Les Galops Sauvages - Lucy Hanin - E-Book

Les Galops Sauvages E-Book

Lucy Hanin

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Beschreibung

Je vais parcourir le vie de ma famille, réveiller mes souvenirs, mes joies, mes peines. Mon grand-père naquit en Algérie, amoureux de son pays, entra dans un monde de méditation, de paysages sahariens. La peinture devint sa raison de vivre. Mon père fit de sa fermette un paradis des agrumes. Un peuple nouveau se formait chaque année davantage. Nous ne sommes plus tout à fait Français, jusqu'au plus profond de nous-mêmes, nous sommes Algériens. C'est bien dans les cimetières de ce pays, sous l'éblouissement de la chaude lumière, que reposent nos pères, à l'ombres des tristes cyprès. Descendants de ces valeureux pionniers qui firent de l'Algérie une terre d'accueil, nous dûmes affronter dans la tourmente les épreuves d'une guerre qui ébranla notre jeunesse et quitter notre pays natal.

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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Terre de lumière gravée dans nos cœurs Un siècle de présence française dans cette Algérie Qui avait tant reçu !

Allongée sur mon gros fauteuil face à ma télévision pendant que mon fils ainé se démenait à me préparer un délicieux repas je dors une petite heure rêvant à mon passé, la vie est un rêve ! Mon roman me métamorphose, j’ai oublié les épreuves terribles de la maladie, j’ai été marquée par la souffrance, seul mes larmes coulent. Je suis heureuse et souriante. Il me fallut sept années pour faire ce travail d’écriture, je n’aurais jamais pensé être capable d’écrire mais je souhaitais avant tout raconter ma vie en Algérie et celle de ma famille. Je me suis acharnée sur ce désir à faire connaitre à mes enfants dans le but qu’ils prennent connaissance de notre famille en Algérie. J’ai donné le temps au temps à mon manuscrit pour explorer cent ans de vie dans ce pays pour notre famille. Je suis née avec un tremblement essentiel, j’ai pu le cacher sans difficulté je suis forte, animée d’un immense courage qui me viens de mon père cet être merveilleux me disait. ‘’Tchoucharelle’’ qui ne tente rien n’a rien, Il n’était pas du genre à ruminer. Inflexible sa force d’airain l’animait Je l’ai suivi tout au long de mes jeunes années. Le temps à passé !

Je le revois sur son tracteur avec mon petit- Fréderic, lui disant toujours la tête très haute, ne jamais baisser les bras !

Alors à bord de l’avion. Une dernière vision à travers le hublot s’offrait à nos yeux emplis de larmes. Au-dessous des nuages argentés, notre pays natal s’éloigna à tout jamais.

Sommaire

CHAPITRE I : ALGER-PLAGE

La Bohême

Le garde champêtre était horrible

Le village de Matifou

Une Superbe bicyclette

Vacances à Surcouf

Aux Bains Romains

Tipaza

Chapitre II : HIPPOLYTE-ALINE

CHAPITRE III : NOTRE GRAND-PÈRE RENÉ

Les verbiages allaient grand train

À L’opposé de la maison familiale

Enfants, nous étions de gais diablotins

Mes copains

Cependant, un été s’incrusta dans les mémoires.

Les Pères Blancs en Kabylie

CHAPITRE IV : JEANNE - GAËTAN

L’hôtel Saint-Georges

Parfums et chocolats

CHAPITRE V : LA FRANCE EN GUERRE.

Opération Torche

Chagrin d’école

Timgad

Peu de temps après le voyage, à Timgad

1945 FIN DE LA GUERRE

Le Général de Gaulle

CHAPITRE VI : 1945 FIN DE LA GUERRE

La poupée de porcelaine

Triste fut l’histoire au divorce de nos parents

Les beignets d’aubergines

Faille

Gaëtan, accusé par sa famille d’avoir vendu Des vignes

Le Mariage de notre père avec, la femme

Chez notre père

Un superbe bébé

Entre ma mère et ma sœur aînée

ÉTATS ALGÉRIENS

Chapitre VII : ALGER LA BLANCHE

Nous étions au mois d’Aout

Une Citroën.

Voici les confidences révélées par ma petite Grand-Mère

L’île Rouge

Un dimanche à Chifallo

La chaleur était à son comble 35 Degré

Marie notre repasseuse

Le 18 janvier 1956

La chaleur était à son comble 35 Degré

Septembre 1956 – La Cafétéria

Septembre 1956

Victoire du Général Massu.

13 mai 1958, le Putsch des Généraux.

Hôtel Saint-Georges.

Voici L’histoire de la belle Sophonisbe

L’Émir Abdelkader

Nous allâmes aux confins du Constantinois.

Nous emmenâmes Suzanne avec nous.

Septembre 1959, de Gaulle fonde la Cinquième

« Algérie… Française ! Algérie… Française !

Le 24 janvier 1960… Les Barricades

Notre Leader

Ruines Romaines

Maison-Blanche

Avril 1961

Le Baptême

Tous les jours étaient inscrits sur les murs d’Alger

Tous les jours étaient inscrits sur les murs d’Alger

Interdiction par l’OAS a la population

Le même jour, souvenir de ma p’tite sœur

Au XVIIe siècle, âge d’or de la piraterie

LE DEY A L’EVENTAIL 1827

Suzanne fut cette vague qui se jette et se brise en écume au pied du colosse le Chenouah qui imperturbable surplombe les flots détruisant sans le moindre remord.

CHAPITRE I

ALGER-PLAGE

Jeanne entra dans une nouvelle vie

Changea son prénom pour « Suzanne. » Alger-plage sera son refuge face à une situation difficile la précipitant dans des ennuis après avoir trompée son mari.

Notre père nous neutralisait, sa tranquillité profonde, son amour pour ses enfants, il révéla sa nature irréconciliable avec notre mère. Dans nos souvenirs, nos parents s’étaient aimés tendrement. Jeunes adolescents, nous cachions nos émotions. Notre père n’avait pas réussi à nous séparer. Maman le savait à l’affût de la moindre faille. Période de bonheur, interrompue par les colères du père faites envers la mère, faisant souffrir ses enfants, de cela il ne voulait en prendre conscience. Il aimait ses trois enfants, son but était de les rependre. Comment protéger notre maman triste ? Son bonheur à ce jour était auprès de ses trois enfants.

Nous avons longtemps ignoré les raisons pour lesquelles nos parents s’entredéchiraient.

Toto 11-15 ans, Nadé 9-13 ans, Titisse 6-10 ans.

La Bohême

Je veux parler des senteurs de ma jeunesse

De superbes villas, Ce lieu de vacances, apprécié par les Algérois, se trouvait à une dizaine de kilomètres Alger. Ses villas originales des plus simples aux plus excentriques, différentes les unes des autres, rivalisaient en profusion harmonieuse de fleurs, les volubilis bleutés grimpaient le long des murs. Les bougainvilliers d’un rouge grenat étaient magnifiques. Les chèvrefeuilles diffusaient leurs arômes capiteux. Un long chemin sablé longeait ces villas attrayantes, en bordure de plage. À l’opposé de ce chemin, au printemps, une floraison de plantes exotiques se parait de fleurs minuscules de toutes couleurs recouvrant le bord sableux. Des aloès extraordinaires en tailles aux teintes d’un vert si différent composaient de superbes ornements. Les flâneurs épris d’une délicieuse douceur de vivre, rester des heures sur les bancs percevant le long bercement des flots. Lieu d’aise de repos, que l’on voudrait un instant suspendre. La clarté du ciel sur les flots au bord d’une mer scintillante. Pour les amoureux enlacés qui attendaient paisiblement de voir le « rayon-vert », faisant un vœu, lorsque l’énorme soleil s’éclipsait dans l’infini d’une Méditerranée obscure, laissant dans les cieux de longues traînées arc-en-ciel.

Jeanne s’installa dans sa villa avec ses enfants.

Notre villa était de taille moyenne

De grands cyprès aux parfums délicats abritaient le jardin, formant une haie séparant les villas, sous lesquelles les après-midi de grande chaleur nous faisions la sieste allongée sur des transats. Tout autour de notre jardin fleuri, les plantes parfaitement entretenues étaient ravissantes. Tout au long de la route clôturant les villas poussaient des tamaris roses. Une porte de bois donnait accès à la villa. Sur le côté, un large portail pour le garage, au fond du jardin. À l’intérieur de la maison, le living avec une ample baie vitrée s’ouvrant sur le jardin, deux gros fauteuils, se faisaient face, une lourde table de bois avec six chaises disposées au milieu du living. Une cuisine donnait sur le jardin, tout contre une buanderie. De chaque côté, à l’opposé l’une de l’autre, deux grandes chambres. Nous avions réuni les lits dans une seule, cela était une nécessité. Nous faisions un corps inséparable.

Le lit principal nous suffisait pour dormir à trois, maman au milieu de nous, ses filles. Toto avait son lit en face.

Le rangement de la villa fut vite fait, avec deux placards, cela nous suffisait. À l’arrivée de l’hiver, Alger-plage était sans âme qui vive, les villas alentour étaient closes, il faisait excessivement froid.

Le soleil disparut, les volets fermaient, nous closions le dessous des portes.

La maison humide était chauffée par un seul poêle, nous devions l’allumer la nuit.

Suzanne si heureuse de voir son grand garçon, Toto, si réconfortant. Il prit l’initiative de nous guider nous ses sœurs. Avec petite Titisse, tout allait facilement, obéissante, confiante, elle admirait son grand frère. Avec moi bien souvent nos rapports étaient houleux. Pour tous nos jeux, la plupart du temps, cela se terminait en pugilat. Mon frère plus rapide gagnait tout en ricanant de ma lenteur. Rageuse, j’attrapais le jeu, je l’envoyais en l’air.

— Je ne jouerai plus jamais avec toi, tu as triché !

Avec mon frère, tout enfant, se gravait dans mes neurones le mot « perdre ». Plus tard, j’ai souvent gagné. J’adorais faire les courses, mon frère trop peureux n’aimait pas aller à l’épicerie. Le soir, tous réunis, Maman était d’humeur joyeuse, peu d’argent pour les repas, le plus souvent, du riz, des flocons d’avoine, du tapioca au lait sucré. Toto faisait le service, tout allait bien avec Titisse.

Je trouvais toujours à redire, exigeant de remettre, mon frère, avec moi, nos parts dans le plat pour recompter le nombre de cuillères égales, je criais :

— Il a pris une cuillère de plus, je l’ai bien vu.

Toto, taquin, jubilait de me voir râler. Nous aimions ce rituel, nous en jouions, tous deux sans nous en priver. Les repas de maman étaient délicieux, quelquefois c’était une purée de patates douces avec du caramel tellement bon. Toto se léchait les babines voyant l’île flottante arriver sur la table. Lorsque nous étions malades, maman ne faisait pas appel au médecin. Ayant trop peu d’argent, nous étions soignés avec ses méthodes spartiates, enduisant doucement d’huile d’olive très chaude notre gorge pour atténuer la douleur, espérant guérir ainsi les angines, les sinusites qui devenaient chroniques, durant plusieurs jours pour la petite Titisse. Suzanne faisait bouillir la journée dans une grande marmite, les feuilles d’eucalyptus cueillies durant nos promenades. La vapeur se diffusait. Un arôme imprégnait l’intérieur de la villa. Nous mettions une serviette sur notre tête pour l’inhaler. Lors des gros rhumes, Maman nous faisait des cataplasmes recouvrant notre poitrine de moutarde forte. Toto comme moi, nous étions rarement malades. Maman faisait la classe à deux fillettes de familles algériennes avec sa Titisse trop souvent malade, Suzanne leur enseignant en même temps le français, le calcul.

Petite Bouzoulouk

Pour Suzanne il était hors de question de voir ses filles faires le ménage, comme laver le parquet, la vaisselle, quant à elle ‘’avec son petit sein’’ elle était facilement fatiguée mais ne s’en est jamais plaint. Les enfants ignoraient ses douleurs lancinantes. Elle prit sous sa coupe, une fillette de 11ans un peu plus âgée que Titisse, celle-ci venait le matin l’aider à faire le ménage. L’après-midi Suzanne lui apprenait à lire à écrire lui enseignant le calcul, le français en même temps que deux fillettes de familles musulmanes avec sa Titisse.

Cette fillette avait une chevelure noire et crépue, impossible de passer le peigne, difficile de surveiller les poux. Suzanne coupa cette crinière le plus court possible puis lui blondit, Tous les mois, maman lui éclaircissait la racine. Elle était si mignonne frisée comme un petit mouton. Nous l’appelions Bouzoulouk. ‘’Mouton en arabe ‘’. Alors nous avons fini par la garder. Elle restait la nuit coucher sur un matelas de crins près de la porte. Bouzoulouk, était le souffre-douleur de Toto qui lui administrait parfois une bonne correction, c’était lui le maître mais il n’arrivait pas à se faire entendre.

Pour cela, nous étions contre lui. Maman donnait quelques billets au vieux père de cette fillette, il voulait la marier. Maman le grondait !

- Elle est trop jeune la loi interdit son mariage. La petite pleurait.

-Il veut m’échanger contre des moutons, avec le vieux, tous les ans il descend de sa montagne pour me prendre.

Pour la préserver de ce père avide maman ajoutait un peu plus d’argent chaque fois qu’il menaçait de l’emmener. Au fil du temps un lien se créa nous l’aimions bien, elle était si heureuse d’avoir appris à lire, à écrire. Nous l’avons emmenée lors de notre installation à Alger.

Son père avec quelques pièces nous la laissa.

En 1867 Monseigneur Lavigerie

Avait fondé, dans la plaine du Chéliff éprouvée, un double institut masculin et féminin Il créa les villages Sainte-Monique et Saint-Cyprien. Les Pères-Blancs, les Petites Sœurs-Blanches s’étaient installés au centre des monts Kabyles. Dans une masse indigène hostile à tout.

L’œuvre novice du cœur devait s’attacher à trois devoirs. Celui des malades souffrant sans remède, soignés par des marabouts. Celui de l’éducation morale, plus complexe qui provenait de la condition de la femme. Parce qu’elles peuvent traiter les femmes, l’action des petites sœurs Blanches pénètre davantage dans ces régions. Attirant à elles ces fillettes malheureuses. Tirer la femme de la vacuité ; les ouvroirs les accueillirent où elles apprirent la vannerie, le tissage des étoffes, des tapis de laine en lesquels se décèlent certains dessins relevés sur de veilles poteries. Elles apprenaient la vertu du travail à l’entretien de la maison. Pour les arabes en Kabylie les filles étaient objets de mépris, parfois honte des parents, elles demeuraient au foyer, réduites au rang de souillons mariées très jeune sans qu’on leur demandât leur avis, à un vieillard despotique.

La femme, bête de somme bonne à procréer si elle le pouvait, renvoyée sans pitié si le sort la voulait stérile, se voyait répudiée pour des motifs, d’une futilité extrême. Jeunes-filles elles étaient aimées, vieillies avant l’âge par les privations leur sort à la volonté de l’époux. Il était courant de voir encore, alentour des villages kabyles, tel chef de famille confortablement vêtu conduisant par la main ses garçons bien chaussés, au chaud dans leur houppelande tandis que suivaient, pieds nus dans la neige, épouses et fillettes sous des haillons de misères.

Le garde champêtre était horrible

Gaëtan, notre père, voulait tout savoir.

Sur nos fréquentations, notre façon de vivre. Il poursuivra Suzanne, demandant au garde champêtre de la surveiller, de lui rapporter ses faits et gestes. Ce sale type, se voyant investi d’une mission importante, rendait compte de tous faits et gestes de notre maman. Il recevait en échange un bon bakchich. Il se permit, une fois Suzanne seule, ses enfants à l’école, de pénétrer dans le jardin. Il s’approcha la regardant avec ses yeux noirs. Elle se barricadait. Nous avions peur de ce personnage, un Arabe des plus arrogants qui, non content de coincer notre maman, venait la nuit nous effrayer. Il frappait sur le volet de notre chambre en chuchotant grossièrement, cela avait quelque chose de sinistre, nous étions terrorisés. Un jour, sachant Suzanne seule, il réussit à rentrer dans le jardin, puis se faufila derrière la maison, pénétrant par la porte de la cuisine. Cet immonde salopard la coinça, Suzanne se débattit poussant des cris. De rage, il saisit son petit sein gauche, le tira en le tordant avec une telle force ! Elle hurla de douleur, se trouva mal. Ce sale type s’enfuit pour ne pas être surpris. Il nous laissa tranquilles quelque temps. Notre mère n’alla pas au commissariat du cap Matifou pour porter plainte, elle avait trop peur de son ex-mari qui en déduirait qu’elle était la seule blâmable de par son comportement. Suzanne n’en parla plus, mais dans son sein gauche se forma une boule. Le médecin lui avait dit. Il faut vous faire l’ablation de votre tété ! À la pensée d’une opération, se retrouver mutilée, elle n’en eut pas le courage. Il y notre chère Tante Rosine, mutilée à vie ; on lui avait enlevé un sein. Pour Maman, c’était devenu un sujet tabou, son « douloureux » secret.

Elle préféra se soigner seule en silence. Aucun sourire sur ses lèvres, que tristesse dans ses yeux. Où était cette maman si gaie à notre vie d’alors ?

Le village de Matifou

Maman m’avait inscrite au cours Despleine !

À un kilomètre cinq de la station balnéaire était le village de Matifou. Qui accueillait une trentaine d’adolescentes de la région. Les familles ne voulaient pas voir leurs enfants fréquenter l’école communale trop de mélange de milieux défavorisés, dont l’enseignement, le langage, la tenue étaient loin d’être parfaits. Chez M. et Mme Despleine : deux grandes pièces avaient été aménagées en salle de classe, dans chacune d’elles était installée une ample table entourée de chaises placées tout autour pour les enfants. L’une des salles de classe était destinée aux plus jeunes de cinq à dix ans. Madame Despleine leur faisait la classe. La deuxième salle était pour les adolescents sans limites d’âge. Monsieur Despleine, notre professeur, nous faisait la classe.

Nous l‘affectionnions, à l’écoute de ses élèves, nous ressentions une chaleureuse, ambiance. L’on nous enseignait le programme des écoles. Je travaillais très bien, je suivais tous les cours. L’orthographe ne rentrait pas vraiment bien dans mon cerveau, seuls s’incrustaient dans mes neurones les mots aimés ou amusants, les autres avaient tendance à m’échapper. Ma camarade Marie ne faisait jamais de fautes d’orthographe. C’était inné, disait-on ! Monsieur Despleine, originaire de Toulouse, jouait du violon, apprenant le chant à ses élèves. Je chantais avec plaisir ; « Toulouse ! Jolie fleur d’été ! Tu rendrais jalouses toutes les cités ! » S’y ajoutait pour les filles la danse moderne de beauté, de mouvement, imprégnée à la fois de musique, de poésie, créée par la sublime « Isadora Dunan. » danseuse américaine. Discipline jugée importante pour inculquer à de jeunes demoiselles un port de tête altier.

Mon rêve, une bicyclette

Je suis encore une adolescente avec Marie ma meilleure amie, nous rentrons chaque jour de l’école à pied. Marie a rejoint la ferme de ses parents par le chemin à droite. Je suis, dit-maman, une grande fille très fière, mais pas très dégourdie. J’étrenne une jupe plissée beige avec son cardigan assorti. Je marche en rêvant à une bicyclette, il est dix-sept heures, je continue mon chemin sur deux kilomètres. Longeant quelques fourrés touffus, la route de ce quartier de villas est déserte, mal entretenue en cette saison. Je suis seule, pas de voiture ce jour-là, je m’imagine déjà roulant à toute vitesse sur mon vélo. Dévaler la pente avec mon chien Jiky, lâcher les mains pour me prouver que je n’ai pas peur, rire et crier pour avaler le vent ! Un vélo ! Mon rêve. Je n’ai pas vu approcher le groupe de garçons, conciliabule en Arabes, l’un d’entre eux s’approche, il m’effraye, c’est un grand costaud. Je presse le pas puis me mets à courir, il fait de même. Il n’a aucune peine à me rattraper. Il m’agrippe, m’entraîne dans le fourré en contrebas. Je me débats, bras et jambes, il est vigoureux, me couche à terre, m’écrase de tout son poids, tente de relever ma jupe. Mes jambes sont bloquées. Impossible de lui envoyer un coup de pied. Avec mon frère, lorsque nous nous battons, je parviens à me dégager, mais là, je n’y arrive pas. Dernier sursaut, je le griffe au visage le plus fort possible. J’entends un bruit de moteur, il se rapproche alors ! Je hurle au secours ! Au secours ! La voiture est passée. Je hurle encore ! Il me semble entendre la voiture ralentir... Elle fait marche arrière, s’arrête. Le garçon me lâche, prend ses jambes à son coup, il disparaît.

Les voisins me réconfortent, me ramènent chez moi.

Aujourd’hui encore, une appréhension diffuse m’étreint seule en soirée !

Arrivés à la villa, les voisins racontèrent à Suzanne

— Merci infiniment, vous avez sauvé ma fille.

—voulu de mon argent, je lui ai proposé les sous de mon porte-monnaie, mais oh ! Maman, ma belle jupe est tachée ! Ma mère inquiète me dit :

— Ton père ne doit pas apprendre cela, pour te reprendre il dira à ses avocats que je te laisse seule !

Toujours cette peur qu’il obtienne ma garde, cette angoisse l’obsédera jusqu’aux jours de mon émancipation.

Toutefois, la nuit lui donna conseil. Suzanne porta plainte au commissariat du Cap Matifou.

Il suffit de trois jours. Le commissaire la prévint.

— Nous avons arrêté le garçon au visage griffé.

Suzanne arriva au commissariat. Les gendarmes furent terribles avec ce garçon agressant une fille européenne. Ils lui firent subir des sévices d’une cruauté insupportable pour Suzanne, lui mettant un tuyau dans la bouche pour lui remplir le ventre d’eau :

— Arrêtez cela, c’est un garçon de dix-sept ans, il a perdu la tête, ma fille est belle. Je retire ma plainte.

Cette même semaine, je refusai de paraître peureuse. Je repris le chemin de l’école, comme si de rien n’était.

Mais les soirs, ne voulant pas me l’avouer, la route me fit peur, je n’osais le dire. Je pris le bus. Maman me dit :

— Tu dois prendre le bus lorsque tu rentres après tes cours, je n’aime pas te savoir sur la route après 17 heures, et demander une bicyclette à ton père.

— Maman, je n’oserai jamais demander.

Suzanne fit cette requête par l’intermédiaire de l’avoué. Le père refusa, cette femme est insensée ! Ma fille sur une bicyclette !

Une Superbe bicyclette

Maman en trouva une bonne pour la casse

Tout de même. La fit réparer, huiler, repeindre en rose.

Un vélo, mon rêve. Ce fut le plus beau cadeau de ma vie pour moi, une bicyclette rose offerte par maman pour atténuer mes craintes de cette agression vite oubliée. J’allais à l’école sereinement. Je revenais de l’école en chantant à tue-tête, heureuse, j’avalais le vent ressentant une telle exaltation, si délicieuse de redescendre la route pratiquement droite légèrement en pente de Matifou à Alger-plage, sans toucher le volant, les bras en croix. Mais que ma bicyclette est belle ! Maman acheta un caniche noir qui devint mon chien adoré ! Arrivée en bas de la route, tous les jours d’école, mon Jiky était là, joyeux, me faisant des fêtes. Ensemble, nous longions quelques villas, à droite se trouvait notre villa. La nuit, maman me permettait de laisser Jiky dormir à mes pieds, pour me tenir bien chaud. Heureux, mon chien ne bougeait plus jusqu’au matin. C’est un beau caniche noir affectueux, de taille moyenne, bon gardien, personne ne pouvait entrer dans le jardin ou s’approcher du portail grâce à mon caniche si beau, de plus en plus fort, notre famille se sentait protégée. Nous passions nos nuits sans crainte, le garde champêtre ne pouvait plus approcher.

Jiky et Nadé

Lorsque Jiky voyait ce sale type passer en bicyclette

Devant la villa, il aboyait avec force, il avait fait un trou sous le grillage, réussissant à sortir. Il le coursait, essayant de lui mordre le pied. Le garde, furibond, avant de passer devant la villa, se mettait à pédaler très vite comme un fou en relevant ses jambes afin d’échapper à la gueule de Jiky qui montrait ses crocs. Cela nous réjouissait, grâce à mon Jiky, il ne pouvait plus nous surveiller, il en conçut une peur haineuse. Mais hélas mon Jiky, avait cinq ans lorsque cet ignoble garde l’empoisonna. Le vétérinaire nous confirma l’empoissonnement, cela ne faisait aucun doute. Maman l’avait installé dans la deuxième chambre vide de tout meuble, à l’opposé de la nôtre, sur une couverture. Avant de partir à l’école, je lui donnais du lait, dès mon retour j’allais le câliner. Tous les soirs, je restais près de lui pour lui faire boire un peu de lait. Je lui parlais. Il levait péniblement sa tête, me regardait avec ses grands yeux noirs, fiévreux, si tristes. De jour en jour, mon caniche adorable prenait une odeur de plus en plus forte. Mon chien, mon charmant ami, allait mourir, je ne voulais pas de cela. Je rentrais de l’école, Jiky n’était plus là, maman me dit :

— J’ai dû emmener Jiky chez le vétérinaire.

Ce superbe chien, mon pauvre ami adoré, après plusieurs jours de souffrance mourut. Maman n’osait m’apprendre la mort de mon chien adoré, Suzanne avait enterré Jiky dans le jardin. Durant quelques jours au retour d’école, je posais la question à maman, qui me confirmait, Jiky était bien soigné. Maman ne se décidait toujours pas à me dire la vérité.

En rentrant de l’école, j’entendis maman dire à Titisse.

— J’ai enterré Jiky dans le jardin.

J’aimais mon Jiky, j’avais refusé l’idée qu’il puisse mourir. Je pleurais mon tendre ami, mon chien chéri, à chaudes larmes. Je cueillais des fleurs, les déposant sur sa tombe, en faisant une prière.

Ce vendredi-là était le Week-End de notre père.

J’eus des douleurs au ventre, mes premières règles. Ce fut une nuit de souffrance, maman m’avait mis une bouillotte sur le ventre, rien n’y fit, j’avais de plus en plus mal. Notre père nous attendait dans sa voiture devant la porte de la villa comme à son habitude. Titisse pleurait, ne voulait pas y aller sans moi. Suzanne dit à Toto de prévenir son père. Nadé est malade, il faut changer la date du week-end. Mon père furibond alla chercher le garde champêtre pour qu’il me force à sortir. Le garde entra dans la chambre, je dus à ma plus grande honte montrer ma serviette tâchée.

Maman était désespérée, je me gardai de m’apitoyer, me consolant en détestant mon père un temps.

— Tous les hommes je les tuerai, ça sera bien fait.

Je trouvai un jeu plutôt cruel pour montrer à ma sœur ce que les hommes étaient capables de faire. J’attrapais quelques sauterelles, les attachais sur un morceau de bois, puis avec des allumettes je les brûlais. Nous éclations de rire en voyant les sauterelles se ratatiner. Je dis à Titisse :

— C’est comme cela que les hommes ont brûlé Jeanne d’Arc ! Mon frère comme moi nous nous affirmions en grandissant déterminés à défendre notre maman. Après avoir pris de grandes respirations pour me donner du courage, j’osais réclamer la pension alimentaire à mon père lorsqu’il nous raccompagnait le dimanche soir après le week-end. Une pension dérisoire au milieu du mois, il l’oubliait la plupart du temps, elle servait à payer la note de l’épicerie de la station ouverte en hiver. Notre vie nous liera fortement à maman.

Notre père supposait nous rendre la vie difficile avec notre « mère-malheureuse », que cela serait le meilleur moyen de nous récupérer. Mais notre vie, si pénible fût-elle, nous liera davantage à notre Maman. Tous les espoirs préjugés par notre père resteront irréalisables, il fallut à cet homme encore quelques années pour le comprendre.

Vacances à Surcouf

Maman, dès la première année passée dans notre villa à Alger-plage, nous dit ;

— La meilleure façon de gagner de l’argent serait de louer la villa les mois d’été, afin d’éponger mes dettes.

Les villas dans cette région étaient recherchées par un grand nombre d’Algérois. Nous passions les vacances d’été un mois chez notre père. Les vacances auprès de notre mère, durant l’été dans une petite villa à Surcouf. Ce fut quatre étés des plus agréables. Nous y avions fait la connaissance de quelques amis. C’était l’été de mes douze ans, de mes premiers bisous. Le soir, toute la famille montait sur la terrasse, avec la petite Bouzoulouk, nous admirions le scintillement des étoiles, lorsque brillait un de ces délicieux clairs de lune. Avec mon amoureux, douillettement l’un contre l’autre, main dans la main, allongés sur un grand tapis face au ciel. Jean Claude mon petit copain me racontait de belles histoires sur les planètes.

— Tu vois me montrant du doigt, là c’est le grand-chariot, à côté le petit-chariot. Là, c’est Saturne, la plus brillante, l’étoile du berger qui signale son chemin ! Des millions d’étoiles créent la voie lactée, dans l’infini dessinent un halo blanc.

J’étais ravie de tant de beauté, une étoile filante traversait cette myriade de constellations, pour se perdre parmi l’absolu, nous faisions aussitôt un vœu d’amour. « Émerveillement des nuits d’été »

L’on s’attardait encore un peu pour goûter la douceur de l’air. En nous souhaitant bonne nuit avec un bisou sur la bouche, pour faire plaisir à maman qui me trouvait inconsciente, je mettais un mouchoir entre nos lèvres. Mamma, me croyant sotte, m’avait dit lorsqu’une fille embrasse un garçon, elle se retrouve avec un bébé dans son ventre. Suzanne grâce à sa villa louée les trois mois d’été nous offrait des réjouissances, comme aller au cinéma de plein air, c’était encore une chose fabuleuse pour nous. Également nous faire de jolies robes en vichy de différentes couleurs. Maman me trouvait belle, grande, bien faite, disait-elle. Le matin, je me lavais dans un grand baquet, maman entrouvrait la porte de la buanderie pour que ses voisines me regardent nue, je hurlais de colère. C’était aussi les grandes bagarres. Toto trop jaloux, à douze ans j’étais plus grande. Il entrait dans ma chambre, se jetait sur moi, voulant montrer à ses copains, zyeutant à travers la fenêtre, mes poils au pubis, je me mettais en position allongée faisant avec mes jambes le moulinet, il abandonnait. C’étaient des bagarres, pas drôle pour Suzanne.

Une fois, il tenta de rentrer par la fenêtre, ce jour-là avec force je la refermais, la vitre se fracassa sur lui, il se fit une entaille profonde au bras. Bien fait pour lui ! Bien fait ! criais-je ! Il fallut l’emmener d’urgence, à l’hôpital de la marine proche de chez nous, on lui fit des points. Furieux, il prit une épine d’un énorme Aloès, me l’enfonça dans ma jambe, une grosse boule de pus se forma, c’était dégoûtant. Toto ricanait de plaisir, comme toujours m’appelant la grosse patate aux gros nichons. J’étais horrifiée, ma poitrine commençait à pointer, je trouvais cela laid, je préférais être un valeureux héros, non une faible femme. Toto cherchait tous les stratagèmes, pour montrer à ses copains qu’il était le plus fort, qu’enfin il finirait bien par me mater.

Je n’en pouvais plus d’avoir un frère si méchant toujours après mes tété. Ma foufoune et mes gros mollés. Pour moi mon frère était un tourmenté un peu tordu !

Maman disait : Son comportement est normal, il est le chef de famille. À mon grand désespoir, il restera sans fin « chef ».

Nous l’appelions Charlot Maman plus sereine, retrouvait cette douce insouciance perdue ces dernières années, l’été elle se baignait avec nous. Ses garnements, son rire résonnait joyeusement. Elle fit la connaissance de William avocat amoureux, il venait la voir discrètement quand nous étions absents lorsqu’il se rendait à Alger pour plaider.

Maman l’accompagnait, elle mettait l’une des robes d’avocat, de son tendre ami, qu’elle avait garnie d’hermines, disant :

— J’admire son style, sa façon de plastronner. Il perd avec élégance, je dois le soutenir ! Entichée, elle l’installa dans la pièce principale pour qu’il puisse recevoir sa clientèle, c’est un avocat sans cause, il faut y remédier, disait-elle ! Il vivait avec sa mère, dans une villa proche de la nôtre. Les jours de vacances chez notre père. William dormait avec maman. Toto, fouineur, l’apprit, furieux, n’osa rien dire ! Tous les trois, nous lui trouvions une ressemblance avec Charlot ! L’acteur de cinéma qui nous faisait rire aux éclats, en cachette l’on se moquait de son allure, nous l’appelions Charlot. Il arrivait sur sa bicyclette qui semblait petite tant il se tenait bien droit avec son costume sombre, ses longs pieds aux chaussures vernies noires flegmatique, pédalant en canard, toujours un air jovial, avec ses cheveux ébènes raides collés avec de la brillantine. Il était agréable, je voyais maman radieuse, elle le câlinait. Un petit bisou par-ci ! un autre par-là ! Ils se pavanaient. C’était trognon ! Toto le détestait, peut-être avait-il peur de perdre son titre de chef de famille ? Craignant cet homme qui risquait de nous prendre maman. Il tint un conciliabule pour se débarrasser de cet importun. Titisse, comme toujours, s’accorda avec lui, ils décidèrent de lui rendre la vie impossible jusqu’à ce qu’il « dégage ». Je l’aimais aussi, je plaidais, pour le défendre :

— Je veux qu’on le garde, il pourrait nous protéger il est un avocat ! Mais rien n’y fit. Suzanne dut rompre avec son troublant ténébreux, William s’effaça de notre vie.

Cette idylle dura en cachette de Toto le temps tout de même d’une longue amourette…... !

Notre grand-mère, après trente ans d’absence

Vint voir sa fille avec son époux Louis, sa famille. Leur rapprochement ne fut pas des plus heureux. Les parents de Louis avaient organisé une rencontre, le jour de Noël. Nous étions les trois enfants plutôt timides, face à ces personnes qui nous étaient inconnues nous n’osions rien dire, nous apparûmes des enfants sauvages, mal élevés, aux yeux de ces grandes personnes. Ils furent déçus par Suzanne, inintéressante, son divorce semblait l’avoir laissée dans le dénuement. Ils ne trouvèrent que désillusion, pour eux rien d’exaltant. Cette après-midi de fête, il y eut des cadeaux pour chaque enfant présent. Titisse comme moi nous reçûmes chacune une petite boîte en carton. À l’intérieur se trouvait une poupée de cellulose des plus laide avec d’affreux vêtements. Nous fûmes choqués, surtout lorsque nous vîmes deux magnifiques baigneurs « Bébé Cadum », la marque la plus réputée de l’époque pour les deux petites nièces de Louis, suivis de compliments élogieux sur leurs études, leurs tenues élégantes. Suzanne n’a pas supporté, refusant le repas, prétextant n’importe quoi, nous sommes parties aussi vite que possible. J’oubliais exprès ma petite boîte de carton. Toto reçut une grande boîte de jeux, lui n’était pas mécontent. Fière et orgueilleuse, ma mère quitta ces gens si riches, elle aurait aimé laisser ces cadeaux minables ne plus les revoir. D’un ton déterminé je dis :

— Tu as bien fait maman, ces gens sont détestables !

Notre grand-mère fut peinée, toutefois soutenue par son époux, compatissant envers sa fille. Elle comprit dans quelle galère se retrouvait notre mère. Ils décidèrent dès leur retour à Paris de lui allouer une rente mensuelle. Suzanne reçut l’argent. Nous allâmes faire des emplettes. Maman nous acheta une petite radio, nous écoutions le soir des histoires policières qui nous faisant horriblement peur. Toto en rajoutait naturellement pour nous effrayer davantage. Il y a un voleur, avant de nous coucher l’inspection de tous les recoins, sous les lits, c’était là où se cachait l’assassin.

Maman avait une précieuse malle magique

Elle l’emportait dans ses déménagements. N’ayant jamais eu le cœur à s’en séparer. Elle acheta un phonographe, nous dansions au son de la musique. Bien souvent, j’ouvrais la malle où se trouvaient de somptueux vêtements, je me déguisais en princesse d’un jour. C’était ravissant, je passais des après-midi à les essayer. En taille, elles étaient parfaites. L’une de ces robes était bleue en lamé, incroyable. Lorsque je la passais, elle me collait aux hanches faisant apparaître ma taille fine, mes seins pointés, trop à mon goût. Dans un enchantement éperdu en déclamant des poésies, je dansais. Fière, je prenais un air arrogant de princesse, faisant rire maman. Titisse trop menue ne pouvait pas les porter. Il y avait aussi une robe à Crinoline féerique en satin rose. Suzanne l’avait portée, car c’était la copie disait-elle d’un tableau peint en 1855 intitulé. Eugénie de Montijo.

Il y avait des petits chapeaux à voilette adorables, des capes sublimes de fourrures. Le spectacle terminé, je remettais dans la grande malle délicatement ses merveilles. Maman avait gardé cette malle précieusement, pour ne pas oublier qu’elle avait vécu avec Papa un temps magique, bien réel.

En ces temps chimériques, je devenais la Belle au Bois dormant, réveillée par mon prince charmant, dans mes fantasmes Shéhérazade, dans le harem d’un pacha, entourée de fleurs, de friandises de rossignols chantants. Ces contes merveilleux des mille et une nuits bercèrent mon adolescence. Je devenais princesse le temps d’un songe.

Maman m’avait choisi le Prince Baudouin de Belgique. Devenu mon prince charmant. Je devins son amoureuse.

Les deux premières années avec notre père.

Se passèrent agréablement. Tout au moins avant l’arrivée de sa nouvelle amie. À cette époque, nous allions dans l’appartement d’où notre mère avait été expulsée, il y avait là notre chère Tante Rosine. J’étais heureuse, je n’éprouvais plus de crainte à l’égard de mon père. Toto comme moi, nous affichions nos goûts, nos idées, certains d’avoir raison l’un contre l’autre, entre nous il y aura toujours des discussions sans fin, pour tenter d’avoir raison. Mon frère étant l’aîné, il était peiné d’avoir une sœur comme moi j’avais des pensées différentes des siennes, pour lui j’étais bizarre. Toto, au caractère très affirmé, se conduisait en tant que tel voulant commander. J’étais plus jeune, de deux années, mon frère n’avait pas le droit de m’imposer quoi que ce soit. Alors, furieux, il se jetait sur moi, nous nous battions comme des chiffonniers. Il prit mon poupon Édouard. Je le gardais précieusement. Après l’avoir décapité, il lui ouvrit le ventre, s’empara de la petite boîte, la secoua pour entendre le bruit de miaulement. Trop content, en me narguant. Je me jetai sur lui, une colère haineuse m’envahit, j’attrapais fort ses cheveux, je lui arrachai une petite touffe. Il se sauva furibond. Titisse était un peu perdue, elle aurait aimé rester avec sa maman, cette petite sœur avait peur de son père. Elle aimait Toto, mais continuellement il la taquinait avec ses histoires qui lui faisaient peur. Bien souvent, Toto et moi nous aimions nous installer dans le salon. Il y avait un magnifiquement tapis marocain tissé, coloré de plusieurs teintes, le rouge dominant. Tristan partageait un jeu de cartes, il prenait les noires, pour moi les rouges, nous les disposions en armées. Nous commencions tous les deux notre guerre, en jetant nos dés, l’armée de mon frère remportait toujours la victoire. Je terminais perdante.

J’envoyais furieuse les cartes en l’air !

— De toute façon, on ne peut pas gagner, avec toi tu triche !

Notre père n’était pas souvent là, il partait le matin à six heures pour son usine puis revenait à la nuit tombante. De cette façon nous étions libres, surtout Toto qui accumulait les bêtises, voulant changer les meubles de place, il déplaça l’énorme sculpture qu’il ne trouvait pas bien placée sur le piano, il la reçut sur sa tête, se faisant une plaie sur le crâne. Pauvre tante Rosine, si fragilement menue, ne sachant pas nous réprimander nous laissait faire. Elle s’occupait de sa petite Titisse qu’elle aimait infiniment. L’après-midi J’aimais m’isolée, me réfugier dans un coin de la véranda à l’heure de la sieste avec un livre. Il y avait une passionnante collection de livres sur les chevaliers Teutoniques des temps anciens.

Aux Bains Romains

L’été durant un mois nous allions dans une petite station proche d’Alger. Tante Rosine, avec nous et notre père, louait un appartement au bord de la mer. C’était un plaisir, la plage à nos pieds, une grande crique de galets, s’ouvrait sur la mer, enclavée entre deux gros rochers. De ces rochers nous faisions des concours de plongeons, les journées entières. Nous étions une bande de gamins filles, et garçons. Comme à son habitude Toto se fit une plaie au crâne en plongeant où les rochers affleuraient. Je me moquai avec mes amies !

— Il est puni puisqu’il nous embête nous les filles. Bien fait !

Il y avait au large un énorme rocher. Les plus grands, Toto avec ses copains, s’y mesuraient à la course.

Papa m’avait interdit de m’y rendre seule. C’est trop dangereux. Tu ne nages pas assez bien. Mais j’en rêvais de pouvoir nager au-delà jusqu’à cet intéressant rocher qui semblait être une île dans laquelle était caché un trésor protégé par des sortilèges magiques, sinon des étoiles de mer devaient y vivre, ou de différents oiseaux y avaient installé leurs nids. Des crabes s’y seraient cachés. J’étais une fille étourdie, disait maman.

Toto Nadé Titisse deux amis

Après cette interdiction, contente de montrer ce dont j’étais capable, audacieuse, je fis la traversée. En grimpant sur le rocher, la peur éprouvée me procura une joie indescriptible, d’être si courageuse. Inquiète de la réaction de mon père, malicieuse à son arrivée, de joie je sautais dans ses bras ;

— J’y suis allée, j’y suis allée, papa, n’aie pas eu peur.

Mon père, fier de sa fille, sa Tchoucharelle, ne me gronda pas, même loua ma performance auprès de ses amis.

Le week-end, mon père m’apprenait la technique de la nage sous-marine, avec masque, palmes, tuba, également la façon de plonger avec style. Il avait un Dinghy, canot pneumatique américain, mon père m’emmenait au large vers le grand rocher. Nous grimpions au-dessus de cet étonnant rocher. Arrivés sur le haut, chacun notre tour nous plongions, le premier mon père plongeait dans cette eau si transparente, je le voyais dans cette profondeur réapparaître, il criait :

— Plonge à ton tour, ma chérie !

Aussitôt, je me mettais en position d’exécutant un superbe plongeon retenant ma respiration nageant au plus profond. Je réapparaissais en riant aux éclats. Il m’étreignait contre sa poitrine en s’exclamant.

— Ton plongeon était impeccable !

Nous nagions vers le dinghy, je passais mes bras autour de son cou accroché sur son dos, nous faisions le tour du Dinghy. Je frémissais de plaisir. Fière de mes plongeons, de nager à la façon de ces grandes nageuses américaines, je les avais vues au cinéma dansant, faisant des arabesques, l’une des nageuses ; Ester William me fascinait.

Le soir, je retrouvais mon papa gâteau, bien souvent je venais la nuit dormir près de lui. Le matin, le rituel dans le lit, les câlins avaient repris, il nous lisait une histoire, c’était des vacances heureuses. Ces trois années furent radieuses. Je me réfugiais dans un coin de fenêtre, l’après-midi l’heure de la sieste, avec un livre relié, pris dans la bibliothèque. Il y avait une collection de livres, notre père l’avait hérité de sa mère. J’aimais les contes et légendes de tous les pays, dans ce monde lointain je rêvais de faire de grands voyages, au-delà des mers vers toutes les aventures.

« J’aurais voulu être hermaphrodite, comme ce chevalier Déon, ses exploits me captivaient, être une fille me déplaisait. »

Au Restaurant de la madrague

Surplombant la mer, il servait toutes sortes de poissons.

Notre père nous présenta une jolie dame en disant :

— Une amie, vous pouvez l’appeler Katia.

C’était une très belle femme aux grands yeux verts, ses cheveux noirs entouraient son joli visage, elle avait maquillé ses lèvres d’un rouge vif. Ses manières me fascinaient, elle parlait très fort, éclatait de rire si facilement. Je remarquais la liberté de ses gestes, sa façon de se tenir, elle mettait les pieds avec ses bottines sur la table et fumait. J’étais surprise à la vue de cette personne, amie de mon père si magnifique, avec de jolies tenues, des robes larges, des pantalons, mon père m’interdisait le port du pantalon, je venais d’avoir 12 ans. Cette jolie dame nous offrit de mignonnes poupées russes en tissu. Normal, elle était Russe. Elle s’appelait Katia. Mais ! Toto avait tout compris, il nous dit :

— Vous devez jeter les poupées. Cette femme ne s’appelle pas Katia. C’est la « bonne-femme dangereuse » du divorce qui nous a pris notre père. Titisse a jeté sa poupée !

Moi je l’aimais bien elle était si belle ! j’ai caché ma poupée.

« Toto avait reconnu la femme pour laquelle notre père si méchant avait divorcé de notre douce maman. »