque fois un peu plus, quand un heureux hasard, mon amour, nous fait rire un instant.
Il n’y a pas une place pour la poésie dans notre monde, toute la place est pour elle, ou rien. Être poète n’est pas un métier comme romancier ou auteur de théâtre peuvent en être un. Non, c’est une façon de se conduire dans la vie, une attitude, une habitude, une forme de vacance, au double sens, si cela est concevable, de disponibilité à tout et de vide mental sidéral assumé, un état d’esprit qui vous fait toujours prêt à recevoir ce qui vient. Cette vacance est aussi la raison pour laquelle les poétesses et les poètes sont des guetteurs. Ils scrutent le ciel, patiemment, et ils voient le rien qui s’avance inexorablement à travers les nuages. On aurait tort, comme certains, de trouver cela vain et futile. C’est une manière de garder les choses importantes, vraiment importantes, bien droites et solides, d’être toujours attentif à comprendre ce qui peut arriver, d’être dans une joie de vivre, assez courageuse parce que sans espoir insensé, pour affronter la folie du monde. Les affairistes, les écoles de commerce, les dirigeants politiques pensent certainement le contraire, mais la poésie est le seul rempart contre la destruction qu’ils nous promettent sous la forme de croissance. Elle est notre seul futur, s’il y a un futur. Elle est le passé, le présent et l’avenir. Une chaîne invisible relie les poétesses et les poètes à travers le temps et l’espace. Leurs mains se touchent, leurs mots se mêlent, leurs poèmes forment une ronde qui tourne sans cesse sur elle-même et les enveloppe comme une couverture réchauffe un naufragé. Le monde des hommes, bateau à la dérive, a grand besoin de leur terrible douceur pour survivre.
« De la musique avant toute chose »
Paul Verlaine, Jadis et Naguère, Art poétique.
