Les pièces - Laurent Herrou - E-Book

Les pièces E-Book

Laurent Herrou

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Beschreibung

L'auteur reviste avec nous les lieux de son enfance et les souvenirs indissociables qui s'y sont gravés

Aujourd'hui, je vis à Paris. Les pièces sont à deux cents kilomètres de chez moi, quand elles étaient plus loin avant - j'habitais dans le Sud. Ma grand-mère vit toujours, et c'est une chance de pouvoir écrire ce texte sans qu'il faille passer par la mort de la grand-mère.

Les pièces de Laurent Herrou sont comme toutes celles qui nous manquent... des fragments de mémoire pour reconstituer notre histoire.

EXTRAIT

1. Le bureau

On l’appelait le bureau même si personne n’y travaillait. On lui avait donné ce nom-là parce qu’il fallait désigner les pièces de façon à savoir dans laquelle on se trouvait et dans laquelle on allait. Il fallait les différencier.
J’avais dix ans.
On en avait fermé la porte sur le couloir pour que les enfants n’entendent pas les bruits. Pour qu’ils imaginent, en roulant des yeux terrifiés, ce qui se passait à l’intérieur. La cheminée brûlait, on ne se questionnait pas sur le passage condamné. On dînait dans la salle à manger en attendant qu’un bruit se fasse entendre depuis le bureau.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Quimper en 1967, Laurent Herrou a été révélé par la collection Le Rayon dirigée par Guillaume Dustan aux éditions Balland.

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EPUB

Seitenzahl: 23

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Les pièces
Laurent Herrou
1. Le bureau
On l’appelait le bureau même si personne n’y travaillait. On lui avait donné ce nom-là parce qu’il fallait désigner les pièces de façon à savoir dans laquelle on se trouvait et dans laquelle on allait. Il fallait les différencier.J’avais dix ans.On en avait fermé la porte sur le couloir pour que les enfants n’entendent pas les bruits. Pour qu’ils imaginent, en roulant des yeux terrifiés, ce qui se passait à l’intérieur. La cheminée brûlait, on ne se questionnait pas sur le passage condamné. On dînait dans la salle à manger en attendant qu’un bruit se fasse entendre depuis le bureau.On croyait au Père Noël.On ne savait pas ce que deviendrait la famille.On regardait la porte en bois sombre, close, que l’on venait croiser par audace, alors qu’elle n’était pas sur le chemin entre les cuisines et la salle à manger — et on aidait, bien entendu, le soir de Noël plus que les autres —, mais terminait un petit couloir, à droite de l’entrée.On scrutait la porte en bois fermée, en se demandant ce qui se passait derrière. Je ne crois pas que les enfants sourient, dans l’anticipation d’un plaisir promis. Je crois plutôt qu’ils tremblent d’abord, à l’idée qu’on les prive dudit plaisir. Je crois que les enfants comprennent d’instinct que les choses n’arrivent pas comme on les attend — c’est plus tard que l’on cultive les illusions.Dans la pièce, on trouvait une petite télévision ronde, sur une table en céramique qui figurait un océan et l’île d’où la famille était originaire. Le bleu dominait, la terre était rare, une tache brune sur les carreaux vides.Le bureau résonnait des rires et des présences, on y croisait des tantes que l’on devait appeler « grandes » parce qu’elles étaient les sœurs du grand-père — elles n’étaient pas plus grandes que les autres, juste plus bruyantes, leur voix plus forte, leur accent plus prononcé. Leurs compliments faisaient mouche, sur la bonne éducation, la politesse et la serviabilité. Je rougissais parce que j’avais en plus de toutes ces qualités de beaux cheveux — on disait déjà : des cheveux de fille. Le grand-père grondait depuis la table de bridge où l’on jouait à la belote par facilité, en équipe, réclamant le silence et que l’on baisse la télévision pour pouvoir se concentrer.Les rires des tantes gonflaient : ce n’était qu’un jeu.C’était les vacances.Mais ce n’était pas qu’un jeu.