Ma guerre silencieuse - Christophe Gendre - E-Book

Ma guerre silencieuse E-Book

Christophe Gendre

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Beschreibung

Nul n’est à l’abri de vivre un événement violent qui laissera des séquelles invisibles. Ce syndrome de stress post-traumatique est un véritable handicap qui pourrit la vie de tous ceux qui en sont victimes.

C’est la guerre en ex-Yougoslavie qui provoqua ce syndrome chez Christophe Gendre, en effaçant sa mémoire. Après des années de déni et de fatalisme, il décide de se faire aider pour affronter cette blessure et regarder en face son démon intérieur.

Il vous raconte son parcours, semé d’embûches, de joies, de doutes, d’espoirs, de peines, de colères et de courage… Afin que ce récit serve à d’autres, pour qu’eux aussi entament leur Guerre Silencieuse et parviennent à vaincre leur « Ça »…

Le témoignage poignant, écrit à l'encre du cœur et des tripes, d'un homme qui veut aider les autres…

À PROPOS DE L'AUTEUR

Christophe Gendre est photographe. Après avoir rendu hommage à ses compagnons d’armes dans son livre "Mémoire d’un Appelé en ex-Yougoslavie" et tenté de reconstituer ses souvenirs enfouis, il livre son combat intérieur pour se débarrasser des boulets que la guerre lui a mis aux pieds, comme un cri à la vie, à la résilience et à l’amour de sa Reine.

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Seitenzahl: 249

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Christophe GENDRE

Ma Guerre Silencieuse

Vivre avecun Syndrome de Stress Post-Traumatique

Témoignage

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

 

 

 

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157ISBN Numérique : 978-2-38157

Dépôt légal : Décembre 2022

© Libre2Lire, 2022

 

 

 

 

À la mémoire de :

 

Ma mère qui s’est battue toute sa vie pour me faire réagir,

 

Et

 

Sandra,ma Reine, mon égérie, ma plus belle rencontrequi m’a donné la force de me battre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Si je devais recommencer ma vie,

je n’y voudrais rien changer ;

Seulement j’ouvrirais un peu plus grand les yeux »

 

Jules Renard, Journal

 

 

 

AVANT-PROPOS

J’ai pris la décision d’écrire ce livre pour raconter ce que peut être la vie d’une personne atteinte par un Syndrome de Stress Post-Traumatique (ou Trouble de Stress Post-Traumatique).

Dans mon livre « Mémoire d’un appelé en ex-Yougoslavie », je parle déjà un peu du Syndrome de Stress Post-Traumatique, sans m’étaler sur le sujet. Dans ce livre je veux expliquer plus en détail ce qu’est ce syndrome et surtout raconter ce qu’est ma vie avec cette « saleté ». Raconter mon quotidien, la prise de conscience du traumatisme et mon suivi.

Écrire ces lignes n’a pas été de tout repos. J’ai eu beaucoup de mal à construire ma vie depuis mon retour de Bosnie où je n’avais pas conscience des symptômes déjà présents, des faits dans lesquels je ne me reconnaissais pas, mais je me disais que c’était parce que je vieillissais, alors je changeais. J’ai souvent été au cours de l’écriture pris en proie aux doutes. « Qui suis-je pour raconter mon histoire ? Qui suis-je pour que les gens s’intéressent à mon histoire ? ». De nombreuses larmes ont coulé et coulent encore. Mais ce n’est pas que mon histoire que je veux raconter. Par le biais de ce livre, de mon quotidien, je veux parler de mes frères d’armes, de ceux qui souffrent depuis leur enfance, qui ont assisté à un fait traumatisant, ceux qui souffrent en silence, ceux qui vivent un traumatisme sans être compris par leur entourage, qui bien malgré eux jugent parce qu’ils ne savent pas, ne connaissent pas. Encore aujourd’hui, alors que le syndrome de stress post-traumatique n’est plus trop tabou, trop peu de gens connaissent cette pathologie et vivent comme si tout était normal. Car ils n’ont pas conscience de leur état, cette maladie, ce handicap. Car oui, n’ayons pas peur des mots, c’est une maladie, un handicap « invisible », lourd à vivre pour notre entourage, mais pour nous aussi quand nous en avons pris conscience.

« En prendre conscience », voilà le juste terme. Le plus dur est d’en prendre conscience, et je vais essayer, avec mon expérience, ma guerre1que je mène seul tous les jours, de tenter de vous démontrer la gravité de cette maladie et surtout la dureté de cette guerre contre soi-même, contre ses démons. Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide, d’en parler autour de soi, que l’on soit la personne atteinte par ce syndrome ou même l’entourage, accepter de se faire aider par un psychiatre, moi je les ai fuis de nombreuses années et cela a été mon erreur. Je vais essayer de vous donner des pistes pour reconnaître les signes, sachant que l’on réagit tous différemment. Même si cette guerre, nous devons la mener nous-mêmes, personne ne pourra faire le travail à notre place, entourons-nous des bonnes personnes, celles qui sauront nous écouter, nous soutenir et qui ne fuiront pas à la première difficulté. Mon but n’est pas de faire peur, bien au contraire, au fil de ces lignes je veux essayer de vous démontrer qu’il y a des solutions, qu’il est possible de retrouver une vie « normale », plus apaisée.

Demander de l’aide n’est pas une faiblesse, nous avons tous des limites, nous ne sommes pas des surhommes/femmes. Bien au contraire, c’est une force de reconnaître ses faiblesses et cela nous sera d’une grande aide pour tenir debout tout au long du combat, plus ou moins long selon les degrés d’atteinte. Pleurer n’est pas non plus une faiblesse, surtout pour un homme, car encore à notre époque, je suis effaré d’entendre qu’un homme qui pleure n’est pas un homme et que par contre, pour une femme c’est normal. Sortons de ce carcan machiste qui vient d’un autre temps. Oui un homme et une femme, ça pleur, mais surtout, ne nous cachons pas, il faut être fort pour pleurer et demander de l’aide.

Si vous connaissez quelqu’un qui peut passer par cette situation, ne lui tournez pas le dos parce que vous croyez qu’il cherche juste à se plaindre, qu’il joue la comédie, ne jugez pas trop vite, ne vous braquez pas ou ne fuyez pas le problème, car le mal est souvent bien plus profond qu’il ne peut paraître. Aidez la personne à prendre conscience de son état. Soyez à l’écoute de ses appels à l’aide, bien souvent inaudibles, soyez attentif à ces signes qui vous disent aide moi, soutenez et accompagnez la personne dans ce combat, à deux on est plus fort que tout seul. Je vous concède que ce n’est pas toujours facile, c’est même dur, mais soutenez la personne, accompagnez-la avec le psychiatre. Ne dit-on pas que l’union fait la force, c’est là la meilleure solution sur le chemin de la guérison.

Il y a déjà de nombreuses années que l’on a commencé à entendre parler du syndrome de stress post-traumatique. Mais de nos jours on n’en parle très peu, voire pas du tout, car très peu connaissaient ce syndrome et de par mon expérience au niveau de l’armée française cela n’a été reconnu que très tard, toujours par manque d’informations et d’expérience, on n’en parlait pas. À mon époque, lorsque l’on rentrait d’OPEX,2 on passait devant un médecin généraliste militaire pour voir si tout allait bien et c’était fini. Depuis quelques années maintenant, les soldats français qui rentrent d’OPEX passent obligatoirement devant un médecin psychiatre militaire pour faire le point, ce qui permet de déceler tout de suite les soldats en difficulté.

On a commencé à étudier le syndrome de stress post-traumatique à partir de la Première Guerre mondiale de 1914-1918, puis on en a plus entendu parler pendant longtemps. Ce n’est que dans les années 1960-1975 aux États-Unis que l’on réaborde le sujet avec les soldats de retour du Vietnam, où ont été mis à jour des états traumatiques chez les soldats dus à la violence des événements vécus (blessures, explosions, mort de camarades, barbaries des combats, etc.…). C’est avec la guerre d’Irak et d’Afghanistan que l’on entend parler du « syndrome Afghan » chez les soldats américains, moins en France, pourquoi, je n’en sais rien. Mais depuis ce moment, le syndrome de stress post-traumatique est pris plus au sérieux et l’armée est plus vigilante à ce sujet. Ces vétérans sont revenus physiquement indemnes mais psychologiquement transformés. Ils font des cauchemars, souffrent de violentes crises d’angoisses, se sentent menacés en permanence. Leur vie de famille se délite. Certains tombent dans la drogue, d’autres se donnent la mort. En 2012, on a ainsi compté dans l’armée américaine plus de militaires se suicidant que de tuer au combat. D’autres, encore, sont impliqués dans des crimes. Pour autant, rares sont ceux qui arrivent à communiquer ce qu’ils ont vécu. À mettre des mots sur le mal dont ils souffrent, ce que les spécialistes appellent le « Syndrome de Stress Post-Traumatique »3. Selon les chiffres du Pentagone, sur 2,6 millions de soldats américains qui se sont battus en Irak et en Afghanistan, un tiers souffrirait de PTSD. Ce qui donne une idée de l’ampleur du phénomène. Notamment pour d’autres conflits. À commencer par la Première Guerre mondiale concernant, selon UNEO4en 2020, environ 15 % des militaires français déployés sur les théâtres d’opérations sont atteints de STRESS POST TRAUMATIQUE (SPT), blessure de guerre dans la nomenclature des pensions militaires d’invalidité.

 

 

Symptômes devant alerter :

➢ Des flash-backs de la scène traumatisante durant la journée
➢ Des cauchemars récurrents la nuit
➢ Le profond mal-être de ne se sentir en sécurité nulle part
➢ L’isolement progressif
➢ La perte de tout intérêt pour les activités habituelles
➢ La dépression
➢ Le changement de caractère
➢ Les troubles de la concentration
➢ Des conduites addictives (alcool, drogue…).

QU’EST-CE QUE LE SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUE ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, de vous raconter mon combat quotidien contre mes démons, je vais tenter de vous expliquer ce qu’est un « TSP » « Syndrome de Stress Post-Traumatique ».

Je ne suis ni médecin, ni psychiatre ou psychologue, je n’ai pas non plus la prétention de tout savoir sur le sujet parce que je me bats tous les jours avec, alors pour vous expliquer les plus clairement possible, j’ai fait de nombreuses recherches et il n’y a pas grand-chose ; mais pour ce chapitre je m’appuie sur des éléments de réponses donnés par le Docteur Johanna Rosenblum, psychologue clinicienne à Paris.

 

 

 

 

 

SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUE : SYMPTÔMES, TRAITEMENTS

DÉFINITION :

a) LE SRESS POST-TRAUMATIQUE :

Le Stress Post-Traumatique (TSP) est dû à l’exposition d’une personne face à une situation extrême dont elle a été la victime ou parfois un simple témoin. Par exemple :

➢ Viol
➢ Scène de guerre
➢ Attentats
➢ Accidents graves, etc.

Les raisons sont nombreuses. Cela se manifeste souvent par :

➢ Une grande anxiété
➢ Des insomnies
➢ De la dépression, etc.

Des souvenirs obsessionnels perturbant significativement, ayant souvent, même tout le temps, une incidence directe sur la vie sociale, affective et professionnelle. Les femmes sont deux fois plus exposées que les hommes.

b) LE SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUE COMPLEXE :

Il s’agit d’une forme particulière de STSP. Il est dû à des événements traumatiques répétés, qui n’ont pas forcément exposé la personne à un sentiment d’horreur ou d’impuissance. Il peut arriver que les personnes avec un STSP complexe aient des attitudes de rejet à l’égard des soignants. Le STSP se manifeste par des troubles somatiques variés, souvent sous forme de douleurs chroniques :

➢ Troubles digestifs
➢ Troubles de la sexualité
➢ Troubles obstétricaux
➢ Fibromyalgie
➢ Troubles cardio-respiratoires
➢ Céphalées, etc.

La personne ne fait forcément le lien avec les événements traumatiques subis. Le STSP est souvent responsable de troubles psychologiques affectant la personnalité :

➢ Difficultés à gérer ses émotions (Altération de régulation émotionnelle, impulsivité, agressivité).
➢ Altération de la perception de soi (Absence de confiance en soi et en toute forme d’aide, dévalorisation, culpabilité, auto-agressions, toxicomanie, alcoolisme, comportements suicidaires, sexualité à risque)
➢ État dépressif avec risque de passage à l’acte
➢ Altération de l’attention et de la conscience, amnésie (traumatique), épisodes dissociatifs, troubles dissociatifs

c) LE SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUECHRONIQUE :

Le TSP devient chronique lorsqu’il persiste au-delà de 3 mois. Les facteurs de chronicisation du TSPT peuvent être :

➢ Un manque de reconnaissance sociale
➢ Un défaut d’informations sur les symptômes et donc une prise en charge tardive, voire même inexistante
➢ Des jugements de valeur sur la personne, sa capacité à réagir
➢ Une absence ou arrêt trop précoce du soutien de la part des proches, des soignants
➢ L’aspect traumatisant de la procédure et sa durée

 

2. LES CAUSES :

Le stress post-traumatique survient après un événement traumatisant subit directement ou indirectement (Témoin). Généralement un événement extrême en est la cause où l’intégrité physique (de soi ou d’autrui) est réellement ou potentiellement menacée :

➢ Accident grave
➢ Viol
➢ Agression
➢ Violence familiale
➢ Attentat
➢ Mort violente
➢ Catastrophe naturelle, etc.

L’exposition répétée à des situations dramatiques (Forces de l’ordre, militaires, etc.…) sont également des causes de stress post-traumatique. « Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’après un événement traumatique le souvenir revient et s’impose sans cesse. Il y a ne hyperactivité de l’hippocampe qui génère du stress par une sécrétion excessive de cortisol5. L’hippocampe active en cascade l’amygdale qui gère les émotions sans pouvoir jouer son rôle de régulateur. Ceci expliquerait entre autres les réactions de souvenirs intrusifs ainsi que l’état d’hypervigilance constante. Les progrès en neuro-imagerie ont permis de montrer que le cerveau des personnes exposées à un événement traumatique n’est pas semblable à celui des personnes non traumatisées ». Détaille le Dr Johanna Rosenblum.

 

3. LES SYMPTÔMES :

Le stress post-traumatique se traduit souvent par des sentiments de peur, d’horreur ou d’impuissance. Il se manifeste par des symptômes d’intrusion :

➢ La personne revit l’événement par des cauchemars, des souvenirs répétitifs et envahissants
➢ Une détresse face à des éléments rappelant l’événement
➢ Des symptômes d’évitements des souvenirs et des personnes ou lieux rappelant l’événement peuvent survenir, de même que des altérations émotionnelles
➢ Baisse d’intérêt pour les activités du quotidien
➢ Baisse de la concentration
➢ Difficultés à éprouver de la tendresse ou du désir sexuel
➢ Troubles du sommeil
➢ Irritabilité
➢ Hypervigilance
➢ Culpabilité

La personne ne parvient pas à intégrer que le danger est passé, elle est en état d’alerte permanente (Hypervigilance). Il est fréquent de voir une symptomatologie somatique qui peut s’avérer invalidante :

➢ Céphalées de tension
➢ Douleurs chroniques qui viennent s’ajouter au trouble du sommeil, pour les cas les plus sévères
➢ Un symptôme dissociatif conduit la personne à un état de conscience modifié pour s’extraire psychologiquement de l’horreur au moment même où l’événement se déroule
➢ Le mental se détache du corps, la personne ne ressent plus rien

L’apparition des symptômes varie selon les personnes. Généralement cela arrive dans les 3 mois ; mais il arrive que les symptômes apparaissent plusieurs années après. Chez certaines personnes, des addictions peuvent venir se greffer :

➢ Recours à la consommation de substances psychoactives (Alcool, cannabis). La personne cherche à anesthésier des affects trop douloureux, trop présents.

La dépression, l’anxiété viennent ajouter le risque social de l’isolement et du repli sur soi, renforçant une fois de plus le mal être :

➢ Incapacité de sortir
➢ Incapacité de travailler
➢ Incapacité de voir du monde
➢ Incapacité d’aller dans un endroit clos

 

4. TEST DE SYNDROME DE STRESS POST-TRAUMATIQUE DSM-5 :

Le DSM, Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM pour : Diagnostic and Statistical Manual ou Diagnostic Disorders) est publié par l’Américain Psychiatric Association. Il est utilisé dans le monde entier comme référence pour les diagnostics des troubles mentaux (ou psychiatriques). La dernière version de DSM-5 a été publiée en mai 2013. Il catégorise ces troubles mentaux, décrit leurs critères diagnostiques et fournit diverses informations telles que leur prévalence. Un test spécifique au STSP appelé « Échelle de Sévérité des Symptômes de l’état de Stress Post-Traumatique chez l’Adulte » a été publié par un psychiatre américain Dean G. Kilpatrick en 2014. Elle évalue la présence et la sévérité de ce trouble en lien avec les critères diagnostiques du DSM-5.

 

5. LES TRAITEMENTS :

Deux médicaments possèdent une autorisation de mise sur le marché, pour le traitement du syndrome de stress post-traumatique. Il s’agit d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) : La paroxétine et la sertraline.

 

6. LES THÉRAPIES :

Quelle que soit la technique thérapeutique adoptée, il convient de développer une relation de confiance qui permette de réécrire le scénario traumatique. Il faudra écouter le vécu propre, entendre la souffrance pour aider à l’acceptation des séquelles et apprendre à vivre avec. Les traitements psychothérapeutiques du TSPS reposent sur la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la Désensibilisation par des Mouvements oculaires (EMDR) et l’hypnose.

 

7. LES THÉRAPIES COGNITIVO-COMPORTEMENTALES (TCC) :

Il s’agit d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) centrée sur le traumatisme. Le principe de la TCC est le même que dans le traitement des autres formes de troubles anxieux. Pour les patients la vie ne sera plus jamais comme avant. Il y a toujours « un avant » et « un après » trauma. « C’est un constat souvent très dur à accepter pour les patients », explique le Docteur Johanna Rosenblum.

Une grande partie du traitement va consister en « une modification progressive de cette vision déficitaire » pour aboutir à la conception qu’il est possible de reprendre le cours de sa vie, certainement de façon différente.

 

8. LA DÉSENSIBILISATION PAR DES MOUVEMENTS OCULAIRES (EMDR) :

La thérapie de désensibilisation avec des mouvements oculaires ou EMDR (Eye Mouvement Desensitization and Reprecessing) est une thérapie cognitive des troubles psycho-traumatiques basée sur une exposition mentale au souvenir douloureux couplée à des mouvements oculaires réguliers et visant à une désensibilisation émotionnelle. L’EMDR est l’une des techniques utilisées pour apaiser des symptômes particulièrement invalidants du Trouble de Stress Post-Traumatique et de faire baisser l’intensité des affects négatifs.

 

9. L’HYPNOSE :

L’hypnose se focalise sur l’élément traumatique induisant la dissociation et agit directement sur le traitement de l’information. Le processus de conscientisation est relancé afin que cette fois-ci toutes les étapes se déroulent comme il se doit. L’événement traumatisant est « digéré », le sujet est libéré des conséquences que le traumatisme avait pu avoir sur sa vie quotidienne. Les techniques d’hypnose thérapeutique peuvent être bénéfiques sur certains symptômes.

GENÈSE DE MON HISTOIRE

Pour mieux comprendre ce qu’est ma vie aujourd’hui, remontons à la genèse de mon histoire, là où ma vie a été chamboulée, là où j’ai dû réapprendre à vivre.

À 18 ans alors que j’avais décidé de quitter l’école, je suis parti faire mon service militaire, encore obligatoire à l’époque, en 1992 (du 2 février 1992 au 2 février 1994). Dans les premiers mois de mon service, mon régiment recherchait au sein des appelés du contingent des volontaires pour partir en ex-Yougoslavie. À cette période mon père était encore militaire. Ma sœur aînée était partie faire son service militaire dans un régiment parachutiste, au 6ème RPIMA à Pau, elle a été la première femme de France à faire son service militaire comme les hommes et être brevetée parachutiste. Étant en rébellion contre l’autorité ; mais voulant rendre mon père fier de moi en faisant quelque chose de bien, de juste dans ma vie, alors que je ne cumulais que bêtise sur bêtise (je dirais plutôt « conneries »). Alors quand l’appel aux volontaires a été lancé j’ai tout de suite levé la main. Partir en mission, aider les populations opprimées, me rendre utile, représenter mon pays, je me disais que mon père allait être fier de moi pour une fois ; mais à ma grande surprise, quand fut venue l’heure de leur annoncer et de partir pour la première fois j’ai vu mon père pleurer. J’ai découvert que mon père ne voulait pas que ses enfants partent en OPEX, non pas qu’il n’était pas fier, bien au contraire ; mais il savait dans quelle aventure je me lançais, les risques qu’il y avaient.

Avant de partir en ex-Yougoslavie, nous avons eu un court entraînement d’un mois et demi, très peu pour des jeunes qui ne faisaient que leur service militaire à l’origine. Le 09 Décembre1992, nous sommes arrivés en ex-Yougoslavie, plus exactement à Split. À 18-19 ans on n’a pas conscience, en tout cas pour ma part je n’avais pas réellement conscience de tout ce que j’allais voir, de toutes les horreurs dont l’homme est capable. Je croyais que tout allait se passer comme dans les films de guerre que je regardais à la maison. Comme la plupart de mes camarades, je me croyais invincible, le héros d’un film qui s’en sort toujours à la fin du film, un film de près de 7 mois, on se prenait pour des Rambo. C’est vrai, nous étions des Rambo, mais des Rambo des bacs à sable, nous n’étions que des gosses inconscients du danger dans lequel nous nous étions engagés. Nous regardions les obus tomber autour de nous, voir même à quelques seconds prêts à l’endroit même où nous étions juste avant, nous étions des gamins devant un feu d’artifice, sauf que là il n’y avait qu’une seule couleur à ce feu d’artifice, c’était le rouge, le rouge du sang de toutes ces victimes innocentes que créée une guerre et que nous allions croiser à un moment ou un autre. Jusqu’à la fin de nos 7 mois de mandat, nous avons mené nos missions sans broncher, sans réaction, il arrivait même parfois que nous en riions le soir au foyer autour d’une bière (ou plus). Nous n’avions pas pris la mesure des conséquences, de l’impact que cela aurait sur nos vies, en tout cas pour une bonne partie d’entre nous. Nous ne réagissons pas tous de la même manière face au danger, à l’horreur.

Dans mon livre « Mémoire d’un appelé en ex-Yougoslavie », je raconte en détail nos missions, je raconte l’histoire d’un bataillon d’appelés du contingent. Nous avons vu les horreurs dont l’homme est capable. J’ai vécu chaque jour de mon mandat sans prendre conscience des dégâts qui se jouaient en moi. Je ne parle pas de dégâts visibles comme cette blessure à la lèvre que j’ai eue quand un gamin de moins de dix m’a tiré dessus avec une carabine à plomb et qui m’a envoyé un peu plus de 48 heures à l’infirmerie avec une infection, même si cela reste un traumatisme. Je parle de dégâts invisibles, ceux dont on n’a pas forcément conscience ou très tardivement. Les dégâts sont psychologiques. Je n’étais conscient de rien, je vivais comme si de rien n'était, pourtant j’ai eu des signes avant-coureurs durant mon mandat, comme me l’a rappelé un de mes chefs de section où dès le premier jour en arrivant sur la zone où nous allions nous implanter, nous avons été obligés de ramasser des corps qui étaient sur la route menant au camp, il y en avait de tous âge, du plus petit au plus vieux, aucune distinction dans les meurtres. Le soir, une fois notre journée terminée, histoire de souffler, avec mes camardes de chambrée, nous avons bu. Pour ma part, j’avais bu plus que de raison et j’ai craqué, j’ai fait comme une crise de nerfs, impossible à calmer. La mission du matin en arrivant me revenait dans la tête et tournait sans cesse, je pensais à ma petite sœur qui n’avait que 5 ans quand je suis parti, l’âge d’enfants que l’on pouvait ramasser, mutilés par les balles des snipers (décapités, membres arrachés, etc..) ou ces gamins que je voyais courir derrière nos véhicules pour réclamer à manger, alors que nous n’avions pas le droit de donner quoi que ce soit pour éviter tout attroupement autour des véhicules et prendre des risques. Un de mes supérieurs est arrivé dans la chambre à la demande d’un camarade et j’ai eu le droit à une remise en place réglementaire et j’ai repris mon rôle de soldat comme si de rien n’était, j’étais passé à autre chose, oubliée la crise, oubliée la vision d’horreur, enfin ça c’est ce que je croyais. Un deuxième passage aurait dû m’alerter, c’était à la mi-février 1993. Ce jour-là mon Capitaine est venu me trouver alors que j’effectuais ma ronde de garde. Mon Capitaine s’est planté devant moi l’air grave et avec tout le tact qui le caractérisait il m’a annoncé le décès de mon grand-père maternel. Étant quelqu’un de très sensible et très famille, en temps normal je me serais effondré en larmes, mais là je n’ai eu aucune réaction, je suis resté droit dans mes rangers, j’ai laissé échapper un « au non » plat et froid, j’étais stoïque, rien ne filtré sur mon visage, aucune émotion, pas une larme. Il m’a demandé si je voulais rentrer pour les funérailles de mon grand-père et toujours aussi détaché de l’événement, je lui ai répondu froidement :

— Non, merci mon Capitaine, je reste ici et je continue ce que j’ai à faire.

Mon Capitaine est reparti comme il était venu et moi j’ai repris ma garde comme si rien ne venait de se passer, aussi froid que les températures qui peuvent régner à cette période de l’année. Je ne dis pas que je ne ressentais rien, j’avais de la tristesse pour la perte de mon grand-père, j’avais de la peine pour ma mère qui venait de perdre son père, mais je restais froid, la tête dans ma mission. Ces deux signaux auraient déjà dû me mettre la puce à l’oreille et je suis sûr qu’il a dû en avoir d’autres au cours du mandat. À cette époque, je ne connaissais rien au Syndrome de Stress Post-Traumatique, j’en avais un peu entendu parler avec la guerre en Afghanistan et la guerre du Golfe, mais rien de plus.

Mon mandat s’est poursuivi avec toutes les horreurs qu’une guerre peut offrir aux yeux de tous soldats et de tous civils. Début juillet 1993 mon mandat prenait fin, je suis rentré en France, j’ai réintégré mon régiment, fière de ma mission accomplie. Je reprenais ma vie normalement, enfin c’est ce que je croyais, je n’étais pas encore conscient des dégâts. Le soir, quand nous finissions notre journée à la caserne, nous aimions sortir prendre un verre, aller en discothèque, comme tous les jeunes de 19-20 ans. J’avais l’habitude de traîner avec deux camarades avec qui j’avais fait mes classes et mon mandat. Dès notre première sortie en ville nous avons eu des réactions qui auraient dû nous alerter, mais nous nous en rions. Il y en avait un qui avait le sentiment d’être toujours surveillé ou suivi, l’autre se protégeait ou se jetait au sol dès que quelque chose pétaradait et pour ma part, je montais au carton dès que quelqu’un me croisait et me soutenait un regard. Tout ça aurait dû nous alerter, mais non, nous nous en rigolions, on se moquait les uns des autres. On ne se rendait pas compte que tous ces signes étaient les prémices d’une vie qui a été chamboulée, d’une vie qui ne serait plus celle que nous avions eue avant de partir. Cela allait être dur à vivre pour nous, mais surtout pour notre entourage.

À quelques mois de la fin de mon service militaire, je suis rentré en permission chez mes parents. J’étais fière de rentrer en treillis de cérémonie avec mes deux médailles « la médaille de bronze de la Défense Nationale avec agrafe Génie et Mission d’assistance extérieure et la médaille de la FORPRONU » et mon béret bleu vissé sur la tête. Descendu du train et arrivé chez mes parents je me suis posé un peu avec eux pour discuter, et à l’heure de la sortie du collège, je suis allé chercher ma petite sœur (la cadette) toujours en uniforme, c’était une surprise. Ce jour-là, j’ai croisé beaucoup de mes copains de quartier qui me harcelaient de leurs questions, ils voulaient tout savoir. J’étais content et plus que fier de leur raconter mes missions, ce que j’avais vu, tout ce dont je me souvenais sur le moment, tout était encore frais dans ma mémoire. Mais je n’avais pas réalisé que déjà à cette époque mes souvenirs étaient tronqués, mais ce n’était pas la seule chose qui aurait dû m’alerter. Au cours de mes vacances durant les repas j’avais la fâcheuse habitude de reprendre sèchement ma petite sœur (la dernière, celle de 5 ans à l’époque) qui avait tendance à chipoter avec la nourriture, à se plaindre qu’elle n’aimait pas et donc traînait à table. Je lui répétais à chaque repas sèchement au grand désarroi de mes parents :

— Mais arrête de jouer avec la nourriture ou de te plaindre que tu n’aimes pas, il y en a qui n’ont rien à manger et aimeraient avoir la moitié de ce que tu as dans ton assiette.

Et mes parents me reprenaient à chaque fois en me disant :

— Tu vas te détendre, tu n’es plus là-bas, tu es rentré maintenant, tu es en France avec nous. Il y a quelque chose qui ne va pas et il va falloir que tu en parles.

Mais pour moi tout allait bien, je leur avais tout raconté, je n’avais rien à dire de plus.

Une fois ma permission terminée, je suis rentré au régiment finir mon service militaire et rendre tout mon paquetage. Durant ces quelques jours qui me restaient à faire j’ai voulu m’engager, signer un contrat d’au moins 5 ans, je voulais repartir en mission au Cambodge. À cette époque il y avait la guerre avec les Khmers rouges. Mon régiment a refusé mon engagement. Je ne me suis pas laissé démonter et étant têtu j’ai cherché une autre solution, une porte dérobée. Ma grande sœur qui était au 6ème RPIMA était chauffeur du chef de corps et elle lui a fait passer mon dossier pour qu’il appuie ma demande ; mais même là mon dossier a été refusé, malgré une très bonne notation et un appui haut placé. Certainement que déjà à cette époque ils avaient décelé quelque chose, ce qui m’a valu deux refus. Je n’ai jamais su la raison du refus de mon engagement, encore aujourd’hui je n’en sais rien. Et donc le 2 février 1994 l’armée me renvoya à la vie civile. C’est là que ma nouvelle vie allait commencer, que mes soucis allaient commencer et s’accumuler. Je n’étais pas encore conscient de ce qui m’attendait, de ce que j’allais vivre, supporter, faire supporter aux autres, aux personnes de mon entourage. Il va me falloir de nombreuses années pour en prendre conscience.

Le Syndrome de Stress Post-Traumatique n’est pas quelque chose d’imaginaire pour faire du suspense dans les films, c’est une vraie maladie, un vrai handicape de vie, une « SALOPERIE » qui te pourrie la vie et tu dois apprendre à vivre avec.

LE DENI

Bien souvent je dirais même trop souvent, dès le départ la personne a du mal à reconnaître que quelque chose ne va pas, que quelque chose a changé dans son comportement, dans sa vie. Très souvent par fierté mal placée nous refusons d’admettre que nous avons changé, que nous ne sommes plus les mêmes, d’autres fois c’est l’ignorance de cette maladie qui fait que nous ne nous apercevons pas du changement dans notre vie ; mais le plus souvent, nous n’avons pas conscience de notre état, il faudra un fort déclic pour en prendre conscience.