Le génie de l'Orient - Jacques Resal - E-Book

Le génie de l'Orient E-Book

Jacques Resal

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Un ouvrage intéressant qui reprend le point de vue d’un militaire avant la Première Guerre mondialeLoin de l’idée reçue d’un XIXe siècle marqué par une phase de paix entre les guerres de Napoléon et la Grande Guerre, la correspondance familiale de l’officier du génie Ernest Ballard témoigne de la violence des premières phases de la conquête de l’Algérie en 1831 et 1841 qu’il décrit à ses parents. Reparti en Méditerranée orientale en 1855, le capitaine Ballard, désormais officier d’état-major relate à son épouse l’expédition de Crimée, de son départ de Marseille à son débarquement à Constantinople, puis de Sébastopol au camp de Traktir. Ce témoignage épistolaire inédit est d’autant plus exceptionnel que ce polytechnicien est un adepte du fouriérisme, actionnaire de l’Union agricole du Sig près d’Oran, lecteur de la Démocratie pacifique de Victor Considérant.EXTRAITAlger, le 21 novembre 1831Ernest à sa sœur Louise BallardOn m’a rappelé à Alger pour être meunier, c’est à dire surveiller les travaux que l’on avait à faire à des moulins que l’on avait établis depuis six mois et qui ne vont pas. Depuis mon arrivée, je n’ai eu le temps de connaître que le chemin d’Alger aux moulins et pas autre chose. Enfin, imagine-toi que je n’ai pas seulement vu la Casbah, c’était cependant le moins qu’on pouvait faire, de sorte que je ne t’apprendrai presque rien de ce pays. Je ne me suis trouvé qu’une seule fois l’occasion de parler bédouin, langue épouvantable, à laquelle personne ne mord ; il est très peu de personnes dans l’armée qui l’entende et encore moins qui la parle. Mais si les personnes qu’on rencontre ont une figure française, il n’en est pas de même des maisons qui ont une tournure algérienne et qui ne ressemblent en rien aux nôtres. Toutes les fois qu’on aperçoit une maison ayant des fenêtres de plus d’un pied carré, on peut dire qu’elle n’est pas habitée par des naturels du pays, qui n’ont que de très petits jours, grillagés dans la rue et placés à un pied au-dessus du sol des appartements. C’est derrière ces jours que les Algériennes se mettent pour regarder les passants, ce qui est le seul délassement pour elles.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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Vécuscollection dirigée par Scarlett Beauvalet & Philippe Nivet

Le Génie de l’Orient

Lettres de guerre d’un officier du génie de l’Algérie à la Crimée (1831-1856)

Texte présenté, établi et annoté par Jacques Résal et Pierre Allorant

2016

Ouvrage publié avec le concours del’APR LocMem

Alfu & Encrageédition

© 2016

ISBN 978-2-36058-948-7

En couverture : Adrien Dauzats,Le lieutenant général Galbois, commandant de la province de Constantine, reçoit la soumission d’El-Mokrany, Khalifat de la Medjanah en 1839(1844, Musée des Beaux-Arts d’Orléans, 89 × 160 cm, huile sur toile).

Ernest Ballard

Présentation

Fils cadet de Jean-Jacques Ballard, alors médecin-chef à l’hôpital militaire de Bourbonne-les-Bains, Claude Ernest, naît à Autun le 17 février 1807, deux avant que son père ne parte en campagne en Espagne, de Pampelune à Burgos. Revenu en France fin 1811, le repos de Jean-Jacques à Autun est bref : il repart comme médecin principal dès 1812 et rejoint le Petit Quartier Général de la Grande Armée en Allemagne pour participer à la campagne de Russie ; blessé à la cuisse et gelé aux pieds, il est fait prisonnier par les Russes à la Bérézina le 2 décembre, et n’est libéré qu’en août 1814.

Une famille d’avocats du Morvan et de médecins rousseauistes

Alors que son aîné James commence ses études de médecine en 1818, Jean-Jacques est envoyé à nouveau en Espagne en 1823 dans l’expédition de la Sainte-Alliance destinée à rétablir Ferdinand VII sur son trône face aux libéraux. Médecin principal à Saint-Omer jusqu’en 1825, il obtient la Légion d’honneur pendant que son second fils Ernest intègre l’École Polytechnique et que son aîné James passe sa thèse de médecine avant d’être chirurgien aide-major à Perpignan en 1828, puis en 1829 à Barèges où il se marie avec Élisa Delaye en 1831 et demeure jusqu’en 1841.

Une carrière militaire dans le Génie, des Trois Glorieuses à l’Empire libéral (1830-1863)

Ernest Ballard, effectue sa scolarité primaire à Autun puis à Saint-Omer, enfin son lycée à Douai avant de préparer son admission à l’X à Dijon. Il entre à l’École Polytechnique au 45e rang en 1825, et en sort en 1827 55e sur 113 1. Il entre dans le corps du Génie militaire, 9e sur 31 à l’École d’application de Metz en 1828 2. Affecté à Montpellier en 1830, il participe, de novembre 1831 à février 1833, en tant que lieutenant à la conquête de l’Algérie qu’il décrit à ses parents.

La découverte émerveillée d’Alger la blanche

Ernest Ballard débarqué à Alger se retrouve aussi déboussolé que Fabrice del Dongo au cœur de la mêlée confuse de Waterloo. Il confie à sa mère, dans sa lettre qu’il n’écrit qu’au bout de trois jours, être perdu et peu assuré de ses sentiments sur sa nouvelle affectation. Surpris par l’étroitesse des voies publiques, il en discute avec les officiers du génie, installés depuis le siège. Tout le déroute, et particulièrement les habitudes vestimentaires :

« La vue du costume de tous ces habitants produit sur moi un singulier effet, surtout lorsque je les vois rassemblés sur le marché hors de la porte par où nous sortons ».

Caserné sur le petit plateau de Mustapha Pacha, Ernest doit se contenter avec cinq autres officiers « d’une chambre carrelée avec six lits en planche sur tréteaux en fer, sans matelas, ni lits, ni couvertures », mais ne s’en plaint pas, y dormant bien et étant fort occupé à loger les soldats et à leur faire « établir des planches pour mettre les effets, le pain et les râteliers d’armes ».

Toujours soucieux de rassurer sa mère, l’officier lui explique l’apparence de sa lettre, « coupée et trempée dans du vinaigre, comme celle d’un pestiféré », opération destinée à éviter à cet envoi de subir la quarantaine.

Le tableau démographique chiffré d’Alger qu’il donne à voir mérite de s’y arrêter : une ville encore peu peuplée (moins de 40.000 habitants), formée d’un gros tiers de militaires, un tiers d’indigènes pratiquement divisés en deux communautés religieuses équivalentes, musulmane et juive, et le reste d’Européens venus de la Méditerranée, de Malte à la Corse, et de manœuvres 3.

À sa sœur le 18 mars 1832, Ernest Ballard parle, avec le goût du paradoxe, des bals d’Alger, pour l’intéresser et la surprendre :

« Les Français ont importé à Alger les chaises à porteur, c’est un des bienfaits qu’ils ont rendus au pays ; ainsi les dames vont-elles au bal en chaise. À ce mot de bal, tu tombes de ton haut ? On danse donc à Alger ? Parbleu ! Si l’on y danse, il y a déjà eu quatre bals, dont l’un où il y avait deux cents hommes et femmes, dont quatre ou cinq juives parlant français et vêtues de robes de drap d’or, couvertes d’un foulard sur la tête avec pleins de bracelets en argent ciselé. Elles étaient là pour la tapisserie et s’en acquittaient pas mal. Les autres sont Françaises pour la moitié, les Anglaises dominent après elles, puis des Italiennes.

Mais sa description lui sert aussi à évoquer la bigarrure religieuse et les divisions sociales de l’Algérie à l’orée de la colonisation, concluant avec inquiétude :

« Excepté les militaires qui se trouvent ici, la population est une crème de toute l’Europe et pour compléter, il y a un régiment d’étrangers allemands. Je ne sais ce qu’on veut faire d’Alger, mais on y envoie ici le rebut de la France et des autres pays 4. »

Ce thème illustre les tensions et contradictions des débuts de la colonisation de peuplement : face à une résistance militaire imprévue, les impératifs des officiers et ceux de la création d’une colonie se heurtent. Comme ailleurs, en particulier dans l’Empire britannique, les « bons colons » sont difficiles à attirer, les Français sont peu enclins à émigrer, au moment où les administrateurs métropolitains se débarrassent des « indésirables » et des ouvriers les plus rebelles. Les intérêts de la métropole, son ordre social et politique, priorité du roi Louis-Philippe, du préfet de police et sous-secrétaire d’État à l’Intérieur, le baron Baude 5, et de la municipalité de Paris, entrent en conflit avec les objectifs militaires de la conquête et économiques de la mise en valeur coloniale6. Dans cette période d’incertitude, de 1831 à 1838, la critique d’une émigration incontrôlée conduit à une régulation de l’émigration afin de sélectionner les colons et de réduire les indésirables et les cas de conflits entre Paris et les administrateurs militaires en Algérie. Le terrible hiver 1830-1831 aggrave la crise économique et le chômage, multipliant grèves et manifestations. Le « plan Baude » repose sur l’idée simple de diminuer la pression des pauvres à Paris en évacuant vers la colonie algérienne le surplus démographique. Il prévoit d’envoyer 20.000 « volontaires » vers la côted’Afrique aux frais des autorités en leur faisant miroiter le pain et le travail qu’ils réclament. Mais il se heurte au commandant en chef de l’arméed’Afrique, hostile à ce transfert prématuré d’indigents et de « gens sans aveu », peu aptes à se muer en colons agricoles efficaces7.

En revanche Ernest Ballard tente de rassurer sa mère, inquiète du danger arabe comme elle a tremblé en 1811 pour son mari plongé dans la guerre civile d’Espagne et en 1812 chez les « terribles Russes ». Mais c’est pour mieux évoquer les tensions et rixes entre communautés musulmanes présentes sous la domination française, en l’occurrence Turcs et Bédouins :

« Nous ne sommes nullement inquiétés par les Arabes, il n’y a eu qu’une seule escarmouche entre les Français et eux, encore que cette petite affaire ait eu lieu entre les Turcs que nous avons à notre solde et les Bédouins, les premiers étant sortis pour reprendre les bœufs que les Arabes leur avaient volés la veille. Ils surprirent la tribu qu’ils taillèrent en pièce et ramenèrent un troupeau de deux cent soixante têtes au lieu de soixante qui leur avaient été enlevées ».

Toutefois, la fin de l’affaire joue le rôle de morale de la fable :

« Les Arabes voisins poursuivirent les Turcs, il est vrai, mais il suffit d’envoyer deux compagnies pour qu’ils rétrogradent. Il n’y eut même pas d’action ».

S’il se veut apaisant, Ernest Ballard garde sa pleine lucidité critique sur le devenir possible de la colonie très récemment conquise et pas encore maîtrisée par la monarchie de Juillet, spécialement sur l’aspect démographique et sur la compatibilité de la prépondérance française avec les sentiments de la population indigène et leur attachements à leurs coutumes :

Nous continuons à avoir très peu d’habitants, tous ayant été amenés à Constantine. Les Français, ou plutôt Européens, augmentent petit à petit, mais pas encore d’une manière rapide et nombreuse. En tout cas je ne verrai pas, très probablement, la ville peuplée. D’ailleurs, je dois retourner à Alger prochainement. Cette ville est maintenant à peu près comme une garnison de France, elle se dépeuple tous les jours d’Arabes pour se peupler d’Européens. Les Maures vont au Maroc où la nourriture est à meilleur marché, car à Alger tout est hors de prix. En allant au Maroc, les Maures y ont aussi l’avantage de ne point être blessés dans leurs coutumes, ce qui arrive constamment à Alger, malgré les attentions que l’on a pour eux.

Comme en découvrant Alger la blanche, le jeune officier bourguignon exprime son enchantement devant des paysages sublimes, une végétation foisonnante et luxuriante, un vrai pays de cocagne qui serait le nouveau jardin d’Eden s’il n’était « en si mauvaises mains ». Les villes suscitent tout autant son admiration, spécialement Bône, « plus belle qu’Alger, au moins les rues », mais ici encore, l’administration est la source des malheurs du pays, tant « Ben Aïssa, générald’Ahmed bey de Constantine, a brûlé tout ce qu’il a pu et, depuis deux ans et plus, on ne réparait aucune maison ».

1832 est l’année où le choléra fait des ravages, en France comme en Algérie, et Ernest l’ignore d’autant moins que son père et son frère sont en première ligne dans la lutte contre l’épidémie. S’il espère avoir fourni à sa mère des sources d’apaisement sur la menace d’attaques des Arabes, il tente également d’étendre le sentiment de sécurité de sa position en insistant sur le caractère bénin des fièvres dues à la proximité de zones marécageuses, endroit où « pas même les Arabes [ne] vont ».

La tonalité des lettres adressées à son frère est proche, insistant sur le pittoresque du pays, mais déplorant une colonie de peuplement formée « d’habitants importés d’Europe ne valent pas les Maures, ni peut-être même les Juifs d’Alger » : négociants faillis, « canaille de Paris » et canuts de Lyon, « je crois qu’on veut faire de ce pays-ci une espèce deBotany Bay ». Au surplus, l’officier ne cache pas à ses correspondants ses doutes sérieux quant à l’honnêteté des responsables civils et même des officiers avides d’enrichissement, encouragés par la valse des chefs militaires.

Intermède pacifique et bonapartiste

Ernest Ballard est rappelé en métropole en octobre 1832, muté à Strasbourg où il est suspecté de complicité dans la tentative de coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du 30 octobre 1836, opérée contre le régime orléaniste avec la participation de militaires en poste dans la capitale alsacienne, préfiguration de la tentative de Boulogne en 1840 8. Il subit la vindicte de la monarchie de Juillet, avec une mutation sanction à Saint-Venant, petite bourgade du Pas-de-Calais en 1837. Il est à nouveau envoyé en Algérie en 1839 où sa blessure lui vaut la Légion d’honneur.

Plongé dans l’Algérie de Bugeaud

Le second séjour d’Ernest Ballard en Algérie, près de dix ans après les Trois Glorieuses, est marqué par la conquête, la fin de la politique d’occupation restreinte de Molé et la reprise des hostilités contreAbd el-Kader en vue d’une conquête totale, opportunité miraculeuse pour le régime orléaniste de redorer son blason à travers la participation directe des fils du souverain. Transposant en Algérie les méthodes impitoyables de la guérilla menée en Espagne, Bugeaud dispose avec ses colonnes mobiles d’une écrasante supériorité numérique, de à un six en 1840 à un à dix en 1847. Abandonné par beaucoup de tribus puis par son beau-père le sultan du Maroc, l’émir mène une véritable guerre sainte avant de se rendre au duc d’Aumale en 1847.

L’Algérie sort profondément transformée de cette période de combats : les colons européens ont plus que triplé depuis 1840, de 30.000 à 110.000, dont 40.000 regroupés à Alger, érigé en évêché et en chef-lieu de province avec Oran et Constantine. Les colons ruraux sont peu nombreux, obtenant au maximum une terre de 12 ha concédée en contrepartie de 1.500 francs, à partir de l’annexion des terres beylicales et de la spoliation de celles des tribus nomades.

Ernest Ballard évoque les personnalités des généraux, les circonstances de sa blessure, les oppositions entre Kabyles et Arabes, le déchaînement de la colère des femmes lors des combats, le grand écart entre la réalité vécue de la bataille et le récit tiré par les journalistes parisiens.

Scènes de la vie militaire : l’avancement du capitaine

Promu capitaine à Sélestat en 1841, année au cours de laquelle son père Jean-Jacques décède à Meursault à 65 ans, Ernest Ballard est muté à Besançon en 1843, puis à Brest en 1845 ; sa mère Ursule meurt le 4 octobre 1846 à 68 ans. Ernest retourne à Besançon en 1847. Dans le Génie, la révolution de 1848 encourage l’expression des ressentiments des anciens sous-officiers hostiles à l’avancement séparé réservé depuis l’an III aux anciens Polytechniciens passés par l’école d’application de Metz, longtemps seuls à pénétrer au sein des états-majors particuliers 9. La fusion des carrières semble plus conforme aux principes d’égalité et de fraternité de la République, ce que réalise dans le Génie le décret du 16 octobre 185010. Toutefois, les officiers des « armes savantes » issus des grandes écoles demeurent une élite vouée à des travaux d’organisation ou de construction et aux emplois d’état-major. À côté des géographes, les ingénieurs officiers du Génie construisent et entretiennent les fortifications, les casernements et en Algérie, les ponts et les routes11. De 1830 à 1860, l’Algérie fonctionne comme une sorte d’école de guerre dans laquelle se forment des milliers d’officiers. La barbarie de la conquête conduit à une forme d’insensibilité à la violence faite aux civils12.

Le phalanstère fouriériste algérien : l’Union agricole du Sig

Adepte du fouriérisme comme bien des Polytechniciens, officiers des « armes savantes », de son temps, Ernest Ballard suit en cela de nombreux officiers supérieurs séduits par l’école sociétaire, des généraux Gandil et Parmentier à Denfert-Rochereau ou Juillet-Saint-Lager. Le succès du fouriérisme dans l’Artillerie et le Génie tient avant tout à l’action personnelle de Victor Considérant, lui-même Polytechnicien et capitaine du Génie démissionnaire, dont les conceptions ont tout pour séduire des officiers intellectuels et progressistes. En plus de ses livres et de son journalLa Démocratie pacifique, Considérant donne des cours et conférences à Metz afin d’y recruter au sein des armes savantes un véritable réseau de prosélytes. L’aspect concret et expérimental du fouriérisme participe à cette séduction à travers des coopératives et surtout, en Algérie, le phalanstère de l’Union agricole du Sig, concession de 1.800 hectares dirigée par les capitaines Gautier et Garnier 13. Jules Duval défend cette entreprise d’expérience sociale à grande échelle dans son plan d’organisation du travail, tout en reconnaissant qu’il ne s’agit pas exactement d’établir un phalanstère, « un palais alors que nous n’habitons que des baraques et des ruines », mais cela ne réduit pas l’ambition de

« l’œuvre sociale la plus avancée qui ait été tentée jusqu’à présent : […] nous ne croyons pas que l’Assemblée nationale puisse proposer, pour réaliser l’organisation du travail, de système plus rationnel, plus complet, plus praticable et plus démocratique que celui de l’Union. Alliance de la culture et de l’industrie, admission des travailleurs à la propriété, leur participation aux bénéfices, éducation à l’enfance, travail productif à la femme, repos à la vieillesse, secours aux malades, solidarité de tous les citoyens et de tous les travaux ; les familles groupées, mais non confondues dans la cité ; toutes les aspirations de l’humanité en ces temps, s’y trouvent prévues et satisfaites » 14.

Cette expérience de mise en valeur coloniale par association du capital et du travail est défendue dans leur correspondance privée par plusieurs officiers fouriéristes, conquis par un programme qui conjugue le socialisme de Victor Considérant et le radicalisme républicain de Ledru-Rollin. Nationalisation du crédit, du grand commerce, des chemins de fer et des industries monopolistiques, création d’une armée des travaux publics dirigée par des ingénieurs, multiplication des boulangeries et boucheries municipales, diffusion massive de l’Instruction publique selon les idées de Carnot, et suffrage universel et paix par la « sainte alliance des peuples » constituent les axes majeurs de ce projet. Et les phalanstériens d’Algérie voient dans les opportunités de la colonisation une chance pour la France :

« La colonisation del’Afrique : telle est, nous en sommes profondément pénétrés, la destinée providentielle de la France au dix-neuvième siècle. Dans le travail général de l’éducation des peuples et de la culture du globe, l’Asie est échue à la Russie et à l’Angleterre ; l’Amérique aux races anglo-romaines et espagnoles ; l’Océanie aux divers peuples du continent européen ;l’Afrique à la France […] À la France, l’honneur de dévoiler un jour au monde étonné les mystères du Sahara ! À elle, le devoir d’éteindre à leur source ces foyers de sécheresse pestilentielle et de vents brûlants qui dévastent l’Europe ! À notre patrie, la gloire de réaliser un jour, par l’heureuse audace de ses entreprises africaines, la double destinée du genre humain parvenu à son âge viril : l’harmonie de l’homme avec la nature ; l’harmonie de l’homme avec tous les membres de la grande famille humaine ! […] Gloire à Fourier ! Gloire à la France ! » 15.

Or, les officiers des armes savantes convertis au fouriérisme ne se heurtent pas à une hostilité répressive de la part de leur commandement. Les réactions de leurs supérieurs hiérarchiques sont très diverses, de l’incrédulité ironique au respect d’hommes de principes. Ainsi en Algérie, le général Pélissier brocarde-t-il Marchand, sans lui interdire ses véritables « cours de socialisme phalanstérien » 16. Si le général Charon, gouverneur général de l’Algérie en 1849, se montre également conciliant, en revanche Changarnier et Bugeaud surveillent et répriment toute menée socialiste. Toutefois, Bugeaud se montre fasciné par les thèses des intellectuels fouriéristes du Génie et s’attache à les réfuter en ouvrant une polémique contre laDémocratie pacifique, s’attaquant explicitement à l’Union agricole du Sig, critiquant le rêve d’association du capital et du travail et préconisant de « débarrasser la France de l’exubérance de population ouvrière qui encombre nos villes d’une manière si funeste. Il faudrait envoyer tout cela enAfrique coûte que coûte »17.

Ernest Ballard participe activement à cette aventure du Sig avec son frère aîné James, leur sœur Louise et son mari Eugène Berthot, également X-Ponts18, fils du recteur de Dijon, militant anti-esclavagiste et volontaire lors du tremblement de terre à la Guadeloupe19. De plus, le docteur James Ballard tente de créer une « association partielle », préconise la fondation d’un « Grand hôtel des familles »20et incarne, comme maire et conseiller général de Charnay-lès-Mâcon, le modèle de l’administrateur municipal bienfaiteur et hygiéniste brossé par Balzac dansLe médecin de campagne 21.

Les actions fouriéristes entreprises par les deux frères Ballard et leur beau-frère Berthot alimentent leurs échanges fraternels. Ernest-Claude Ballard fait partie des fondateurs de la société de l’Union agricoled’Afrique ; il souscrit un engagement pour 21.000 francs, mais, en 1852, il n’en a versé qu’un gros tiers (8.100) 22. En 1847, la gestion de la société par les administrateurs lyonnais est vivement contestée ; Ernest-Claude Ballard, alors en garnison à Besançon, appartient au nouveau conseil d’administration dont le siège est transféré au chef-lieu franc-comtois, et sa nomination comme directeur de l’Union est envisagée, mais l’armée refuse son détachement et son déplacement à Mont-Dauphin (Hautes-Alpes) sous la Seconde République l’amène à démissionner du conseil d’administration de l’Union agricole 23.

Scènes de la vie conjugale : le mariage de l’officier

Nommé à Belle-Ile-en-Mer, il y épouse en juillet 1852 Élisabeth Berre, âgée de 29 ans, de 16 ans sa cadette, avec laquelle il vit maritalement depuis des années mais qui « paraît jouir d’une bonne réputation et avoir une instruction et une tenue très convenable » ; fille d’un cocher de Besançon, celle-ci ne réunit pas les « conditions de fortune » exigées pour le mariage d’un officier ; ses supérieurs autorisent toutefois cette mésalliance « dans l’intérêt de la religion et de la morale publique » 24. Comme la plupart des officiers, Ernest Ballard se marie tard, attendant pour cela d’avoir atteint le grade de capitaine ; il est plus âgé que la moyenne qui s’établit pour les officiers à 37,5 ans (28 ans pour l’ensemble des Français), alors que les épouses d’officier ont en moyenne 25,5 ans à leur mariage, ce qui ne les éloigne guère des autres femmes de leur génération. De même, un écart d’au moins dix ans entre le mari et la femme est alors banal chez les officiers25.

La correspondance conjugale reprend ses droits avec la guerre de Crimée de 1855-185626, sa dernière campagne de chef de bataillon du Génie qui voit Ernest communiquer avec son épouse Élisabeth.

L’expédition de Crimée et la question d’Orient

Trop peu étudiée 27, surtout présente à l’état de traces dans la toponymie parisienne, du pont de l’Alma à Malakoff en passant par Sébastopol, la guerre de Crimée est pourtant porteuse d’une grande modernité, à l’instar de la Guerre de Sécession et de la guerre franco-prussienne de 187028. Ce faible intérêt tient sans doute en partie à l’idée que le XIXe siècle est associé à l’image pacifiée d’un long progrès matériel et une extension des pratiques démocratiques permis par un recul vis-à-vis de la violence militaire de l’aventure napoléonienne, avant la rechute de l’été 1914.

La traditionnelle concurrence entre la France catholique et la Russie orthodoxe dans la protection des établissements religieux et des lieux de pèlerinage en Palestine ottomane est réactivée en 1852 par la répression turque brutale à l’encontre du soulèvement orthodoxe du Monténégro. En représailles, la Russie envahit les principautés roumaines de Moldavie et Valachie en juillet 1853, avant de détruire la flotte turque le 30 novembre. France, Angleterre et Piémont-Sardaigne viennent alors au secours de la Turquie, avec l’espoir chez Napoléon III de remettre en question les clauses du traité de Vienne de 1815 contraires au droit des nationalités. Alors que le tsar Nicolas Ier, mystique et slavophile, tente de démembrer « l’homme malade » de l’Europe, l’Empire ottoman, la flotte française tente de chasser les Russes de la mer Noire. Avec le soutien de l’opinion et sans vote du Corps législatif, Napoléon III mène une expédition hasardeuse avec des troupes insuffisantes, sous-équipées et mal ravitaillées. Les erreurs stratégiques, les épidémies de choléra, de dysenterie, de scorbut, de typhus épuisent et déciment les troupes découragées par l’interminable siège de Sébastopol29.

Toutefois, la guerre se termine par la victoire des Alliés mobilisés contre la Russie, et par un succès diplomatique de la France qui réussit à redorer son blason tout en sortant de l’isolement et en commençant à défaire la carte européenne de 1815, en isolant l’Autriche et en marginalisant l’influence prussienne30. Coïncidant avec la naissance du prince impérial, le congrès de Paris marque l’apogée du Second Empire.

La guerre de Crimée vaut à Ernest Ballard sa promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur, la médaille de Crimée et une décoration du royaume de Sardaigne 31.

Dans sa correspondance avec son épouse, Ernest Ballard évoque les trois temps de sa présence en Orient : son départ de Marseille vers Istanbul, son arrivée à Sébastopol puis sa présence au camp de Traktir. Les combats occupent peu de place dans les lettres de l’officier du Génie qui parlent de sa surveillance des travaux des cantonniers, de la construction de routes. Il évoque la vie au camp, la langueur de l’attente, des espoirs d’armistice et de paix, les démarches d’achats de chevaux et les cavalcades avec son cher « Bobino », les difficultés envahissantes du quotidien : froid, précarité du logement, nourriture, saleté extrême, cortège absurde de violences et de destructions matérielles de la guerre, lassitude morale d’hommes frustrés de toute présence féminine. Les paysages d’Orient, souvent comparés aux images familières du Morvan ou de Belle-Ile, sont décrits, et encore davantage les populations locales ottomanes et également les troupes et les officiers des autres armées, singulièrement les russes, des affrontements à la fraternisation, avec des scènes étonnantes d’échanges informels d’objets, et l’importance du rituel des bals. L’officier français, qui connaît déjà les terres et coutumes d’Islam grâce à ses deux séjours algériens, est frappé par l’attitude et le statut des femmes et s’interroge à nouveau sur la compatibilité de la religion musulmane avec leur émancipation et au-delà, avec une société moderne en Europe.

Promu chef d’État-major provisoire en mars 1856, Ernest Ballard assiste à l’immense défilé de l’armistice qui regroupe 50.000 soldats français et où l’escorte cosmopolite d’officiers parle exclusivement français.

Une longue retraite. Les veillées de Chaumes

Muté à Neuf-Brisach (Haut-Rhin) où il séjourne de 1857 à 1862, le commandant Ernest Ballard, doté d’une solde de 3.600 francs augmentée d’un traitement d’officier de la Légion d’honneur de 500 francs par an 32, profite par la suite de plus de trois décennies de retraite pour adhérer à la Société de protection de l’enfance, fondée à Paris par des médecins fouriéristes 33.Il continue à s’intéresser à l’Union du Sig, dont il reste actionnaire, demandant en 1870 la location des terres à des fermiers pour en augmenter les dividendes 34. Pendant la guerre de 1870-1871, il reprend du service avec le grade de commandant du génie à Grenoble, puis de lieutenant-colonel 35.

Mort sans descendance directe à 85 ans le 26 juillet 1892, il lègue sa demeure familiale de Chaumes à sa nièce Gabrielle Berthot, fille de sa sœur Louise et de l’ingénieur Eugène Berthot, petite-fille du recteur de Dijon Nicolas Berthot, professeur de mathématiques à Polytechnique, administrateur provisoire du lycée Louis-le-Grand, « recteur à vie » de l’académie de Dijon sous les monarchies censitaires 36.

Contribuer au renouveau des études sur « l’Orient de la France » et sur l’expérience de guerre au XIXe siècle

Dans leur féconde introduction au numéro spécial consacré àl’Algérie au XIXe siècle, Hélène Blais, Claire Fredj et Emmanuelle Saada soulignent d’emblée que, du fait de l’ombre portée par la guerre de libération et des enjeux conflictuels de mémoires nationales difficiles 37, le XIXe siècle a longtemps été le parent pauvre de l’historiographie de l’Algérie38. Le regain récent d’intérêt pour la période de la violente conquête de « l’Algérie coloniale », cet « Orient de la France »39, a stimulé à la fois des rééditions de textes contemporains et des travaux, en particulier à une échelle large de circuits impériaux comparés. Alors que l’on réévalue les liens entre la province d’Alger et Constantinople, publier à la suite une correspondance privée d’un officier du génie présent en Algérie dès 1831, puis les lettres adressées à son épouse lorsqu’il participe, vingt ans après, à l’expédition de Crimée n’est ni anecdotique ni fortuit40. Cette correspondance témoigne des hésitations du projet colonial français, de sa pertinence et de sa pérennité. L’angle des transferts culturels mutuels est également ici stimulant : comme les grands penseurs libéraux ont été confrontés à la question algérienne41, l’utopie fouriériste a pensé y trouver un terrain d’expérimentation de son phalanstère. Or, Ernest Ballard, avec son frère médecin et son beau-frère ingénieur des ponts-et-chaussées, participe à l’aventure de la colonie agricole de l’Oranais, dans le sillage des convictions de Jules Duval et en dépit des réticences de Victor Considérant42.

De Constantine à Constantinople, il n’y a qu’un pas, celui, chronologique, qui sépare l’âge du romantisme des temps industriels de Napoléon III. La seconde étape des échanges épistolaires, celui de l’expédition de Crimée sous le Second Empire triomphant, participe également de l’entreprise d’un nouveau regard sur la naissance de la guerre moderne, industrialisée et de masse, à travers le témoignage épistolaire et particulièrement celui des ingénieurs des ponts.

Après avoir publié le récit de voyage en Amérique de l’ingénieur Marcel Jozon en 1869, au lendemain de la guerre de Sécession, puis ses carnets de guerre dans l’armée de Bourbaki en 187043, nous avons édité le triptyque familial de la Grande Guerre de la famille de l’ingénieur Eugène Resal à travers le regard des femmes, des frères aviateurs, puis des lettres d’un père à son fils44. Ainsi, cette relecture du long XIXe siècle, des guerres de Bonaparte à l’entourage de Clemenceau, emprunte la voie de l’intime, du lien ténu préservé entre l’officier combattant et ses proches par le courrier si attendu. De ce point de vue, elle revisite les relations d’affection, filiales, fraternelles et conjugales, au sein d’une dynastie de la bourgeoisie des talents, fortement tentée par les utopies sociales, du rousseauisme au fouriérisme. Deux autres ouvrages viendront compléter ce panorama en évoquant l’expédition française de la Restauration en Espagne en 1823 et enfin, en remontant aux sources de ce messianisme guerrier, avec les tribulations d’un jeune médecin en Méditerranée à la fin du Directoire : Jean-Jacques Ballard, père de James et d’Ernest, amant passionné puis époux balloté sur les mers et les routes de l’Europe napoléonienne en guerre45.

Chronologie de la conquête de l’Algérie

5 juillet 1830. Le blocus du port par la marine française suite à un différend commercial aboutit à la prise d’Alger.

1834. Louis-Philippe décide de maintenir une occupation restreinte,Abd el-Kader organise la résistance en Oranie.

1836. Échec des troupes françaises devant Constantine.

30 mai 1837. Le traité de la Tafna abandonne les 2/3 du territoire àAbd el-Kader.

13 octobre 1837. Siège et prise de Constantine.

1840. Reprise de la lutte contreAbd el-Kader.

1847. Redditiond’Abd el-Kader.

1848-1857. Lente et difficile conquête de la Kabylie.

Chronologie de la guerre de Crimée 1853-1856

1853

2 mars. Scandale à la Sublime Porte : le prince Menchikov manque de respect au ministre des Affaires étrangères.

31 mai. Ultimatum russe à la Turquie.

2 juin. La flotte britannique arrive dans les Dardanelles.

26 juin. Appel du tsar à la guerre sainte.

3 juillet. Invasion russe de la Moldavie.

5 octobre. La Turquie déclare la guerre à la Russie.

4 novembre. Victoire turque d’Oltenitza.

30 novembre. La flotte turque est détruite à Sinope.

1854

Janvier. Les flottes britannique et française entrent dans la mer Noire.

27 mars. La France et la Grande-Bretagne déclarent la guerre à la Russie.

22 avril. Destruction du port d’Odessa.

9 mai. Réception du maréchal de Saint-Arnaud par le sultan à Constantinople.

30 septembre. L’armée russe, défaite à l’Alma, se replie dans Sébastopol. Tranchées franco-anglaises.

5 novembre. Bataille d’Inkerman.

1855

21 janvier. Le Piémont entre dans la guerre.

2 mars. Mort du tsar Nicolas Ier, remplacé parAlexandre II.

Avril. Échec des Alliés devant Sébastopol. Mort du général Bizot, Niel prend le commandement du Génie. Projet de Napoléon III de partir en Crimée.

Mai. Ouverture à Paris de l’Expo universelle. Walewski ministre des Affaires étrangères, Pélissier commandant en chef.

16 août. Bataille de Traktir ou de la Tchernaïa.

8-12 septembre. Assaut contre Malakoff puis prise de Sébastopol.

25 février au 8 avril 1856. Congrès et Traité de Paris.

21 avril. Début de l’évacuation de la Crimée où résident encore 230.000 soldats alliés.

Arbre généalogique de la famille Ballard

1Son dossier de l’X précise sa description physique : « Cheveux bruns, front découvert, nezgros, yeux gris, bouche moyenne, mentonrond, visage plein,taille 170 cm, un signe à la joue droiteet un au-dessus del’œil droit ».La Saône-et-Loire fait partie des départements où les officiers qui y sont nés sont le plus souvent passés par l’École Polytechnique. Serge William Serman,Le corpsdes officiers français sous la DeuxièmeRépublique et le Second Empire. Aristocratie et démocratie dans l’Armée au milieu du XIXe siècle,Thèse Paris IV, 1976,Lille III 1978, TomeI, p.621-III, carte n° 12. Adeline Daumard, « Les élèves de l’École Polytechnique de 1815 à 1848 »,Revue d’Histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 1958, p. 226-234.

2Les attributionsdu corps du Génie militaire sont, en temps de paix, l’inspection générale des frontières, la direction des travaux d’entretien et d’augmentation des places fortes, des batteries etdu casernement et la surveillance des canaux. En temps de guerre, ce corps estchargé des travaux de fortification permanente, d’attaque etde défense des places et des reconnaissances de ces travaux; le Génie peut aussi être chargé des travaux de fortification passagère : épaulements, tranchées,redoutes, fortins, blockhaus, têtes de ponts, lignes et camps retranchés, diguesd’inondation. Maurice Block, « Armée »,in Dictionnaire del’Administration française, Berger-Levrault, 1877, p. 145.

3Kamel Kateb,Européens, indigènes et juifs en Algérie, 1830-1962 : représentations et réalités des populations,Éditionsde l’INED, 2001.

4Hélène Blais, « « Qu’est-ce qu’Alger ? » : le débat colonial sous la monarchie de Juillet»,Romantisme, n° 139, 2008-1, p. 19-32.

5Jean-Jacques Baude, fils d’un préfet de Napoléon dont le jeune Jean-Jacques Ballard afréquenté l’épouse en 1798 à Valence.Archives nationales, F1bI/156/9. E A/163 IV. Jacques Resal etPierre Allorant,L’Amour médecin. Romanpar lettres et chronique conjugale, Encrage, 2016.

6Sur cetespoir de « bonne colonie », à l’opposédes colonies à esclaves, le point de vuedu journaliste libéral Eugène Lerminier, « De la conservation d’Alger »,Revuedes Deux Mondes, 1erjuillet 1836, p. 612.

7Service Historique de la Défense, 1H7, lettre du général Berthezène au ministrede la Guerre, 21 mars 1831.

8Louis-Napoléon, alors capitaine au régiment d’artillerie de Berne, espère en 1836 souleverla garnison et marcher sur Paris pour renverser Louis-Philippe. Il est immédiatement arrêté ainsi que ses complices. Àla demande de sa mère la reine Hortense,le gouvernement lelaisse s’exiler auxÉtats-Unis où il estdébarqué le 30 mars1837. Ses complices, jugés devant la cour d’assises de Strasbourg, sont acquittés par le jury populaire sous les acclamations du public le18 janvier 1837. Cetéchec a le mérite pour la cause bonapartiste de faire connaître le prince et del’associer au cultede l’empereur. En juin 1838, l’un des conjurés, le polytechnicien Armand Laity,publie en 10.000 exemplaires une brochure, véritable apologie du bonapartisme,dans laquelle il meten avant le triptyque « Nation, Peuple,Autorité »,Relation historique des événements du 30 octobre 1836.Laity est préfet des Basses-Pyrénées en 1854 puis sé