Les plus grands bâtards de l'Histoire - Gérard de Rubbel - E-Book

Les plus grands bâtards de l'Histoire E-Book

Gérard de Rubbel

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Beschreibung

Qui sont ces enfants illégitimes qui ont fait l'Histoire ?

De Charles Martel, bâtard de Pépin le Bref, qui permettra l’avènement du grand Charlemagne à Mazarine Pingeot et le scandale que suscita la révélation de son existence, en passant par l’enfant que Napoléon eut avec une suivante de la Princesse Murat, prouvant sa fertilité qui le poussa à la répudiation de Joséphine de Beauharnais et Pierre Ier devenu Tsar de Russie, alors qu’il est un enfant bâtard de la Grande Catherine, ce livre vous entraine à la découverte des enfants illégitimes qui ont bouleversé le cours de l'Histoire.

Un ouvrage richement documenté retraçant les le destins de ces célèbres enfants nés hors mariage


EXTRAIT :

Des bâtards, il y en a toujours eu. Il y en a, et il y en aura encore.

La plupart sont restés anonymes, connus le plus souvent de leurs seuls géniteurs. Par contre, certains – est-ce dû à leur bonne étoile, est-ce dû à leur charisme, est-ce dû à leur valeur exceptionnelle ? – sont entrés de plain-pied dans la grande Histoire. Ils ont marqué leur époque dans des domaines multiples : militaire, politique, scientifique, artistique...

Que serait-il advenu si les Grecs, Thémistocle à leur tête, n’avaient pas vaincu les Perses ? Si Hastings n’avait pas souri à Guillaume le Conquérant, l’Angleterre n’aurait-elle pas été différente ? Sans Jeanne d’Arc, Dunois et d’autres, ne parlerait-on pas aujourd’hui l’anglais à Paris ? Que dire encore de ces condottieres, ces mercenaires de haut vol qui ont aidé à façonner notre Europe actuelle ? Galilée ne nous a-t-il pas ouvert de lointains horizons qu’encore de nos jours nous tentons d’explorer ? Si la Joconde de Léonard de Vinci n’était pas au Louvre, ce musée perdrait la moitié de ses visiteurs ! Apollinaire, Feydeau, dans un tout autre registre, ne nous ont-ils pas fait vivre d’excellents moments ? Le général Weygand n’a-t-il pas contribué à la victoire lors de la Grande Guerre ?

Cet ouvrage est composé de petits chapitres. Le lecteur aura le loisir d’y vagabonder au gré de sa fantaisie, de sa curiosité, de ses centres d’intérêt tout en découvrant des épisodes de l’Histoire qui ne lui sont pas forcément familiers.

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Veröffentlichungsjahr: 2015

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Les + grands bâtards de l’Histoire

Gérard de Rubbel et Alain Leclercq

INTRODUCTION

Des bâtards, il y en a toujours eu. Il y en a, et il y en aura encore.

La plupart sont restés anonymes, connus le plus souvent de leurs seuls géniteurs.

Par contre, certains – est-ce dû à leur bonne étoile, est-ce dû à leur charisme, est-ce dû à leur valeur exceptionnelle ? – sont entrés de plain-pied dans la grande Histoire.

Ils ont marqué leur époque dans des domaines multiples : militaire, politique, scientifique, artistique…

Que serait-il advenu si les Grecs, Thémistocle à leur tête, n’avaient pas vaincu les Perses ?

Si Hastings n’avait pas souri à Guillaume le Conquérant, l’Angleterre n’aurait-elle pas été différente ?

Sans Jeanne d’Arc, Dunois et d’autres, ne parlerait-on pas aujourd’hui l’anglais à Paris ?

Que dire encore de ces condottieres, ces mercenaires de haut vol qui ont aidé à façonner notre Europe actuelle ?

Galilée ne nous a-t-il pas ouvert de lointains horizons qu’encore de nos jours nous tentons d’explorer ?

Si la Joconde de Léonard de Vinci n’était pas au Louvre, ce musée perdrait la moitié de ses visiteurs !

Apollinaire, Feydeau, dans un tout autre registre, ne nous ont-ils pas fait vivre d’excellents moments ?

Le général Weygand n’a-t-il pas contribué à la victoire lors de la Grande Guerre ?

Cet ouvrage est composé de petits chapitres. Le lecteur aura le loisir d’y vagabonder au gré de sa fantaisie, de sa curiosité, de ses centres d’intérêt tout en découvrant des épisodes de l’Histoire qui ne lui sont pas forcément familiers.

HERCULE,

le « Schwarzenegger » de la mythologie

Ce personnage, le plus connu des héros qu’a compté l’antiquité, est appelé par plusieurs mythologistes « princeps ordinis spuriorum », « le prince de l’ordre des bâtards », autrement dit « le patron des bâtards ».

Les historiens modernes distinguent Hercule de deux façons : premièrement un prince, un héros nommé aussi Alcide, dont l’existence historique se compose d’expéditions dans la Grèce et dans l’Asie-Mineure ; en second lieu un astre, le soleil, dont la marche apparente dans les douze signes du zodiaque est figurée par les douze travaux de ce demi-dieu.

Il est certain que le soleil a été adoré sous le nom d’Hercule ou sous un nom semblable en Italie, en Gaule et surtout en Lybie, en Égypte, en Phénicie. L’écrivain et savant romain Varron a compté jusqu’à quarante-trois Hercules ; d’autres en ont recensé encore plus.

Quant au héros grec, il est nécessaire de rapporter brièvement les prodiges que lui ont attribués les poètes, ces « théologiens » païens.

Il naît de Jupiter et d’Alcmène, femme d’Amphitryon, général des Thébains. Pour prolonger ses amours avec Alcmène, le maître des dieux ordonne même au soleil de s’arrêter. Le héros vient au monde. À peine né, il est persécuté par Junon, à la fois sœur et épouse de Jupiter, qui sait quelle haute destinée va connaître l’enfant.

À l’instigation de la déesse, Eurysthée, roi de Mycènes et frère aîné d’Hercule, l’expose à plusieurs travaux au cours desquels Junon est convaincue qu’il finira par y laisser la vie. On en compte ordinairement douze.

Il étrangle d’abord Némée, un lion d’une grandeur extraordinaire qui ravage toute la contrée, et il enfile sa peau en souvenir de cette victoire. Il tue ensuite dans le marais de Lerne une hydre, serpent énorme à sept têtes, lesquelles repoussent à mesure qu’elles sont coupées. Il capture le sanglier d’Erymanthe qui terrifie les habitants d’Ardadie et l’offre à Eurysthée. Il poursuit pendant près d’une année et tue à coups de flèches la biche de Cérynie aux pieds d’airain et aux cornes d’or, qui causait d’énormes dommages dans les environs du mont Ménale. ll met en fuite d’horribles oiseaux qui, sur le lac Stymphale, massacrent les passants à l’aide de leurs plumes aiguisées comme des flèches. Il est vainqueur des Amazones, guerrières qui habitent les bords du fleuve Thermodon. II immole deux tyrans, Busiris et Diomède, dont l’un sacrifie à Jupiter tous les étrangers qui abordent en Égypte, dont l’autre, en Thrace, fait dévorer les voyageurs par des chevaux féroces. Il met aussi à mort le cruel Géryon, roi d’Espagne, lequel avait trois corps. Il nettoie également les écuries d’Augias, roi d’Élide : les immondices accumulées depuis longtemps infectaient l’air d’une odeur pestilentielle. Il dompte un taureau sauvage que Neptune a envoyé pour dévaster la Grèce. Il enlève les pommes d’or du jardin des Hespérides et endort le dragon qui les garde. Il descend aux enfers et en ramène Alceste, qu’il rend à son mari Admète.

Après avoir réussi à accomplir ces différents travaux, il parcourt l’univers en délivrant les mortels des fléaux ou des monstres qui les tourmentent, faisant la guerre aux plus célèbres brigands, brisant les fers des opprimés, séparant les monts Calpé (Gibraltar, Europe) et Djebel Musa (sur la rive sud du détroit de Gibraltar, Maroc), et réunissant ainsi l’Océan à la Méditerranée. On a d’ailleurs appelé ces promontoires les « Colonnes d’Hercule ».

Le héros qui a dompté tant de monstres, échappé à tant de dangers, surmonté tant d’obstacles, ne peut cependant repousser les flèches de Cupidon. Omphale, reine de Lydie, le séduit tellement que, selon certaines sources, pour lui plaire, il change sa massue en quenouille et quitte sa peau de lion pour des vêtements de femme. Il s’attache ensuite à Iole, fille d’Euryte. Déjanire, sa femme, pour le ramener, lui envoie la chemise du centaure Nessus. À peine l’a-t-il revêtue que, brûlé d’un feu intérieur, il se jette dans un bûcher ardent où il est consumé. Jupiter lui donne une place dans le ciel et lui fait épouser Hébé, déesse de la jeunesse.

Voilà ce que la légende raconte d’Hercule. L’on y retrouve les germes de certaines opinions, que des religions plus modernes ont adoptées. Le soleil qui s’arrête à la voix de Jupiter, l’inimitié de l’implacable Junon, la conception et la naissance du héros, ses prodiges, sa résurrection ont fait l’objet de fréquentes imitations. Mais ce qui est le plus curieux, c’est de voir que les amours de Jupiter et d’Alcmène, qui ont donné naissance à Hercule, sont publiquement représentées sur les théâtres de Rome et d’Athènes. Cela doit être rangé parmi les contradictions les plus frappantes dont l’univers abonde. C’est comme si, dans le quinzième siècle, les auteurs des « mystères » avaient présenté sous son côté comique la naissance de Jésus-Christ.

En dégageant l’histoire d’Hercule de toutes les croyances ou de toutes les opinions surnaturelles et absurdes dont elle est entourée, on aperçoit un prince qui, dans les temps héroïques, a rempli le rôle d’un chevalier du Moyen Âge. Les expéditions auxquelles il a pris part ont une grande ressemblance avec les entreprises des siècles de l’anarchie féodale. Tantôt les guerriers de l’une et de l’autre époque réprimaient le brigandage individuel, tantôt ils allaient en corps d’armée exercer contre leurs voisins leur colère et leur avidité. Selon les récits des historiens anciens, Hercule a parcouru d’abord le Péloponnèse, est passé ensuite dans l’Étolie et l’Eurytanie, se constituant l’arbitre suprême des rois ou des chefs des nations, élevant les uns, détrônant les autres ou les faisant périr, disposant en maître de leurs familles et s’emparant de leurs troupeaux qui, aux époques primitives, constituaient la principale richesse. Ses descendants, qu’on nomme les Héraclides, n’ont pas pu longtemps se maintenir dans le Péloponnèse et ont été forcés de se retirer chez les Doriens.

THÉMISTOCLE,

le « tombeur » des Perses au tragique destin

Hérodote, Thucydide ou Plutarque nous ont livré le récit des luttes de la Grèce contre les Perses et nous ont fait admirer les exploits de Miltiade, d’Aristide et de Thémistocle ? Ces simples chefs athéniens nous apparaissent comme des êtres supérieurs dans l’Histoire. Thémistocle, surtout lui, a connu une destinée hors du commun et une fin tragique.

Thémistocle, fils de Néoclès, était, d’après la loi athénienne, un bâtard, puisque sa mère était étrangère, originaire d’Halicarnasse en Asie Mineure. Ses débuts ont été ceux d’un jeune homme livré aux plaisirs et à la débauche, mais, par la suite, il a su parfaitement effacer ses erreurs de jeunesse : s’étant livré tout entier aux affaires publiques, il a mérité, en peu de temps, l’estime de ses concitoyens. Nommé préteur, et, en cette qualité, il est chargé de conduire la guerre contre Corcyre, l’actuelle Corfou, qui se termine par une victoire.

À l’aide d’une flotte qu’il a fait construire avec le produit des mines que les magistrats avaient tendance à dilapider chaque année en folles dépenses, il a rendu ses compatriotes maîtres de la mer, alors infestée par les pirates. Mais la marine, créée par ses soins, va également être le salut d’Athènes et du reste de la Grèce.

Xerxès, roi de Perse, fils de Darius, voulant venger la défaite que son père avait subie, dix années auparavant, à Marathon, rassemble ses troupes de terre et de mer et se dirige vers la Grèce avec plus de trois millions d’hommes, nombre incroyable, attesté cependant par les anciens historiens. Persuadé que sa ville ne pouvait tenir devant les forces innombrables des Perses, Thémistocle conseille aux Athéniens de se réfugier à Salamine et à Trézène. La confédération des Grecs envoie Léonidas, roi de Sparte, défendre, avec sept mille hommes le défilé des Thermopyles, situé entre la Thessalie et la Locride, et une flotte de trois cents trières occuper le détroit d’Artémision, formé par les côtes de la Thessalie et par celles de l’Eubée. Malgré une défense fantastique et héroïque, Léonidas succombe aux Thermopyles sous le nombre, et se sacrifie avec ses trois cents Spartiates : sans espoir de victoire, il a renvoyé les autres troupes afin de les préserver pour la Grèce. Dans le même temps, la flotte des Grecs, composée de trois cents navires, livre, près d’Artémision, un combat à la flotte des Perses trois ou quatre fois plus nombreuse. Toutefois, malgré leur victoire « à la Pyrrhus », Eurybiade et Thémistocle, chefs de l’armée navale grecque, jugent plus prudent d’abandonner leur position, et se replient près de Salamine. Thémistocle, secondé par Aristide qu’il a fait revenir d’exil, entraîne Xerxès à livrer bataille dans le détroit formé par l’île de Salamine et l’Attique, là où les navires perses ne peuvent pas se déployer. Les Grecs remportent la victoire.

Cependant Xerxès, avec les immenses forces qui lui restent encore, peut continuer la guerre. Thémistocle, afin d’épargner à sa patrie de plus grands dommages, avertit en secret le roi de Perse qu’il est question, parmi les alliés, de détruire le pont qu’il a emprunté pour passer d’Asie en Europe. Ce stratagème réussit à merveille. Xerxès, effrayé, se dépêche de regagner son royaume. Mardonios, qu’il laisse en Grèce avec des forces considérables, perd plusieurs batailles, son armée est détruite et il meurt au combat.

Grâce au courage et à la prudence de Thémistocle, la Grèce échappe à la plus formidable invasion qu’on ait jamais tentée. Mais Athènes, abandonnée par ses habitants, a été complètement démolie par les Perses. Après la guerre, les Athéniens veulent restaurer leurs murailles. Les Spartiates, jaloux des Athéniens et voulant les maintenir en état d’infériorité, s’y opposent sous des prétextes fallacieux. Thémistocle fait poursuivre les travaux ; seulement il se rend en Lacédémone, obtient délai sur délai, fait traîner les pourparlers en longueur, et quand les murs sont terminés, il dévoile aux Lacédémoniens ce qui s’est passé entre temps et leur reproche vivement leur injustice. Ceux-ci sont bien obligés de prendre leur parti des faits accomplis.

Malgré les services immenses que Thémistocle a rendus à ses concitoyens, il ne peut cependant éviter leur jalousie et leur ingratitude. Comme Miltiade, comme Aristide et tant d’autres citoyens illustres, il doit subir l’ostracisme, cette punition infligée à ceux qu’on ne peut accuser d’aucun crime. Exilé par les siens, il se retire à Argos. Accusé par les Lacédémoniens (Spartiates) de s’être allié avec le roi de Perse pour opprimer la Grèce et condamné par les Athéniens pour crime de trahison, il va s’installer à Corcyre. D’autres inimitiés le contraignent à quitter cette ville. Il se réfugie chez Admète, roi des Molosses, qu’il doit aussi rapidement quitter. Enfin, craignant de ne pas trouver dans la Grèce entière un refuge sûr, il se résout à passer en Asie-Mineure. Artaxercès, appelé « Longue main » a succédé à Xerxès son père. Thémistocle écrit à ce prince, afin d’en obtenir l’asile que lui refuse son ingrate patrie. Le roi le lui accorde bien volontiers. L’Athénien s’efforce d’apprendre la langue perse. Il ne lui suffira que d’un an pour la parler parfaitement. S’étant ensuite présenté au roi, il est séduit par l’accueil et par les dons d’Artaxercès. Il lui promet de l’aider dans sa guerre contre les Grecs.

De retour en Asie-Mineure, il s’installe à Magnésie, l’une des villes que le roi lui a données pour assurer sa subsistance. Vient le moment où il lui faut tenir sa promesse. Mais il réfléchit longuement sur l’injustice d’un engagement qu’un moment de surprise et de détresse lui a arraché, et, pour s’y soustraire, il prend volontairement du poison. Ses restes sont ramenés par ses amis à Athènes, mais en secret, parce qu’ayant été condamné pour trahison, les lois ne permettent pas qu’on lui accorde publiquement les honneurs d’une sépulture.

ROMULUS,

le socle d’une civilisation

Dans l’antiquité, les fondateurs d’empires, les premiers législateurs, les instaurateurs de nouvelles religions prétendaient généralement tirer leur origine des dieux, soit pour donner plus d’autorité à leurs lois et à leurs ordonnances, soit pour se faire respecter davantage de leurs compagnons rustres et mal dégrossis. Ce n’est pas seulement, comme on l’a dit tant de fois, la reconnaissance des peuples qui a peuplé le ciel de leurs héros, de leurs rois ou de leurs bienfaiteurs : c’est l’ambition, l’intérêt, le charlatanisme mêlés à une foule de prodiges faux ou des liens mensongers avec les dieux qui les ont placés là ! Pour ne citer qu’un exemple : comment Romulus, le fondateur de Rome, aurait-il pu persuader ses rudes et ignares guerriers de renoncer à leurs habitudes de brigandage, de quitter leur vie errante pour se renfermer dans les murs d’une cité et se soumettre à des lois contraignantes, s’il n’avait pas eu l’idée géniale de s’attribuer une origine céleste et de faire intervenir les dieux dans tous ses actes, dans toutes ses directives ?

Tout est merveilleux dans l’histoire du premier roi de Rome. Ses débuts, son règne et sa mort sont accompagnés de tels prodiges, qu’il n’est pas étonnant que certains historiens aient mis en doute jusqu’à son existence. Même son nom, dans lequel entre celui de Rome, mot qui en grec signifie force, tout semble arrangé après coup par des historiens plus imaginatifs que dignes de foi ; mais le fond de l’histoire est vrai malgré les détails invraisemblables qui s’y trouvent mêlés.

Romulus et Remus naissent d’une vestale, Rhéa Silvia et du dieu Mars, dieu de la guerre. Amulius, leur oncle, ordonne que les jumeaux soient jetés dans le Tibre. Les eaux du fleuve se retirent et leur berceau reste à sec ; une louve les nourrit de son lait ; un berger, Faustulus, les emmène chez lui et les fait élever par sa femme. Dans ce récit, on retrouve la pratique de l’exposition des enfants qui a été en usage chez tous les peuples de l’antiquité. Les anciennes histoires sont pleines de légendes d’enfants sauvés par des bergers et reconnus plus tard par leurs parents. Moïse, sauvé des eaux en est un autre exemple. Toutefois, l’on peut se demander si le culte de Vesta était en honneur à cette époque, et si les prêtresses appelées vestales et contraintes au vœu de virginité étaient déjà consacrées au service de cette déesse. En revendiquant Mars comme père, Romulus ne pouvait pas mieux éclaircir les zones d’ombre de sa naissance et mieux aider à l’accomplissement de sa future destinée.

À l’âge adulte, Romulus et Remus rassemblent un grand nombre de pasteurs et d’aventuriers. Ils mènent des luttes fréquentes contre des brigands ; mais n’étant pas assez puissants pour mettre sous leur joug les peuplades voisines et se sachant entourés d’ennemis, ils décident de fonder une ville sur le lieu même où ils avaient été exposés et où ils avaient été élevés. Ils se disputent quant au nom à donner à la cité nouvelle et conviennent finalement de s’en référer au vol des oiseaux (les auspices), mode de divination assez commun chez les anciens peuples d’Italie et adopté depuis par les Romains. Romulus, ne pouvant se mettre d’accord avec son frère, le tue de sa propre main, donne son nom à la Ville et lui impose ses lois. Il divise le peuple en trois tribus et trente curies. Il établit la distinction entre patriciens et plébéiens : la première classe comprend les citoyens de haute lignée et la seconde correspond au petit peuple. À l’instar de plusieurs autres villes d’Italie, il institue un sénat composé de cent personnes choisies parmi les patriciens. Pour sa garde personnelle, il instaure un corps de trois cents hommes à cheval (centuries) appelés Célères. C’est encore à Romulus que l’on doit la distinction entre patrons et clients.

La forme de gouvernement que Romulus donne aux Romains est une sorte de royauté mixte. Son pouvoir est loin d’être absolu ; il le partage au contraire avec les sénateurs et le peuple. Ainsi, comme on peut le remarquer, la constitution de Rome a été républicaine dès les débuts.

Il ne suffit pas à Romulus de créer l’ordre politique et civil, il doit songer aussi au culte religieux et il instaure des cérémonies et des sacrifices. Les augures qui observent le vol et le chant des oiseaux, les aruspices qui consultent les entrailles des victimes consacrées aux dieux, sont particulièrement visés par ses nouveaux règlements.

Mais Rome ne compte encore qu’une quantité restreinte de citoyens : Romulus, pour en augmenter le nombre, déclare que sa ville sera un asile pour tous ceux qui viendront s’y établir ; suivant en cela l’exemple de tous les anciens fondateurs. Il voit donc accourir en peu de temps, sous sa houlette, une foule de gens libres ou d’esclaves, de vagabonds, d’aventuriers, de débiteurs qui fuient leurs créanciers ou de criminels qui cherchent à se soustraire à la justice. Toutefois un État uniquement composé d’hommes ne peut tenir le coup longtemps. Toutes les populations voisines refusent de s’allier par mariages avec les Romains et reçoivent, sous des quolibets outrageants, les messagers de Romulus. Celui-ci, indigné et furieux, annonce des jeux solennels en l’honneur du dieu Comus, dieu de la joie et de la bonne chère. On y accourt de toutes parts et particulièrement les Sabins. À un signal donné, la jeunesse romaine s’élance l’épée à la main et se saisit de toutes les jeunes filles qui assistent au spectacle. Les plus belles sont destinées aux principaux sénateurs.

C’est ainsi que les Romains se procurent des femmes ; mais les parents, outrés par cette manœuvre pour le moins « cavalière » et revenus dans leur ville, soulèvent leurs compatriotes. Une ligue des peuples voisins se forme contre Rome et une guerre sans merci s’engage. Cependant une paix est conclue à la prière des jeunes Sabines qui se sont établies à Rome et qui se jettent entre les combattants. À partir de ce jour, les Romains et les Sabins ne forment plus qu’un seul et même peuple. Tatius, roi des Sabins, règne conjointement avec Romulus ; mais il meurt peu après et Romulus se retrouve de nouveau seul au pouvoir.

Malgré les invraisemblances qui apparaissent dans le beau récit de Tite-Live, il serait trop hasardeux de mettre en doute l’enlèvement des Sabines ; car des faits semblables se sont produits dans une foule de sociétés naissantes.

Lorsque Romulus voit son autorité consolidée à l’intérieur comme à l’extérieur, c’est-à-dire, malgré tout, sur un territoire assez restreint, il s’efforce de rendre son pouvoir absolu et de se placer au-dessus des lois, lois que lui-même a promulguées ; mais les sénateurs, qui craignent de perdre leurs privilèges et qui sont fatigués de la tyrannie, se débarrassent de Romulus. Pour apaiser le peuple, ils font savoir qu’il a été enlevé au ciel, qu’il a été reçu parmi les dieux et qu’il ordonne que les Romains l’adorent désormais sous l’appellation de Quirinus qui a donné son nom à une des sept collines de Rome : le Quirinal.

PERSÉE,

triste destin du dernier roi de Macédoine

C’est dans la décadence du royaume de Macédoine, sous les deux derniers successeurs de Philippe ou d’Alexandre, qu’apparaissent le plus significativement les qualités et les défauts des princes quant à leur influence sur la prospérité ou la ruine de leur empire. Quelle différence des uns par rapport aux autres, et par conséquent quel contraste entre la situation de cet État sous Philippe et sous Alexandre et celle où il se trouve sous Philippe V et sous Persée ! Il ne faut pas croire cependant que ceux-ci, et plus spécialement le second, aient été dépourvus de qualités. Par sa conduite à l’égard soit des Grecs, soit des Romains, Persée aurait pu sauver son royaume s’il avait possédé cette vertu qui avait été la marque de fabrique de ses deux prédécesseurs, c’est-à-dire cet art de se concilier les égards aussi bien des individus que des États.

Philippe V en mourant laisse le trône de Macédoine à Persée, qu’il a eu d’une concubine. Ce jeune prince a été élevé dans les camps : il n’a à peine que douze ans lorsque son père le charge de s’emparer des défilés de la Pélagonie (sud-ouest de l’actuelle République de Macédoine) et il s’en sort fort bien. Les Dolopes (entre l’Etolie, la Thessalie et l’Epire) et les habitants d’Amphipolis (Macédoine orientale) s’étant insurgés contre Philippe, Persée ravage leur territoire. Quoiqu’il soit aimé de son père grâce à ses exploits, il jalouse Démétrius, son jeune frère et il l’accuse, auprès de Philippe, d’avoir pris la tête d’une conspiration contre son père. Le roi, abusé, fait mettre à mort Démétrius. À la fin de sa vie, Philippe reconnaît la traîtrise de cette accusation et voue Persée aux Gémonies. Mais, par son crime, celui-ci s’est assuré la possession incontestée de la Macédoine.

Cet État s’est retrouvé considérablement affaibli sous le règne précédent. Philippe V avait encaissé d’importantes défaites, et une politique peu inspirée l’avait privé de toutes ses alliances avec les peuples de la Grèce et l’avait réduit à ses propres forces.

Persée semble d’abord profiter des fautes de son père. Malgré toute la haine qu’il a héritée envers la République romaine, il arrive à la dissimuler pendant plusieurs années ; il renouvelle même le traité d’alliance avec le sénat et continue à payer le tribut qu’avait imposé le Consul Flamininus. Comptant sur les vingt mille soldats aguerris qu’avait formés son père, sur les quantités d’armes et de provisions qu’avait engrangées Philippe, s’appuyant sur les services des mercenaires thraces que s’était aussi alliés son père, il voit en outre que le rétablissement des rapports entre la Macédoine et la Grèce, jadis rompus par Flamininus, lui permet de compter sur une aide non négligeable. Cependant il ne souhaite pas précipiter les choses et se déclarer ouvertement. Il se contente de soutenir en sous-main les ennemis du peuple romain. Le sénat, ayant appris qu’il a fait soulever les Bastarnes (nord du delta du Danube), le tance et paraît satisfait de ses excuses. Enfin ses démarches sont connues : des ambassadeurs l’invitent à justifier sa conduite. Un attentat contre Eumènes, l’allié des Romains, achève de dévoiler ses plans secrets. La guerre lui est déclarée : tout semble d’abord lui être favorable ; il entre en Thessalie avec une armée bien disciplinée et remporte quelques combats sur le consul Licinius. Puis, frappé de terreur en se voyant aux prises avec la puissance qui fait trembler l’univers de l’époque, il envoie des députés au consul pour lui demander la paix. Il offre d’abandonner les villes qu’il a prises et de payer l’ancien tribut auquel il a voulu se soustraire. Le consul lui répond qu’il doit, avant toute chose, se soumettre, lui et ses États, à la puissance des Romains, et qu’à cette seule condition il pourra mériter sa grâce. Le prince versatile et inconstant dans ses décisions, ainsi que le prouve toute la suite de cette guerre, préfère le sort des combats à des conditions si implacables. N’osant toutefois pas risquer une bataille rangée et voyant sa cavalerie repoussée, il évacue la Thessalie où il laisse l’une ou l’autre garnison. Il se jette ensuite sur la Thrace et la dévaste d’un bout à l’autre. Une flotte romaine très importante est détruite complètement par la sienne. Ce succès augmente encore son audace : il livre bataille à l’armée du consul Mancinus, la défait et pénètre dans l’Illyrie d’où il retire un butin immense.

Rome envoie alors contre lui le Consul Quintus Marcius Philippus qui entreprend d’attaquer Persée au cœur même de ses États et franchit les montagnes qui séparent la Thessalie de la Macédoine. Persée, que son avarice a privé du secours de cent mille Thraces et Bastarnes, que ses mauvais procédés et ses hésitations leur ont rendu odieux, eux qui pourtant étaient au départ bien disposés envers lui, prétend défendre la Macédoine comme une forteresse avec ses montagnes et ses fleuves. À la nouvelle de l’arrivée du consul il s’écrie : « Je serai donc vaincu sans combattre ! » et il s’enfuit à Pydna. Tout à fait paniqué, il fait jeter ses trésors à la mer et incendier sa flotte. L’armée du consul, qui n’est pas dans une position des plus favorables, est donc sauvée à cause de la lâcheté du roi. Cependant Persée reprend du poil de la bête et revient sur les ordres qui lui ont été dictés par la peur. Afin de ne pas avoir à rougir devant témoins de sa frousse, il les fait mettre à mort. Parmi eux, Andronic qui a essayé d’empêcher l’incendie de la flotte.

Il envoie de toutes parts solliciter des secours ; il n’en reçoit que fort peu. L’armée romaine s’avance, commandée cette fois par un chef intrépide et expérimenté, l’illustre Paul-Emile. Persée occupe une position qu’il croit inexpugnable, au pied du mont Olympe. Par une audacieuse manœuvre, Paul-Emile contourne le camp du Macédonien et le bat à plate couture. Avant même que Persée ne connaisse l’issue du combat, il change de vêtements, emprunte un chemin de traverse et arrive vers le milieu de la nuit à Pella. Il se dirige ensuite sur Amphipolis. De là il se rend sur l’île de Samothrace, suivi de ses trésors et de ses enfants. C’est là qu’il apprend que Paul Émile lui a remballé avec dédain les députés chargés de demander la paix. Ne pouvant se fier désormais à la générosité de son vainqueur, n’ayant plus rien à attendre de ses alliés, le « malheureux » Persée se réfugie dans le temple de Castor que l’on considère comme un asile inviolable. Evandre, l’assassin d’Eumènes, l’allié des Romains, est tué sur ordre du roi qui craint qu’il ne révèle son sale rôle. Après un pareil attentat qui achève de le rendre odieux aux yeux des habitants de Samothrace, Persée doit songer à se trouver une retraite plus sûre. Il traite avec un marchand. Cet homme lui vole une partie de ses richesses et lui enlève ses enfants. Désespéré par cette trahison, Persée se rend alors au camp des Romains et s’abandonne à la clémence de Paul-Émile. Il suit le consul à Rome en espérant qu’on lui éviterait l’infamie du triomphe.

Paul-Émile répond simplement : « Il n’a jamais été capable d’éviter la honte dont il a peur, et il ne l’est toujours pas aujourd’hui ». Persée ne comprend pas cette réponse ou fait semblant de ne pas la comprendre. Après avoir subi cette cruelle humiliation, il est enfermé dans une prison où il se laisse mourir de faim, vers l’an 168 avant Jésus-Christ. À dater de la bataille de Pydna, la Macédoine et l’Illyrie ont cessé d’exister en tant que nations. Plusieurs historiens ont rapporté que Philippe, l’un des fils de Persée, a été greffier à Rome.

En 2005, on a retrouvé la tombe de Persée de Macédoine le long de la Via Valeria, près de Magliano de Marsi (province de L’Aquila).

JUGURTHA,

un fameux « os » pour Rome

La guerre des Romains contre Jugurtha constitue un des plus beaux épisodes de leur histoire. C’est de cette lutte si longue et si acharnée que date la décadence des anciennes mœurs des descendants de Romulus ; c’est à partir de là que prend naissance cette rivalité de Marius et de Sylla, qui va entraîner la République à sa ruine. Les péripéties de ce que l’on peut appeler une épopée sont racontées par Salluste, épopée où l’on voit un prince barbare tenir en échec la puissance formidable qui domine l’univers de l’époque.

Jugurtha, fils naturel de Mastanabal et d’une esclave, est élevé à la cour de son oncle Micipsa, roi de Numidie. Ce pays est, depuis Massinissa, l’allié de Rome. Quoique Micipsa ait deux fils, Adherbal et Hiempsal, il s’occupe néanmoins beaucoup de son neveu que ses qualités hors du commun épatent les Numides : sa beauté, sa force, son adresse à monter à cheval, à lancer le javelot, son habileté à la chasse et à tous les exercices violents le placent au-dessus de ses compagnons dont il sait d’ailleurs se faire apprécier. Mais Micipsa se rend compte avec chagrin de la grande ambition qui anime le jeune prince et, craignant pour ses deux fils, il cherche à s’en débarrasser : ses pièges échouent.

Il l’envoie alors à la guerre de Numance (nord de l’Hispanie), qui a résisté pendant vingt ans à la conquête romaine. Jugurtha y conquiert par son courage et ses exploits l’amitié de Scipion Emilien, général des Romains et revient couvert de gloire. Le roi change alors son fusil d’épaule, et veut couvrir Jugurtha de ses bienfaits : il le désigne comme successeur conjointement avec ses fils. Après la mort du roi, les trois princes se partagent la Numidie. À peine sur le trône, Jugurtha fait assassiner Hiempsal qu’il ne porte vraiment pas dans son coeur. Adherbal, pour venger la mort de son frère, et pour sa propre défense, tente de provoquer Jugurtha par les armes. Vaincu par son rival, il s’enfuit dans la « provincia romana » (la Gaule narbonnaise), et de là se rend à Rome. Des ambassadeurs que Jugurtha envoie auprès du sénat, chargés de riches présents pour les nobles qu’il a connus précédemment au siège de Numance, parviennent à changer l’avis de la majorité des sénateurs. Malgré l’opposition des tribuns et du peuple, on décrète que la Numidie sera partagée entre Adherbal et Jugurtha. Ce dernier corrompt encore les commissaires du sénat et se fait attribuer la partie la plus intéressante de la Numidie. Mais, poussé par son ambition insatiable, il repart bientôt en guerre, remporte une bataille sur son frère d’adoption et le force à se réfugier dans Cirta, la Constantine algérienne actuelle. Il s’empare de cette ville avant que les Romains n’aient pu se courir Adherbal et, au mépris de toute promesse, il lui donne la mort après les plus cruels des supplices.

Quand la nouvelle de ce nouveau crime parvient à Rome, l’indignation du peuple est à son comble. Ni les intrigues des partisans de Jugurtha, ni l’or apporté par ses nombreux émissaires, rien ne peut faire changer l’opinion publique déjà si fortement ulcérée contre lui. La guerre est déclarée au prince numide. Le consul Calpurnius, chargé du commandement des troupes romaines, passe en Afrique, livre d’abord quelques combats, mais il se laisse ensuite corrompre. Après avoir conclu un traité de paix tout à l’avantage de Jugurtha le consul quitte l’Afrique pour aller à Rome tenir les comices. La nouvelle de cette honteuse négociation, unique jusqu’alors dans l’histoire de Rome, provoque le soulèvement du peuple contre les nobles. Un ordre est donné de rechercher les auteurs du traité et leurs complices. Jugurtha lui-même est convoqué à Rome pour venir se justifier. Il obéit aussi-tôt, confiant qu’il est dans la corruption de ses juges. Il se paie de nouveaux alliés et corrompt même jusqu’à des tribuns. Un descendant de Massinissa sollicite à ce moment, auprès du sénat, le trône de Numidie ; il est assassiné par les sbires de Jugurtha. Quoique ce dernier crime ait été commis presque au grand jour, le roi en est quitte pour sortir de Rome et l’on prétend qu’à peine hors de la capitale il se retourne et dit : « Ô ville vénale ! Tu périrais bientôt si tu trouvais un acheteur ! »

La guerre recommence : Albinus, consul désigné, fait transporter en Afrique des vivres, de l’argent, et tout ce qui est nécessaire aux troupes. Jugurtha fait traîner les choses en longueur et, délais après délais, il se moque du consul par ses continuels ajournements et atermoiements. Albinus part pour Rome et laisse l’armée sous la conduite de son frère, le propréteur Aulus. Celui-ci est un incapable et un fier-à-bras.

Jugurtha l’attire dans des endroits inexpugnables et inextricables et lui impose la plus ignominieuse des conditions. L’armée romaine doit évacuer la Numidie dans les dix jours. Cette capitulation qu’est contraint d’accepter le propréteur romain n’est pas l’objet d’une sanction de la part du sénat : on la déclare – simplement – infâme.

Peu après le peuple nomme consul Quintus Caecilius Metellus, personnalité qui jouit de la plus haute estime de tous les partis. Ce général, chargé de la guerre de Numidie, s’embarque pour l’Afrique. Il commence par rétablir la discipline dans son armée. Quand il voit que ses troupes ont compris ce que sont devoir et obéissance, il les conduit contre l’ennemi. Jugurtha s’aperçoit qu’il a en face de lui un capitaine bien différent de ceux auxquels il a eu précédemment affaire, un capitaine qui ne peut être ni corrompu, ni surpris, déployant une activité sans limites et montrant des qualités militaires bien plus grandes que par le passé. L’homme politique avisé a fait place à un général habile, prévoyant, courageux, riche en ressources ; il a ennobli sa charge et l’on n’aperçoit plus en lui que le défenseur de son pays. Mais que peut donc faire Jugurtha avec une armée si inférieure aux Romains sous le rapport de la discipline et de la manière de combattre ? Mises à part les différences que les siècles et les progrès de l’art militaire ont apportées, les Numides de Jugurtha sont fort semblables aux Arabes d’Abd el-Kader qui a résisté quinze ans aux forces françaises : l’un comme l’autre était sans doute d’un niveau supérieur à son peuple. Mais le premier devait toutefois succomber devant la civilisation romaine, comme le second devant la civilisation française. Toute leur gloire a été de résister pendant de longues années, et de faire payer chèrement leur défaite.

Des batailles perdues, des villes enlevées, des conspirations tramées contre sa vie obligent Jugurtha à se réfugier chez les Gétules, au sud de la Numidie et de la Mauritanie. Un pacte qu’il conclut avec Jochus, roi de Mauritanie, son beau-père, lui permet de reprendre l’offensive. Pendant que Metellus se fait fort de terminer la guerre, le commandement passe de ses mains dans celles de Marius, son lieutenant, auquel le peuple, qui haïssait la noblesse, venait de décerner le consulat. Marius effectue de nouvelles levées à Rome, enrôle les prolétaires, ce qui ne s’est encore jamais vu, s’embarque pour l’Afrique avec des troupes considérables et toutes sortes d’impedimenta. Il arrive rapidement à Utique (nord de l’actuelle Tunisie) et entre immédiatement en campagne. Il porte la guerre dans les provinces les plus riches de la Numidie. Bocchus et Jugurtha décident de se séparer à l’approche de Marius ; ils se retirent chacun de leur côté dans les parties les moins accessibles et les plus reculées. Sans cesse sur ses gardes, Marius suit les Numides ; il prend possession des villes qu’ils ont abandonnées et il pénètre