L'encre à l'amer - Gérard Baudoing-Savois - E-Book

L'encre à l'amer E-Book

Gérard Baudoing-Savois

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Beschreibung

Chronique ordinaire d'un parcours scolaire dans les années cinquante. Ce qui frappe, l'absence de prise en compte de cette catégorie d'enfant.

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TABLE DES MATIÈRES

HANDICAPE ?

LES PETITES ROCHES

MA PREMIERES RENTREE

MES ANNEES COLLEGE ET LYCEE

ENTRE DANS LA VIE ACTIVE

ROISSY, LA RETRAITE

GUERISON OU REMISSION

UN GRAND P.S.

À mon frère aimé, sans qui rien ne serait arrivé.

AVANT PROPOS

Ce récit ne fut destiné qu'à mon usage, pour me permettre de poser tous les DYS, l'ADTH, qui ralentirent ma vie.

Puis l'idée me vint de le faire lire à mes enfants, petits enfants, proches, pour compléter le récit que j'avais fait éditer sous le titre de : Souvenirs d'une Dent.

J'aimerais que mon récit puisse aider, accompagner, réconforter, celles et ceux qui le liront, peut être, se reconnaîtront ils.

Pour mes descendants, je veux bien servir de bouc émissaire, celui qui, « contamina » la famille, comme en ce moment ce convoyeur de CREIL pour le Covid 19.

J'ai un grand avantage sur ce fléau, je ne tue personne !!

Ce récit ne marque pas une fin de vie, mais bien au contraire le début d'un nouveau départ, radieux, où la confiance en moi augmente un peu plus chaque jour.

Si une seule personne surmonte ses DYS, après avoir parcouru ce récit, je serai le plus heureux des hommes.

Demain me trouvera, apaisé, serein, confiant .

Un matin en Chartreuse :

« Ce n'est pas possible de faire autant de fautes... »

Robert

EN BLOUSE NOIRE PRESQU'AU CENTRE

HANDICAPÉ ?

Handicap :

Limitation des possibilités d'un individu avec son environnement débouchant sur des difficultés de tous ordres, psychologiques, sociales ou physiques.

Un classement international existe, distinguant trois grands types de handicaps :

Physique

Sensoriel

Mental.

Je m'interroge pour savoir où me situer dans cette liste.

J'élimine « Physique ». Un simple coup d’œil me rassure. Je suis normalement constitué, je possède tous mes membres, ne souffre d'aucune déformation ou malformation, visibles ou internes.

Reste le « Mental » ou l’intellectuel. La question qui me vient à l'esprit est de suite risible : Suis-je apte à déterminer mon éventuel handicap mental ? En ai -je les capacités ? N'aurais-je pas la tentation, le désir conscient ou non de me définir moins handicapé que je ne suis réellement par le fait même que je ne suis pas totalement handicapé ?

Qui s'avère assez fou pour avouer « je suis fou » ? Il me semble que tout un chacun niera farouchement son handicap, un peu comme la personne atteinte des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. La réponse, l'excuse classique, « je voulais me rendre compte si tu suivais ».

Je consulte la liste des divers handicaps pouvant se rapporter à mon cas. J’en dénombre 111. C’est beaucoup ! Je commence par la première :

Ai-je moins de 70 de QI ?

L'angoisse me gagne, je consulte, je lis, je m'interroge.

Ai-je un retard mental ? Aurai-je quelques antécédents familiaux ?

Je découvre de troublants noms, des sigles inquiétants, des noms de handicaps.

I.C.V, I.R.P, I.M.T, ANGELMAN, PRADER...

Serai-je incurable ? Je ne ris pas pour un rien, d'ailleurs je souris très peu, n'ai aucun rictus, grimace tic ou autres signes extérieurs de débilité. Suis-je normal pour autant ? Ne suis-je pas assez doué pour simuler ? Éluder les questionnements ?

Dois-je en déduire pour autant que mon QI se situe entre 90 et 101, hors des chiffres de la débilité ?

Alors, je pose mon diagnostic, je souffrirais d'ORTHOGRAPHITE AIGUË, encore que j'ai l'impression d'avoir posé le tréma sur le U ! mathématiquement, cela représente une chance sur deux !

Je m'imagine appartenir à une catégorie rare en ce pays de France, or je consulte une fois encore cette satanée invention que l'on nomme « le net », et je découvre, surpris, que des personnes bien sous tous rapports seraient impactées par ce handicap !

Je découvre avec, étonnement et stupéfaction qu'une institution, un monument de notre patrimoine abriterait, en son sein, des malades atteints d'orthographite aiguë. Oui le MONDE n’échappe pas à ce « malheur » que je considère comme une « attaque » virale, une attaque GRAVE.

Ma modestie dut-elle en souffrir, la mienne, de maladie correspond à mon image ; simple, ordinaire courante, et si je néglige quelques accords, et me montre négligent avec l'accentuation, ma prose n'atteint que très peu de lecteurs.

Petit aparté : Selon une étude de chercheurs de l'Université du Michigan, les personnes qui relèvent les fautes d'orthographe sont plus désagréables, et moins épanouis, et , pas forcément plus intelligents.

Les personnes plus tolérantes..s'intéresseront d'avantage au SUJET, dans son fond que dans sa forme et feront abstraction des fautes d'orthographes.

Le microcosme francilien échappera à la contagion si éventuellement le gène s’avérerait incapable de contaminer les uns et les autres.

De savoir que je ne suis pas le seul à souffrir de cet état d'orthographite aiguë, me rassure, et je tente de comprendre depuis quand j’abrite cette bactérie, ce virus.

Le virus dépend entièrement de la cellule qu'il investit, et tient sa force de son insensibilité aux antibiotiques, alors que la bactérie se trouve dans notre corps où elle a des fonctions utiles, telle que la digestion, par exemple.

Je peux conclure que je suis atteint par un virus qui résiste aux antibiotiques, Littré, Larousse, Robert, BLED, Bescherelle, etc.

La dernière de mes interrogations sur le sujet concerne l’hérédité. Est-ce transmissible, et si oui, comment ?

Je serais tenté de répondre « non », mais la dyslexie, la dysorthographie, influent sur la maladie, puisque l’inversion de lettres au sein d'un mot vous vaut les foudres du correcteur, puisque le sens ainsi que son orthographe s'avèrent totalement ou partiellement erroné.

Je soupçonne pourtant que la dyslexie se transmette, puisque ma propre mère en souffrit toute sa vie.

Elle perdit son emploi de lingère en inversant les chiffres des numéros servant à identifier les affaires personnelles des résidents de l'établissement où elle travaillait. Ainsi, le 85 se retrouva avec une partie de son linge estampillé 58.

Une autre conséquence étant l'incapacité à coordonner le geste de la main et la parole. Affirmer, par exemple, au chauffeur de prendre à droite alors que la main indique la gauche ! d'où des freinages

surprenants et dangereux pour les voitures qui suivaient, et propres à troubler l'ambiance à l'intérieur du véhicule.

La conclusion ; notre mère ne passa jamais son permis de conduire et en souffrit dans son amour -propre. Lorsqu'elle se retrouva veuve et encore physiquement apte à pouvoir conduire, sa vie s'en trouva perturbée. Elle dut demander de l'aide pour se rendre chez son médecin chez son ophtalmologue....

Une autre caractéristique de sa « maladie » était de commencer la lecture de son journal par la fin.

Je la revois assise dans son fauteuil en rotin sur le balcon, le Nice-Matin posé, fermé et tourner les pages de gauche à droite!

Je souffre, moi aussi, de ce trouble qui consiste à inverser les chiffres, ce qui est particulièrement gênant pour entrer les codes de son ordinateur, pour consulter ses documents, son compte en banque, retirer de l’argent… Je me suis retrouvé quelquefois à devoir me rendre jusqu'au guichet de ma banque pour avoir taper trois fois de suite un code erroné ! Amusant, désopilant, surtout les fins de semaine et les soirs de grand pont !...

Pour les mots, je pratique de la même façon, je saute des syllabes, mes doigts sur le clavier ne tapent pas aussi vite que mon cerveau élabore le texte, et le décalage se produit. Ma main écrit la première syllabe, quand le cerveau attaque la troisième, le résultat je vous le laisse dener… heu, pardon, de*vi*ner !

La dysorthographie. Voici un terme que je découvre très tardivement. Je me demande si on connaît ce symptôme dans les années 50, 60. Pour ma part, je découvre le terme et le trouble après le passage à l'an deux mille, c’est-à-dire tardivement !

Lorsque me vient l'idée de me raconter, je me remémore mes premières années à l'école.

Je vais cumuler les problèmes, découvrir qu'outre ma scolarisation, j'ai raté mon apprentissage social ; ma capacité à me sentir à l'aise en société avec les autres.

Enfin, je souffre également comme de très nombreuses personnes de timidité, je suis également - hélas ? - foncièrement gentil et spontané, sans omettre que je suis atteint de l'esprit de l'escalier !

Pendant plus d'un demi-siècle je vais traverser les années du mieux possible, alternant des périodes euphoriques et tristes.

Heureusement, je n'ai pas souvent conscience de mon infirmité, et comme la plupart des timides je suis toujours volontaire pour être au-devant de la scène ou me porter volontaire pour de nombreuses activités… pour le regretter aussitôt !

Aujourd'hui, j'ose écrire, décrire ces longues années, mes peines, mes échecs, mes renoncements, atténuer quelques-uns des propos, rectifier, supprimer mes accusations, ou du moins les nuancer, et prendre ma part de responsabilité.

Restera le temps de tirer le bilan de trois quarts de siècle traversés entre moments d'espérance et d'euphorie et moments de lassitude et de renoncement.

Il me reste, présentes à l'esprit dans un petit coin de ma mémoire, deux réflexions qui me furent adressées :

«Tu ne me surprendras jamais, mais tu

m'étonneras toujours. » et la seconde :

«Plus brillant que tenace. »

Voici, donc, le récit de mes souvenirs scolaires.

En tapant ce mot « souvenir » me revient une interrogation récurrente : pourquoi n'ai-je pas de souvenir avant mes cinq ou six ans – alors que j’ai entendu récemment à la radio une pianiste évoquer un souvenir d'un concert lorsqu'elle avait deux ans. Lorsque certains de mes cousins évoquent des souvenirs alors qu'ils n'avaient pas plus de trois ans, je déprime, je ferme les yeux pour qu'ils ne me trahissent pas, je pince les lèvres, et je garde mes mains immobiles.

J'ai envie de crier « Boris ! » - petit père, je me permets cette familiarité pour avoir entendu sur une radio Boris Cyrulnik, lui-même, parler de voile et dire qu'avec ses enfants il déclamait les dialogues d'Audiard, dans les tontons flingueurs -, pourquoi les miens sont-ils si tardifs ??

Je me demande souvent si le fait d'avoir vu et revu des photos de la petite enfance commentées par des adultes ne forge pas plus solidement les souvenirs, alors que la mémoire seule et sans support de souvenirs ne se suffit pas à elle -même. Peut-être aussi que pour certaines personnes comme moi, les souvenirs sont tout simplement effacés, trop lointains, trop inconsistants, sans valeur intrinsèque.

Je souris en pensant à cette affirmation qui voudrait qu'au moment de sa mort nous revoyions défiler toute notre vie. Si cela est vrai, je souhaite, ne pratiquant pas l'art de la sténo, avoir le matériel pour enregistrer et transmettre toute mon enfance, mes souvenirs...

En pensant à cette facilité de transmission, j'aurais presque hâte de mourir !

LES PETITES ROCHES

Pourquoi et comment suis-je arrivé dans ce coin perdu, ce petit monde clos, replié sur lui-même, avec ses us et coutumes ?

Si j'en crois ce qui me fut raconté, en 1943, un père et un oncle, aidés de deux autres personnes font sauter le polygone à Grenoble. Une nuit de novembre 43, le 14 novembre, quatre résistants, dont Aimé REQUET, un autre brave ADRIEN ? ainsi que notre père Lucien, notre oncle Roger font partir en fumée deux cents tonnes d'explosifs et de munitions au nez et à la barbe des soldats Allemands.

De terribles répressions s'en suivirent.

Jusqu'à aujourd'hui je n'ai pas eu la possibilité de vérifier ces faits, malgré quelques bouteilles envoyées à la mer avec des messages. Je plaide coupable. Qu'ai-je fait pendant plus d'un demi-siècle ? N'est-il pas un peu tard pour se réveiller ?

Non, et je persiste, je procrastine, je me perds, je m'égare, je reviens, j'abandonne, pour revenir une fois encore. Je suis fait ainsi.

Nos parents qui vivent et travaillent à Grenoble se retrouvent en danger. Notre mère est avertie que les Allemands arrivent et selon elle, elle n'a que le temps de prendre mon frère sous le bras pour s'enfuir et aller se réfugier sur le plateau des Petites Roches.

Elle gardera envers Roger, son beau-frère, une immense rancune.

Notre père a passé plusieurs mois de sa vie en sanatorium pour une tuberculose dont il fut guéri.

Ils vivront les dernières années de la guerre, cachés sur le plateau, puis y resteront après la guerre, vivant de diverses activités de notre père.

Serviable, toujours disponible, il trouvera la mort dans un tragique accident de la route en aidant le tenancier d'un bistrot à redescendent des fûts vides vers La Terrasse.

Le chauffeur perdit la maîtrise du véhicule qui bascula dans le précipice. Les deux occupants sont tués sur le coup…

Mon frère a quatre ans à la mort de notre père qui aura le temps de lui apprendre à lire. De profession typographe, il avait de solides connaissances en orthographe, et sa patience fit que mon frère sut lire et peut-être même écrire avant de rentrer à l’école à l’âge de cinq ans.

Moi, j'ai deux ans et aucun souvenir de notre père. Suivra un placement douloureux chez une ''nourrice'' dont nous serons retirés par notre tante, une sœur de notre mère.

Ensuite, notre mère se remariera avec un homme qui avait connu notre père. Il avait, lui aussi, été hospitalisé pour une tuberculose qui lui coûtera un pneumothorax.

Ensuite mon frère sera ''en pension'' chez une tante à Grenoble, où il resta quelques années en compagnie de sa cousine.

Il sera scolarisé à l'école primaire et sautera une classe sachant déjà lire. Il gardera cette avance jusqu'au bachot.

Quant à moi, je vais me retrouver seul avec mon beau-père et ma mère.

J'ai quatre ans au moment de leur mariage.

Qu'il me soit possible, une fois encore, de dire toute mon admiration pour cet homme généreux, que j'ai toujours appelé Papa.

Pourquoi suis-je envoyé dans une école privée ? Je me le demande. Je n'ai pas de copains car je ne vais pas à l'école avec les enfants de mon âge. Il me reste quelques vagues souvenirs de ma première année d'école.

MA PREMIÈRE RENTRÉE

Pourquoi ne me conduit -on pas à l'école publique, laïque comme tous les autres enfants qui vivent ici dans ce petit village de moyenne montagne ?

Pour ma première rentrée, je suis conduit à une école privée qui se trouve à une bonne demi-heure de marche de la maison. Par beau temps, le trajet s'avère agréable, champêtre, mais à un peu plus de mille mètres d'altitude les mauvais jours sont nombreux. Il y a souvent de la pluie, du brouillard et de la neige. Le réchauffement climatique ne se trouve pas en une du journal local, le Dauphiné libéré !

Dans ce petit village adossé à la vertigineuse falaise de huit cents mètres, d’à pic, l’hiver commence tôt.

Au sommet, à 2062 mètres de ce second sommet de la chartreuse, tu domines la vallée de Grésivaudan. Si l’aventure te tente, tu peux visiter le trou du Glaz. Au Nord, tu aperçois le Mont Blanc, perdu au milieu des autres sommets.