Les plus grands assassinats de l'Histoire - Stevens Parissien - E-Book

Les plus grands assassinats de l'Histoire E-Book

Stevens Parissien

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Ces assassinats qui ont changé l'histoire !



Les assassinats politiques ont parfois causé la chute de gouvernements, le morcellement de pays, le déclenchement de guerres ou l’oppression de peuples entiers. Le statut moral des victimes est évidemment très variable : comment comparer un nazi froid tel que Heydrich à un Martin Luther King ? Le domaine d’étude des assassinats est donc vertigineusement étendu. Nous avons tenté de le réduire en choisissant les exemples les plus intéressants, extraordinaires et significatifs parmi des actes prémédités, motivés politiquement et qui ont eu une influence sur l’Histoire. Et si l’Archiduc François-Ferdinand d’Autriche n’avait pas péri en 1914, ce qui aurait très bien pu arriver si son chauffeur avait tourné au bon endroit ? Et si John F. Kennedy, Abraham Lincoln ou Jules César avaient survécu ? Que serait-il advenu de l’Histoire ?



Cet ouvrage écrit à la manière d’un thriller dévoile les circonstances obscures de ce qu’ont été ces assassinats, qui en étaient les assassins, leurs raisons et leur modus operandi.



Remontez le cours de l'Histoire à la découverte des assassinats qui ont fait trembler les puissants




EXTRAIT :



Les assassinats politiques font partie de l’histoire depuis l’apparition des premières annales. Cet ouvrage commence par le meurtre de Jules César en 44 av. J.-C., mais aurait très bien pu débuter avec n’importe quel autre assassinat politique, aussi macabres que récurrents dans l’histoire diplomatique de l’Antiquité. Le terme « assassinat » est probablement entré dans la langue française au XVIe siècle, mais les motifs, les ambitions et les objectifs qui poussent à commettre un tel acte existent depuis la création des premières communautés et la nomination des premiers dirigeants.



Le champs d’étude des assassinats est donc vertigineusement étendu. J’ai dès lors tenté de le réduire à des proportions plus « raisonnables » en choisissant les exemples qui me semblaient les plus intéressants, les plus extraordinaires ou les plus significatifs. Le terme « assassinat » couvrira ici les meurtres prémédités, et motivés politiquement.



Les assassinats politiques ont sans aucun doute modifié le cours de l’Histoire. Comme les pages qui suivent le montreront, ces meurtres ont causé la chute de gouvernements, le morcellement de pays, le déclenchement de guerres et l’oppression de peuples entiers. Le statut moral des victimes varie à bien des égards : comment comparer un nazi froid et génocidaire tel que



Reinhard Heydrich à un ardent défenseur des droits civiques tel que Martin Luther King ?



Toutes les tentatives d’assassinat n’ont pas été menées à terme, bien entendu. Benjamin Jones et Benjamin Olken ont récemment publié une étude à l’Université de Harvard (intitulée Hit or Miss ?), se penchant sur les statistiques des assassinats. Il en ressort que sur les 298 tentatives enregistrées entre 1875 et 2004, seules 59 ont abouti. Nos vies auraient certainement été dramatiquement boule-versées si bon nombre de ces tentatives n’avaient pas échoué.


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Veröffentlichungsjahr: 2015

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Les + grands assassinats de l’Histoire

Stevens Parissien

LES GRANDS ASSASSINATS DE L’HISTOIRE

Les assassinats politiques font partie de l’histoire depuis l’apparition des premières annales. Cet ouvrage commence par le meurtre de Jules César en 44 av. J.-C., mais aurait très bien pu débuter avec n’importe quel autre assassinat politique, aussi macabres que récurrents dans l’histoire diplomatique de l’Antiquité. Le terme « assassinat » est probablement entré dans la langue française au XVIe siècle1, mais les motifs, les ambitions et les objectifs qui poussent à commettre un tel acte existent depuis la création des premières communautés et la nomination des premiers dirigeants.

Le champs d’étude des assassinats est donc vertigineusement étendu. J’ai dès lors tenté de le réduire à des proportions plus « raisonnables » en choisissant les exemples qui me semblaient les plus intéressants, les plus extraordinaires ou les plus significatifs. Le terme « assassinat » couvrira ici les meurtres prémédités, et motivés politiquement.

Les assassinats politiques ont sans aucun doute modifié le cours de l’Histoire. Comme les pages qui suivent le montreront, ces meurtres ont causé la chute de gouvernements, le morcellement de pays, le déclenchement de guerres et l’oppression de peuples entiers. Le statut moral des victimes varie à bien des égards : comment comparer un nazi froid et génocidaire tel que Reinhard Heydrich à un ardent défenseur des droits civiques tel que Martin Luther King ?

Toutes les tentatives d’assassinat n’ont pas été menées à terme, bien entendu. Benjamin Jones et Benjamin Olken ont récemment publié une étude à l’Université de Harvard (intitulée Hit or Miss ?), se penchant sur les statistiques des assassinats. Il en ressort que sur les 298 tentatives enregistrées entre 1875 et 2004, seules 59 ont abouti. Nos vies auraient certainement été dramatiquement bouleversées si bon nombre de ces tentatives n’avaient pas échoué.

1. On le trouve chez Dante dès le début du XIVe siècle. Des formes plus anciennes apparaissent dans les langues romanes médiévales, pour désigner les membres d’une secte ismaélienne.

JULES CÉSAR

100 - 44 AC, GÉNÉRAL ET DICTATEUR ROMAIN ASSASSINS : BRUTUS, CASSIUS ET D’AUTRES SÉNATEURS DATE : 15 MARS 44 AC LIEU : ROME, ITALIE

« Les dés sont jetés »

César, franchissant le Rubicon, 49 AC

L’assassinat de Caius Julius César en 44 AC, lors des Ides de mars (soit le 15e jour de ce mois, « ides » signifiant le milieu), est certainement l’un des meurtres politiques les mieux connus de l’histoire. Il n’a pas seulement mis fin à la vie d’un des plus grands généraux de la République romaine, il eut également pour conséquence la création du puissant Empire qui s’étendra sur quatre siècles. Il s’agit donc d’un des assassinats les plus cruciaux de l’histoire.

En 44 AC, le Sénat de Rome nomma César, alors homme politique et général de 55 ans, « dictateur à vie ». Toute son existence, il s’était battu pour en arriver là. Dès 55 AC, il avait pacifié la Gaule et soumis les Belges1, conquis l’Armorique (la Bretagne moderne) et envahi la Grande-Bretagne. Selon des estimations récentes, un million de Gaulois (soit environ un quart de la population) périrent lors de cette « pacification ». Plutarque, historien du premier siècle, estima qu’un autre million de Gaulois furent réduits à l’esclavage. Trois cents tribus furent soumises et huit cents villes détruites.

César s’était fait des ennemis tant à l’étranger qu’à Rome. En 50 AC, le Sénat, mené par son principal rival Pompée (Gnaeus Pompeius Magnus), intima à César l’ordre de revenir à Rome et de démobiliser son armée, une fois son mandat de proconsul expiré. César estima (probablement à juste titre) que s’il entrait à Rome sans jouir de l’immunité de consul, ou sans le soutien de son armée, il se verrait dans le meilleur des cas dépourvu de tout pouvoir politique. À la limite, il serait emprisonné, voire même exécuté. Pompée accusa publiquement César d’insubordination et de trahison, rendant impossible par la même occasion tout accord entre le puissant général et ses détracteurs au Sénat. L’année suivante, César, à la tête de la XIIIe légion, franchit le Rubicon, une rivière d’Italie centrale qui marque la frontière de la Gaule cisalpine. Un acte totalement illégal pour un citoyen romain. C’est ainsi qu’il déclencha la première guerre civile à Rome depuis des décennies.

Appréhendant de plonger la République dans une anarchie sanglante, Pompée, un général courageux mais pas particulièrement astucieux, permit à César de prendre l’initiative, avec une seule légion. Pompée fut finalement forcé de fuir par la voie maritime, et ce, jusqu’en Espagne, où César le suivit après avoir laissé l’Italie aux mains de ses alliés Marcus Aemilius Lépide et Marc Antoine. En Espagne, César défit l’armée de son ennemi, mais Pompée, insaisissable, réussit à fuir en Grèce dans un premier temps, et en Égypte ensuite. Assuré de sa nomination en tant que dictateur à Rome, César poursuivit Pompée à Alexandrie, où il apprit que son adversaire avait été tué sur les ordres du pharaon Ptolémée XIII.

César intervint ensuite dans les luttes intestines opposant le pharaon et sa co-régente, aussi soeur et épouse, et l’une des personnalités historiques légendaires de l’Antiquité, Cléopâtre VII. César ne se contenta pas de défaire les soldats de Ptolémée et de nommer Cléopâtre seule souveraine à occuper le trône égyptien. Il entretint également une relation amoureuse passionnée avec l’habile reine égyptienne. De leur union naquit un fils, Césarion. En réalité, César et Cléopâtre ne se marièrent jamais, la loi romaine le leur interdisant. Néanmoins, leur relation dura quatorze ans.

Pendant ce temps, César défit les derniers partisans de Pompée en Afrique et en Espagne. À son retour en Italie en 45 AC, avec l’illusion d’avoir le monde à ses pieds, César fut proclamé dictateur à vie. Il apporta rapidement de nombreux changements : il rédigea un nouveau testament dans lequel il faisait de son petit-neveu et fils adoptif, Octave (Caius Octavius), son unique héritier. Il modifia l’ancien calendrier romain pour créer le calendrier Julien, le premier comportant une année régulière, qui adaptait les mois aux changements de saisons. Il entreprit des réformes économiques considérables, régulant le prix du blé pour empêcher une inflation galopante, puis créa un système de retraite pour les vétérans, qui leur accordait des terres. Enfin, il lança un programme de travaux publics de grande envergure auquel Rome, centre de ce programme, doit le premier des forums impériaux.

Cependant, les honneurs accumulés en quelques années semblèrent lui monter à la tête. Les délégués du Sénat, envoyés pour informer César de son nouveau titre de dictateur, furent indignés de constater que, plutôt que de se lever en bon patricien pour aller à leur rencontre, il resta assis à leur approche, plus à la manière d’un potentat oriental (ou d’un pharaon autocrate) que d’un serviteur de la République.

Les sénateurs étaient terriblement soucieux du fait que César réagisse positivement aux acclamations du peuple, qui voyait en ce général leur rex, leur roi. Les Romains s’étaient débarrassés de leurs monarques plusieurs siècles plus tôt, et le Sénat craignait le retour de la monarchie en la personne de ce citoyen devenu tout puissant. Certains sénateurs se mirent à conspirer afin d’essayer d’enrayer ce qu’ils considéraient comme une course effrénée à la prise de pouvoir individuelle. L’ancien proche et jadis héritier de César, Marcus Junius Brutus, accompagné de son demi-frère Cassius, prit la tête d’un groupe dont les membres, aussi idéalistes que disparates, décidèrent d’assassiner César avant que celui-ci ne puisse réaliser son prétendu coup d’état.

Le 15 mars 44 AC, dans le forum, quelques sénateurs, menés par Brutus, firent appel à César afin qu’il examine une pétition exigeant qu’il remette le pouvoir aux mains du Sénat. Cependant, cette pétition était fausse. Marc Antoine, allié de César, l’avait en effet appris de la bouche d’un comploteur trop confiant, Servillius Casca. Craignant le pire, il se rendit sur les marches du forum pour avertir César du danger qu’il courait, mais il arriva trop tard. Le groupe de conjurés intercepta César alors qu’il passait devant le théâtre de Pompée (quelle ironie !) et le conduisit dans une loggia, à l’est du bâtiment. Là, un des sénateurs, Tillius Cimber, lui présenta la fausse pétition.

César venait d’en commencer la lecture lorsque Cimber arracha la tunique du dictateur et tenta, en vain, de le poignarder dans le cou. César pivota, saisit le bras de Casca et lui demanda ce qu’il essayait de faire. Casca, pétrifié, hurla qu’on lui vienne en aide et, en un instant, tous les membres du groupe, Brutus compris, dégainèrent leur arme et poignardèrent César. Le général tenta de s’échapper, mais trébucha et tomba sur les marches du portique alors que ses assassins continuaient de lui assener des coups de couteau. En tout, César fut poignardé vingt-trois fois. Mais, comme le conclut plus tard un médecin, seul le deuxième coup, porté à sa poitrine, se révéla fatal.

Les derniers mots de César (comme les dernières paroles de nombreux personnages historiques) ne sont pas connus avec certitude. Au XVIe siècle, Shakespeare paraphrasa Suétone, l’historien, en proposant : « Et tu, Brute ? », « Toi aussi, Brutus ? ». Toutefois, Plutarque nota que César n’avait rien dit du tout et qu’une fois qu’il eut succombé, Brutus s’était avancé pour prononcer un discours, mais que ses compagnons sénateurs s’étaient enfuis de tous côtés. Brutus et ses proches tentèrent par la suite d’exciter la plèbe en marchant vers le Capitole, tout en criant « Peuple de Rome ! Nous sommes libres à nouveau ! » Ils furent accueillis par un silence glacé.

Une fois les rumeurs de l’assassinat de César propagées, les Romains se barricadèrent chez eux afin d’éviter le bain de sang qui allait suivre. Le soulèvement tant craint n’eut pas lieu, mais une foule enragée mit bel et bien le feu au Forum, et la ville échappa de peu aux flammes.

César était immensément populaire auprès de la classe moyenne et de la plèbe, et c’est cette popularité qu’Octave et Marc Antoine, respectivement l’héritier et le bras droit de César, cherchèrent à exploiter. Marc Antoine n’a pas réellement prononcé le discours que Shakespeare écrivit pour lui seize siècles plus tard (« Amis, Romains, Concitoyens, prêtez-moi l’oreille ») mais il fit une oraison funèbre remarquable qui conquit la foule. Son emprise et son influence sur le peuple firent peur à de nombreux sénateurs qui crurent qu’un roi en puissance venait d’être remplacé par un autre.

Pendant les mois et les années qui suivirent, Rome devint, sans surprise, le théâtre d’une guerre civile. Les assassins de César furent déclarés « ennemis publics » et bon nombre d’entre eux furent poursuivis et mis à mort. Toutefois, des dissensions finirent par diviser Octave et Marc Antoine, ce qui rendit le paysage militaire et politique encore plus confus. Octave consolida son emprise sur l’Italie pendant qu’Antoine tentait d’établir une assise politique dans ce qui avait été le lieu favori de César, la Gaule.

Mais deux ans après la mort de César, Brutus était toujours en liberté. Menant une armée considérable de dix-sept légions, Brutus, encouragé par les querelles entre Octave et Marc Antoine, décida d’avancer vers Rome. Même si son armée remporta d’abord la victoire contre les troupes d’Octave, le républicanisme radical de Brutus fit disparaître temporairement les différends entre les deux vengeurs autoproclamés de César et, les légions alliées des deux hommes défirent le traître à Philippes en 42 AC.

Brutus parvint à s’enfuir mais préféra se suicider plutôt que de subir un scénario inévitable : le procès et l’exécution. Dans un dernier geste de respect aristocratique, Antoine fit brûler le corps de son ennemi, revêtu de la toge pourpre des patriciens. Mais ce dont Antoine ne se rendit pas compte, c’est qu’avec Marcus Junius Brutus, c’étaient les derniers espoirs de salut de la République qui partaient en fumée.

NAISSANCE DE L’EMPIRE ROMAIN

Le meurtre de Jules César eut pour conséquence directe et imprévisible pour Brutus et ses compagnons, la fin précipitée de la République romaine.

L’héritier de César, Octave, nourrissait une ambition sans bornes. Malgré son jeune âge (19 ans) à la mort de César, ses desseins étaient bien plus extrêmes que ceux du grand général, dont la dictature avait somme toute des accents sénatoriaux. Ayant collaboré à la chute de Brutus, il créa un second triumvirat, avec Marc Antoine et Lépide, et veilla également à la déification de César (ce qui allait servir par la suite ses propres intérêts).

Pendant la décennie qui suivit, Octave réussit à marginaliser Lépide et à éloigner Marc Antoine dans cet exil en Égypte, qu’il s’était lui-même imposé avec son inamorata, Cléopâtre, celle-là même qui avait ensorcelé César. En 31 AC, les flottes alliées de Marc Antoine et de Cléopâtre furent détruites par les forces navales d’Octave lors de la bataille d’Actium et les amants au destin funeste suivirent l’exemple de Brutus et se donnèrent la mort.

Quatre ans plus tard, en 27 AC, Octave fut proclamé « Auguste », son statut de « fils de Dieu » fut confirmé, malgré ses liens de parenté relativement ténus avec César. On lui confia des pouvoirs qui excédèrent de loin ceux de son illustre prédécesseur. Auguste, le princeps, était devenu le premier empereur de Rome.

CÉSAR EN QUELQUES DATES

100 AC : naissance dans une famille romaine patricienne et aristocratique

81-61 AC : entrée au service de Rome et de ses provinces dans les domaines militaire et civil. Gouverneur de la province espagnole Hispania Ulterior (61 AC)

60 AC : élection au poste de consul et formation du premier triumvirat destiné à diriger Rome avec Crassus et Pompée

58-50 AC : campagnes militaires visant à imposer l’autorité romaine dans les vastes territoires de la Gaule et invasion de la Grande-Bretagne à deux reprises (55 et 54 AC)

50-48 AC : rivalité avec Pompée, après la mort de Crassus et la fin du triumvirat

47-45 AC : mandat d’un an de dictateur et de consul (pour la deuxième fois). Début d’une relation personnelle et politique avec Cléopâtre. Répression des rébellions menées en Espagne par les fils de Pompée

45 AC : nomination comme dictateur à vie et consul pour dix ans. Déification et création du mois « Julius » (juillet) en son honneur

44 AC : assassinat (le 15 mars) par des sénateurs effrayés par sa montée en puissance

1. Gaule Belgique : sud des Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, nord-est de la France et sud de l’Allemagne.

CALIGULA

12-41, EMPEREUR ROMAIN ASSASSINS : GARDES PRÉTORIENS, MENÉS PAR CHAEREA DATE : 24 JANVIER 41 LIEU : ROME, ITALIE

« Faites-lui sentir qu’il meurt »

Mot d’ordre de Caligula, selon Suétone, concernant les exécutions

Les jugements historiques sont constamment révisés, et, depuis des siècles, les historiens utilisent des documents, des nouveaux témoignages, ainsi que leur perspicacité personnelle pour envisager, sous un autre angle, les réputations de personnages historiques. Il en résulte souvent des portraits étonnamment différents. Ainsi, toute une série de tyrans du passé ont pu redorer leur blason, et des héros ont par contre perdu toute raison d’être glorifiés.

Cependant, toutes les célébrités historiques ne peuvent pas être réhabilitées. Même si des tyrans présumés, tels que Richard III d’Angleterre ou Ivan IV de Russie entre autres, sont à présent considérés sous un jour bien plus favorable qu’il y a quelques années, les réputations de certains dirigeants sont si profondément ancrées dans l’esprit du public qu’elles résistent à toute amélioration proposée. L’Empereur romain Caligula en est un parfait exemple. Alors que les témoignages probants concernant sa vie et son caractère sont plutôt rares, il a été unanimement critiqué depuis les premiers récits historiques. Si l’on peut dire de quelqu’un dans ce livre qu’il a mérité sa mort violente, c’est bien lui.

Caligula est né en 12 apr. J.-C. sous le nom de Caius Julius César Germanicus. Troisième des six enfants du petit-fils adoptif de l’Empereur Auguste, Germanicus, Caligula connut une enfance heureuse. Fils d’un général immensément populaire, qui aurait pu d’ailleurs prétendre à devenir l’héritier d’Auguste, il accompagna ses parents lors de campagnes militaires en Germanie, pendant lesquelles il devint la mascotte de l’armée de son père, souvent habillé d’un uniforme de soldat miniature.

C’est de cette manière qu’il acquit ce surnom affectif de « Caligula », les caligae étant le nom des petites chaussures qu’il portait à ces occasions.

Cependant, l’éducation du petit Caligula se révéla par la suite bien moins joyeuse. Son père fut empoisonné (selon Germanicus, par des hommes de son rival, Tibère, le fils d’Auguste) et il grandit, tel un otage, dans la demeure de la mère de Tibère, la machiavélique conspiratrice Livie, et, plus tard, chez sa grand-mère Antonia. Dans ces deux maisons, il était délibérément tenu à l’écart du monde. Entre leurs murs, cependant, il avait le droit de faire tout ce qu’il lui plaisait. C’est de cette époque que datent les accusations d’inceste avec ses trois sœurs (ses seules compagnes d’alors). Le sens moral de Caligula ne s’améliora pas lorsqu’en 31 apr. J.-C. il fut confié aux soins de Tibère sur l’île de Capri. Là, Caligula fut incité à se délecter de toutes les perversions possibles et imaginables, comme le prête à penser l’historien Suétone.

À la mort de Tibère, en 37, Caligula fut proclamé Empereur. Suétone écrivit que Macro, le préfet de la garde prétorienne, avait en réalité accéléré la mort de Tibère en l’étouffant avec un oreiller, pour que Caligula devienne Empereur le plus rapidement possible. Pendant les premières semaines de son règne, Caligula prit soin de garder l’opinion publique de son côté. Le lieutenant détesté de Tibère, Sejan, fut exécuté, comme bon nombre de ses alliés et de ses hommes. Caligula ne tarda pas à mettre fin aux procès pour trahison de Tibère, à réformer le système fiscal, à rétablir un droit de suffrage, et à bannir les auteurs de délits sexuels de l’Empire (ce qui sera d’ailleurs vu par la suite d’une ironie terrible).

Caligula aimait également organiser de somptueux spectacles pour son peuple. Peu après son accession au trône, il ordonna la construction temporaire d’un pont flottant de plus de trois kilomètres à travers la baie de Naples. Ce pont était composé de navires et partait de Baïes pour rejoindre Pouzzoles. En comédien accompli, il s’avança sur le dos de son cheval favori, Incitatus, pour traverser ainsi la Baie, portant le plastron d’Alexandre le Grand.

Il voulait rivaliser avec Xerxès, le roi de Perse, qui avait franchi l’Hellespont, et prouver le non-fondement d’une prophétie récente qui prétendait qu’il avait « autant de chances de devenir Empereur que de traverser le Golfe de Baïes à cheval ».

Cependant, en 37 apr. J.-C., une sérieuse affection modifia profondément sa personnalité. Son comportement devint de plus en plus arbitraire et violent, et en 39 apr. J.-C. il démit les consuls de Rome de leurs fonctions pour les remplacer, sans l’accord du Sénat. Il humilia publiquement plusieurs sénateurs en les faisant courir le long de son char en toge. Par la suite, il déguisa des Gaulois en prisonniers germains pour « prouver » une victoire aussi écrasante que fictive.

Un autre de ses délires consista à ordonner à des troupes de vétérans romains de ramasser des coquillages, « dépouilles de la mer », pour illustrer sa victoire sur Neptune, le dieu des océans. (D’autres sources suggèrent que cette tâche n’avait pour seul but que de permettre à l’Empereur de sauver la face : ses troupes venaient de se mutiner et avaient refusé d’embarquer pour envahir la Grande-Bretagne).

De retour à Rome, Caligula, se proclamant alors « Dieu vivant », fit en sorte que le culte de déification impérial voulu par Auguste soit concentré désormais uniquement sur sa propre personne. Vêtu comme un Dieu, il arrivait au Temple de Castor et Pollux et exigeait que ceux qui s’y trouvaient le vénèrent. Dans d’autres temples de Rome, les visages des statues des Dieux furent remplacés par le sien (même lorsqu’il s’agissait de divinités féminines).

Les histoires concernant le comportement de plus en plus insensé de Caligula circulaient à travers tout l’Empire. Bon nombre d’entre elles évoquaient les prétendues relations incestueuses qu’il entretenait avec ses sœurs, et particulièrement avec Drusilla. (Toutefois, l’histoire qui prétend qu’elle fut tuée par Caligula lui-même alors qu’il tentait de lui faire une césarienne pour mettre au monde l’enfant dont il était le père fut inventée de toutes pièces par Robert Graces pour les besoins de son roman haut en couleurs Moi, Claude, Empereur en 1934).

On disait aussi de lui qu’il avait nommé son cheval favori consul et qu’il lui avait offert une maison dotée d’une écurie en marbre, d’une mangeoire en or et de colliers de pierres précieuses. Cependant, la légende selon laquelle il voulait faire de ce même destrier un membre du Sénat était très certainement une plaisanterie de mauvais goût des sénateurs.

De nombreuses sources évoquent la fréquence à laquelle Caligula exhibait ses parties génitales, aux proportions impressionnantes, et qu’il prenait plaisir à manipuler lors de jeux publics. Plus sérieusement, on raconta qu’il avait créé un bordel dans son palais et l’avait peuplé des épouses des sénateurs, obligées de s’exécuter devant les yeux horrifiés des malheureux patriciens.

Son comportement devint de plus en plus imprévisible. Lorsqu’il n’y avait pas assez de prisonniers pour combattre les lions et les tigres de l’arène, il faisait participer quelques spectateurs afin de combler ce manque. Il était devenu criminel de le regarder d’une position plus élevée que celle qu’il occupait et de l’empêcher d’agir à sa guise.

Pendant des années, Caligula, de plus en plus fou, fut protégé par ses gardes du corps germains et par la garde prétorienne romaine. Ce n’est que lorsque cette dernière décida qu’elle ne pouvait plus supporter les excès de l’Empereur que les jours de celui-ci furent vraiment comptés. L’un des gardes prétoriens les plus hauts gradés, Cassius Chaerea, avait subi une sérieuse blessure aux testicules durant ses longues années de dévoué service. Selon Suétone, Caligula s’était moqué à maintes reprises de cette blessure, décrétant que le mot de passe quotidien des gardes devait être une insulte du genre « priapus » (érection) ou « Vénus » (terme d’argot romain désignant un eunuque) chaque fois que Chaerea était de service. Le 24 janvier 41, Chaerea et d’autres gardes accostèrent Caligula alors qu’il discutait avec une troupe de jeunes comédiens pendant une série de jeux dédiés au Divin Auguste. Chaerea demanda le mot de passe du jour à l’Empereur, après quoi le garde cria « Qu’il en soit ainsi ! » et l’attaqua. Après le premier coup, Caligula appela à l’aide, ce qui poussa les compagnons de Chaerea à l’imiter. Suétone fit état d’un total de trente coups, dont plusieurs avaient été portés aux parties génitales de cet Empereur si méprisé.

Un autre soldat de Chaerea partit à la recherche de la femme et de la fille de Caligula et les exécuta. Les gardes du corps germains, fous de rage, arrivèrent trop tard dans l’arène et se vengèrent atrocement sur des sénateurs et des spectateurs innocents. Dans la panique qui suivit, l’oncle de Caligula, qu’on avait presque oublié, fut tiré hors de sa cachette et emmené jusqu’à un campement de prétoriens situé non loin de là, où les gardes le déclarèrent Empereur.

Le Sénat, soutenu par Chaerea, tenta d’utiliser la mort de Caligula pour restaurer la République qu’Auguste avait fait disparaître. Toutefois, les légions restèrent fidèles à l’Empereur et la plèbe romaine exigea entretemps que ses meurtriers soient jugés.

En réalité, ce sont les légions et la plèbe qui menèrent la danse. Le Sénat exigea que Claude fut le nouvel Empereur. Claude et les Prétoriens supposèrent, à juste titre, que cela mènerait inexorablement à une diminution, voire à une abolition de l’autorité impériale. Claude refusa. En retour, le nouvel Empereur accepta d’accorder son pardon à tous les assassins, à l’exception de Chaerea. Condamné à mort, il demanda à mourir en prononçant les mêmes paroles qui avaient causé la perte de Caligula.

Lors des jours qui suivirent, Claude s’assura que son règne, qui verrait d’ailleurs une expansion considérable de l’Empire, soit rapidement légitimé. À cette fin, il adopta l’illustre nom de « César » comme cognomen, et reprit le nom d’« Auguste », tout comme l’avaient fait ses deux prédécesseurs lors de leur accession au trône. Il conserva l’honorifique nom de « Germanicus » afin de rappeler à ses sujets sa relation avec son héros de frère. Dans l’Empire romain, un nom pouvait tout changer.

L’INVASION DE LA GRANDE-BRETAGNE

Sous le règne du successeur de Caligula, Claude (de 41 à 54 apr. J.-C.), l’Empire romain connut sa première grande expansion depuis le règne d’Auguste. La Thrace, la Judée et de nombreux autres territoires vinrent s’ajouter à ceux de l’Empire, à l’extrémité orientale de la Méditerranée. En Afrique du Nord, l’annexion de la Mauritanie, entamée par Caligula, fut achevée. Mais la nouvelle conquête la plus considérable, tant au niveau économique qu’au niveau politique, fut celle de la Grande-Bretagne, Britannia, tout au nord de l’Empire.

En 43, Claude envoya Aulus Plautius et quatre légions en Grande-Bretagne pour répondre à l’appel d’un allié tribal évincé. Ce pays était riche et constituait également un refuge pour les Gaulois mécontents. L’île avait été envahie par Jules César en 55 av. J.-C., mais les Romains ne s’y étaient alors pas installés de manière permanente.

Claude décida de faire de ce joyau un territoire de l’Empire à part entière. La conquête d’Aulus fut relativement aisée. Les tribus britanniques, désunies, ne réussirent pas à s’allier contre les légions romaines et permirent à Aulus de les soumettre une à une.

Claude lui-même se rendit en Grande-Bretagne, emmenant avec lui des légions supplémentaires ainsi qu’un troupeau d’éléphants, au grand étonnement des habitants locaux. Les pachydermes furent utilisés lors de la prise de Camulodunum (Colchester) mais ils ne survécurent pas longtemps.

Lorsque Caractacus, le seul général britannique qui eut opposé une résistance digne de ce nom, fut finalement capturé par les Romains en 50, Claude fit preuve de clémence et lui offrit des terres où le vaincu put passer le reste de sa vie, telle une bête curieuse en captivité.

CALIGULA EN QUELQUES DATES

12 : naissance de Caius Julius César Germanicus à Antium (dynastie des Julii-Claudii)

15-19 : expéditions en Germanie et au Moyen-Orient menées par son père Germanicus, qu’il accompagne

37 : nomination d’Empereur à la mort de Tibère. Une grave maladie dégrade sa santé mentale

38 : exécution de Macro, chef des Prétoriens, et petit-fils de Tibère, Tiberius Gemellus. Déification de sa sœur décédée, Drusilla

39 : réprimande une révolte dans la région du Haut Rhin

40 : expédition avec une armée vers la côte Nord de la Gaule. Décision ne pas envahir la Grande-Bretagne

41 : assassinat de Caligua, de sa femme, et de sa fille, par Cassius Chaerea, tribun de la garde prétorienne

THOMAS BECKET

VERS 1118-1170, ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY ASSASSINS : REGINALD FITZURSE, HUGH DE MOREVILLE, WILLIAM DE TRACY ET RICHARD LE BRETON DATE : 29 DÉCEMBRE 1170 LIEU : CANTERBURY, ANGLETERRE

« N’y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? »

Henry II dans un accès de rage, selon la tradition populaire, décembre 1170

L’histoire du Roi d’Angleterre Henry II et de Thomas Becket a tout d’une tragédie classique. Amitié et collaboration se muent en jalousie et en hostilité, et les amis modèles en ennemis jurés. Les conséquences furent dramatiques : fuite à l’étranger de l’Archevêque de Canterbury, conflits internationaux, menaces de guerre et, enfin, l’assassinat commis de sang-froid dans la cathédrale de Canterbury.

Thomas Becket est né vers l’an 1118 à Cheapside, à Londres, dans une famille relativement aisée, d’origine normande. Enfant, il attira l’attention de l’Archevêque de Canterbury de l’époque, Théobald. Au XIIe siècle, la promotion sociale n’était possible que par le biais d’un patronage de l’Église, que le jeune Thomas acquit rapidement grâce à ses capacités intellectuelles. Son ascension fut par la suite fulgurante. Théobald l’envoya à l’étranger exécuter diverses missions, fit de lui un ecclésiastique et finit par le nommer Archidiacre de Canterbury.

Sa nouvelle nomination le conduisit dans l’entourage du roi. Henry II était monté sur le trône en 1154, après environ deux décennies d’une guerre civile terrible entre deux prétendants rivaux : Stephen et la mère de Henry, Matilda.

Comme on peut l’imaginer, le premier objectif de Henry fut de fonder un gouvernement fort et stable. À cette fin, il voulut nommer un ministre de la Justice qui serait digne de confiance, et qui serait accepté par la majorité, pour ne pas dire la totalité des hommes influents du Royaume. Il le trouva en la personne que proposait l’Archevêque Théobald : Thomas Becket. Les liens étroits qu’il entretenait avec les oligarques de Londres et le soutien sans réserve que lui apportait l’Église en firent un candidat de choix aux yeux de Henry. Ce dernier ne s’attendait cependant pas à ce que cette relation se transforme en solide amitié.

Becket devint rapidement le bras droit du roi. Faisant preuve d’une brutalité sans scrupules, il fit respecter l’autorité de Henry dans les grands territoires français (l’Empire angevin) que le roi avait obtenus par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine en 1152. Il révisa le système fiscal, au grand mécontentement des nobles qui devaient désormais payer de véritables impôts pour la première fois en vingt ans.

Ainsi, il devint l’un des collaborateurs les plus indispensables de Henry. Il le conseillait sur des événements politiques, des questions d’étiquette, ainsi que sur des problèmes d’ordre fiscal, légal ou militaire. Le Roi Henry envoya même son fils aîné et héritier, le Prince Henry (appelé par la suite le « Jeune Roi »), vivre chez Thomas Becket. Toutefois, la conséquence qu’entraîna cet arrangement (habituel à cette époque) fut l’apparition d’un fossé entre Henry II et Becket, ainsi qu’entre le roi et son héritier.

On raconta par la suite que le Jeune Roi avait déclaré que Becket lui avait donné plus d’amour paternel en un jour que son père dans sa vie entière.

En 1161, Théobald mourut et Henry, après avoir quelque peu hésité, fit de son ami Thomas le successeur de l’Archevêque, au mois de mai de l’année 1162. Toutefois, cette nomination allait être le synonyme de la fin de l’amitié entre le roi et son ministre. On dit que Becket fut malheureux de devoir quitter l’entourage du roi et qu’il considéra cette promotion au rang de primat d’Angleterre comme une manière de neutraliser son influence politique. Il manifesta tout son mécontentement à Canterbury et se tourna vers le pape pour trouver un soutien, juste au moment où Henry cherchait à réduire l’influence de ce dernier sur l’Église d’Angleterre.

Il se montra inutilement provocateur, s’opposant aux nouvelles initiatives fiscales du roi, insistant pour que les barons lui rendent hommage en ce qui concernait les terres liées à l’archevêché de Canterbury. Il défendit l’indépendance du système judiciaire de l’Église (empêchant par la même occasion les autorités séculières de poursuivre un membre du clergé ayant commis un crime). En bref, Becket se métamorphosa : de conseiller royal habile pour régler les problèmes politiques, il devint le défenseur autoproclamé de l’Église. Henry s’était clairement trompé d’homme : il avait espéré que son fidèle chancelier rallie l’Église au trône, et il découvrit un Archevêque qui préférait maintenir la distance entre l’Église et l’État, et défier publiquement l’autorité du roi.

La première manifestation de ce gouffre entre les deux hommes fut la démission de l’Archevêque de son poste de chancelier en 1163. Il avança, avec fausse modestie, qu’il n’avait pas la force d’assumer un de ces deux postes, et encore moins les deux à la fois. Henry en fut abasourdi. Le chancelier du Saint-Empire romain était également Archevêque. Pourquoi la situation ne pouvait-elle pas être la même en Angleterre ? Henry avait été fort occupé par les territoires français pendant des années, et n’avait pas remarqué à quel point les opinions de Becket s’étaient éloignées des siennes. À présent, il ne pouvait plus l’ignorer.

La confrontation eut lieu en 1164 au château de New Forest (aujourd’hui disparu) de Clarendon. L’objectif de l’assemblée réunie pour la circonstance était de permettre à Henry de renforcer son contrôle sur l’Église aux dépens du Pape. Le moment pour présenter cette proposition était parfait : le Pape Alexandre III était alors en exil en France, chassé de Rome par des troupes impériales. Henry supposait que son Église lui obéirait et avaliserait sa politique. Les « Constitutions de Clarendon », que le monarque proposait semblaient honnêtes et raisonnables, mais Becket choisit de les interpréter comme une ingérence injustifiable dans les matières ecclésiastiques, et encouragea ses évêques à ne pas les accepter.

Henry II, célèbre pour son tempérament emporté, fulmina devant l’opposition de Becket et décida de le destituer de son poste d’Archevêque, et de s’assurer de son humiliation totale. Becket fut accusé d’outrage lors d’un conflit concernant des terres, et lorsqu’il se rendit au château de Nothampton pour une réunion de conseillers du roi en octobre 1164, celui-ci refusa de le voir. Becket demanda l’autorisation au roi de quitter l’Angleterre, mais avant que le roi ne puisse se prononcer (selon les Constitutions de Clarendon aucun clerc ne pouvait quitter le pays sans l’autorisation royale), Becket s’enfuit du château et quitta l’Angleterre.

La fuite de Becket devint rapidement un événement d’ampleur internationale. Il se rendit à la cour du pire ennemi de Henry II, le Roi de France Louis VII, chez qui le Pape avait déjà trouvé refuge. Son appel, typiquement mélodramatique, au Pape Alexandre III séduisit ce dernier, qui lui offrit tout son soutien. Dès 1165, Alexandre dénonça les actions de Henry, et l’année qui suivit vit la nomination de Becket au poste de légat du pape pour l’Angleterre.

Henry ne favorisa pas sa cause en se vengeant et en renvoyant tous les alliés et tous les hommes de Becket, et s’alliant aux ennemis du Pape dans le Saint-Empire romain. Afin de consolider son puissant Empire (les territoires d’Angevin d’Henry couvraient alors l’actuelle France occidentale), Henry voulut faire du Jeune Roi, le Prince Henry, son égal, mais un couronnement légitime ne pouvait être réalisé que sous l’égide d’un archevêque de Canterbury.

À partir de 1168, la présence de Becket en France devint embarrassante pour Louis VII. En effet, il l’empêchait de tâter le terrain pour conclure une paix éventuelle, après les récentes défaites infligées par les troupes de Henry. Même le Pape Alexandre, bien plus diplomate que son ambitieux Archevêque de Canterbury, empêchait Becket de s’engager dans une opposition plus violente, tout en essayant secrètement de régler le conflit avec le roi. Par la suite, Louis et Alexandre négocièrent toute une série de projets de grande ampleur à Montmirail. En janvier 1169. Henry II et Thomas Becket y furent invités, invitation à laquelle ils répondirent tous deux positivement. Cependant, cette tentative de médiation finit par échouer à cause de l’orgueil de Becket, et Henry choisit de faire couronner son fils en l’absence de son Archevêque.

Contraint par les Français, Becket finit par accepter une réconciliation apparente avec Henry en juillet 1170. Il ne fut pas question des Constitutions de Clarendon et aucun « baiser de paix » (un point de friction majeur l’année précédente) ne fut offert ou reçu.

Le 1er décembre 1170, le navire de Becket arriva à Sandwich, dans le Kent. Mais il venait d’agir contre ses intérets. Avant de quitter la France il avait, de connivence avec le pape, excommunié l’Archevêque de York (l’autre diocèse de l’Église d’Angleterre) ainsi que les évêques de Salisbury et de Londres, pour avoir officié lors du couronnement du Jeune Roi. Cette excommunication arriva à un moment particulièrement mal choisi, et allait finir par causer la mort de Becket. Henry, furieux, constata que rien n’avait changé : Becket était toujours le même prélat, égocentrique, orgueilleux et vaniteux. Les tensions entre les deux hommes devaient obligatoirement se solder par un acte de violence.

Nous ignorons si Henry a réellement prononcé les paroles qu’on lui attribue généralement : « N’y a-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? ». Il est probable qu’il ait murmuré quelque chose de ce genre, peut-être en aparté. L’Évêque de Salisbury l’aurait entendu dire quatre ans plus tôt : « Tous des traîtres, pas assez loyaux ou courageux pour me débarrasser du harcèlement d’un homme ». Cette fois-ci cependant, quatre chevaliers prirent à la lettre les paroles du Roi.

Le 29 décembre 1170, Reginald Fitzurse, Hugh de Moreville, William de Tracy et Richard le Breton (pressés de gagner les faveurs du roi, mais loin d’être malins) décidèrent d’aller affronter l’Archevêque dans sa cathédrale.

À Canterbury, Becket leur offrit le gîte et le couvert, mais les échanges s’envenimèrent, et Fitzurse accusa l’Archevêque de rompre la paix et de vouloir priver le Jeune Roi de son trône. Les quatre chevaliers envisagèrent alors de tuer Becket avec sa propre croix processionnelle, mais se ravisèrent. Ils appelèrent du renfort (de nombreux témoins crurent, sans doute à raison, qu’ils étaient saouls), mais personne ne vint et Becket se rendit dans sa cathédrale pour y célébrer les vêpres.

Les chevaliers dégainèrent leurs armes, se précipitèrent dans la cathédrale et firent face à Becket. L’un d’entre eux le frappa à l’épaule du plat de son épée, déclarant « Fuis, tu es un homme mort ! ». Mais l’Archevêque ne bougea pas, et les affronta avec calme et résignation. Il les mit au défi d’accomplir leur basse besogne.

Ils s’exécutèrent et Becket s’effondra sous une avalanche de coups d’épées. La vie d’un homme venait de s’achever, mais celles d’un saint et d’un roi rongé de remords allaient débuter.

SAINT THOMAS

Tout indique que Thomas Becket s’attendait au martyre, et lorsque l’occasion se présenta, il l’accueillit à bras ouverts. Il ne fait aucun doute que son histoire et son assassinat touchèrent la corde sensible de l’Europe de l’époque, qui considéra Becket comme un humble sujet, défenseur des libertés de l’Église contre les outrages d’un puissant roi. Thomas Becket fut rapidement vénéré à travers tout le continent.

Becket fut canonisé très rapidement, en mars 1173, ce qui constitue un fait totalement inhabituel. Quatorze mois plus tard, Henry II, qui avait déjà accepté avec le pape d’annuler les Constitutions de Clarendon, s’humilia lors d’une pénitence publique sur la tombe de Becket dans la Cathédrale de Canterbury.

En 1220, les restes de Becket furent exhumés et placés dans un mausolée dans la Chapelle de la Trinité, qui venait d’être achevée. Cette chapelle devint l’un des lieux de pèlerinage les plus populaires d’Angleterre, jusqu’à la Réforme dans les années 1530, lorsque le mausolée fut détruit.

Aujourd’hui, une chandelle indique son emplacement. C’est aussi en direction de cette chapelle que les pèlerins, du XIVe siècle de Chaucer, se rendent dans les Contes de Canterbury.

De nombreuses légendes locales se mirent à circuler quant à sa mort : la prétendue absence de rossignols dans le village d’Otford dans le Kent fut attribuée à Becket, dont on dit qu’il avait été dérangé dans ses dévotions par le chant d’un de ces oiseaux, et qu’il avait exigé que ceux-ci cessent définitivement de chanter dans le village.

BECKET EN QUELQUES DATES

Vers 1118 : naissance à Londres dans une famille d’origine normande

1154 : archidiacre de Canterbury sous la protection de l’Archevêque Théobald. Nomination de Chancelier par Henry II

1158 : mission diplomatique à Paris

1162 : Archevêque de Canterbury

1163 : démission du poste de Chancelier, et début de la défense des pouvoirs de l’Église

1164 : désaccord sur les Constitutions de Clarendon, qui conféraient une autorité au Roi dans les affaires de l’Église

1164-1170 : exil en France et conflit avec Henry avant un rapprochement et un retour à Canterbury

29 décembre 1170 : assassinat dans la Cathédrale de Canterbury.

1173 : canonisation

CONRAD DE MONTFERRAT

VERS 1145-1192, CHEF DE CROISADE ASSASSINS : DEUX MEMBRES DE LA SECTE DES ASSASSINS DATE : 28 AVRIL 1192 LIEU : JÉRUSALEM, PALESTINE

Le mot assassin dériverait de l’arabe hashishi ou hashsash. Littéralement, ce terme désignerait une personne ayant ingéré du cannabis sativa, une plante utilisée comme drogue, souvent connue aujourd’hui sous le nom de haschich. Cependant, les nombreuses anciennes histoires, qui racontent que l’on nourrissait des groupes de musulmans hashashin ou « assassins » de cannabis, qu’on leur promettait un paradis sur terre et qu’on les incitait ensuite à aller tuer afin d’y accéder, se sont révélées être des contes de bonne femme, inventés dans le but d’expliquer leur volonté inflexible et, pendant un moment, leurs étonnants succès.

En fait, le terme hashashin, devenu celui d’assassin dans le monde occidental, semble avoir été le surnom dédaigneux donné à une secte islamique, qui se rendit célèbre dès le XIIe siècle par l’usage du meurtre politique. Selon la croyance, seule la dépendance à des drogues psychodysleptiques pouvait encourager les Assassins à accomplir de telles attaques, imprudentes et souvent suicidaires.

En réalité, les Assassins étaient une ramification de la communauté ismaélienne, elle-même une secte de l’islam chiite.

Les Assassins apparurent pour la première fois à la fin du XIe siècle en Perse et en Syrie, avec à leur tête le chef révolutionnaire charismatique Hasan-i Sabbâh.

S’étant emparé d’une série de châteaux dans l’Est de la Perse, ils utilisèrent leurs bases pour attaquer l’empire seldjoukide vers l’ouest. Les meurtres ciblés des commandants seldjoukides haut placés, et d’autres membres éminents de la religion musulmane sunnite, effectués au début sur l’ordre de Hasan, commencèrent aux environs de 1100. Toutefois, c’est le meurtre d’un potentat occidental, en 1192 qui attira sur eux l’attention du monde entier.

Conrad de Montferrat était un homme comblé : riche, connu pour sa beauté, et extrêmement bien apparenté – il était le cousin du saint empereur romain, Frédéric Ier, alias Barberousse, du roi Louis VII de France et du duc Léopold V d’Autriche. Célébré à travers toute l’Europe comme étant l’exemple même de la chevalerie et du courage, il était l’un des guerriers les plus connus de la chrétienté.

Il reçut une formation de diplomate, mais il devint un commandant militaire expérimenté, qui battit l’armée de l’empereur Frédéric à Camerino en 1179.

Lorsqu’il apparut à la cour de Byzance en 1180, un observateur écrivit qu’il était « très beau, au printemps de sa vie, d’un courage et d’une intelligence exceptionnels et sans pareils, à la fleur de la force de son corps. »

En 1187, Conrad partit rejoindre son père au royaume de Jérusalem, créé par les croisés en 1099, mais dont l’existence était à présent menacée par les Turcs seldjoukides. Ceux-ci avaient à leur tête un chef extrêmement compétent, le légendaire sultan d’origine kurde, Saladin.

À son arrivée, Conrad apprit que l’armée des croisés avait été écrasée par Saladin lors de la bataille de Hattin. Saladin avait fait prisonniers le roi de Jérusalem, Guy de Lusignan, ainsi que le propre père de Conrad, le duc Guillaume V de Montferrat.

La ville de Jérusalem et la forteresse d’Acre étaient déjà tombées aux mains des forces de Saladin. Il prit alors la mer en direction du port assiégé de Tyr, dans le but de sauver la ville.

Saladin attaqua Tyr par voie maritime et terrestre, et, selon la légende, il proposa à Conrad de relâcher son père en échange de la ville. Le vieil homme aurait conseillé à son fils de ne pas céder, même face à une menace de mort.

Conrad répondit au chef des Seldjoukides que son père avait déjà une longue vie derrière lui. En disant ces mots, il pointa sur lui son arbalète, ce qui aurait poussé Saladin à émettre cette remarque (qui semble toutefois invraisemblable) : « Cet homme est incrédule et très cruel ».

Quels que furent les véritables propos échangés, les Seldjoukides acceptèrent de remettre Guillaume V aux mains de son fils.

À la fin du mois de décembre 1187, Conrad lança une contreattaque audacieuse contre les assiégeants seldjoukides, et mit en déroute la marine égyptienne de Saladin, ainsi que ses troupes continentales. Tyr était sauvée, du moins pour le moment.

Conrad était à présent le seul général chrétien sur lequel reposait l’espoir de sauver le royaume assiégé de Jérusalem. Saladin libéra Guy de Lusignan, qui, comme on pouvait s’y attendre, arriva à Tyr et exigea de Conrad fidélité, puisqu’il était le roi, ainsi que les clefs de la ville.

Bien entendu, Conrad, dont le nombre impressionnant d’exploits militaires dépassait de loin celui de Guy, refusa, arguant que celui-ci avait en réalité perdu le trône à la bataille de Hattin. Conrad refusa même d’accorder à Guy et à son épouse la permission d’entrer dans la ville, jusqu’à ce que l’affaire soit jugée, notamment par l’Empereur et les rois de France et d’Angleterre, qui avaient financé la majeure partie de cette expédition.

Ensuite, Conrad s’assura le droit au trône en épousant la seule principale prétendante au trône après Guy, Isabelle de Jérusalem. A l’époque, celle-ci vivait un mariage heureux. Cependant, c’est avec enthousiasme que Conrad et l’ambitieuse mère de la jeune fille s’associèrent pour faire annuler son mariage, arguant qu’elle était mineure au moment de sa célébration. Dès lors le couple, pourtant loin d’être heureux, fut uni par les liens du mariage le 20 novembre 1190.

Mais Guy de Lusignan ne se laissa pas déposséder de son royaume sans réagir. Il traversa l’Europe pour se rendre à la cour de Richard Ier, récemment devenu roi d’Angleterre à la mort de son père. C’était un guerrier renommé qui aspirait à rétablir la fortune chrétienne au Proche et au Moyen-Orient. Guy gagna le soutien de Richard et le roi d’Angleterre s’engagea à le remettre sur le trône à la place de Conrad. Richard prit lui-même la mer pour se rendre en Terre Sainte.

Pendant ce temps, Conrad avait davantage renforcé son pouvoir en reprenant la forteresse-clé d’Acre, assiégée depuis deux ans. Finalement, les deux parties arrivèrent à un compromis, non sans quelques difficultés : Guy fut à nouveau proclamé roi de Jérusalem, tandis que Conrad devenant son unique héritier, ainsi que gouverneur des villes de Tyr, Beyrouth et Sidon.

Mais le royaume de Jérusalem, déjà diminué, n’était pas assez grand pour accueillir deux divas militaires. Inévitablement, Conrad et Richard – ce dernier étant aujourd’hui reconnu comme le principal chef de la croisade – devaient se brouiller.

Cela ne tarda pas à arriver. En 1191, ils se disputèrent les otages seldjoukides capturés par les forces françaises. Richard Ier fit tuer tous les otages, et Conrad se réfugia à Tyr, craignant pour sa vie.

Saladin n’avait même pas besoin d’affronter les armées chrétiennes puisque leurs violents conflits internes faisaient tout aussi bien le travail à sa place. Au début de l’année 1192, à la grande surprise du sultan, Conrad entama une négociation directe avec lui, dans le but de créer une coalition contre Richard.

Entre-temps, Saladin s’était déjà tourné vers Richard pour lui proposer de marier son propre frère avec la sœur du roi d’Angleterre, devenue veuve.

Finalement, tous ces complots se soldèrent par un échec. Las des querelles qui déchiraient leur propre camp, les barons croisés décidèrent de résoudre rapidement le problème de l’absence de pouvoir à la tête du royaume. En avril 1192, la couronne de Jérusalem fut attribuée suite à un vote. À la grande horreur de Richard, les nobles élurent Conrad à l’unanimité.

Arbitrairement, Richard offrit Chypre à Guy de Lusignan en guise de lot de consolation, et ce roi nominal dirigea l’île jusqu’à sa mort en 1194.

Le triomphe de Conrad fut de très courte durée, et il connut une fin tragique. En revenant de chez l’évêque de Beauvais, un parent et ami, il fut attaqué par deux Assassins qui le poignardèrent dans le dos, et à minimum deux reprises sur le flanc. Ses gardes tuèrent l’un des attaquants et capturèrent l’autre, mais Conrad mourut sur les lieux de l’attaque ou peu de temps après. Il fut enterré à Tyr dans l’église des Hospitaliers.

Sous la torture, l’Assassin survivant déclara que Richard Ier était l’instigateur du meurtre. Il est peu probable que Saladin en ait été l’auteur : les Assassins avaient déjà pris pour cible plusieurs de ses hauts fonctionnaires, et le sultan n’avait aucune sympathie pour les Assassins.

D’autres princes occidentaux furent également soupçonnés du meurtre. Huit siècles se sont écoulés depuis l’assassinat et les preuves concluantes faisant toujours défaut, on ne connaîtra probablement jamais la véritable fin de l’histoire.

En Europe, la plupart des gens crurent à la culpabilité de Richard qui, par conséquent, devint un homme marqué. Il quitta le Proche-Orient, et rentra chez lui par voie terrestre. Malheureusement pour lui, un neveu de Conrad le reconnut, il fut capturé et emprisonné par Léopold V d’Autriche, un des nombreux cousins haut placés du dernier roi de Jérusalem. Accusé du meurtre de Conrad, Richard demanda aux Assassins de l’innocenter. Une lettre émanant prétendument du chef des Assassins, Rashid al-Din Sinan, sembla confirmer son innocence. Mais des preuves apportées à cette époque, et plus tard, laissent à penser qu’il s’agissait d’un faux.

Bien sûr, Léopold ne fut pas dupe et remit son illustre prisonnier aux mains du nouvel empereur, Henry VI, qui exigea une énorme rançon en échange de la libération de Richard.

En Angleterre et dans son empire angevin, des taxes considérables frappèrent le clergé et les laïcs, pour pouvoir payer la rançon.

Les 150 000 marks furent finalement récoltés et, malgré une contre-offre plus généreuse du roi de France qui souhaitait voir Richard rester en captivité, il fut libéré en février 1194.

Les Assassins prospérèrent encore pendant encore environ quatre-vingts ans. Dans les années 1270, des tentatives d’assassinats prenant pour cibles des croisés d’Europe Occidentale, tels que le comte de Tripoli et le prince Édouard d’Angleterre (qui deviendra plus tard le roi Édouard Ier) ainsi que le meurtre de Philippe de Montfort à Tyr en 1270 furent tous attribués aux Assassins.

Bien que leur réputation continuât à vivre dans les mythes et légendes pendant des siècles, leur pouvoir politique s’éteignit avec l’invasion des Mongols, qui balayèrent leur patrie, la Perse, ainsi que leurs forteresses de montagne.

« Un homme au courage extraordinaire »

Le verdict d’un chroniqueur contemporain, Ibn al-Athir, sur Conrad

CONRAD EN QUELQUES DATES :

v.1145 : naissance à Montferrat, dans le Piémont, dans le Nord-Ouest de l’Italie

Années 1160-1170 : expérience militaire, grâce à la victoire sur la ligue lombarde

1179 : alliance avec l’empereur byzantin Manuel Comnène, et victoire sur l’armée de l’empereur Frédéric Ier à Camerino, en Italie

1187 : mariage avec Théodora, la sœur de l’Empereur byzantin Isaac II Ange. Défense de Tyr contre Saladin

1189-1190 : appui auprès de Guy de Lusignan, ancien roi de Jérusalem (par mariage) lors de l’assaut d’Acre. Querelle entre eux pour la revendication du droit à la couronne de Jérusalem

1190 : mariage (peut-être était-il alors bigame) avec Isabelle de Jérusalem, héritière du trône, renforcement de sa prétention à la couronne

1192 : roi de Jérusalem, élu par les nobles

le 28 avril 1192 : assassinat à Tyr avant son couronnement

LA MORT DU LION

Richard Cœur de Lion, compte tenu de sa réputation, pouvait espérer passer de vie à trépas de manière sanglante, mais glorieuse, au cœur d’une bataille. Il n’en fut pas ainsi.

Dès que la rançon fût payée et que Richard fût rentré en Angleterre, il partit à nouveau au combat. Cependant, cette fois, la cause était davantage justifiée et il y avait urgence : Philippe II de France menaçait de s’emparer des meilleures parties de l’empire angevin, le vaste et riche territoire de Richard.