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Voici dix ans, deux hommes après avoir assassiné douze personnes de Charly Hebdo, prenait en otage Michel CATALANO, le patron de l'imprimerie C.T.D. J'avais commencé l'écriture de ce livre qui se rapportait à l'arrivée de trois femmes, officiers de marine dans un S.N.A. Sous- marin Nucléaire d'Attaque. Avec les guerres, les attentats ont surgis les chocs post-traumatiques. Mon médecin de bord, doit quitter son navire et rejoint l' hôpital de Percy; où elle n'a de cesse avec son équipe de trouver le remède, la méthode pour supprimer les chocs post traumatiques. Ses recherches engendrent la convoitise. De Grenoble et Chambéry, jusqu'en Afghanistan, en passant par les USA, l'aventure connait bien des péripéties.
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Seitenzahl: 218
Veröffentlichungsjahr: 2026
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PROLOGUE
LES ADIEUX DE MARYE À LA MARINE
LE COMMANDANT DE BORD
LES GRANDS-PARENTS
MARYE
JE MONTE À PARIS
LES ANNÉES LYCÉE
LA FIN DU SECOND CYCLE
MARYE CHIRURGIENNE
LE BATEAU NOIR
PERCY
MEUDON
MA VIE À BORD
CLAUDE
LE SECRET
MES ANNÉES À PERCY
PIERRE-ANDRÉ
HERVĖ ET LES TAUPES
LES ANNONCES
BOSTON
ÉPILOGUE
FAUTE AVOUÉE…
ANNEXE
REMERCIEMENTS
J’avais espéré pouvoir rencontrer ou m’entretenir avec LA médecin, première femme à embarquer sur un sous-marin nucléaire.
Je voulais recueillir ses impressions de « première fois » : son arrivée à bord, sa prise de contact avec son équipe, son « sorcier » … Savoir, comment elle envisageait son avenir, sa carrière, sa vie de future mère peut-être ?
Je suis un terrien de l’intérieur, ignorant tout de la mer et de la marine.
Malheureusement ma demande fut rejetée, car l’on m’a écrit : « Nous favorisons les projets portés par des maisons d’édition qui justifient d’un tirage minimum. »
Je n’ai donc pas pu obtenir des informations précises puisqu’il n’y a pas eu de rencontres. Alors, comment décrire vraiment ce qui se passe à bord, en profondeur, en dehors, et comment connaître les ressentis ?
J’ai donc changé de cap et imaginé ce roman donc l’épilogue plongera le lecteur (à pompon) dans la crispation.
Je suis triste de n’avoir pu rencontrer Pauline ainsi que Camille et Harmonie qui se retrouvent « starisées », ou devrais-je dire être des « vedettes » !
Pourtant la gloire reste éphémère ; qui se souvient de prodiges comme Roberto Benzi, Minou de Drouet ou Anne Chopinet ? Mieux vaut être chanteur Yéyé ou rappeur pour rester dans la mémoire collective.
Mon roman aurait été différent, solide, étayé ; véridique si l’on m’avait aidé dans ce sens !
La parole aurait été donnée à des femmes si on m’avait écouté.
Qu’importe, je fais avec ce que j’ai ; mon envie et ma volonté.
Toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait, donc, purement fortuite.
- L’ENCRE À L’AMER
Dys dans les années cinquante. Augmentée d’un PS
- LA CRÈCHE AUX MILLE ENFANTS
- RADIO TERRE HAPPY
Petit manuel du cancer joyeux
- POMMARD 78
Au domaine Michel Rebourgeon
- LE CHAT QUI VOULAIT ETRE ASTRONAUTE
À Véronique et Michel,
Pas un seul mot, pas une seule phrase n’ont été écrits sans que les images que j’ai de vous ne m’accompagnent.
Puissent ces jours venir, où vous pourrez enfin vivre une vie sereine et apaisée, et n’avoir plus qu’à gérer l’escalade de votre Everest, accompagné de votre sherpa Valentin.
Merci à Matthieu pour son expertise « médicale »
Je te remercie, mon garçon, pour tes conseils, tes précisions, tes connaissances médicales.
À travers toi, c’est à l’ensemble des aides-soignantes et des soignants que je rends hommage.
Te voici pour quelques mois encore, aide-soignant. Tu as « bossé » comme un damné pour être INFIRMIER.
Comment le monde d’en haut peut-il vouloir faire disparaître les chevilles ouvrières des hôpitaux ? Vous œuvrez partout : en chirurgie, aux urgences et en réanimation !
Vous laissez votre santé en portant, déplaçant des malades, souvent en surpoids…
Vous êtes insultés en permanence par les fils, les frères, les amis qui ne respectent pas les interdictions.
Les menaces verbales et physiques sont votre quotidien.
Les gens du voyage ne respectent qu’une seule loi ! LA LEUR !
Lorsque vous venez ou repartez du travail, les dealers qui occupent le terrain vous menacent, s’en prennent à vos véhicules.
Ceux d’en haut s’en contrefichent. Ils ne viendront jamais en Seine-Saint-Denis et ne passeront pas des journées entières allongés sur un brancard posé au milieu d’un couloir ouvert aux courants d’air.
Ils ne verront pas arriver quelques poivrots ensanglantés escortés par des forces de l’ordre ou les pompiers. Ils ne sauront jamais que ces arrivants « grilleront » la file d’attente !
Eux, ils se font soigner à Rothschild.
Ah, mais oui, tu es respecté si en plus tu en parles dans les dîners branchés. « C’est le professeur Machin qui m’a opéré ! ».
Les dictateurs ont leurs ronds de serviette dans ces hôpitaux-là. Et la non-assistance ? Le serment d’hypocrite… on en parle ?
Autrement, il reste Percy, hôpital militaire, mais dédié aux civils très importants – à moins de relever de Debré.
Le jour où, comme pour la prison, il n’existera plus de quartier VRP, et quand « l’important » se retrouvera chez les droits communs pour se faire pointer à la douche, tandis que les surveillants seront occupés à circonscrire un début d’incendie, un début d’émeute, les solutions arriveront rapidement.
Il paraît que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis, et comme la France est le parangon de l’intelligence, nous brûlons le mardi ce que nous avons adoré le lundi ! Et puis, le reste… Tout, immédiatement, gratuitement ; nous sommes devenus des assistés, des voteurs de coiffeurs qui raseront gratis demain.
Alors merci à toutes celles et ceux fêtés pendant le Covid, puis devenus transparents et menacés de disparition pour faire baisser le chiffre de notre dette en parallèle des chiffres bidonnés des quinquennats durant nombre d’années.
Un nouveau 1789 se profile, mais nous regardons, à la télé, le Liban disparaître, nous comptons les ogives nucléaires de la Corée du Nord, nous suivons les Poutiniens grignoter les frontières pour arriver à la mer, aux frontières tsaristes. Et enfin, nous découvrons les Trumpistes dont la prière de l’élection de leur dieu a été exaucée !
Merci à celles et ceux que j’ai connus, et à tous les autres.
RESPECT
Je suis conduite par un chauffeur de la marine. Je le salue avant de descendre du véhicule pour retrouver mon studio, situé à de nombreuses encablures de mon lieu de débarquement.
Arrivée devant la porte de mon pied à terre, j’ouvre, allume la lampe comme un « bonjour » entre et pose sur la table mon tricorne. Je reprends mon souffle, comme à chaque retour, mon corps fonctionne au ralenti.
Je repense avec émotion à ces derniers instants de sousmarinier, souriant, souriante en pensant à la féminisation des mots ! Est-ce l’évolution de mots épicènes ou leurs croisements avec l’écriture inclusive qui conduisent à cela ? Une sousmarinière ? Un bustier ? Un top ? Un soutien-gorge ? Que peuton bien glisser en dessous d’une sous-marinière ? Je me fais couler un bain et m’assieds en attendant que la marée monte dans la baignoire. J’ai du mal à décrocher.
Nous sommes à la fin de l’été et mes adieux se font à l’aube naissante, et personne d’autre que moi n’assiste à ce moment fort.
Le commandant m’a accordé la faveur de pouvoir attendre le lever du jour pour débarquer.
Je me présente seule, avec une longueur d’avance sur le reste de l’équipage. Mon taxi m’attend ; je monte.
Mes adieux n’ont aucun témoin. C’est presque secret-défense. Bien calée sur le siège arrière de mon taxi, un peu en retrait, je regarde comme dans un défilé silencieux, les marins se hâter lentement vers leur destin après ce long séjour à bord du sousmarin ; jambes lourdes, souffle court, cerveau ankylosé.
Mon propre cerveau peine également. Ces longues semaines sous l’eau pèsent sur moi. Ma vue semble rétrécie. Ai-je oublié d’ôter mes œillères ? Vivre dans un environnement clos et restreint modifie la perception.
À chaque visage que je vois passer devant moi, je peux dire son nom, son prénom, son grade, sa situation de famille, prédire ses activités à venir, décrire son état d’âme.
Tous me connaissent sans vraiment me connaître. « Docteur », « capitaine », mais pas plus. Jamais je n’étale un pan de ma vie, de celle de mes proches, de ma situation personnelle. Je suis un peu la mémoire de l’équipage ; de son commandement, du simple maître au plus haut gradé, tous passent au moins une fois dans mon cabinet, tous apprécient mon professionnalisme, mon tact, mon respect du secret médical, mon absence d’intrusion dans la vie privée. Pourtant je diagnostique les infections allant des plus bénignes aux plus surprenantes, et parfois même inavouables. Mes deux adjoints m’apprécient et aucun des deux ne me trahirait dans le respect de tous ces secrets.
Je rédige plus qu’une ordonnance ! Je délivre de précieux conseils, j’informe et sauve de nombreux couples.
Dans toutes mes tâches, je bénéficie du respect du Commandant. Nous sommes à la manœuvre depuis quelques années, avec le même objectif : la réussite maximale pour chaque mission.
Je sens la fatigue m’envahir, chaque effort de mémoire me demande une attention extraordinaire.
Heureusement je n’ai pas à prendre le volant.
Il ne reste plus à bord du sous-marin que le commandant pour qui la devise : Honneur, Patrie, Valeur et Discipline, représentent sa ligne de conduite comme une ligne de vie à bord et en dehors de son sous-marin.
Il m’a accueillie à ma nomination.
Il représente l’ancienne école, celle qui n’a jamais connu de personnel féminin à bord. Cependant, fin psychologue, grand observateur, analysant tous les paramètres, toujours à l’écoute, il demeure mon meilleur allié dans ce monde masculin souvent machiste. Il faut dire que l’exiguïté des lieux favorise la promiscuité, et pourrait favoriser les rapprochements, mais mon grade d’officier supérieure, supprime toutes ambiguïtés, et la devise avec le mot « discipline » ne permet aucun écart.
Le commandant, rigoureux, parfois rigoriste, ne transige pas avec la discipline. Perfectionniste, sévère avec les autres et d’une exigence pénible parfois, il ne se dérobe jamais et applique à lui-même tout ce qu’il attend de l’équipage.
Lors de mon premier entretien pour ma venue à bord, son passé et sa réputation ne me laissaient pas envisager une mission facile. Mais existe-t-il des missions faciles ?
Ce commandant appartient à une vieille famille de marin, issue de la noblesse d’épée. La tradition perdure et les aînés s’engagent dans la royale. Ils se transmettent la particule et leur statut. Mon commandant ne fait pas exception. De belle stature, le visage sévère, des yeux gris bleu, des cheveux coupés courts, brun roux, laissent apparaître de grandes oreilles à peine décollées. En grande tenue, il porte ses décorations et son brevet de parachutiste.
Son grand-père avait reçu la Médaille militaire et portait la Légion d’honneur reçue à titre militaire ainsi que nombres de médailles obtenues durant la Seconde Guerre mondiale. Son père avait lui aussi reçu la Médaille militaire et la Légion d’honneur.
Après le décès de son grand-père, sa grand-mère ; quelques années plus tard ; sentant venir ses derniers jours l’avait appelé et lui avait parlé du drame de son grand- père.
De même que l’on ne prononce jamais les mots ; corde et lapin, deux autres noms ne furent jamais prononcés sous le toit familial : « Mers el-Kébir ! »
Churchill ordonna à la marine anglaise de détruire les navires de la puissante flotte française ancrée au port. Ce fut une horreur, un massacre : 1 297 morts et plus de 500 blessés. Ce « Trafalgar » résonne encore dans toutes les têtes.
À Toulon, 90 bateaux furent détruits, seuls cinq sous-marins parvinrent à quitter le port. L’un se saborda au large, un autre rejoignit l’Espagne (restée neutre) pour être désarmé, et les trois autres gagnèrent l’Afrique du Nord. Sa vocation de devenir marin, mais surtout sous-marinier viendra de là.
Catholique pratiquant, il n’est pas un fervent adepte de la laïcité, mais respecte les autres dans leurs convictions et non convictions. Il parle breton et a passé toute sa scolarité en école libre en Bretagne, à l’école Diwan. Il fut reçu à Polytechnique, d’où il est sorti quatrième, et put rejoindre la marine pour devenir officier, comme son père et son grandpère avant lui.
Formé à l’ENSTA1 en partenariat avec Polytechnique à Brest, pendant trois ans, sans oublier son passage par la « Jeanne », il se spécialise dans la COPS ; la Conduite des Opérations.
C’est tout ce que j’appris de ce commandant lorsque je fus reçue dans sa pièce à vivre, « son carré », où trônait un superbe fauteuil, un luxe réservé au commandant, ainsi qu’une « chambre » plus « spacieuse ».
Pragmatique, il m’assure de la loyauté et ajoute qu’il apprécie mes qualités. « J’ai étudié votre dossier, consulté la liste de vos diplômes, pris connaissance de votre parcours remarquable. Votre expérience de chirurgienne nous garantira une mission sereine, exempte de tout tracas médical. »
De cet entretien, je conclus qu’une fois encore, il me faudra prouver mes compétences à chaque opération, contrairement à un homologue masculin. Pour lui, chaque manœuvre doit viser le 100 %, même si la perfection n’est pas de ce monde. Sa mission, son devoir, est de protéger la nation, ses habitants, son drapeau., et pour cela, il doit pouvoir compter sur tout l’équipage
Passionné de littérature, de musique et de peinture, il parvient ainsi à établir un contact informel avec moi qui s’établira à la troisième mission.
Je ne sais pas encore qu’il ne me reste plus qu’une seule plongée à effectuer.
Je demande au chauffeur de démarrer.
À chaque retour à terre après m’être reposée, pris un peu de bon temps et revu mes parents, je repars en stage à Toulon, une ville où je viens régulièrement en dehors des stages. Ainsi, avec l’aide d’enseignants j’obtiens de me former au pilotage d’un sous-marin.
Froide, concentrée, capable de calculer toutes les trajectoires de missiles, de navires de surface, dotée d’un touché de barre surprenant, précis, ferme sans brutalité, capable d’anticiper la réaction de ce monstre de milliers de tonnes, j’obtiens les meilleures notes, mais demande que cela ne se sache jamais.
Je suis titulaire d’un brevet de pilotage, mais ne pouvant pratiquer, je reviens souvent me faire évaluer sur les derniers simulateurs.
Souvent entre deux exercices à bord, je reste à proximité du pilote pour le regarder, silencieuse, appréciant l’habileté des uns par rapport aux autres. Tous possèdent un pilotage parfait. Le commandant le sait et apprécie sans jamais le dire. Régulièrement, des exercices mettent en concurrence les pilotes et le meilleur reste le titulaire. Les différences de niveaux sont minimes. Pourtant je perçois parfois une hésitation, un geste un peu plus nerveux qu’il ne devrait.
Mon autre grand plaisir est d’observer « les oreilles d’or ». De tout l’équipage, ce sont ceux qui me consultent le moins souvent. Professionnels, ils entretiennent une hygiène de vie remarquable à bord du navire comme à l’extérieur.
Après quelques années de pratique, je capte et identifie différents sons provenant de la mer qui est loin d’être silencieuse. Mon oreille absolue, du moins ce qu’il en reste, m’aide à distinguer tous ces sons.
Rapidement le chant des baleines me devient familier. Aussi parfaite que soit ma greffe, je n’ai plus la même oreille de ma jeunesse, alors je ne viens plus que pour le plaisir, et je ne joute plus contre les oreilles d’or du bâtiment. Mon cerveau me susurre pourtant : navire de la marchande, bateau de pêche de moins de 12 mètres de long ; tiens, un banc de crevettes, un bâtiment militaire, une frégate, etc.
Un soir, Pierre-Marie, la plus fine oreille de l’équipage, me fait appeler pour me faire écouter le bruit d’un sous-marin relativement proche. C’était magique, très subtil. J’ai dû me concentrer au maximum pour détecter cet infime bruit inhabituel.
Ennemi ou ami, demandai-je ? No comment, sorry captain!
Le dernier homme passé, je demande au chauffeur de me reconduire chez moi.
Médecin principal, je porte les galons de capitaine de Corvette.
Je ne dépasserai jamais les 10 000 heures à bord, alors atteindre trente années ? Une petite ride se forme sur mon front.
Je maîtrise mon émotion, de la sortie de mon espace de vie jusqu’au quai. Je quitte le kiosque parcours la courte distance qui me sépare de l’appontement, portant un petit bagage à la main. Depuis quelques missions je rapatrie mes affaires personnelles superflues pour ne conserver que le minimum pour ma dernière mission. Un pressentiment sans doute.
Je ressens l’âme de la « maman » en parcourant ce petit bout de pont.
« Merci, pour tout », « porte-toi bien », « kenavo » ; les mots ne franchirent jamais mes lèvres.
Le gabier et son bosco me surprennent alors que je voulais quitter discrètement le sous-marin. Instinctivement, je marque le pas et d’un bref mouvement de tête, je les salue pour les remercier de cette attention, alors que c’est moi qui ai veillé sur eux tous.
Je prends place dans le véhicule qui m’attend. Le bruit du moteur me déchire les tympans comme à chaque fois ; je me laisse toujours surprendre. Soixante jours ou plus de silence sous l’eau rendent les bruits familiers de l’extérieur cent fois plus puissants et très agressifs. Le cerveau et les oreilles demanderaient presque grâce !
Les quais et pontons défilent lentement et je suis presque surprise en traversant le pont qui sépare l’île Longue de la ville. Je ne tourne pas la tête.
Tandis que je parcours la plage avant, après avoir débouché du château, je sens sur des paires d’yeux qui me suivent ; ces légers picotements sur ma nuque, je les ai déjà ressentis en passant dans les coursives.
Je ne respirerai plus jamais que cet oxygène extérieur ; fini celui chargé d’eau de mer et de gaz carboniques absorbés par le sous-marin.
Cette dernière sortie à l’air libre je la savoure, lentement, infiniment, définitivement.
Tous mes sens sont exacerbés. Je veux tout ressentir, enregistrer, mémoriser en quelques minutes qui ne reviendront plus jamais : le vent de noroît me mord légèrement les joues, mélange de frais et d’humidité, l’odeur de l’air iodé, celui des installations, du sous-marin, des quais, l’agitation de l’arsenal au petit matin, ce ciel incertain, une impression de soleil levant à venir, l’émergence des ocres, des orangés, du fuchsia sur la mer étale, le cri des oiseaux de mer, mouettes, goélands et celui Jules Barbey d’Aurevilly, plana malgré sa flèche. Les Albatros restent en mer avec le cynique Baudelaire.
Le cri d’une sirène de bateau au loin me donne le frisson ; pour qui sonnent ces sirènes ? Une petite mort.
Je ne respirerai jamais plus ce mélange de transpiration de sueur, de désinfectant pour les sols, d’odeur de renfermé.
Je n’informe personne sur le fait que j’accomplis ma dernière mission.
Au prétexte de visiter et de rencontrer certains membres de l’équipage pour échanger, je me fais conduire jusqu’à l’arrière du sous-marin, vers le réacteur « la marmite » et les missiles. Je procède à quelques relevés concernant les radiations, et repars vers mon poste, mon dosimètre autour du cou. Je ne frémirai plus jamais devant une marmite. Après cette mission, les miennes seront pacifiques.
Le dernier jour, je rends visite au boulanger, « boula », et à la « cuisse » et leur lègue ma mini-chaîne que je possède à bord.
- Merci pour vos excellents pains, vos viennoiseries, vos repas, surtout ceux de début de mission. J’espère qu’à l’automne vous pourrez faire goûter des champignons crus en salades ou en accompagnement. Je sais que vous adorez la musique, et moi je suis débarquée. Je vous donne ce qui compte beaucoup pour moi. Le cuisinier et vous concouriez merveilleusement à adoucir la vie de ces sous-mariniers coupés de leurs attaches.
- Plaisir partagé capitaine. Vous nous manquerez à tous.
- Pas un mot sur tout cela je vous prie, merci.
Les bruits de la ville, son agitation, ses lumières, tous les véhicules roulants bruyamment, percutent violemment mes tympans et mes rétines. Comment cela a-t-il pu m’échapper durant toutes ces années ?
Les malades et la mission m’escortent, et me phagocytent parfois, estompant le paysage, vu des centaines de fois ; les quais, le béton des bâtiments, les darses, les piles de ponts.
Les sirènes elles aussi s’estompent dans les brumes du petit matin au retour d’une mission me ramenant entre chrysanthèmes et sapin de Noël.
Le soleil, éternel, reste mon seul repère de la journée de ma vie. Il est mon guide, mon bonheur, mon phare, mon amer.
L’émotion m’envahit doucement, et toutes ces années défilent devant mes yeux.
1 Nationale Supérieure des Techniques Avancées
Lycéenne, douée, et très en avance scolairement, je suis dispensée de certaines classes. J’entre en sixième à l’âge de neuf ans.
Je me souviens de mes premières années chez mes grands – parents, du départ de mes parents pour la région parisienne ; un mélange de bonheur simple, et d’attente du retour de mon papa et de ma maman.
Mon caractère se forge pendant ces premières années dans ce pays au climat continental qui marque les habitants de la région. Froids, méfiants, ils gardent au tréfonds d’eux même, dans leurs gènes même, une distanciation avec l’étranger. La Maurienne, qui commence après le fort d’Aiton, porte la cicatrice de l’envahisseur, jusque dans son nom.
Mon grand-père dit qu’autrefois les nouveaux arrivants ne voyaient que des chiens dans les rues. Les hommes et les femmes se tiennent derrière les volets dont les lamelles s’inclinaient plus ou moins.
Cette région fut rattachée à la France en 1860.
La maison des grands - parents est une ancienne ferme qu’ils réaménagent avec soins et goût pendant des années.
Posée sur un immense terrain de dix hectares, elle offre une belle image digne d’une carte postale. Quand elle fut acquise, le voisin le plus proche se trouvait hors de portée de voix. C’était rural et la famille s’en amusait. « Pourquoi acheter une maison aussi loin du bourg ? » disaient-ils.
La grande ville se trouvait à une bonne demi-heure de là. Puis la région se transforme, les constructions se font jour, les voisins se rapprochent, les clôtures s’installent, les stores se ferment. Les grands terrains permettent encore un peu d’intimité aux habitants de la maison.
Et puis, les sports d’hiver amènent leurs cortèges de nouvelles constructions, de qualité médiocre, sans charme ni cachet particulier. Des lotissements surgissent et bientôt, il n’y a plus de coupure entre cette maison, autrefois isolée de tous, et l’agglomération chambérienne. Au loin les immeubles poussent encore, comme des champignons après une ondée passagère et bienfaisante, réduisant la vue sur le Granier sur Aillons et les autres beautés naturelles.
L’ancienne ferme se campe sur ses murs en pierres de la région, assemblées avec du ciment et de la chaux.
L’accès à pied se fait par une belle allée en lauzes disposées régulièrement formant un passage large de deux mètres, où l’herbe trouve facilement son passage entre les grandes dalles d’un beau gris veiné, de blanc.
Devant l’entrée, il y a toujours l’ancien abreuvoir qui, l’été venu, fait couler une belle eau bien fraîche en provenance d’une source généreuse.
Un grand portail en mélèze donne accès à une cour intérieure, ou stationne un véhicule qui ne roule plus, mais qui sert, surtout, d’aire de jeux où j’apprends, petite fille, à rouler à bicyclette.
Deux pièces se trouvent de chaque côté de l’entrée. La première pièce à droite est la cuisine où règne une cheminée autrefois utilisée pour cuisiner. Une crémaillère en témoigne avec son chaudron toujours là, noircie par les heures passées au-dessus de la flamme d’un feu vif et nourri.
Deux buffets, un vaisselier équipent la cuisine qui bénéfice de la clarté provenant de l’est, sud-est une grande partie de la journée. Dès le lever de l’aube, la pièce baigne dans la clarté.
Enfin, une grande et belle table rectangulaire peut accueillir huit convives dans cette immense pièce à vivre.
Plus tard un petit bœrne (poêle à bois) fut installé pour qu’il fasse bon vivre dans cette pièce tout au long de l’année.
L’autre pièce à gauche sert pour entreposer les vivres en toutes saisons. Il y règne toujours une belle fraîcheur même en été. Plus tard, un réfrigérateur et un congélateur trouvent naturellement leur place là. Un bel oculus dispense la juste lumière aux beaux jours.
Complètement à gauche se trouve l’ancienne grange réaménagée en garages avec deux accès. Les véhicules accèdent par derrière depuis une belle allée maintenant recouverte d’enrobé pour un entretien plus facile, surtout en hiver.
À l’autre bout se trouvent le cellier, la cave et le fruitier. Toutes les entrées sont reliées par une allée cimentée, et sont abritées par le toit qui s’avance. Plus tard un passage fermé par deux portes fut percé pour accéder à ces endroits sans avoir à sortir au froid.
La maison dispose aussi d’une cave creusée dans la roche avec un plafond voûté. On entre par le cellier après avoir descendu quelques marches qui vous conduisent à deux mètres sous terre. C’est une pièce aménagée avec un grand banc circulaire qui occupe tout le mur entre les casiers à bouteilles, et un buffet bas où l’on range les verres et sur lequel sont posés deux chandeliers en laiton. Les grands jours, la mèche nous agace les narines avec son odeur de combustion alors qu’elle disperse un peu de noir de fumée dans l’atmosphère.
Derrière les deux pièces de devant, un couloir conduit à une immense salle de séjour où trône un majestueux poêle (bœrne ou bourne) dont le conduit de cheminée traverse toute la maison pour sortir du toit sous son clocheton extérieur coiffé d’un petit chapeau.
Il chauffe avec bonheur la salle à manger et le salon, où je passe de nombreuses heures, bien installée devant les rangées de livres de la bibliothèque de mes grands-parents.
J’adore contempler ces ouvrages, dorés sur tranche, en cuir teinté de rouge cramoisi ou d’un beau brun brillant, parfois un peu craquelé. Les encyclopédies sont reléguées sur des rayonnages plus larges à côté desquels on peut voir deux Larousse à la couverture un peu orangée qui datent de l’entredeux-guerres.
Sur les murs sont accrochées des photographies de fleurs des Alpes, des sabots de Vénus, des tulipes sauvages, des panicauts, des ancolies. Il y a aussi une très belle vue du Mont-Blanc avec son chapeau annonciateur de mauvais temps et le lac de la Thuile, avec son vieux village en arrière-plan ; un superbe cliché en noir et blanc. Une famille de marmotte passe sa vie immobile devant ces fleurs et ces paysages capturés pour l’éternité.
Le sol de la salle de lecture est un somptueux parquet en point de Hongrie. Le haut de la maison est recouvert de bardeaux en bois de châtaignier, parfois de mélèze ou d’épicéa.
