Le manteau d'Elisée - Joel Mansa - E-Book

Le manteau d'Elisée E-Book

Joel Mansa

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Beschreibung

Qui est donc cet homme excentrique qui vit au rythme des poésies qu'il lit et des rencontres avec les gens qui passent?

Élisée Poème grave des vers sur le banc public où il passe ses journées, devant la gare de Bordeaux. Les poches de son manteau sont pleines de petits morceaux de nappes en papier où il écrit les mots d'Arthur Rimbaud, de Robert Desnos, de Jules Supervielle, pour les offrir à ceux qu'il rencontre. Aucun des autres personnages ne restera indifférent à cet homme bienveillant que la tragédie de la vie n'a pas épargné. Ginette, la serveuse du café de la gare, et même Nicolas le policier seront changés par le charme de cet homme amoureux des mots et des poètes. La pièce est une sotie, une tendre comédie où la critique sociale se fait légère mais précise. De nombreuses problématiques du monde contemporain sont abordées : les difficultés de l'enseignement dans les banlieues, la violence faite aux femmes, la place envahissante des portables, l'homophobie, le couple, la solitude.  Mais la poésie est un enchantement et le manteau d'Élisée est magique…

Une pièce pleine de poésie sur les relations humaines du monde contemporain, la marginalité et la solitude.

Pièce en trois tableaux, dans un décor unique, avec des parties chantées et 7 personnages.
Environ 90 minutes.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Auteur de poésie (Les leçons de l'ombre, De toutes les solitudes), Joël Mansa en est également un grand lecteur : il prépare actuellement une anthologie de la poésie française pour les éditions Hatier. Il a également publié chez Gallimard un carnet d'écriture consacré à l’imaginaire : De lune à l'autre.

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Seitenzahl: 88

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Joël Mansa

Le manteau d’Élisée

Sotie

ISBN : 979-10-388-0197-4

Collection : Entr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : septembre 2021

© couverture Ex Aequo

© 2021 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toutes modifications interdites.

À Alain Spiess

À l’ami et à l’écrivain bien trop tôt disparu.

Véritable Élisée, sa sensibilité,

sa bienveillance et son humour

« Il prit le manteau qu’Élie avait laissé tomber, et il en frappa les eaux, et dit : Où est l’Éternel, le Dieu d’Élie ? Lui aussi, il frappa les eaux, qui se partagèrent çà et là, et Élisée passa. »

La Bible, Livre des Rois II, 2,14.

« Le fait est que ce vêtement avait un air passablement étrange. »

Nicolas Gogol, Le Manteau, 1842.

Petit avant-propos

Et si la poésie ré-enchantait le monde ?

« Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur », dit Jules Supervielle.

Au temps du réchauffement climatique, d’une pandémie qui n’en finit pas et des pires violences, la parole d’un poète est comme un phare dans la nuit.

« Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur »

Ce que le poète cherche, c’est un chemin.

Un chemin au milieu de toute cette désolation de la vie. Les poétesses et les poètes sont des magiciens. Ils disent et cela est. Créateurs de possibles et rêveurs d’avenirs, ils nous montrent un chemin qui est un but en soi. Seuls, ils peuvent nous conduire quelque part.

Où nous conduisent-ils ?

Où nous conduira-t-il ce chemin de rondes où les poètes veillent nuit et jour pour garder bien présents l’enfance et le bonheur, la joie de vivre et la douleur d’être au monde qui ne vont pas l’une sans l’autre ?

Les poètes le savent. Le chemin qu’ils tracent nous conduit à nous-mêmes. Eux, ils gardent le troupeau des vivants et des morts. Ils travaillent sans relâche à forger l’acier de la douceur qui nous sauvera, nous et le bleu des ciels d’été. Ils avancent et tracent à coup de signes un chemin qui est ce que nous voudrons qu’il soit.

La poésie peut ré-enchanter le monde et nous devrions, aujourd’hui plus qu’hier, écouter cette voix singulière qui nous parle de nous avec tant d’acuité, tant de douleur et de raison.

***********

Le héros de cette pièce, Le manteau d’Élisée, qui est une fantaisie, un conte musical, une sotie est sans doute un fou. Il a vécu beaucoup de vies et le malheur auquel il fait allusion, de perdre un enfant, puis, comme une inévitable conséquence, de perdre sa famille détruite par ce terrible évènement, en font un être à part, amoureux de la poésie, de ses mystères et de son incroyable espérance.

Un professeur contractuel peut bien se retrouver sans rien, un homme brisé par la mort de l’un de ses enfants peut se retrouver sans domicile fixe. Le malheur n’épargne personne sur notre planète bleue.

Élisée Poème sème des vers comme on égrène un chapelet de prières, ses petits papiers griffonnés de poèmes sont des lucioles qui brillent dans le noir. Son manteau est celui de la providence. Il fait le bien à mesure que le monde va mal.

Il défend les femmes, il dénonce la violence, il choisit l’amour.

Il tient du saint autant que du fou qui se ressemblent assurément. C’est un poète. Les mots sont sa maison. Il connaît toutes les solitudes. Il est leur gardien. Il connaît le cœur des hommes et des femmes. Il est humain. Il est poète.

Voilà comment la poésie peut ré-enchanter le monde. En nous rendant à notre humanité, tout simplement.

Elle est universelle et atemporelle, la poésie.

Elle est partout, si on veut bien la voir. Elle peut tout changer. Elle est notre résilience dans ce monde de fous.

Son manteau nous recouvre de vertus aussi simples que drôles et émouvantes.   Elle est un cri. Elle est un chant. Elle est une danse. Elle fait aimer la vie.

***********

Rendant hommage à son aîné, l’écrivain russe Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski a dit : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ». Un personnage de théâtre, un poète, ce n’est rien. Pourtant…

Profitons tous au plus vite de son manteau !

Croyez-moi, il y va de notre survie.

Les personnages

Élisée Poème, ancien professeur devenu SDF.

Ginette Sirac, serveuse au café de la gare.

Yvain Lechevalier , retraité, grand-père de Luc.

Luc, petit-fils de Monsieur Yvain, militaire de retour d’Afrique.

Coralie Dieuleveut, femme de Marc-Antoine, maman du bébé Héloïse.

Marc-Antoine Dieuleveut, mari de Coralie, spécialiste en câblage électrique.

Nicolas François, policier en tenue, chargé de la sécurité de la gare.

Le décor

Premier tableau

Scène 1

Élisée Poème, Ginette Sirac

GINETTE

(Sans regarder Élisée qui finit son texte « Et pour quels voyages ? ». Elle entre en scène en bougonnant. Elle vient essuyer la table avec énergie, remet les chaises en place, pose une nappe de papier blanc sur la table avec deux serre-nappes en plastique blanc qu’elle avait dans son tablier.)

J’en ai déjà marre ! La journée s’présente mal, je vous le dis ! (En se tournant vers le public.) On fait un métier ! C’est pas vrai !

ÉLISÉE

(En la regardant faire.)

Ah, je vous comprends.

GINETTE

(En le regardant à son tour.)

Non ! Sûrement pas ! Excusez-moi, Monsieur, mais sûrement pas. Vous pouvez pas comprendre. Quand on n’est pas dans les métiers de bouche, on peut pas comprendre…

ÉLISÉE

Si, si, je vous comprends. D’une certaine manière, moi aussi je suis dans un métier de bouche, vous savez…

GINETTE

(Qui regarde intensément Élisée avec un certain dégoût.)

Ah, tous les mêmes… (On entend en coulisse une grosse voix qui hurle : « Ginette, où t’es, bon sang ! ») Et voilà ! En plus, je me fais engueuler dès 11 heures du matin !

ÉLISÉE

Comment vous vous appelez ?

GINETTE

Ginette, Ginette Sirac, pourquoi ?

ÉLISÉE

Non, je m’en doutais. J’en étais presque sûr. C’est vrai que serveuse, on en voit des choses, hein ?

GINETTE

On en entend surtout ! Vous pouvez pas savoir… Les clients vous traitent comme des chiens ! Des bêtes (elle insiste sur le ê), je vous le dis, qu’on est tout simplement. Vous voyez le spectacle… C’est horrible !

(On entend alors en coulisse la même grosse voix que précédemment qui hurle : « Ginette ! Bouge-toi ! La mise en place de midi, t’as pas tout fini ! Oh anquiii ! »)

GINETTE

Et vous, c’est comment vot’e nom ? Çà fait des jours que j’vous vois, là.

ÉLISÉE

Poème… Élisée Poème.

GINETTE

C’est étrange… C’est pas commun.

ÉLISÉE

Détrompez-vous, Madame Ginette, je ne suis personne, je vous l’assure. Je suis très commun.

GINETTE

Bon, j’y vais… Parce que… Hein ! (Elle désigne de la tête l’intérieur du café puis elle rentre.)

Scène 2

Élisée Poème, seul

(Dès que Ginette a disparu en coulisses, Élisée se précipite et déchire un grand morceau de la nappe en papier blanc. Il revient s’asseoir sur le banc et fouille dans les poches de son manteau d’où sortent des petits bouts de nappes pliés en quatre, son laguiole, un morceau de pain, il trouve son stylo Bic et, après avoir découpé un carré de papier dans son bout de nappe, il se met à écrire dessus. Il le plie en deux, le met dans une poche du manteau, recommence avec un autre, et ainsi de suite.)

ÉLISÉE

(Parlant tout seul.)

Encore une journée où il va faire doux. C’est l’avantage d’être à Bordeaux. Pour être chômeur, c’est mieux que Sarcelle ou La Courneuve ! (Regardant vers le public) J’ai travaillé là-bas ! Comme auxiliaire. Prof remplaçant, quoi ! C’était dur. Fallait convaincre. (Il se lève, range son stylo et son papier dans une poche et joue la scène du prof qui fait rentrer ses élèves dans la classe) Abdel ! Abdel ! Enlève ta casquette ! S’il te plaît, avant d’entrer. Et tu me dis bonjour gentiment ! Est-ce que j’ai déjà été désagréable avec toi ? Abdel, est-ce que je suis désagréable avec toi ? (En parlant fort, à la cantonade, vers le public, comme au reste de la classe) Les autres, pas de bruit, s’il vous plaît ! On s’installe en silence ! (À Abdel.) Est-ce que je t’ai manqué de respect, une fois ? Tu t’en souviens ? Non ? Moi non plus. Allez ! Tu ressors et tu refais ton entrée ! Tu salues, la casquette à la main… Et tu éteins ton portable ! Évidemment… (À la salle.)Tout le monde a éteint son portable ? Et pas de vibreur ! Wrrrr ! Wrrrr !(Il joue le vibreur et les yeux du responsable de la vibration intempestive qui regarde autour de lui comme si c’était un autre qui était responsable ou pour faire diversion). Pas de ça !